LE DRAME
(Il
Le dra-iie, dans la plus haute et la plus large signification de ce mot, doit réunir tous les éléments cVu}ie poésie vraiment nationale, de même que l'institution politique d'une nation doit en exprimer toutes les tendances politiques.
Dans les chœurs des tragédies d'Eschyle et de Sophocle, vous trouvez la haute poésie lyrique des temps primitifs, comme vous trouvez dans leurs dialogues l'épopée reproduite dans Faction des personnages du drame, des Achille, des Ulysse, et même des divinités que le peuple connaissait déjà d'après les récits d'Homère ; on reconnaît le germe de 1 "éloquence politique qui allait bientôt retentir sur la place publique. Nulle part le drame n'a acquis une telle perfection, une réalisation aussi complète. Chez les chrétiens, le drame commence après l'époque héroïque, après les croisades; et nous en trouvons les essais grandioses dans les Mystères. On y représentait aussi l'univers entier,
(1) IV, p. 302-309.
tel que le christianisme le concevait. Le théâtre nous montrait le ciel avec ses esprits célestes ; la terre, c'est-à-dire la scène proprement dite, la sphère d'action de l'humanité; et Yeyifer, représenté par la gueule de Satan, d'où sortaient les représentants du mal, du mal dans tous les genres, en commençant'par la trahison et en finissant par la bouffonnerie...
... On peut présenter que le drame chrétien aura encore plusieurs époques. Les mystères en forment le véritable rudiment. Le drame espagnol et celui de Shakespeare ont perfectionné certaines parties de cette vaste création. Mais l'art dramatique français de Louis XIV sera probablement retranché comme un épisode étranger, comme une espèce de réaction du paganisme sur la marche du drame chrétien.
Le met^veilleuûc n'est pas une machine poétique introduite pour aiguiser la curiosité du lecteur ou pour élever l'intérêt d'un poème ; c'est une partie intégrante de chaque grande composition, de chaque composition ayant quelque vie. Les naturalistes nous disent qu'une plante, qu'un être organique quelconque présente, en dernièreanalyse, un miracle impossible à expliquer. Ce miracle constitue sa vie organique. Il en est de même de la poésie. Dans chaque pièce poétique, il y a au fond cette vie organique et inexplicable, ce mysté^
rieux qu'on appelle dans l'école le merveilleux, et qui, s'élevant avec les proportions de ohaque composition, nous apparaît, dans les petites pièces, comme un souffle d'une région plus élevée, comme un vague souvenir ou un pressentiment d'un monde surnaturel, et, dans l'épopée et le drame, prend la forme visible d'im être dioin.