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sultan durent ou émigrerou s'armer pou? Bft dé^ fendre» Le j^ys tomba dana une affrauao M^n^lm; les tribus^ les oitéB, aouvant le» £amill«9 , ae bat» tirent entre elles; le chaM aocial et ra^cbama* méat des partia devioreot tals^ qu'oa aecoonaît pas mâmede nom l'impuiseant viair qui tuccédt à Dcbelaloudina»
La Bosnie était arrivée à œ point de dissolution morale que le machiavélisme turc attendait depuis longtemps. L'entière extermination de cotte aristocratie indisciplinée pouvait enfin se justifier vis^à-vis de Tempire et même de l'Europe. Le sultan nivelettr ne fit paa attendre sa sentence; elle ne s'étendit d'abord qu'aux janissaires de Gonstantinople» en majorité Bosniaques , el qui, par leurs révoltes continuelles, n'avaient que trop mérité d'être punis. Mais la justice dégénéra cette fois en une atroce vengeance; aussi tous ceux des janissaires que moissonna l'artillerie de Mahmoud furent-ils regardés comme de sain (s confesseurs, et ceux qui purent échapper, s'étant réfugiés en Bosnie , y devinrent l'objet de la vé-
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nération populaire. Les nouveaux régiments dressés à l'européenne portaient les ceinturons du sabre et de la giberne à la française, c'est-à-dire croisés sur la poitrine ; or, en dialecte bosniaque, croiser (kerstiti) signifie aussi baptiser. « Quoi ! disaient les Bosniaques, nous laisser baptiser! Dans ce cas, à quoi bon un sultan? le tsar russe ou le césar de Vienne seront pour notre baptême de meilleurs parrains qu'un fils d'Othman. » L'indignation était si universelle, que le visir Hadchi-Moustapha et tous les commissaires turcs alors en Bosnie furent honteusement chassés , et durent s'enfuir par la Save à Belgrad sans aucun cortège.
En 1827, Mahmoud éleva au visirat de Bosnie le pacha de Belgrad Abdourahim. Cet homme, d'une constitution maladive , mais d'un dévouement et d'une audace à toute épreuve , aidé par son ami le futur prince Miloch , arma quelques centaines de momkes, et entra avec eux en Bosnie , où il réussit à gagner à sa cause le jeune Vidaïtj, rentré après la guerre dans sa capitainerie héréditaire de Zvornik. Une fois introduit dans cette place, clef de la Bosnie du côté du nord , le visir lança hardiment la proclamation suivante : (( Mahométans bosniaques, je vous apporte de loin le baiser de la paix et de l'unité fraternelle. Oubliant vos folies, et désirant ouvrir vos yeux à la lumière, je viens vous faire connaître les ordres sacrés du plus puissant des
maîtres. Si vous vous montrez obéissants , j'ai le pouvoir de vous pardonner vos fautes. Choisissez donc entre la vie et la mort; réfléchissez mûrement j pour ne pas avoir à vous repentir. »
Toutes les réflexions des spahis bosniaques étaient faites; depuis le massacre des janissaires, ils lisaient clairement dans leur avenir. Aussi les réformistes et les amis de Dchelaloudine , rentrés dans le pays avec le nouveau visir , furent-ils partout reçus à coups de carabine. N'osant se hasarder seuls, les amis les plus influents d'Abdourahim , les frères Dchindjafitj , s'avancèrent avec un corps de troupes turques , disciplinées à la franque , pour reprendre possession de leurs foyers à Saraïevo. En vain les spahis et leurs clients se battirent tout le jour aux portes et dans les rues de la ville avec une fougue désordonnée; les réformistes triomphèrent par leur tactique nouvelle , et les spahis , bloqués sans vivres dans la forteresse , durent se rendre. Sept de leurs. principaux chefs furent aussitôt envoyés à Zvornik, où Abdourahim les fit décapiter; puis le visir triomphant entra dans Saraïevo, et, quoique les hatti-cherifs ou constitutions de la province lui défendissent de séjourner plus de vingt-quatre heures dans cette capitale, il s'y établit comme un conquérant ou plutôt comme un bourreau. Trente begs périrent dans une seule nuit; la proscription s'étendit à presque tous les pères de famille, qui furent décapités par cien-
T4 i^Es Hifift b'oriknt.
t#iB0$. l0 nm oBu) fut épftrgné, et an m lui dsiiwwl» quo dw isootribatîafi» à» guarre,
La téhrmê dupopéenne a'iiiAtolUtt en Bomie S0f da^ fpopcwtti^ de Didavr^ : Abdourahim o^épftPgQdît p»9 même fm pfirti9*Pi* Au nom de l'égaUté, tous 1^3 possfiipaur» d un ftef quelconque étaient modumnéft à roort. Enfin les anti«^fofw> mipt^ft les plw déterminés vinrent so jeter am pi^3 du visir, ee déclarèrent convertis aux mcetiri ffiHyiWMf et, avec un enthousiasma habilement simulé I tout ce qui restait de spahis revêtit i'u* nitQtm^ croùé dn nixam. Cette triste comédie, qili succédait à un drame de terreur, dura près d'une apnéOe Enfin l'espoir fut rendu aux Bos^ piaqvt^s danp Tété de 48i28 par la marche de l'ar* mée ru^^e iur le Danube : les renforts que le visir dovitit fournir contre l'invasion moscovite allaient le livrer presque san^ défense à leurs coups. Pour prouver son dévouement au sultan, le visir AIk dourahim se hâta en effet de réunir trente mille hommes, qu'il envoya aous la conduite de son kiaia et de son mollah contre les Russes ; mais , arrivés à la frontière de Serbie , ils demandèrent en vain à Milooh le passage par la principauté; et, au lieu de prendre la route de Novibazar qui était leur chemin le plus direct contre les Russes, les mercenaires d'Abdourahim restèrent campés sous Giélipa, dans la grande plaine d'Oriovo^ Pelié (le ehamp dea Aigles), pendant que les
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trQupe^ serbes , postées sur TaulPe vive de la Dvi» na , les observaienl dans une attitude in^Baçante. Milocb n'igoorait pas qu^ les pillards bosniaques, une fois dans soq pays, vavagerai^pt le tevriCoii^} il obéissait donc à son propre intérât en interdicsant aux troupes àq visir le passage de la Drina ; s'il eût écouté le patriotisme, il ne se fût paa borné à ce rôle passif, il eût franchi luirmème sa fron-r tière, pt eût porté auxraïas chrétiens de la Itesnie le secours fraternel qu'ils réclamaient de lui contre la nouvelle révolution qui allait les livrer encore à la vengeance des spahis. Ces derniers en e£EBt, profitant de la concentration de toutes les forces du visir sous Biélina, vinrent le bloquer lui-même dans Sarî^ïevo, où il n'avait gardé que deux mille hommes. Abdourahim voulut d'abord effrayer les rebelles encore indécis, en faisant saisir quelques-uns des meneurs pour les décapiter; mais toute la population de la ville se souleva, et des troupes de janissaires, secrètement réunies dans Viaoko, à six lieues de la capitale, étant ar-r rivées, on chargea sur tous les points où elle était disséminée Ift foible garnison du visir, qui, au bout de trois jours, fut presque entièrement ex?terminée. Le lendemain du massacre, Abdourar him demanda el obtint d'évacuer la citadelle. Il se retira avec ses canons sur fiiélina, où il eut la douleur de voir ses trente mille mer-r cenaires bosniaques se débander en criant : » (^ir berté et ancêtres I » Privé ain^i des troupes qu'il
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avait convoquées , le visir dut s'en aller presque seul à la guerre contre les Russes.
Le sultan envoya à la place d'Abdourahim Texpacha de Philippopoli, homme plus doux , mais qui ne fut pas plus heureux que son prédécesseur. Il arriva en Bosnie au printemps de i829, alors que le chef des Bouchatlis, Moustapha, visir de Skadar, cédant en apparence aux prières de la Porte , se mettait en route avec trente-cinq mille Albanais pour arrêter Diebitch. Moustapha était parvenu à établir parmi ses troupes la plus sévère discipline; pour le moindre vol, le soldat était puni de mort. Quand les envoyés de Miloch vinrent féliciter ce pacha serbe à Nicha, ils trouvèrent dans son camp des suppliciés exposés avec une poule ou un morceau de pain au cou, signe du larcin qui avait motivé leur condamnation à mort. Ces cruautés du Bouchatli n'avaient cependant pas pour objet de mettre ses troupes en état de lutter contre les Russes. Moustapha était trop habile pour compromettre son armée dans une lutte inégale; il savait que le cordon vert du martyre l'attendait après la déroute pour le punir de ses révoltes antérieures. Loin de prêter aide au sultan, il songeait à le renverser. Aussi, Diebitch passa-t-il le Balkan sans rencontrer le moindre obstacle, pendant que le visir anti-réformiste de Skadar marchait rapidement sur Constantinople pour y détrôner le sultan, qui n'apparaissait plus aux musulmans que comme un apostat,
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adepte de TEurope. Mais l'audacieux Bouchatli rencontra sur sa route le corps russe du général Geismar, qui le força à la retraite. La Russie sauvait à son insu, des tentatives de ses propres sujets, le souverain qu'elle attaquait.
Moustapha, vaincu, se replia sur Philibé, dont les Bosniaques, ses alliés, étaient les maîtres: de concert avec eux, il épuisa par ses contributions de guerretoutelaRomélie.Jugeantavec raison que sesennemis les plus dangereux n'étaient pasdans le camp moscovite , le sultan ghiaour se hâta de conclure la paix avec la Russie. Cette détermination soudaine, dont l'Europe a si mal compris les motifs, réduisit Moustapha à retourner vers Skadar, et les capitaines bosniaques à rentrer dans leurs montagnes, non sans y rapporter un immense butin.
Les serbes musulmans d'Albanie et de Bosnie avaienttrop puissamment favorisé l'invasion russe pour que le divan ne cherchât pas tous les moyens de se délivrer de ces ennemis intérieurs. Considérant combien Miloch était resté strictement neutre durant les deux campagnes moscovites, le sultan Mahmoud penchait de lui-même à confier à ce prince chrétien le soin de le venger des spahis ; il n'opposa donc qu'une faible résistance à la demandequefit l'ambassadeur russe d'un démembrement de la Bosnie en faveur de Miloch. Ce démembrement, masqué sous le titre de restitution des anciennes frontières deSerbie, fut accordé dès 1 830,et
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au pfifftehips deVannée sshanfte, des éoiÉmoissdt- #69 tiiFe8arrÎYèpeiitde8i»tfnb64 à la cottr dèMiloieir |Kmp oermmenêer y è% eonc^t avec \t^ géôfnèl]^es s^be9^ bdéUmiMIi^n des confitvs 6i>lre ta Bosnie ella principauté. Oo était convenu de e(rtKn»*neef oe travail ykf la DriaaiC Les coromissarres et les géomètres partirent donc tous eofsenibler potrf Zvornîk } mais ^ plus patriote que^ le sultan , le pacha de cette ville, le jeune A.H-Yidaïtj , protesta centre toute eoùcession de territoire, ât jeter les eonvniFidsatres en prison, et ne consentit à les relâcber que quand ils lui eurent juré qu'ils ne mettraient plus le pied dans son pachalick.Hilock et le sultan Mahmoud se co&tentèrent donc, les années» suivantes ^ de faire dresser par des émissaire» dégui'sés la carte de toutes les frontières en litige y et , une fois rédigées , ces cartes furent envoyées à Pétersbourg san« que la cour même de Stambol en ait^y ditr-on y gardé copie.
Vidaïtj, beg héréditaire de Zvornik, déjà destitué par MahnH>ud à la fin de i)^29 , était resté dane'sa fiorteressev La Porte, qui ne pouvait Tea cbadser à force ouverte , le séduisit par de brillantes- promesses-, et le décida enfin à échanger le clièteau de ses pères contre un nouveau pàehaliek, cetui de Srebernik. Vidaïtj quitta Zvornik pour aller prendrepoissession de soi? poste officiel*; mais, arrivé devant te forfeeresse, il la trou'va occupée par Memjeh-A^ga', (|ui a;vait armé en sa fa)veurles mueuhna^iB et les ciia^étiencr du^ disiriel),! et fevçâ
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sMiantagcoMê à battrez» retfanto* il0V«fitt à mn château de ZTOrnfk ^ Yfdaât} en Irenya^ êffùë^ ment les portes fermées; un de ses parents, Mahmoerd , «mi de Memîcb-Agâ , y ataif pris sa {rface. Le prosCfïf pàf vint toutefois à s'introdf ùire dans fa ville au tnoyen de ses partisans; il y combattit de rue en rue ses ennemi» et allait les expulser ^ quand k eapitadnede &jradaebat»^ Vouiseïney «pptt* rùif «menant un renfott a\xx eMjtirés'. Attâ^cftfé par deYâûf et paY derrière , Vidaïtj se féûférma dans son konak» où il lutta en désespéré jusqu'à ce que Youseïne et Mahmoud, mettant le feu an palais^ fweèrewt enfin 1& héros à se rendre pri-^ sonnier.
LaPorte, qui très-probablement avait ourdi ce complot pour désorganiser la Bosnie y n'obtint pointde sa perfidie le résultat qu'elle en attendait. Lovn^ de maUraite» son^ eaplif^ le jeu^ne VenseibDe Tembrasea et te choisit pour son pe^ita^m , et dès lors les deux héros inséparables n'agirent plus que comme un seul homme. Fils du capitaine Osmane,. dont les piesmas célèbrent la vaillance et la sage équité, Vooeeuiey déjà po^laire, fut bientôt regardé par tous les Bf^snmquesrcemme fe défenBetfr de leurs privilèges ;Kaiïarchiie céda peu à peu devant l'aulorité du nouveau' c&ef, et, devenus forts par leur union , les Bosniaques se levèrent contre le sultan réformateur^. Parmi les piesmas bosniaques composées sur cet événemeaiy
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celle d'un aveugle chrétien dt Novibazar, noïnmé Pavel-Tchourlo , mérite d'être citée :
<i Dieu clément, toiiL ce que tu fais est bien ! Comme ton soleil illumine TOrient et envoie ses éclairs jusqu'en Occident, de même le tsar de Slambol, en ouvrant les yeux, embrassa le monde , et vit tout ce qui s'y passait; et s'apercevant de toutes les injustices auxquelles lesjanissaires prêtaient leur appui, il foula avec indignation leur odchak, leva son cimeterre contre ces soldats coupables, et en fit périr soixante mille dans l'espace de six jours. Puis il lança un fîrmanquai envoya dans toutes les provinces, pour annoncer l'établissement du nizam. Des peuples nombreux obéirent , de Slambol à Pristina, patrie de Pletikosa-Pavel , et à Voutchilern, où naquit l'héroïque Voîno... Hais deux puissants vassaux résistèrent, l'un en Albanie, l'autre en Bosnie, l'un nommé Moustapha, descendant d'Obren-Beg, chef de la race des Bouchallis, l'autre appelé capitaine Vouseîne, issu de ce Vonk Brankovitj, qui trahit l'empire serbe à Kossovo.
0 S'inquiétant peu du tsar et de ses firmans , Vouseîne a déclaré que, dût la foudre du ciel le dévorer, rien n'obtiendra de lui obéissance au nizam. Le visir de Skadara la même pensée, et presse par ses lettres son ami Vouseîne de convoquer pour la guerre les quarante capitaines et les douze grands voïevodes de Bosnie. Aussitôt l'ardent Vouseîne rassemble ses agas et tous les capitaines dans la verte vallée , au pied (le son fort de Gradachats. Ils s'asseoient en un vaste cercle sur la prairie, et Vouseîne leur fait distribuera la ronde le vin et le raki. Les héros boivent à longs traits, et , la coupe en main , discourent sur Tétai des nahias et des grads escarpés, sur leurs bonnes et luisantes armes, sur les coursiers et les iounaks; ils s'informent qui d'entre eux a fait les derniers exploits, a enlevé le plus de têtes aux Monténégrins, ou conquis en tcheta sur lesouskoks le plus riche butin.
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i Tout à coup Vouseîne se lève et dit: Capitaines , il y a uue proie nouvelle que je veux vous signaler, elle est un but digne de votre courage. Au nom d'Allah et de notre race, abattons le nizam ! Sans rien répondre, les quarante capitaines baissèrent les yeux d'un air distrait, rêvant au mystère qui fait croître les fruits des jardins et les mamelles des jeunes filles. Hais trois braves ne rêvaient pas: c'étaient le pacha Vidailj, le beg Philippovitj , et le capitaine Nuvine du blanc grad de Novino. Ils ne baissèrent point la iê(e; regardant le capitaine dans les yeux, la coupe en main, ils lui dirent: Vouseîne, épée de la Bosnie, nous le jurons par nos bieusel le^aint jeûnedu ramaz^n, aussi longtemps que notre lête tiendra sur nos épaules, nous n'entrerons pas dans le nizam. A ces mots, Vouseîne bondit de joie; il prend la main- des braves, et à la manière des iounaks les baise sur les deux yeux.
t Alors, sentant qu'il est devenu le dragon de la Bosnie, Vouseîne prend la plume, et écrit sur ses genoux cette lettre au ^ieux Gaai-lfemich : « Aîan de Srebernik , vieux gardien de nos frontières, monte sur ton cheval blanc, appelle ton bariaktar (i) Bekir, et, suivi de tes bandes, viens nous joindre au plus vite, car nous voulons exterminer le nizam, et avec l'aide d'Allah rétablir la pureté du Korao. «Cette lettre causa au vieillard un tel bonheur, que tout son corps en tressaillit; il appela son bariaktar: — Cher Bekir, déroule notre bannière, va la planter au haut du tertredans la plaine, et fais entendre le coup de canon d'alarme, pour que tous nos braves accourent, et qu'avec eux nous nous mettions en marche contre le nizam. — Le porte-drapeau obéit, éleva le grand étendard sur la prairie, tira le canon d'appel, et soudain la plaine se trouva couverte de guerriers ardents, dont les pas faisaient surgir un nuage poudreux , où se croisaient les éclairs jaillissant des aigrettes de pierreries et des étincelantes cuirasses.
(1) Porte-drapeau.
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( L'année marcha contre \e visir, qui n'o6a pas remisier. Quoiqu'elle eût pu s'emparer de sa personne» l'oyanl surpris saiM défense, elle le laissa s'enfuir avec neuf capitaines herlsegoviniene, qui le conduisirent à Stolats. Vou seine se borna
à prendre possession du palais visiral et de ses richesses
Bienlèl por toute la Bosnie, de Novibazar è Mostar, il ne resta plus un cadi, ni un aga, ni un seul capitaine du parti turc; la renomasée s'en répandit à toutes les frontières, et profoqua l'enihousiasme des braves qui les gardent. *
La piesma ne donne qu'une faible idée de la vive syrapathieavec laquelle toutes les populations restées -sincèrement musulmanes accueillirent le plan héroïque des Bosniaques. Il n'y avait qu'une seule voix: A bas le sultan ghiaour et les idées de l'Europe! Ces idées, en effet, entraînaient une révolution complète dans le vieil édifice de l'islamisme, elles contredisaient les mœurs, les droits établis, tout ce qui avait en puissance jusqu'à ce jour en Orient. Ce fut alors qu'on commença enfin à voir l'antithèse morale établie par les temps modernes entre notre Occident , avide de nouveautés et de réformes , et le vieux monde oriental, où la haine des innovations est le sentiment le plus populaire. Ici les novateurs , les hommes de progrès, sont les princes, qui imposent forcément Toubli des vieilles mœurs aux peuples, conservateurs obstinés du passé. En Europe, au contraire, les princes soutiennent le statu quo et les antiques traditions contre l'esprit des peuples, avides de changements. Outre Tan-
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tipathie religieuse que les réformes européennes soulevèrent chez tous les Orientaux, même chrétiens, la Bosnie musulmane avait contre ces réformes une antipathie politique d'autant plus prononcée , qu'elle voyait dans le triomphe des idées occidentales l'asservissement futur des spahis aux raïas. Pour échapper à cet avenir menar çant, les villes de Saraïevo, Belgrad et Nicha réhabilitèrent publiquement Tordre des janissaires. Au commencement de 1831 , conduits par Vouseïne, les Bosniaques allèrent au nombre de plusieurs milliers surprendre le visir dans son grad de Travnik , lui firent déposer l'uniforme franc pour reprendre l'ancien costume des fidèles , le forcèrent à se laver comme un homme souillé, et à réciter publiquement des prières expiatoires ; puis ils l'emmenèrent avec eux pour se servir de l'autorité de son nom dans leur marche hardie versStambol, où ils voulaient aller proclamer un nouveau sultan. Mais pendant les fêtes du ramazan le visir prisonnier parvint à s'échapper, fut reçu dans Stolats, et de là se réfugia en Autriche, d'où il regagna par mer le Bosphore.
L'insurrection s'étendit presque en même tempb de la Bosnie dans les Albanies, où quarante mille guerriers slaves et skipelars se levèrent avec le Bouchatli Moustapha pour appuyer les vingt-cinq mille Bosniaques de Vouseïne dans l'attaque qu'ils avaient résolue contre Constantfnople. L'avantgarde de ces rebelles, sous la conduite de Kara-
Teisia, envahit la Bulgarie en y semant Tincendie et la mort. Ces nouveaux kerdchalis, ayant pris d'assaut Sophia, la livrèrent à toutes les horreurs du pillage. Stambol était dans la désolation : déjà le sultan songeait à demander le secours des Russes ; mais le grand-visir Rechid sut gagner des traîtres parmi les insurgés, et bientôt contraignit Moustapha à rétrograder vers Skadar. En même temps le prince Miloch menaçait le chef des Bosniaques de marcher contre lui s'il avançait, et offrait, s'il s'arrêtait, d'intervenir en sa faveur auprès du grand-visir. Le fier Vouseïne, qui signait toutes ses dépèches du nom de Zmaï od Bosna, dragon de la Bosnie, n'écrivit en réponseà Miloch que ce peu de mots: « Esclave affranchi, bornetoi à manger le peu de nourriture qui se trouve devant toi; moi, j'ai renversé mon plat, et je ne veux point de Ion intervention auprès du grandvisir. Approche, si tu l'oses; je suis prêt à te recevoir ; mon sabre coupait déjà les têtes avant que le tien fût forgé. » Et les vingt-cinq mille Bosniaques défilèrent le long de la Serbie, défiant Miloch de venir les attaquer. En approchant de la fameuse plaine de Kossovo, ils chantaient cette strophe, pleine d'un mélancolique héroïsme;
t Nous marchons» tous frères, vers Jes champs de Kossovo, où nos pères ont perdu et leur gloire et leur foi. Là , nous pouvons h notre tour pt;rdre aussi notre gloire et notre religion; mais, si Allah le permet, nous les sauverons et reviendrons victorieux en Bosnie. »
La rapsddiequi raconte cette campagne s'ouvre par une description tout homérique des corps de troupes des différentes nahias. Le rendez-vous général est dans la grande prairie qui entoure Novibazar :
t Les vertes bannières s'y déroulent innombrables» et flottent au gré du vent comme dans le ciel roulent les nuées d'orage. En tête de tous les capitaines brille Djoul-Aga de Saraîevo, qu'entourent douze mille guerriers. Plus loin se distinguent Mourat-Phalé , de la bonne ville de Bania- Louka; Vidaîtj, hospodar et pacha du grad de Zvornik; INovine» commandant de la place frontière de Novino , et puis le dragon de feu, le capitaine de Touzla... A l'arrièregarde sont postés avec leurs bandes les deux Bekirovitj,... le capitaine Klimma dont on plaisante comme d'un guerrier sans valeur, mais Klimma est la première épée de la Bosnie; puis Daoud, hospodar du grad menaçant de Pekine à la frontière» et Kozlo , le plus bouillant des' capitaines bosniaques.
4 Avant de partir, tous ces braves se réunissent aux portes de la belle cité de Novibazar » forment un grand cercle autour de Vouseîne, et» vidant à la ronde la coupe de vin» ils se jurent les uns aux autres qu'il n'y aura pas de fuyard à Kossovo. Ensuite ils montent sur leurs bons coursiers et se mettent en route à la grâce de Dieu » chantant, faisant caracoler leurs chevaux» tirant en l'air leurs pistolets sonores» en réponse aux salves d'adieu que leur envoient les cernons de la ville. Vouseïne les mena en avant jusqu'à la plaine de Rogozna » sous le fort de Zvetchani» où l'armée bivouaqua. Le lendemain» à l'aurore» elle alla donner l'assaut à Bania» dont la prise lui coûta douze braves, et où elle 6l dix-huit Turcs prisonniers. La ville d'ipek» en face dé Doukagine » opposa plus de résistance. A la fin du troisième jour» le pacha Vidaîtj» impatient, va trouver dans sa
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tente son frère d'armes Vouseine; ils boivent le moka et la vapeur du Ichibouk; puis le pacha dit au giinéral en chef: — Ami, laissons cette bicoque, étalions livrer bataille. — Pacha , sabre de Tempire, lui répond Vouseine, ne risquons pas de perdre notre armée, et assurons-nous un refuge en casd'écheo. — Au même instant arrive uneleltrede Rasak, pacha de la citadelle assiégée , qui , loin de crier aman , les menace de faire sur eux feu de son artillerie. Vouseîne, indigné, appelle tous ses faucons : — A l'assaut ! leur criet-il ; Allah soiilient noire cnuse dans le divan céleslft. — El tous, sautant à cheval, assuillirenl la paianke d'Ipek^ ils la franchirent comme un éclair; arrivés au pied du grad, ils y laissèrent, il est vrai, beaucoup de morts, mais parvinrent à en escalader les remparts, et en emportèrent un énorme butin.
t Poussant alors leurs coursiers par la vallée de Drenitsa , les vainqueurs ne descendirent plus de cheval que dans la plaine de Kossovo, où ils campèrent sous f ristina et restèrent quelques jours en repos. Puis trois cents gardiens de frontière, braves à qui la mort sourit, partirent avec Memich- Aga pour aller délier le nizam. Us maraudent dans la campagne, demandant partout ouest lenisam impérial. Une boune fortune le leur fait rencontrer au gros village de Lipliani, où, dirigé par le pacb;i de Priszen, il élevait un retranchement pour y placer des batteries et défendre Kossovo. Aussitôt Hemich-Aga expédie un des siens pour porter cette nouvelle à Vouseine; puis, à l'heure du saba {prière de Taurore), tous crièrent : Ualédictiuu au sultan! et la lutte s'engagea... Elle dura jusqu'à ce que tout le nizam eût été broyé, et que ses canons, ses caisses d'argent, ses tentes , ses provisions de guerre et de bouche, fussent tombés au pouvoir des Bosniaques, t
Le grand-visir ttechid , qui se tenait alors à Skopia en Macédoine, envoya contre les vain-
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queurs les pachas Khor-Ibrahim et Uadchi*- Achmet avec une nouvelle ^rmée, composée principalement de mercenaires arnautes. Les Amautes, en passant au parti de Vouseïne, lui valurent un nouveau triomphe. Si les Bosniaques eussent marchéen avant, ils se seraient emparés de Skopia et du grand-visir , et auraient peut-être mis fin au règne de Mahmoud; mais lear général n'était qu'un héros. Étranger aux ruses diplomatiques^ il se laissa tromper par Tadroit Rechid, qui s*enn gagea à rendre à la Bosnie tous ses anciens privilèges y et de plus à lui donner pour visir un indigène^ qui serait Vouseïne lui-même. L'armée ne pouvait rejeter dételles propositiras; elle les accepta et rentra en Bosnie, commettant la faute énorme d'abandonner son vieil allié Moustapba^ et de le laisser bloqué dans Skadar. Pour counm<^ ner ses heureuses machinations, Rechid promit en secret au capitaine de Touzla qu'il le ferait visir à la place de Vouseïne, dont la jeunesse portait mal le poids d'une telle dignité. Le vieiax guerrier se laissa séduire et prit publiquement le parti de la réforme, avant même que l'armée se fût dissoute. Devinant en lui un traître, Vi-daïtj voulait l'attaquer et le tuer; mais Vouseïne retint le bras de son ami. Dès lors le gouverneur de Touzla ne fut plus occupé qu'à mîner sotir^ dément la popularité du héros.
La retraite des Bosniaques était tout ce que le grand-visir désirait. Ayant ainsi assuré ses der-
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rières , il envoya soixante mille soldats dévaster le nord de T Albanie, et Moustapha, cerné dans sa forteresse de Skadar, dut se rendre après avoir soutenu un bombardement qui dura trois semaines.
Débarrassé de Moustapha , Rechid tourna contre les Bosniaques Faction dissolvante de ses intrigues. Il vint en personne établir son camp à Youtchitern , dans la plaine de Kossovo, d'où il pouvait dominer et menacer à la fois la Bosnie et les Âlbanies. Cependant Youseïne , qui se croyait le visir légal des Bosniaquea , s'était formé une cour visirale à Travnik , et se faisait nommer non plus le dragon, mais le héros de la Bosnie. La secrète jalousie que les autres chefs lui portaient avait été soigneusement fomentée par l'astucieux Rechid. L'inébranlable amitié de Vouseïne pour Ali-Vidaïtj lui avait aliéné le rival et le successeur d'Ali dans Zvornik. Le pacha de Touziaet les nahias du nord étaient réformistes ; celles du midi, sans cesse menacées par les chrétiens libres et les ouskoks d'Hertsegovine , penchaient aussi pour le sultan. Enfin la ville même de Saraievo , sentant que son commerce est étroitement lié à celui de Coostantinople , ne resta pas sourde aux insinuations du grand-visir. Alors un firman impérial vint tout à coup frapper d'effroi Vouseïne , en nommant y à sa place, visir de Bosnie, un étranger, Kara-Mahmoud , qui se rendit à son poste avec 30,000 hommes, dont 42,OOOappar-
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tenaient au nizam. Quoique naturellement doux , Youseïne avait dû faire exécuter récemment à Saraïevo plusieurs agas séditieux ; les ennemis , exploitant cette circonstance, le peignaient au peuple comriie un tyran, et il ne put envoyer que 2,000 volontaires à la rencontre de son rival.
Les deux avant-gardes se rencontrèrent sous le grad de Kossovo, qui semble destiné fatalement à voir s'accomplir dans sa plaine toutes les luttes décisives entre les Serbes et les Turcs. Mais cette fois les Osmanlis combattent quinze contre un ; après une résistance acharnée, les Bosniaques succombèrent , et ceux , en petit nombre , que le nizam fit prisonniers furent envoyés dans les bagnes de Stambol. Le mousselim de Priépolié, Iladchi-Moui, un des plus ardents champions de Vouseïne et de l'ancien régime musulman , osa encore défendre le pont de la Lim avec deux canons et quelques centaines de spahis ; mais il fut enfin saisi et promené sur un âne, le visage tourné vers la queue de sa monture , à travers la ville dont il avait été le juge. Décidé à mourir, Youseïne quitta avec ses amis Saraïevo, et alla se retrancher à cinq lieues de cette capitale, sur les versants du Vitez, qui est pour le pays une espèce de mont sacré. Touchés de son héroïsme, les Bosniaques vinrent l'y joindre en foule, et , quand le nouveau visir Kara- Mahmoud arriva sur le Vitez , il y trouva rangés vingt mille combattants. Mais beaucoup d'entre eux étaient des
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raïas que leurs matlres avaient eu l'imprudence d'armer : la bataille engagée , ces raïas refusèrent de lutter pour des spahis qui les opprimaient, et la discorde fit encore une fois triompher les impériaux. Vouseïne culbuté ne parvint à rallier ses derniers braves que sous les murs de Saraïevo, où , soutenu par Vidaïtj , il fit des prodiges de valeur pour interdire aux Turcs l'entrée de la capitale. Ce jour-là, huit chevaux périrent sous lui. Désespérant de réduire de tels hommes, malgré la supériorité énorme de ses forces, Kara- Mahmoud songeait à la retraite, quand sa bonne fortune fit tout à coup arriver à son secours le terrible aga de Stolats , Ali , à la tête des raïas et ouskoks hertsegoviniens , tous pleins d'ardeur^ tous ayant à faire expier aux spahis de longues vexations. Ces guerriers chrétiens prirent les Bosniaques en flanc et achevèrent de les exterminer. N'ayant plus de soldats , le dragon Vouseïne,, avec son pobratim Vidaïtj et deux cents begs , se fit jour à travers l'armée turque, et exécuta une admirable retraite jusqu'àla frontière d'Autriche. Kara-Mahmoud, entré dans Saraïevo, s'y conduisit noblement; il fit respecter les personnes et les biens , mais refusa d'aller demeurer à Travnik , et s'érigea un konak et des casernes sur la butte de Goritsa, à un quart de lieue seulement des murs de la ville. Quant aux begs héréditaires des différents châteaux, il sut , par l'ascendant de son caractère et sans recourir à aucune pro-
messe , les amener les uns après les autres à se rendre , et peu à peu il les envoya tous à Constantinople, où le divan les fit garder à vue. De simples aïanset des mousselims , révocables par le visir , remplacèrent les begs de Bosnie. Les citoyens de Saraïevo, qui voyaient avec indignation Kara-Mahmoud demeurer prè§ de leurs murs, contrairement à la constitution bosniaque , assaillirent le .mont fortifié du Goritsa pour en expulser le nizam ; mais ils furent battus et repoussés , et cette nouvelle révolte n'eut d'autre résultat que de faire peser plus lourdement sur les vaincus la domination ottomane.
Obligé de quitter la Macédoine pour aller combattre les Arabes en Syrie, le grand visir Rechid donna une grande preuve de son habileté prévoyante en accordant à tous les begs bosniaques réfugiés en Autriche une amnistie complète. Presque tous, jusqu'à Teisia le Ravageur, ancien général des kerdchalis , rentrèrent dans Tenripire; Vouseïne et Vidaïtj refusèrent seuls de croire aux promesses d'un homme qui les avait si cruellement trompés ; mais pour tout véritable Oriental l'exil en Europe est un si affreux supplice , qu'il devint bientôt intolérable aux deux proscrits. Quoiqu'il possédât d'immenses richesses et qu'il vécût librement à Essek , en Hongrie, avec toute la pompe d'un visir, entouré de cent delis aux armes superbes, ayant des chevaux arabes couverts de harnais d'or, Vouseïne implora comme
un criminel la clémence du sultan. Vers la fin de 1832, le firman qui le graciait étant arrivé à Zemlim, le proscrit se rendit dans cette ville avec son brillant cortège, et, s'appuyant sur son pobratim Vidai tj , il écouta, en présence de l'étatmajor autrichien , la lecture du firman. La clémence du tsar turc était sévère : enlevant au héros ses titres, ses biens, ses espérances, elle ne lui laissait que la liberté personnelle; encore devait-il se choisir un lieu d'où il ne sortirait plus, et ce lieu ne devait pas être en Bosnie. A cette déclaration désolante, Vouseïne ne put cacher sa douleur, un torrent de larmes s'échappa de ses yeux ; il invoqua sa chère Bosnie, et regretta de n'être pas mort en combattant pour elle. Cependant, préférant un exil obscur, même au sein de l'Asie turque, à une riche et libre existence chez les infidèles d'Europe, il s'embarqua humble et résigné pour Belgrad, et de là se rendit à Gonstantinople.
Le divan impérial n'avait dompté les Bosnia^ ques qu'à l'aide des raïas, il était naturel qu'il se fiât désormais aux chrétiens plus qu'aux spahis; et, comme les chrétiens tendaient à se réunir aux Serbes du Danube, le sultan se hâta de publier un hatti-cherif qui démembrait la Bosnie au profit de la principauté serbe , et réglait les dispositions relatives à l'évacuation par les musulmans des six districts cédés à Miloch. Ces six districts étaient la Kraïna, y compris Kloutch,
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la Tserna-Rieka avec Gourgousovats , Bania et Sverlik, la nahia d'Alexinats avec Paratjine et Rajnia, le pays de Krouchevats , une partie du Stari-Vlah (vieille Valachie), en y comprenant la fraction du pacbalick de Novibazar appelée Bervenik y et enfin le district de la Drina, composé de la Radjevina et du ladar.
La fixation de ces nouvelles frontières ne s'accomplit pas aussi paisiblement qu'on l'espérait. En vain les deux pacbas de Belgrad et de Vidin, Hussein et Vedchi, envoyèrent leurs commissaires Tjakhif et Abdoul-Aga pour seconder les commissaires serbes Yelkovitj et losif Milosavlevitj ; en vain le sénateur George Protitj parcourut tous les confins en litige pour s'assurer que les Turcs ne gardaient rien de ce que le batti-cherif adjugeait à son pays; malgré toutes ces mesures^ quand on voulut faire évacuer aux populations musulmanes les chaumières de leurs aïeux , elles poussèrent des cris de désespoir et se défendirent avec fureur. Sept villages voisins de Krouchevats, dont les forêts et les prairies communales étaient cédées à la Serbie, voulurent en interdire l'approche aux pâtres serbes. Les troupes de Miloch survinrent et battirent les anciens propriétaires. Affectant alors quelque compassion, le kniaze accorda un sursis aux Bosniaques dépossédés, pour qu'ils pussent recueillir et emporter dans l'exil leur dernière moisson de maïs. Mais la moisson faite, quand on voulut les arracher à leurs pénates, les
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infortuDés, ne pouvant âe résigner à Texil, appelèrent à leur secours les golatchanes (enfants nus). Ces soldats vagabonds , licenciés par la Porte, vinrent au nombre de plusieurs milliers, et, après avoir culbuté les avant-postes de Miloch, se portèrent sur Klissoura et se mirent à incendier les villages serbes, dont ils emmenèrent les femmes comme esclaves.
Néanmoins les Bosniaques ne pouvaient accepter qu'à contre-cœur l'appui de ces golatchanes, sans-culottes et communistes de l'Orient, qui nient la propriété et le mariage , parce qu'ils se voient violemment réduits à la misère et au célibat. De pareils prolétaires inspiraient trop d'horreur aux spahis pour que ces nobles ne cherchassent pas d'autres auxiliaires. Us conjurèrent les pachas voisins de leur envoyer des troupes disciplinées, qui les aidassent dans leur lutte inégale; mais le pacha de Stolats, l'ambitieux Ali^ écouta seul leurs prières. Oubliant qu'il devait son élévation au secours des ouskoks chrétiens, et qu'il avait contribué plus qu'aucun autre à briser la puissance des spahis en 1831, il prit la défense de ces mêmes hommes dont il avait causé la ruine, et déchaîna en leur faveur ses bandes hertsegoviennes , qui ravagèrent avec le fer et le feu le Stari-Vlah. Pendant ce temps, Mitchitj deRouina, que Miloch avait nommé gouverneur de cette province, plantait des croix tout le long de la nouvelle frontière, et, sur les points où elle traversait
des forêts , il abattait les arbres pour établir des corps-de-garde. Il était encore occupé à ce travail, quand une pauvre orpheline, échappée au mas* sacre des raïas de Mokra-Gora^ vint lui apprendre les ravages commis par les Bosniaques. Aussitôt Mitchitj vola avec ses momkes au secours des victimes ; mais il ne trouva plus que des cadavres et des cendres. Les cinq cents Bosniaques musulmans qui avaient détruit Mokra-Gora, pour ne pas voir passer ce village intact aux mains de leurs rivaux, s'étaient portés sur Zaovina, autre commune éloignée de deux lieues, et qu ils ravageaient également. Leurs chefs étaient Arif, beg de Vichegrad, Sali, beg de Roudog, Alaï-Tchenghitj , Moustaï et Sertchitj, begs de Zagora, de Priboïe et de Gorajda. Ces hommes naguère opulents, qui se voyaient réduits à la misère, s'éCant abouchés avec Mitchitj, lui dirent que les terrains concédés appartenaient en propriété à leurs familles et à leurs tribus, que le sultan ne pouvait les aliéner sans s'entendre auparavant avec eux, et qu'en conséquence ils avaient droit de les défendre, jusqu'à ce que la supplique envoyée par eux au divan obtînt satisfaction. Mitchitj ne répondit qu'en présentant les ordres de Miloch; et, à la tète de trois cents momkes, chargea les begs, qui , 'après lui avoir tué ou blessé grièvement une vingtaine d'hommes, se replièrent sur le défilé qui défend les abords de Vichegrad et s'y retranchèrent. Renonçant à les forcer, Mitchitj alla
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donner l'assaut à Mokra-Gora, occupé par trois cents Bosniaques, qui, après un combat de trois heures, se retirèrent, laissant leurs morts, et entraînèrent dans leur retraite sur Yichegrad un renTort de deux cents spahis qui accouraient à leur secours.
Miloch reçut la nouvelle de ces tristes scènes dans sa résidence de Kragouïevats, située à cinquante lieues de la frontière de Bosnie. Il réunit aussitôt quatre mille guerriers d'élite et les confia à son frère lovane, le chargeant d'aller tirer une éclatante vengeance des infidèles, pour leur apprendre à mieux respecter les ordres de leur sultan. Cette petite armée se dirigea sur Yichegrad, où les spahis dépossédés avaient concentré leurs forces; mais, à l'approche des Serbes chrétiens, les malheureux begs s'enfuirent en tumulte au-delà de la Drina, avec leurs femmes, leurs enfants, leurs chariots. Ils étaient chassés pour toujours ! Quand les derniers Maures quittèrent Grenade, bannis par les Espagnols, il se passa un drame plus poétique peut-être, mais non plus attendrissant que celui dont le Stari-Vlah fut le théâtre au printemps de 4834. Ici ondoyait non pas, comme en Espagne, deux peuples différents, mais un seul et même peuple, divisé en deux fractions, chrétienne et musulmane, dont l'une, se croyant, dans son fanatisme, ennemie irréconciliable de l'autre, la renvoyait sans pitié du territoire obtenu par les traités. On voyait des Ser-
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bes, la croix en main, chassant des Serbes leurs frères des cabanes où ils étaient nés. Le faible dépouillé et le spoliateur se maudissaient dans la même langue ; des troupes de mères éplorées, d^enfants à demi nus et sans abri, remplissaient les chemins. « Avec nos champs, vous nous enlevez notre pain, nous mourrons de misère! » disaient les proscrits aux nouveaux maîtres. « Qu'importe ! vous êtes des chiens d*infidèles ! » criaient les gens de Miloch. Ainsi on voyait ces hommes récemment arrachés à l'esclavage se faire un jeu de la liberté d'autrui.
La Gazette d'état de Serbie^ en racontant ce triste événement, cache avec soin la douleur des populations expulsées; elle donne à croire que leur résistance a été provoquée par les intrigues du turbulent Ali, pacha de Stolats ; les ravages des begs dans le Stari-Vlah passent pour une invasion en Serbie. La Gazette ajoute que Miloch va réclamer de la Porte un dédommagement pour les frais de la campagne. Elle raconte plusieurs traits d'héroïsme des raïas serbes, notamment celui du pope de Zaovina, nommé George Djouritj, qui, avec trois de ses paroissiens, défendit pendant plusieurs heures son presbytère contre quatre cents Bosniaques. Appuyés par les pachas turcs, ceux qui avaient vaincu dans cette guerre facile revinrent enfin à Kragouïevats, où leur prince les fêta splendidement. On évalue à quatre cents lieues carrées l'étendue des six districts 11. 7
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concédés à la Serbie^ et on croit qae leur population 9'élevait à deux cent mille âmes avant l'expulsion des habitants musulmans*
Le kniaze serbe ayant envoyé un de ses minittresi Petronievitji remercier le sultan de ses bien-faits, Mahmoud dit à l'envoyé ces remarquables paroles : « Je suis très-satisfait de la conduite de Miloch-Beg, J'espère qu'il restera dévoué à mes intérêts comme aux siens propres. Je sais d'ailleurs qu'il adhère par sympathie à mon gouverne* nienti j'ai appris combien il a puissamment aidé mon grand-visir Rechid à dompter les rebelles bosniaques et albanais. Je lui recommande de continuer de veiller sur la Bosnie et l'Albanie, et d'entretenir avec leurs pachas des rapports amicaux et une correspondance assidue. .. Une doit pas douter de ma bienveillance, et il me fera même plaisir s'il vient me voir en personne, pour que je puisse le récompenser en empereur de ses services. » Les proclamations et la GazMe officielle de Serbie ne cessèrent pendant longtemps de revenir sur ces éloges et sur les faveurs accordées au kniaze par le sultan; mais elles se gardaient de laieser voir que ces faveurs étaient achetées au prix de l'asservissement des autres Slaves de la Turquie. Miloch connaissait en effet touslescomplots formés par ces Slaves dans le but de leur émancipation, et il dévoilait ces complota à la police turque eu mêmç temps qu'aux agenta russes, s'assurant ainsi un appui dans le^
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deux cours rivales. Le nouveau visir de OcAnie» Daoud, qui avait espéré calmer les Bosaiaquee bannis des champs paternels m leur témoig^aat quelque sympathie, ne réussit qu'à leur rendre, par cet appui officiel, le courage de la vengeance. Dépouillés par les chrétiens libres, ils se jetèrent avec fureur sur les chrétiens raïas. Les fr^re» et enfants des capitaines persécutés les années précédentes prirent hautement la défenee de cw maraudeurs musulmans, et les raïas de Bosnie se virent soumis à mille tortures. Vainement ils in«voquèrent Miloch et le sultan, qui, ayant causé parleurs actes tyranniques cette persécution nouvelle, auraient dû se hâter d'y mettre un termo; ni Mahmoud ni Miloch ne s'inquiétaient d^ leur» yictimes*
A la fin de 1834, les raïas, poussés à bout, se soulevèrent contre leurs spahis, et mirent à leur tête un pope nommé lovitsa. Aussitôt Bfilocb leur fit exprimer son mécontentement; quelques bandes de iounaks étant allées de Serbie au secours de leurs frères bosniaques, le prince les rappela et les punit sévèrement. L'insurrection ainsi con-trariée fut vaincue; lovitsa lui-même, après s'^rç longtemps défendu dans les forêts , dut passer dans la principauté, où Miloch ne tarda pas i le faire incarcérer. Du fond de son cachot de Belgrad, r infatigable patriote bosnii^ue ourdit une nouvelle conjuration, et, au printemps de 1835, deux mille raïas, sous la conduite du knèze Pa-
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vel, recommencèrent la lutte dans les vallées de la Drina. Ces malheureux schismatiques virent alors pour la première fois les missionnaires catholiques de Bosnie s'intéresser à leurs souffrances, et leur envoyer comme auxiliaires l'élite de leurs ouailles. Mais catholiques et schismatiques ne se battaient qu'avec des instruments de labourage : comment auraient-ils pu dompter ces terribles spahis dont la vie tout entière n'est qu'une étude passionnée des exercices militaires? Ils furent encore vaincus , et le malheureux lovitsa se vit livré par Miloch , comme l'auteur principal de ces troubles , au pacha de Vidin; ce ne fut que sur un ordre exprès du sultan que ie captif recouvra enfin sa liberté.
Le visir de Bosnie, Daoud, n'était pas d'un caractère assez ferme pour faire triompher dans ce pays, même avec l'appui de Miloch, les réformes de Mahmoud. Vers la fin de 1835, le divan lui donna donc pour successeur un Turc d'Anatolie, l'énergique Vedchi , qui était alors pacha de Belgrad. Les courtisans de Miloch escortèrent Vedchi jusqu'aux confins de la principauté, et avant de se quitter, chrétiens et musulmans dînèrent ensemble à l'asiatique, les jambes croisées , sous des tentes aux riches couleurs. Ainsi, pendant qu'au mépris des tendances européennes de son peuple, Miloch , comme un satrape d'Asie , rétablissait chez lui les mœurs et les institutions turques, en Bosnie, au contraire, il intervenait, au nom de la
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civilisation d'Occident, chez un peuple à qui cette civilisation est odieuse. Le tyran serbe aidait de tout son pouvoir le sultan ghiaour à étouffer les antiques libertés oriento-slaves, garanties aux Bosniaques par tous les tsars musulmans. N'ayant pour guide que son intérêt propre, Miloch relevait d'une main ce qu'il abattait de l'autre; il imposait aux Bosniaques les réformes dont ils ne voulaient pas , et refusait ces mêmes réformes à ses propres sujets, qui les demandaient à grands cris. N'était-il pas juste que ce despote fût enfin renversé? Cependant, à mesure que sa puissance s'écroulait en Serbie , il s'élevait en Bosnie une puissance nouvelle. Les raïas, que Miloch avait trahis, se tournèrent dans leur désespoir vers le visir Vedchi, qui , préludant au hatti-cherif de Gulhané, leur parlait d'égalité devant une loi unique^ commune à tous les rangs , à tous les cultes. Quoiqu'ils comprissent peu de chose à ces théories occidentales, les raïas devinèrent qu'elles pouvaient les venger de leurs spahis ; il n'en fallut pas davantage pour assurer l'appui de la population chrétienne à Vedchi, qui devint bientôt pour les Bosniaques un maître absolu.
Vaincue dans tant de combats , l'aristocratie bosniaque ne résistait plus par les armes; il s'agissait de la vaincre jusque dans ses mœurs, en déclarant abolis tous les fiefs, toutes les dignités héréditaires, depuis les spahiliks jusqu'aux grandes capitaineries, et en les remplaçant par des
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emplois temporaires. Cette révolution^ qui avait pour but officiel de substituer aux droits de Thé^ redite les droits de la capacité, s'annonça en i837 par la deslitutioa des principaut capitaines de la Croatie turque. Vedchi les remplaça par des fttauft nommés à vie ; Bania-Louka fut la pre-mière ville qui accepta ce nouvel état de choses. Toutefois le visir, n'ayant point d*armée, n'osait encore pénétrer dans la capitale de la Bosnie , et «6 bornait à expédier de sa citadelle de Trarnik led ordres impériaux ; mais les spahis lui obéissaient par crainte, car Vedchi avait pour lui les raîaSi Depuis le derviche Dcheialoudine, aucun tiâir n'avait joui dansce pays d'un pouvoir aussi 6tendu. Tout à coup le sulian Mahmoud fut en* levé à Tempire; les musulmans bosniaques satinèrent avec une joie indicible la mort de ce sou* verain qui, durant son long règne, n'avait cessé de saper leur puissance par tous les moyens* Les partisans de l'ancien régime voulurent remuer, mais Vedchi leur imposa silence. L'aristocratie des spahis était désormais trop affaiblie, divisée en trop de factions rivales, pour pouvoir réclamer efficacement ses privilèges. Quant au bas peuple musulman, la terreur le contenait. Aussi , lorsque les ministres d'Abdoul-Medjid , loin de retourner en arrière, eurent cru pouvoir étonner l'Europe par un coup d'état inattendu en promulguant le hatti-cherif deGulhané, le visir réformiste, Vedchi , se trouva dans une position
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des plu8 fortes au milieu des raïas serhc».
Lapui8Ban(^.e du vislr de Bosnie était telle, que le prince Miloch, déposé du trône , ne crut pouvoir remettre le soin de sa vengeance en de tneil^ leures mains que celles de Vedchi. Des lettres qu'il expédia à ce visir et aux autres pachas bosniaques leur légiièrent comme une proie son ingrate et indocile Serbie. Peut-être espérait-il, par cette mesure, abattre ce qu'il appelait le parti russe, et réaliser violemment la concentration de toutes les tribus de race serbe sous la suprématie d'un seul vlslr. On conviendra quMl y avait au moins un machiavélisme bien cruel dans le choix des moyens employés pour arriver à ce but. Les deux pachas de Zvornik et de Novibazar, avec cinq ou six mille musulmans d avant-garde, parurent à la frontière serbe, tout prêts à l'envahir. Heureusement, les vislrs de Bosnie et de Bulgarie envoyèrent à ces pachas défense , sous peine de mort , d'attaquer la prin-^ cipauté que garantissaient deux empereurs , ils leur ordonnèrent de se rendre aussitôt à Nicha. Ces chefs y portèrent , pour se justifier , la lettre d'appel de Miloch , où on lisait que , las de régner sur des rebelles , le prince remettait sa patrie aux Turcs comme à ses maîtres légitimes. Cette lettre , envoyée h Belgrad ^ fut lue devant la skoupchtina serbe, qui fit remercier Vedébi de sa prudente modération.
IjC visir avait d'ailleurs sur les bras de trop
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sérieuses affaires pour penâer à venger son cher Miloch en inquiétant la Serbie. Le vieux pacha de Skopia , Osmane y au concours et à la sagesse duquel il devait tous ses succès , avait été envoyé comme visir en Â.sie : l'absence de ce vieiil^ laissait un grand vide dans le conseil de Vedchi. Bientôt les begs de Saraïevo , indignés des manières franques et des vexations fiscales du représentant de Yedchi dans leur ville , le chassèrent ignominieusement. Le visir ^ qui avait eu le temps de former son jeune nizam aux manœuvres européennes , et qui se fiait dans cette force nouvelle , ne craignit pas de sommer les begs et sénateurs de la capitale de venir à Travnikse justifier devant lui. Le corps des begs et des spahis, dont une paix assez longue avait cicatrisé les blessures, accepta le défi , et, après avoir invité le sultan à juger dans leur cause et à les recevoir sous son ombre^ n'obtenant qu'une réponse évasive , ils marchèrent, en août 1840, au nombre de vingt mille, sur Travnik. Le visir fut chassé de sa résidence, et dut fuir dans les montagnes; mais, sans se laisser abattre, il rallia vite autour de lui tout ce qu'il avait de troupes régulières dispersées dans la province , marcha contrôles rebelles, et, quoique son nizam ne fût composé que de quatre mille hommes, il n'hésita pas à engager, au village de Yitez, une action générale. Les spahis , après quatre heures d'un combat désespéré, se retirèrent, laissant
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mille morts sur la place , et allèrent s'enfermer à Saraïevo, que le visir investit aussitôt. La ville , dénuée d'approvisionnements , dut se rendre à son terrible vainqueur, qui , resté sous sa tente/ cita devant lui le principal chef de la révolte , le décapita de ses mains , et fit exécuter aux portes même de la ville les huit ou dix voïevodes les plus coupables à ses yeux. Tous les begs épouvantés prirent la fuite , et se réfugièrent , les uns dans les forêts , les autres chez les ouskoks d'Hertsegovine ; les plus riches passèrent en Autriche , et Raguse accueillit , entre autres hauts personnages , l'inspecteur général des mosquées de Saraïevo. Pour punir les intentions hostiles qui animaient cette émigration, Yedchi brûla tous leskonaks des émigrés, et, en outre, imposa d'énormes amendes aux chefs restés dans le pays. Pendant que quinze cents hommes du nizam , envoyés par ce visir dans la Croatie turque, achevaient d'anéantir les derniers restes de l'insurrection, lui-même, après avoir accablé d'avanies Saraïevo , laissait mille Albanais pour surveiller cette ville du haut du Goritsa , et s'en retournait tranquillement dans son fort de Travnik. La vue des capitaines prisonniers envoyés par Yedchi à Coostantinople et le récit de sa brillante victoire provoquèrent l'enthousiasme du divan , qui lui décerna un sabre d'honneur et le combla d'éloges publics.
La fortune de Vedchi fut de courte durée. Les
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Bosniaques opprimés envoyèrent au saltan une députatioa suppliante ^ et présentèrent leur Vtsi^ comme un tyran ai cruel) qu'ils aimaient mieux, disaient-ils , se (kire chrétiens , s'il le fallait , que de rester sous sa domination. Un haut com^ missaire impérial partit pour aller en Bosnies'enquérir des griefs du peuple et de la conduite de son chef. Le résultat de cette enquête fût une sentence de déposition que le divan prononça à huisHîlos ) selon son usage. Le pacha deBelgrad, Hosrev ^ se chargea d'exécuter Tarrèt et d'en recueillir les fruits. Nommé visir de Bosnie , il partit pour Travnik , arriva le soir au sérail de Vedchi , qu'il combla de félicitations et de témoignages d'amitié ; le lendemain, dès l'aurore, il faisait circuler parmi la garnison et lire à haute Toix dans toutes les rues de la ville le tir* man qui déposait Vedchi et le rappelait à Gonstantinople. Forcé de partir en hâte , le maître déchu laissa sous le scellé ses papiers , ses effets , toutes les riches dépouilles qu'il avait enlevées aux Bosniaques. Ses principaux partisans, arrê* tés comme lui au moment où ils s'y attendaient le moins , furent tous envoyés devant le conseil du sultan à la grande joie des Bosniaques , tant musulmans que chrétiens. Un profond mystère plane encore sur les causes de la disgrâce de Vedchi* Avait-il conspiré avec une cour voisine pour livrer la Bosnie aux étrangers ? Cherchait-il , nouveau Miloch » à fonder, à l'aide desraïas
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serbes , sa propre sduverAineté? Ou bien ètsiMl révolté deft mesures intempestives du divan impérial, et^ se sentant un génie supérieur, voulait-^il, comme le vice-roi d'Egypte, diriger la réforme sociale dans un sens plus conforme à la nature de Tislamisme et aut vrais intérêts des Osmanlis? Ce sont au tant de questions auxquelles on ne peut encore répondre. Ce qui paratt clair, c'est que , dans l'insurrection domptée par ce visir, les Bosniaques musulmans ont pour la première fois entrevu comme possible leur retour à la religion du Christ et leur coalition avec des chrétiens. De plus en plus opprimés , ils tour>« nent leurs regards vers les régiments serbes de Hongrie, et souvent, dans leurs piesmas , ils les appellent à leur secours. Appel inutile! la dl^ plomatie autrichienne est trop habile pour (se permettre en Bosnie une intervention prématurée qui donnerait aux Russes des raisons plausibles d'envahir le Danube. La désorganisation des Bosniaques ne profltera donc pour le moment à personne^ si ce n'est aux Turcs d'une part et de l'autre aux ouskoks alliés des Monténégrins. C'est un curieux épisode dans l'histoire moderne de rorient, que la formation de ces tribus d'ouskoks, hommes libresde l'Hertsegovine qui, retranchés dans leurs montagnes et habitant des vi^llagee ou plutôt des camps inaccessibles, défient la puissance ottomane, dont ils attaquent incessamment les petites garnisons dans leurs marches d'une
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forteresse à l'autre. Plusieurs de ces tribus libres font remonter leur indépendance à la fin du dix*huitième siècle. Ayant reçu de la Porte des firmans qui ratifiaient les droits conquis par leur épée, un certain nombre de capitaines ouskoks se sont réconciliés avec les pachas , et forment une espèce d'armatole , milice chrétienne qui se charge de la police des montagnes et des défilés. Ces corps francs remplacent peu à peu dans leurs fonctions guerrières les spahis, dépossédés de leur ancienne puissance. La prudence même fait un devoir aux pachas de ménager ces hommes audacieux, qui ne craignent point de se mesurer avec le nizam , et qui ont , depuis 4840, battu à plusieurs reprises le puissant pacha de Mostar. Avec leur secours , les tribus des Vassoïevitj , avantgarde du Monténégro, étendent leurs conquêtes en refoulant de plus en plus les Bosniaques turquisés vers Saraïevo. Ainsi, partout la tribu chrétienne , restée à l'état primitif et naturel , se rajeunit et apparaît comme héritière de la vieille cité musulmane , réduite à une vie factice et en proie à des réformes que renie la conscience populaire.
Effrayés des progrès que fait en Bosnie la démoralisation sociale, les ministres ottomans, pour rendre à ce pays un peu de ferveur musulmane, ont renvoyé dans son sein tous ses anciens chefs du temps de Vouseïne. Beaucoup d'entre eux sont ainsi rentrés, comme mousselims ou comme aïans,
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dans les grads dont ils étaient autrefois les capitaines héréditaires. Il en est résulté de nou- Telles persécutions contre les chrétiens de la part de ces fanatiques défenseurs du vieux régime. En 18i2, la position des raïas était devenue affreuse, et TAutriche, intéressée à noircir encore le sombre tableau de leurs souffrances, insérait dans ses journaux des plaintes déchirantes sur les réactions et les vengeances que les ultra-musulmans se permettaient contre les chrétiens, pour les punir d'avoir ensorcelé le sultan et provoqué le fatal hatti-cherif de Gulhané. Au commencement de 1843, ces malheureux, poussés à bout, se sont encore révoltés, et, armés de pioches, de massues, de poignards, ils ont marché, dit-on, au nombre de 8,000, contre le visir de Travnik, qui leur a opposé son nizam et les a dispersés. Tel est l'état actuel de la Bosnie. Le seul fruit que les raïas retirent des réformes européennes, c'est de voir tripler leurs impôts. Quant aux spahis, ils entrent peu à peu dans le nizam, et adoptent la discipline militaire autrichienne , mais sans modifier leurs convictions. Ce sont toujours les mêmes préjugés, et sous leur nouveau costume franc ces hommes se montrent oppresseurs comme au temps où ils portaient les tokas dorées et le lourd manteau national.
ilU LES'ftIAVBS d'orient.
Jusqu'à ceB derniers temps on a vu la Botnie former un état à part dans l'empire turc. Son aristocratie toute guerrière commence par transformer le pays en une immense place d'armes, dont les avant-postes, jetés bien loin du corps de place, atteignent le Danube et se prolongent jusqu'au fond de la Macédoine; puis, attaqués en 1804, ces boulevards extérieurs sont peu à peu démolis par les sultans et les raïas, qui viennent enfin livrer assaut à la place proprement dite en i832. Cet assaut, soutenu d'abord avec gloire par le dernier héros national, Vouseïne, a duré jusqu'en 1840 , année qu'on peut regarder comme la dernière de l'état bosniaque. Depuis ce temps, il n'y a plus en Bosnie ni fiefs, ni places héréditaires; tous les chefs reçoivent leur nomination directement de la Porte. Ce sont ces chefs seuls qui , fidèles ou parjures à leur serment, font aujourd'hui la paix ou la guerre dans le pays.
L'empire du sultan a-t-il gagné à cet étal de choses? Ceux qui regardent l'intimidation et l'o-
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béisaance apathique des sujets comme unegarantie de puissance pour les couronoesy trouveront que l'empire qui s'est régénéré par rextermioation des janissaires a sagement agi en écrasant aussi la fière nationalité de la Bosnie, cette pépinière du janissariat. De telles mesures ont certainement rendu l'administration centrale plus facile; mais, en violentant les croyances et les mœurs, on a poussé les populations à l'indifférence. Victimes de tant de réformes, les unes prématurées, les autres anti-nationales, les. peuples finissent par se considérer comme des troupeaux stupides que des pasteurs couronnés font paître, qu'ils tondent, et qu'ils échangent entre eux à leur gré. Maintenant les Bosniaques ne combattront plus avec enthou-* siasme ni les Autrichiens, ni les Russes^ A leurs yeux, le Turak, le Schvabo et le Modcov sont égaux. Pour quelle cause se passionnerait désormais le Bosniaque? Depuis les réformes franques, il n'y a plus ni religion ni patrie, et la Bosnie n'est plus traitée que comme une province ottomane, quoique les habitants ne sachent pas le turc et ne pui^ sent jamais devenir des Ottomans. Il n'en était pas ainsi il y a cinquante ans : le trône de Stambol n'avait pas alors de plus ardents défenseurs que les spahis bosniaques; stimulés par l'amour d'Allah, ils s'élançaient au premier appel contre quelque ennemi que ce fût, menant au camp impérial des contingents bien plus nombreux que ne l'exig^it l'étendue de leurs spahiliks. Aujour-
d'hui beaucoup decapitaiDes dépossédés attendent de l'intervention russe leur réintégration dans les châteaux de leurs pères. D'autres se tournent vers l'Autriche. Me prenant pour un Schvabo^ quand je traversais leurs villes, ils me disaient : — 0 Niefnats(\)y que tout est bien dans ta patrie! Chez toi, chacun pratique en paix ses usages, et le maître ne coupe pas, comme ici, la tète à ceux qui ont la langue trop longue. Puissions-nous être bientôt tes concitoyens ! — Et à mon départ ils me serraient tendrement la main, quelquefois avec les larmes aux yeux. Ce sont là les sentiments des vieux begs; les jeunes gens vont beaucoup plus loin ; il n'est pas rare de les entendre entre eux souhaiter l'arrivée d'une armée chrétienne pour pouvoir se faire ghiaours.
De tels propos se tiennent à la face même des Osmanlis, qui, ne comprenant pas le dialecte bosniaque , se trouvent constamment en Bosnie dans la situation d'étrangers; aussi n'y font-ils guère que passer, et on peut dire qu'ils y sont à peu près aussi rares qu'en Serbie, ce qui rend absurde le système de terreur par lequel ils prétendent y régner. La terreur du conquérant ne peut réussir que quand elle s'appuie, comme en Pologne, sur une force capable d'enlever à toute nouvelle révolte privée de secours étranger l'espoir bien fondé du succès, ce qui n'est point le
{i ) Niemats, expression slave qui désigne les Allemands.
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cas en Bosnie. L'empire turc ne s'est donc point fortifié par la ruine des spahis; seulement, en flattant les raïas, il a ranimé leurs espérances , il leur a fait relever la tète, et maintenant il y a une population chrétienne impatiente du joug là où ne se voyaient naguère que des esclaves résignés. On peut enfin entrevoir, dans le lointain le jour heureux où les Bosniaques musulmans, lassés des persécutions de leurs coreligionnaires turcs , accepteront la réforme , mais plus complètement que ne le veulent les novateurs de Stambol , et se réuniront franchement à leurs frères de Serbie. Quand même des incidents politiques retarderaient ce moment , il n'en est pas moins évident que dans aucun cas la Bosnie ne peut ni rester tout entière à la Turquie, ni former un état indépendant. Ceux qui rêvent le rétablissement d'une royauté bosniaque se laissent fasciner par la diplomatie autrichienne, qui tend à forn^er partout de petits royaumes sans nationalité et sans esprit public, pour pouvoir plus aisément les amener sous son joug. Un royaume bosniaque ne serait qu'une ridicule fiction. Dans le chaos actuel de la Bosnie, il n'y a d'élément possible d'administration que l'élément musulman; or, la Bosnie musulmane ne peut se maintenir séparée des Turcs. En outre, la Bosnie chrétienne contremine incessamment sa rivale. Privé d'unité nationale, ce pays ne peut trouver de remède contre l'anarchie que dans un démembre-^ II. 8
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ment qui partagerait son territoire entre les TarçB, les tribus monténégrines, la Serbie, et peut^tre enfin l'Autriche elle-même; car cet empire I possédant déjà une partie de la Croatie, tend i s'approprier le reste de cette province , tonte catholique latine, et par conséquent sympathique à TEurope occidentale.
Il est probable que l'Autriche , qui soutient avec tant de zèle ses missionnaires croates, espère , par leur influence, se créer un parti dans toute la Bosnie. Cette conduite lui est imposée par sa situation même : séparant la Dalmatie de la Siavonie hongroise, la Bosnie s'enfonce dans l'empire d'Autriche comme un coin , comme une hache toujours prête à fendre l'arbre des Habsbourgs , dès qu'il se trouvera en Orient un pouvoir capable de seconder la nature, il eat donc tout simple que l'Autriche veuille s'approprier UM position si menaçante pour ses provinces du sud ; niissi Ta^tp-elle déjà plusieurs fois envahie, alors même qu'elle ne possédait pas Kataro ; à plus forte raison doit^elle la convoiter aujourd'hui que la plus grande partie de ses ports se trouvent être les seuls débouchés de la Bosnie. Il suffirait que celte riche province cessât tout d'un coup d'approvisionner les mardiés dalmates, pour que le commerce autrichien fû4 aussitôt lirré à de graves perturbations» Malgré tant de coTisidérations puissantes, l'Autriche se gardera bien d'attaquer les 'Bosoiaqoes tant qu'elle verra
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se prolonger leur état d'irritation : comme le sanglier blessé à mort , ils pourraient faire payer cher à l'agresseur son audace, surtout si le sultan leur rendait dans ce moment critique tous leurs privilèges. Ces hommes sont inYincibles dans leurs montagnes , tant que les Serbes du Danube ne se joindront pas à leurs ennemis. L'Autriche ne pourra jamais faire contre eux qu'une guerre de détail, avec cinquante mille hommes au plus, divisés en une cinquantaine de bandes, quisediBsémineraient sur tous les points du territoire pour y lutter chaque jour, et cha* que jour s'épuiser sous les coups imprévus d'un peuf^e entier de haïdouks. Le pays n'offrirait a ux envahisseurs aucune ressource alimentaire ; les soldats seraient réduits à transporter sur leur dos même leurs provisions de bouche , et cette guerre, comme celle des Russes au Caucase, pourrait se prolonger indécise pendant un demisiècle , car on n'emportera pas les citadelles de Travnik, Sarâïevo , Mostar, Zvornik, Livno, Ghepsié , Bania-Louka, si l'on n'a que de l'artillerie de montagne ; une armée qui voudrait traîner, ne fû(r-ce que des pièces de 42, à travers tant d'abîmes, s'exposerait à être détruite ou mise en pleine déroute par quelques milliers de montagnards.
Le seul moyen de dominer ce pays est donc de se créer un parti parmi les indigènes : l'Autriche le sait, et soutient tacitement les spahis;
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mais la Russie , plus zélée pour la cause du chris* tianisme , est venue prendre contre les spahis le parti des raïas de Bosnie. Tandis que sa diplomatie à Stambol intervient en leur faveur avec une énergie capable de désespérer le cabinet au* lique , des moines quêteurs du mont Athos par- . courent les vallées de la Drina, en y chantant les louanges de la Russie, et les moines franciscains envoyés par TAutri chêne réussissent pas toujours à contrebalancer l'action des caloyers d'Orient. L'Angleterre a été jusqu'ici la seule puissance qui ait songé à faire surveiller toutes ces intrigues politiques cachées sous le froc monacal ; mais l'agent qu'elle avait chargé de cette mission, et qu'elle installaen 1837 comme son vice-consul à Novibazar, était complètement incapable d'un rôle sérieux. Cet homne , un des knèzes de la grande tribu desYassoievitj, qui, à la faveur d'un vain jeu de mots et d'une traduction arbitrairedu mot knèze, se faisait appeler prince par les Européens, et affectait des prétentions souveraines, fut chassé par les indigènes en décembre 1838. Depuis lors , l'Europe n'a plus , que nous sachions, d'agent ofliciel en Bosnie. Cependant Novibazar est un point de transit important; les Ragusains du dix-septième siècle y avaient un comptoir et une colonie opulente : alors le voyageur Montealbano disait que le fer s'y vendait meilleur marché que dans aucun autre lieu du monde. Avant la circulation des bateaux à va-
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peur, la Bosnie recueillait les profits d'un commerce d'échange très-considérable entre Trieste et Salonik : quelques légers pyroscaphes lancés sur la Drina rendraient à ce pays les avantages qu'il a momentanément perdus. Il est à regretter que l'anarchie qui y règne ne permette le développement d'aucune industrie autre que celle des forges et des fabriques d'armes. Quelques années de paix suffiraient pour ranimer ce peuple , et les Juifs de Saraïevo , de Novibazar , de Travnik, usuriers qui prêtent à 10 pour 100 par mois, se trouveraient bientôt sans clientèle, car les Bosniaques ne sont rien moins qu'apathiques. On les voit , sur tous les .points de la Turquie d'Europe , diriger leurs convois de bètes à cornes , qu'ils vendent aux Anglais et aux Grecs, tandis qu'ils livrent aux Turcs leurs moutons et leui*s chèvres.
Le commerce bosniaque, grâce à la nature de ses produits et à la position de ses marchés, pourra difficilement être accaparé par l'Europe. L'Angleterre elle-même ayant échoué dans son plan de se créer un comptoir à Novibazar, quelle autre puissance oserait espérer d'y réussir ? La France ne peut arriver aux Bosniaques qu'en traversant les vallées monténégrines. La question d'influence commerciale et politique en Bosnie se résume ainsi pour nous en question 4'influeuce au Monténégro. Or, l'installation d'un agent accrédité au Monténégro rencontrerait les plus
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grandes difficoltés. La France doit donc renoncer à agir d'une manière officielle et diplomatique daoB ces contrées; mais l'action de notre commerce, si elle s'y étendait jamais , pourrait y devenir d'autant plus irrésistible que la France apparaîtrait aux Bosniaques comme complètement désintéressée , et ne leur enverrait que des messagers de paix et de civilisation. Il faudrait que des hommes indépendants y initiés à l'histoire des factions intestines qui divisent la famille serbe , se proposassent pour but d'amener peu à peu, par la discussion de ses vrais intérêts , cette race à la tolérance complète des trois grands cultes , musulman, grec schismatique et catholique latin , qui , de la Bulgarie jusqu'à l'Adriatique, arment les tribus serbes les unes contre les autres. Une fois que les membres de ces communions diverses se regarderaient comme amis, le pas décisif pour la recomposition de l'unité nationale sei*ait accompli , et ce peuple de guerriers , fort de plus de quatre millions d'hommes, destiné à être, comme la Hongrie , un champ d*asile entre deux mondes politiques et religieux, se lèverait avec toute sa force pour appuyer dans son propre intérêt le vieil empire du croissant , et donner à l'équilibre européen de nouvelles garanties de stabilité.