‹ Les Slaves de TurquieChapitre 27 sur 28 · UNION BI)L6AR0-SBRBE · texte numérisé non relu

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provinciales aussi bien que leurs conseils communaux, et cependant ces institutions, depuis le hatti-chérif , ont légalement le droit d'exister. C'est aux Bulgares d'en obtenir le rétablissement par l'énergie de leurs réclamations, et de faire substituer dans leurs villages aux kiaias turcs des staréchines de leur sang et de leur choix. Cette réorganisation municipale n'altère en rien les droits du sultan. Il ne s'agit point d'élever les Bulgares sur la même ligne de liberté que les Serbes : ce serait folie d'y songer ; mais on peut demander aux Turcs , au nom de leur propre grandeur, d'accorder aux raïas une existence to^ lérable, qui fasse cesser les continuelles révoltes des Slaves de Bulgarie, d'Albanie et de Bosnie, un système qui éteigne la guerre en séparant les combattants.

Cette organisation pacificatrice assurerait aux communes le droit de percevoir par leurs propres délégués les impôts qu'elles ont à payer. Tant que les percepteurs arméniens pourront s'installer dans les villages, aucune propriété privée ne sera garantie, et le commerce sera par là même impossible. La raison qui empêche le Bulgare d'accepter nos produits pour prix de ses denrées, c'est l'incertitude de la possession : il peut enfouir de l'argent, mais il ne peut cacher avec la même facilité des objets de luxe ou d'usage domestique, qui n'ont de valeur qu'autant qu'on s'en sert en famille. Cette crainte continuelle de l'avanie vient de la

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présence des intendants arméniens et des Juges turcs dans les villages. Si une fois les oommoneB bulgares s'administraient elles*mèmes, pero»^ raient et livraient leurs impAts sans interventi<Hi d'agents fiscaux musulmans, la sécurité appelle*rait les arts et le luxe.

Il importe d'ailleurs de diriger l'instinct qui porte les Bulgares à se répandre hors de leur territoire, et le commerce seul peut atteindre ce but en organisant des intérêts d'émigration plus grands sur un point que sur un autre. Une asso-* dation de marchands ayant sa banque ou caisse d'épargne placée à l'étranger, à l'abri de la rapacité turque, et son principal comptoir aux bouches de la Maritsa et du Strouma, étendrait bientôt ses relations dans l'intérieur des provinces; elle réussirait ainsi à diriger vers la mer Egée une partie -du commerce et des produits des Balkans. Dès que cette société, en échange des matières brutes livrées par elle, serait en état dedeman-^ der comme payement à ses correspondants européens des produits manufacturés, elle attirerait nécessairement un grand nombre d'armateurs. La seule facilité des échanges mutuels pousse nos na* vires à aller jusqu'en Russie acheter ces matières premières que le Bulgare offre à un prix beaucoup plus bas, mais pour de l'argent comptant.

Une autre conséquence de Témancipation sera la réforme de l'épiscopat. Les évèques actuels sont tous Grecs de naissance et non Bulgares. Ces pré-

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lats traitent leurs ouailles en peuple conquis, le-* vant sur elles des impôts sacrés non moins lourds que ceux de rinfidèle, et qui ne sont pas exigés avec moins de cruauté. Pour rendre intolérable enfin la position de ces éyèques qui ont acheté leur charge des Turcs , le raïa ne doit point se lasser de protester contre une honteuse simonie. Il peut adresser au sultan et au patriarche des pétitions couvertes de milliers de signatures^ qui demandent des évèques indigènes et pour chaque ville un chapitre épiscopal bulgare. La vente à l'enchère des évèchés à Gonstantinople est une ignominie que les Slaves ne doivent plus souffrir. On voit combien Tavenir de la patrie se ratta^ che étroitement pour les Bulgares à la question des libertés municipales. Sans doute on objectera que ces libertés, loin d'être contenuesdans le hatti-* chérif de Gulhané, sont contraires à cette charte^ expression de la nationalité ottomane, qui ne peut se tourner contre elle-même. Mais la souverain neté de la Bulgarie appartient à la seule maison d'Othman, et non au peuple turc pris collective-» ment; ce peuple doit tout au plus se regarder comme souverain dans les régions qu'il habite et cultive, et non au delà. Il ne s'agit donc pas de demander aux Turcs l'abdication d'un droit dont ils n'ont jamais joui. Les peuples qui, dans leurs cruelles dissensions, ont dû jadis se soumettre au sultan , entendaient bien n'avoir que lui seul pour souverain. Ainsi, qu'on se place même au point

de vue des sultans, qu'on admette comme légitime leur conquête : la déclaration par laquelle les raïas et les Turcs sont égaux devant Abdoul- Medjid , sous peine d'être un sophisme, signifie nécessairement que, tout en restant Slaves et Grecs, les raïas deviennent les égaux des Turcs , et obtiennent comme tels les mêmes droits que les Ottomans.

Les plus grands rapports existent entre Tétat des Bulgares et celui d'un peuple qui excite en ee moment les sympathies du monde entier, le peu* pie irlandais. C'est en Bulgarie comme en Irlande le même genre d'oppression civile et ecclésiastique. Comme les Irlandais, les Bulgares sont sujets d'un souverain qui aSecle de les protéger contre ses ministres , et contre une aristocratie insolente et cupide qui , professant une religion étrangère , va consommer loin du pays le fruit de ses dîmes et du labeur des habitants. Comme les Irlandais , les Bulgares peuvent appuyer leur opposition légale sur le texte d'une charte à laquelle leurs maîtres sont également soumis ; ils peuvent demander au sultan justice contre ses ministres et vengeance contre ses pachas par des pétitions de plus en plus nombreuses, et au besoin par la résistance aux iniques fermiers du fisc. Dans ces luttes, le sultan, comme le souverain d'Angleterre , tâchera toujours de soutenir l'opprimé. Mais , s'il arrivait que le souverain , trop circonvenu par les siens, ne pût suivre sa

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