LITTÉRATURE
Moyen â,ge. La langue de cour. — Les plus vieux monuments linguistiques qu'on peut dire spécifiquement Slovènes nous sont conservés dans un manuscrit collectif de Freising (une copie de x-xr siècles). Des siècles suivants jusqu'au XV' siècle, rien ne survit dans l'écriture, sinon de nombreux noms propres. Nous avons pourtant des témoignages sur l'importante position juridique du Slovène dans le duché de la Carinthie, où une sorte de langue de cour slovène devait être élaborée. L'ancienne cérémonie de l'installation ducale devant le Krnskigrad (Karnburgi sur le Gosposvetsko polj'e (ZoUfeld) dont nous avons déjà parlé, était célébrée, selon le rapport de l'abbé Jean de Viktring (en 1 286) , en langue slovène. Les ducs de Carinthie avaient, au surplus, le droit, s'ils étaient accusés devantl'empereur, de ne se justifier devant lui qu'en slovène et en aucune autre
langue. Aeneas Silvius Piccolomini, qui est devenu pape sous le nom de Pie II, a noté que c'est en langue Slovène qu'ils remplissaient leur office de juges dans les affaires de chasse en présence de l'empereur. De cette manière, les ducs de Carinthie, bien que d'origine allemande, se montraient princes slaves. Le poète styrien Ulrich von Lichtenstein nous a transmis par son Frauendienst (1255) les termes mêmes dans lesquels il avait été salué au cours de son voyage de tournois de Vénus (1227), par le duc Bernhard, à la frontière de sa province : « Buge was primi gralva Vénus w (Bog vas sprimi, kraljeva Vénus) « Dieu vous salue, Vénus royale ».
Après l'extinction des Sponheim (1269) leurs provinces échurent à Ottokar II de Bohème, puis à Meinhard de Tyrol et à la fin de 1 3 3 5 , aux Habsbourg, c'est-à-dire aux maisons qui résidaient hors du pays. De ce fait le slovène disparut comme langue de cour ; la cérémonie d'installation devint incompréhensible et on n'en retrouve plus de trace après 141 4. Cependant comme langue juridique le slovène conserve pendant des siècles une place modeste à côté de l'allemand.
Poésie nationale, — Les XV et xvr siècles
sont pourtant l'époque où fleurit la poésie épique nationale slovène, dont les sujets sont fournis par la vie dans les manoirs, les luttes chevaleresques et les demandes en mariage des fiancées. Cependant la force des circonstances voulut qu'ils fussent inspirés surtout par la lutte contre les Turcs. Il faut relever ici, pour marquer le caractère plus universellement chrétien de cette poésie héroïque, que, à côté des nobles, des paysans et des jeunes filles du pays, le roi hongrois Matthias Corvinus (Kralj Matjaz) et le héros national serbe Kralj evic Marko sont leurs principaux personnages. Le dernier événement historique qui a trouvé son écho dans une poésie nationale de vieux-style est la victoire sur les Turcs devant Sisak, à l'embouchure de Kupa (1593). Les légendes poétiques et les fables florissaient à cette époque.
La Réforme. — La Réforme marque un revirement très important. Au commencement, elle voulait agir par la parole. Mais quand, parmi les chefs de la Réforme, Primus Trubar, originaire de la Basse Carniole, exilé de la patrie, chercha asile en Allemagne, dans l'impossibilité de répandre par la parole les idées luthériennes, il recourut à l'activité littéraire, à
l'imprimerie. Un abécédaire et un petit catéchisme, un catéchisme et quelques poésies sont les premiers livres Slovènes qui soient sortis de presse (1550). Il désespérait déjà à cause du mauvais écoulement, quand la noblesse lui offrit un secours pécuniaire, et c'est alors que dans une année il donne tout le Nouveau Testament, les psaumes, plusieurs catéchismes accompagnés de chansons, le recueil des sermons de Luther, les ordres ecclésiastiques, les prières et même un calendrier slovène. Il organisa avec le baron Ungnad, qui dans ce but avait fondé une imprimerie à Urach (Wurtemberg), la publication des livres luthériens en langue croate. Une imprimerie fut fondée également à Ljubljana. D'autres écrivains continuèrent et développèrent l'œuvre comme traducteurs et poètes. Les plus importants sont Georges Dalmatin (le poète chansonnier le plus fécond après Trubar), qui publia toute la traduction de la Bible, et Adam Bohoric qui composa la première grammaire slovène (ces deux éditions sont de Wittemberg, 1584).
La traduction de la Bible de Dalmatin servit de fondement à la langue slovène littéraire. Elle resta, même pendant le triomphe de la Contre-Réforme, un modèle pour les écrivains Slovènes ; plus on l'oublait, plus le slovène se
corrompait, au moins jusqu'à la fin du XVIII'' siècle.
A côté des protestants, le clergé catholique développa déjà au xvi^ siècle une activité assez vive, bien qu'elle ait manqué de l'élan que possédaient les écrivains protestants appuyés par la noblesse.
Contre-Réforme. — La Contre-Réforme, qui commença à la fin du xvr siècle en se continuant pendant quelques dizaines d'années, poursuivit l'œuvre littéraire fondée par les protestants. Mais les circonstances étaient changées ; le secours de la noblesse qui avait protégé l'impression des livres faisait défaut ; le pays était appauvri par l'invasion turque et les insurrections des paysans ; la guerre de Trente Ans demandait de gros sacrifices ; au surplus, la décadence intellectuelle de l'empire allemand portait ses fruits dans le Sud éloigné, si bien qu'après un court et intéressant épisode de Thomas Chrôn, l'activité littéraire perdit toute vigueur. Les résultats de cette activité n'apparurent que bien longtemps après, dans la période de « l'éclaircissement », où fut publiée une excellente traduction catholique de la Bible de Japelj et Kumerdej (1784- 1802) ; les travaux lexicologiques et grammaticaux de cette époque
ne méritent pas d'être signalés. Valvasor a laissé en allemand un ouvrage précieux, Lhonneiir du duché de Carniole (1689), qui offre une image fidèle de la vie contemporaine Slovène de cette province. Sigmund Popovic a laissé un manuscrit d'œuvres scientifiques écrites en latin et en allemand, combattant Gottsched et traitant les questions philologiques avec érudition et talent.
L'éclaircissement. — • Sous les règnes de Marie-Thérèse et de Joseph II, Tétude de la langue se renouvela, l'effort littéraire recommença. Les débuts de la poésie concordent avec l'édition de Talmanach de Ljubljana Pisanice (1779-1781), une imitation de l'almanach de Vienne (depuis 1776). Hagedorn, Denis et leurs contemporains sont leurs modèles littéraires.
Valentin Vodnik. — Dans le Pisanice apparurent les premières tentatives pseudo-classiques de Vodnik, qui a été le premier poète Slovène (1758 à 18 19). Mais le baron Sigmund Zois (dont le père était italien et la mère Slovène), homme très cultivé, disciple de Herder, lui proposa en modèle la poésie populaire, si bien que Vodnik, d'humoriste qu'il était au fond, devint un poète anacréontique, capable
malgré cela et malgré son langage modeste, de s'élever jusqu'à l'ode à la gloire de la nature montagneuse de son pays ou en l'honneur du passé de la patrie.
Linhart. — Son contemporain Antoine Linhart (1756-1795) a composé deux drames dont l'un est une excellente adaptation du Mariage de Figaro de Beaumarchais à l'état des Slovènes du temps.
Le romantisme. — Les germes semés par Herder dans l'esprit de Zois et de Vodnik parvinrent, dans la première moitié du xix" siècle, parle romantisme, à la pleine floraison. C'était la tendance à cultiver sa propre nationalité, à étudier les mœurs populaires, les fables et les chansons, à se consacrer avec amour à la langue maternelle. Bartholomé Kopitar (1780- 1844), sorti du cercle du baron Zois, se familiarisa à Vienne avec les aspirations de la nouvelle génération romantique allemande, écrivit à la base de la langue populaire une excellente grammaire slovène (1808-09), s'enthousiasma pour la poésie nationale et fonda sur l'exemple des frères Grimm la linguistique slave. Son influence sur le Serbe Vuk Stéfanovic Karadzic a fait époque dans la littérature serbe; il n'a pas trouvé un égal à celui-ci parmi les Slovènes
eux-mêmes. C'est un fait caractéristique de ces temps que la sympathie et la bienveillance dont les journaux de langue allemande paraissant à Graz, Celovec (Klagenfurt), Ljubljana ont favorisé ces tendances ; des fictions populaires en langue slave ont été publiées dans leurs colonnes. Les États provinciaux fondèrent à Graz une chaire de langue slovène (1812) dont sortit plus tard la chaire des langues slaves à l'université de la même ville. A la faculté théologique de Ljubljana fut instituée une chaire analogue (18 17).
A l'étude de la propre nationalité s'ajoute l'intérêt pour les littératures et les poésies nationales slaves, surtout tchèques et serbes (Celakovski, Kollar, Karadzic) et, aussi, suivant les tendances à la littérature universelle du romantisme allemand, l'intérêt pour Shakespeare, Byron, les Italiens, les Espagnols, Herder et Gœthe.
Kranjska cebelica. — Ces bonnes dispositions furent mises en œuvre avec l'édition de l'almanach poétique Kranjska cebelica (l'abeille de Carniole 1830-1833, 1848) et produisirent une floraison littéraire, avant le réveil même du mouvement illyrien (1836), ce qui a été un obstacle à la propagation durable de
celui-ci parmi les Slovènes. Lérudit Cop, doué d'une intelligence profonde de la poésie, connaissant d'une manière parfaite l'universalité de la littérature européenne, en fut le grand incitateur.
Preseren. — France Preseren (1800- 1849);. avocat stagiaire, fut le poète le plus important, le meilleur poète l5^rique parmi les Yougoslaves en général.
La rude destinée du poète, qui a souffert beaucoup sous le régime réactionnaire précédant l'année 1848, se reflète dans ses vers. Ils respirent une douleur âpre s'élevant parfois jusqu'au désespoir, s'adoucissant à la fin en renonciation, restant toujours dans une expression universellement humaine. La conscience de la dignité, jointe à celle de la vocation douloureuse du poète, le relie littérairement à Byron ; il se meut dans la sphère du romantisme, de Petrarca, et de la poésie antique. Le nombre de ses poésies étant assez limité, il fait admirer la variété des intonations qu'il manie et des formes poétiques qu'il maîtrise : lii simple chanson populaire s'y trouve à côté de l'hymne puissant ; du sonnet aux pensées profondes on passe au ghazel gracieux ; la vigoureuse ballade suit une romance leste, l'épi-
gramme espiègle accompagne la satire mordante. Dans les genres les plus difficiles, il domine toutes les intonations de la lyrique, étant artiste sans être artificiel. Sa langue a le goût du terroir de sa patrie ; elle brave toute traduction. Malgré cela, on a tenté de le traduire à plusieurs reprises, d'abord dans toutes les langues slaves — Korsch l'a traduit en russe en entier — ensuite en italien et en allemand.
Stanko Vraz. — Le peuple slovène a apporté son tribut au mouvement illyrien de Zagreb, qui n'était pas sans susciter beaucoup de sympathies parmi les Slovènes, en lui donnant son poète lyrique le plus marquant, son propagateur infatigable, Stanko Vraz qui a chanté en vers croates la beauté de sa patrie styrienne.
1848. — Le mouvement de 48 produisit un revirement complet. La pression de l'absolutisme avait fait halte pendant un instant. Les idéals de l'égalité nationale et de la liberté politique n'avaient eu un moment 'de splendeur que pour s'éteindre aussitôt. Mais c'était assez pour éveiller la conscience nationale de la jeunesse, en l'inspirant pour le travail intellectuel. Quand l'absolutisme (de Bach) s'af-
firma de nouveau, il semblait régner cette fois dans une paix sépulcrale, mais pendant cette époque la jeunesse de Tannée 1848 mûrissait pour un travail sérieux.
Les publications périodiques. — Après la disparition du journal de Vodnik Ljuhlj'anske Novice (Les nouvelles de Ljubljana, 1797- 1800) les Slovènes n'ont eu aucun journal jusqu'à 1843. C'est alors seulement qu'après les efforts persistant depuis tant d'années (depuis 1824) on leur permit, sur l'intervention de l'archiduc Jean, de publier un journal Novice (Nouvelles) , consacré au commerce et à l'agriculture. L'année 48 apporta avec elle une série de publications peu durables, qui dépassaient bien entendu le Novice dans leur signification idéale, mais qui disparurent bien vite, puisque la jeunesse ne pouvait pas les conserver, sous l'absolutisme. En 1858 parut un organe exclusivement consacré aux lettres, Slovenski Glasnik, publié pendant une période de dix ans à Celovec (Klagenfurt) . Dans le Glasnik, la nouvelle slovène fit ses premiers pas, tandis qu'un recueil paraissant dans le même temps [Cvetje il domacih in tiijih logov : Les fleurs des bocages nationaux et étrangers) fournissait des bonnes traductions, les premiers
poèmes épiques et les premiers romans. L'association de Saint-Hermagore se chargeait de Tinstruction et de l'amusement du peuple (à Celovec également).
François Levstik. — L'attachement du peuple et la pure langue des paysans ainsi que l'étude de la poésie nationale serbo-croate a été la solution qu'a apportée le plus important de ces jeunes, François Levstik (1831-1887), qui était actif comme poète lyrique et satirique, nouvelliste, critique, philologue et qui a donné des œuvres très remarquables dans tous ces genres.
Jenko. — Un poète doué de dispositions à une douce mélancolie, dans le genre d'un Heine — dont il a subi l'influence, jusqu'à celle de son ironie, mise à part seulement son absence de patriotisme — est Simon Jenko (1835-1869). Le charme mélodieux de son lyrisme joint au sentiment profond de ses poésies d'amour et à l'enthousiasme de ses appels patriotiques sont restés pendant longtemps un modèle pour la génération suivante.
Jurcic. — Le véritable fondateur de la prose narrative slovène est Josip Jurcic (1844-1881).
Dans ses petits récits il a suivi les préceptes de Levstik en se tenant au peuple et à son passé ; par ses romans et ses nouvelles il a imité Walter Scott ; il est devenu le vrai peintre de la vie des pa3^sans slovènes.
Stritar. — Josip Stritar a définitivement aboli le dilettantisme dans la littérature. En 1869 parurent les poésies de Stritar; bientôt il fonda la revxie Zvon (la Cloche) (1870, 1876- 1880) et publia en 1873 les satiriques Sonnets viennois. D'une forme parfaite dans la poésie et le conte, mais d'une médiocre orig-inalité, Stritar devint un modèle par la perfection extérieure et un instigateur par la variété multiple de son œuvre. Il a élargi l'horizon intellectuel des Slovènes par sa connaissance des principales littératures européennes, et il a surtout agi par le respect qu'il affectait envers la poésie et l'art. Ses vues sur la future mission mondiale des Slaves ont l'empreinte parfaite de Herder et des romantiques ; il leur assignait la tâche d'assainir le monde par l'esprit d'humanité.
Simon Gregorcic. — vSimon Gregorcic (1844- 1906), le « rossignol de Gorica » né dans la région de Krn (dans les communiqués italiens
« Monte Nero ») qu'on cite si souvent au cours de la guerre avec l'Italie, a été un collaborateur de Stritar. C'est le plus populaire parmi les poètes lyriques Slovènes ; aucun n'est lu et chanté plus que lui. Pourtant il n'offre pas un lyrisme sentimental impressionniste, mais plutôt un lyrisme méditatif allié à un profond sentiment ethnique et patriotique.
Anton Askerc . — A ce tendre méditatif s'oppose la figure anguleuse d'Anton Askerc (1856-1912) qui est un des plus vigoureux auteurs de ballades. Pour lui le principal n'est pas dans la beauté de la langue ou dans l'harmonie du vers ; il ne craint pas les angles et les duretés s'ils lui semblent propres à exprimer exactement son état d'âme. Ce réaliste pur estime mieux le caractéristique que la beauté formelle.
Ljubljanski Zvon. — Gregorcic et Askerc étaient les principaux collaborateurs du Ljubljanski Zvon (La Cloche de Ljubljana) qui a continué en 1881 la revue de Stritar en l'amplifiant de beaucoup. Avec lui et avec les revues fondées à côté de lui [Krcs^ Slovan, Dont in Svet et d'autres de moindre importance) comme dans les publications de la Ma-
— 71 — • tica Slovenska la prose narrative prit un essor très intéressant dans le sens d'un réalisme poétique.
Conteurs. — Janko Kersnik a dépeint d'une façon excellente la vie des petites villes, des manoirs et des masures; Franc Détela et Janez Mencinger sont des peintres accomplis du peuple villageois et de la classe cultivée en province. Ivan Tavcar a cultivé dans ses débuts la nouvelle romantique pour passer ensuite au roman social, au roman historique tendancieux. Janez Trdina a, d'autre part, décrit le pays et les gens de sa patrie natale sous la forme de contes et de récits.
Anton Medved. — Un peu à l'écart se place le collaborateur du Dont in Svet, Anton Medved (1869-1 910), un poète lyrique plein de pensées graves qui est en même temps un des écrivains dramatiques les plus en vue ; parti du drame historique en vers iambiques, il est arrivé au drame social et à la comédie en prose.
La « Moderne ». — La « Moderne » débute chez les Slovènes, d'abord comme une opposition à l'orientation prise par Stritar, qui répugnait par le pessimisme débile de son lyrisme
et par son art de conteur idéaliste. La jeunesse qui faisaitses études à Vienne se familiarisa avec le naturalisme français et allemand et le réalisme russe, et voulut les imposer au public. Quand les jeunes s'emparèrent en 1895 de la rédaction du Zvon, ils tâchèrent de mettre en pratique leur théorie, ce qui ne leur réussit pas toujours. Les instigateurs de la lutte n'étant pas toujours les meilleurs poètes, le naturalisme fut vite dépassé. Quelques années plus tard seulement (1899), la jeune génération repoussa ces idées en entranten luttepourlavictoired'uunéoromantisme S3^mboliste et impressionniste.
Mesko, Kette. — Xaver Mesko, par ses esquisses et ses récits imprégnés d'un pessimisme délicat, et Dragotin Kette, un poète lyrique exubérant de jeunesse et de force (qui, malgré cela, est mort à vingt-trois ans en 1899) ont été les précurseurs de ce courant ; Otto Zupancic et Ivan Cankar en sont les principaux représentants.
Ivan Cankar. — Ivan Cankar est un poète en prose. Ses nouvelles très nombreuses sont écrites en une langue très euphonique, pleine d'un charme pénétrant et poétique, et d'un caractère saisissant. Au-dessus de tout cela
plane une poésie chaude et lumineuse, surtout quand il se met à décrire le paysage de sa patrie bien-aimée. Avec Cankar et Zupancic la littérature slovène s'est élevée à une telle hauteur qu'on peut les placer au premier rangparmi les écrivains yougoslaves actuels.
Otto Zupancic- — Comme Cankar, Zupancic a reçu sa première inspiration de l'étranger — de la France, — mais il est devenu bientôt conscient de sa manière propre, qui est celle de la poésie populaire de la Carniole Blanche, et il s'est créé un genre. Depuis la chanson populaire jusqu'à la rapsodie puissante de ses Dumas, il maîtrise les formes les plus variées, ici plein de pensées énigmatiques, là simple comme un enfant, parlant une langue puissante et pleine de sentimentalité.
Dom in Svet, Finzgar. — Un courant moderne modéré s'est formé autour de la revue littéraire catholique Dom in Svct (La patrie et le monde). Parmi ses collaborateurs un des plus éminents est le conteur populaire Fr. S. Finzgar, qui a donné aux Slovènes toute une série de contes et de romans puisés de ses observations directes dans la ville, le village et la fabrique, écrits dans la langue populaire au
meilleur sens de ce mot. Son œuvre capitale est un roman de l'histoire slovène la plus reculée Pod svobodnini solncem (Sous le soleil libre). Il a écrit aussi plusieurs drames de valeur, où il excelle surtout dans l'art de peindre les caractères.
Derrière lui vient un groupe déjeunes poètes et de conteurs qui cherchent dans le Doni in Svet de nouveaux moyens d'expression. Des courants nouveaux s'élaborent, mais leur forme définitive n'est pas encore fixée.