L'INSTRUCTION POPULAIRE
Évolution historique. — La stagnation séculaire de la vie nationale, qui se traduit par Tinertie de la littérature, avec l'évolution suivante de cent cinquante ans à peu près qui, dans la deuxième moitié du xix" siècle, passe à un essor magnifique nous élevant au niveau des peuples européens civilisés — est dans les relations les plus étroites avec l'organisation culturelle nationale et celle de l'Etat. Notamment la dépendance de l'Etat et de ses moyens de civilisation est évidente chez un peuple qui, comme le slovène, manque d'aristocratie et même d'une riche bourgeoisie, les villes ayant un caractère national mixte. Les paysans, assujettis presque tous au servage, ne pouvaient pas travailler pour leur instruction. De là vient la grande importance de la réforme de l'école primairepar l'impératrice Marie-Thérèse (1774) et par Joseph II. Bien que l'organisation des
écoles fût exclusivement allemande, l'instituteur était tenu d'avoir des égards pour la langue maternelle des enfants, s'il voulait être compris. Sur ces concessions faites à la langue maternelle, reposent les succès de ces écoles, succès qu'il ne faut pas méconnaître, au moins parce qu'ils ont été le point de départ des études ultérieures dans la propre langue.
Parla suite l'état s'empira, puisque l'instruction n'était que trop souvent confiée à des maîtres mal préparés. Le grand nombre des éditions des écrits servant à l'édification religieuse est caractéristique de ce temps ; l'autre littérature ne pénétrait pas encore dans le peuple. La réforme scolaire des Français (1809- 18 13), réforme passagère, qui consacrait une plus grande attention au slovène, ne pouvait pas inspirer une influence profonde ; pourtant en un temps assez bref apparurent plusieurs précis scolaires (de Vodnik). Sous Metternich, aucun moyen d'instruction, excepté le livre de prières, n'arrivait dans la maison villageoise. La fondation de journaux Slovènes était refusée par principe. La littérature était supprimée. En 1845 encore, la fondation d'une association pour la publication de bons livres était prohibée. Pourtant grâce à la noble intervention de l'archiduc Jean il devint possible de
faire paraître un journal pour les paysans et les artisans. Cette intervention a fait beaucoup pour l'instruction du peuple, dans le court intervalle qui précéda 1848.
Survint le mouvement de 1848. Malgré les désillusions qu'il apporta, une conquête resta assurée : l'émancipation des paysans ; elle posa la base économique pour l'essor qui lui succéda. Le droit d'association, au surplus, rendit possible une instruction plus générale grâce aux sociétés de lecture et autres qui se répandirent très vite après 1860. Leur influence a été remarquable par l'extension qu'elles prirent dans toutes les communes et paroisses, par leurs belles maisons de réunion, par leur multiple activité stimulant la jeunesse et le peuple, par leur organisation centralisée. On introduisit des cours de slovène dans les écoles, ainsi quedans les lycées, où depuis cette époque le slovène est enseigné (deux heures par semaine). Des journaux nouveaux 'firent leur apparition ; à cela s'ajouta la société de Saint-IIermagore pour la publication des livres populaires (fondée en iSs'^)etla.SlovenskaMatica ponr les classes cultivées (depuis 1864). Par la loi sur les écoles primaires de 1868-72 l'instruction populaire a été mise en état de faire de grands progrès. Ce qui fait que par-
tout excepté en Carinthie, en Istrie età Trieste, une place convenable est donnée à la lano-ue Slovène dans l'administration et l'école.
Le journalisme. — Les couches sociales les plus larges s'intéressent de plus en plus à la lecture, comme le démontre cette petite statistique. En 1844 il n'y avait qu'une publication Slovène. En 1856 il y en avait 6; en 1874 : 22 ; en 1885 : 35; en 1894 : 43 : en 1904 : 79; en 1912 : 122, dont 12 en Amérique. Ces chiffres deviennent encore plus significatifs quand on considère que la revue littéraire Slovenska Bcela (i 850-1 855) était en état de paraître avec 200 à 300 abonnés, tandis qu'un journal moderne doit compter plusieurs milliers de lecteurs pour pouvoir être publié,
La Société de Saint-Hermagore. — La société de Saint-Hermagore, éditant tous les ans au moins six livres, avait, en 1860, au total 1 . 1 16 membres, en 1870 déjà 16.175, dix ans après (en 1880) 25.430, en 1890 déjà 48.084, en 1900 78.596 et en 19 10 le grand chiffre de 85.789, chiffre unique si on le compare au nombre des Slovènes (i million et demi). Ces chiffres sont encore mieux prouvés par les
statistiques officielles du degré général del'instruction populaire à la fin de l'an 1910.
L'état de l'instruction. — Le tableau suivant indique les relations réciproques des nationalités autrichiennes :
Chez les
TCHEQ^UES ALLEMANDS
Savaient : Ecrire et
lire 96,64 96,20 88.72 p. loc-
Lire seulement . . 0.98 0,68 0,98 —
Ni lire ni écrire. . 2,38 3,12 10,30 —
Chez les
SLOVENES
Ecrire et lire . . . 80,40
Lire seulement . . 4.94
Ni lire ni écrire . . 14,65
Chez les . . roumains
Savaient : Ecrire et
lire 39,06
Lire seulement . . 0,55
Ni lire ni écrire . . 60.39