DU CONGRES D AMSTERDAM A I9II
Dans une longue lettre à ses électeurs, le citoyen Alexandre Zévaès, après s'être demandé s'il était, non pas utile, mais loyal de renoncer tout d'un coup et brusquement à la politique jusqu'alors suivie, exprimait ainsi son opinion sur la méthode socialiste:
Je sais bien qu'on invoque la résolution adoptée par les socialistes allemands à leur Congrès de Dresde et reprise par le Congrès international d'Amsterdam. Mais est-ce que la tactique du Parti socialiste d'Outre-Vosges, obligé de se mouvoir sous le régime de fer d'un Empire militaire et féodal, peut convenir au socialisme français qui se développe aujourd'hui dans une République en plein travail d'évolution démocratique?
Est-ce que, s'ils peuvent formuler certaines revendications générales communes aux travailleurs de partout, les Congrès internationaux ont qualité pour édicter des règles de tactique quotidienne qu'aveuglément et rigoureusement doivent suivre les socialistes de tous les pays?...
Si l'unité projetée avait dû s'effectuer sur des bases plus larges, respectant toutes les tendances, tous les tempéraments, dont la diversité constitue précisément l'originalité du mouvement socialiste français, elle aurait pu être féconde. Il n'en est pas malheureusement pas ainsi. Le projet d'unité sacrifie aux formules purement marxistes et révolutionnaires toute la tradition laïque et démocratique du socialisme français, tout son programme réformiste de l'heure présente. Et je ne puis admettre certaines de ces formules.
Je ne puis admettre cette formule du document d'unité qui proclame que le Parti socialiste « n'est pas un parti de réforme, mais un parti de révolution ». J'estime, au contraire, que notre rôle, que tous nos efforts doivent tendre à conquérir les réformes dont l'accomplissement apportera aux travailleurs des villes un peu plus de bien-être, de liberté et de sécurité.
Je ne puis admettre comme une règle fondamentale et absolue « le refus du budget ». Car, outre que parfois des réformes importantes peuvent se trouver incorporées au budget, j'estime qu'il est quelque peu illogique de refuser l'ensemble du budget
après avoir rapporté une partie ou amélioré le détail par des amendements... »
Gérault-Richard écrivit également à Marius Devèze qu'il tenait à « se dégager des théories antipatriotiques que l'on se propose, après les avoir empruntées aux anarchistes, de propager au nom du socialisme ». Il ajoutait :
De plus, Gustave Hervé, membre de la Commission administrative, chargé à ce titre du contrôle de mes votes, de mes écrits et de mes paroles, aurait vraiment trop à y reprendre puisque nous ne sommes d'accord ni sur la doctrine ni sur la tactiqque.
En même temps qu'à la Chambre les élus socialistes indépendants reconstituaient leur groupe, un certain nombre de fédérations et de groupes refusaient d'ialler à l'unité, dans le Rhône, l'Isère, les Alpes, la Gironde, les Bouches-du-Rhône, l'Hérault, la Marne, la Haute-Garonne, etc.
Pensant couper court à ces « défections », qui constituaient un danger pour l'existence de l'unité, les unifiés décidèrent au congrès de Chalon-sur-Saône (octobre 1905) que les candidats du Parti ne pourraient, en aucun cas, au second tour de scrutin se désister en faveur des socialistes indépendants.
C'est par de tels procédés que Gabriel Deville put être mis en échec, au IV arrondissement de Paris, aux élections législatives de 1906 et qu'il préféra se retirer entre le premier et le second tour pour permettre à une nouvelle candidature républicaine, contre laquelle les unifiés n'auraient pas les mêmes raisons d'hostilité, de faire échouer la candidature nationaliste: c'est ainsi que fut élu le président Magnaud.
Malgré l'intransigeance unifiée, vingt-quatre socialistes indépendants furent élus ou réélus au renouvellement de mai 1906 : C'étaient les citoyens Gabriel Baron, Antide Boyer, Aristide Briand, Camuzet, Charpentier, Colliard, Cornand, Desfarges, Favre, Fort, Gérault-Richard, Paschal Grousset, Isoard, Joly, Jourde, Ledin, Lenoir, Mahieu, Merle, Mille-