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CONCLUSION

Les sociétés commerciales de travail ne constituent certes pas la panacée universelle qui guérira les maux SOCIAUX.

Mais, comme le disait Saint-Simon : « L'âge d’or n'est pas derrière nous, il est devant nous », si l’on abandonne les luttes politiques pour organiser le travail sans autre préoccupation que l'intérêt exclusivement économique.

Le programme défendu dans cette thèse esl à développer, à étudier, à perfectionner. Il oriente certainement les ouvriers vers une vie meilleure, plus libre, et la nation vers une réorganisation sociale, basée sur la réconciliation des classes.

« Après le chaos d’une industrie en transformation qui paralysait les réformes possibles, c'est par l’association sans doute que nous pourrons arriver à un état d'équilibre entre le capital et le travail. Ce vœu

n'est pas irréalisable, à la condition toutefois que les sectes communistes et socialistes ne se mettent pas au travers » (1).

« Les sociétés à forme commerciale, dit M. Yves Guyot, sont de grands instruments d'éducation ; celui qui en fait partie est toujours ramené par la force des choses au Doit et à l'Avoir. Au lieu d'échéances dans le temps et dans l’espace, il est obligé de faire face à des échéances qui tombent à jour fixe sous la forme de garçons de recette. Au lieu de se bercer dans le nuage des apothéoses de féerie, il se heurte à la réalité des faits, 1l apprend à ses risques et périls, par son expérience directe, la pratique de la loi de l'offre et de la demande. Il abandonne les rêveries politiques pour faire son éducation économique » (2).

La société commerciale de travail est une obligation à la régularité, à la comptabilité et à la publicité.

Chacun de ses membres est intéressé à l’augmentation de l’apport social, puisqu'il en possède une quotepart.

Les sociétés commerciales de travail n’ont en face d'elles que des réalités objectives. Au lieu d’avoir un

idéal de domination, elles sont intéressées à augmen-

(1) L'Economiste français du 21 sept. 1889, de M. G. Michel, Les insiilulions ouvrières el sociales dans le Nord. (2) Conflits du travail, Y. Guyot, op. cit,

ter la production, car elles ont un idéal de profit par le travail, elles n'ont que le gain pour objet.

Le chef d’un puissant syndicat d’une ville belge disait un jour à M. Y. Guyot, en 1904: « Nous avons un million en caisse, il nous faut une grève » ; etil l'a faite.

Le gérant d'une société de travail aurait dit : « Nous avons un million en caisse, nous l’augmenterons. »

« L'intérêt de l'industriel est que les salariés soient incités à toucher toujours de plus hauts salaires, si le prix de revient de ses produits est diminué dans une proportion qui lui permette d'étendre ses débouchés et d'assurer un renouvellement rapide de ses capitaux circulants., La société commerciale met d'accord la morale professionnelle et l'intérêt de l’ouvrier et le provoque à faire rendre à l'outillage mis à sa disposition le maximum d'effet utile » (1).

La production, sous ce régime, serait donc plus active qu'elle n'a Jamais été et moins exposée aux crises.

L'ouvrier ne travaillant plus pour un maître, mais pour lui-même et sa société, ne pourrait que s'estimer davantage ; il apprendrait à se respecter, ses mœurs s'adoucieraient, On ne pourrait plus parler de privi-

(1) Y. Guyot, Le contrat collectif, op. cil.

lège du capital, puisque le capital serait mis à la disposition de tout ouvrier intelligent et laborieux qui voudrait le faire valoir. Devenu propriétaire et capitaliste, l'ouvrier serait la meilleure garantie de l'ordre social et de la liberté individuelle.

« L'avenir est dans la liberté progressive de l'ouvrier et l'obtention du droit d'association, mais les unions forcées l'ont été dans un sens trop exclusif. Elles ont constitué des syndicats transformés à leur tour en instruments de protection, non seulement contre les entrepreneurs, mais aussi contre les ouvriers non syndiqués.

Au lieu d'élargir le marché du travail, ils ont entrepris de le rétrécir pour s’en réserver le monopole » (1).

Il faut développer l'association libre sous forme de société commerciale, car « parmi toutes les solutions proposées pour résoudre l’éternelle question sociale, c'est en tout cas celle qui paraît le mieux réaliser cette

(4) Les problèmes du XX° siècle, par M. de Molinari.

Les sociétés commerciales du travail ont été approuvées par l'un des représentants les plus autorisés du socialisme réformiste, M. Millerand, à son discours de Lens en 1900; en Amérique par un éminent unioniste M. Samuel Gompers; par le congrès des sociétés savantes; par le journal le Temps dans un article remarquable du 8 mars 190#; par M. Carrol D. Wright, directeur du bureau of Labor au département du commerce el du travail des Etats-Unis, etc.

Jacq. 11

entente entre le capital et le travail vers laquelle doivent tendre actuellement tous nos efforts » (1).

« C'est la solution économique du problème des rapports du capital et du travail, opposée aux solutions utopiques du socialisme » (2).

Le socialisme a eu le tort de se préoccuper surtout de questions politiques, laissant aux conséquences plus ou moins rigoureuses de ses principes a priori le problème d’une organisation pratique.

Il a trouvé auprès des ouvriers son expression dans l'embrigadement des syndicats, l'union des Bourses du Travail sous la dictature de la Confédération générale du travail, dont les grands chefs avouent (M. Griffuelhes) « que la grève est un moyen de guerre sociale », et ils se réclament de leur qualité de belligérants.

« Ils prônent le sabotage en attendant la catastrophe finale, qu'ils font entrevoir à leurs dupes, comme les millénaires faisaient entrevoir le Jugement dernier » (3).

Pour la plupart des chefs de syndicats, pour les dirigeants des Bourses du travail et de la C. G. T., la

(1) L'organisation du travail, op. cit., par Lewandowski, (2) Journal des Economistes, oct. 1900, M. de Molinari. (3) Y. Guyot, Sophismes socialistes, op. cit.

grève n'est pas un moyen économique, mais une arme politique.

D'ailleurs, la doctrine socialiste ne peut donner de solution réelle aux problèmes qui nous préoccupent, à la solution de la question ouvrière, car il y a antagonisme entre la démocratie et le socialisme,

C'est M. Werner-Lombart lui-même qui le proclame: « Le but du prolétariat doit-il être socialiste ou démocrate ? S'il est démocrate, que devient son programme ? Socialisme et Démocratie, c’est dans l’opposition de ces deux points de vue que s'exprime le conflit fondamental » (1).

Le socialiste Bernstein a publié en 1905 une série d'articles dans ce sens (2).

L'avenir des travailleurs et de la démocratie n'est pas dans l’organisation socialiste, Les préoccupations

politiques de la conquête du pouvoir ont nécessité le

(4) Werner Lombart, Le socialisme él le mouvement social au XIXe s., p. 114 et suiv.

(2) Bernstein, Socialistische Monatschefte, août-oct.-nov., voir le Mouvement social du 16 janv. 1906, p. 117.

Note a. « Le groupement qui se forme entre syndicats de toutes professions perd son caractère professionnel, il forme une organisation de classes ; et si les forces ouvrières réunies obéissent à la C. G. T., ilest clair que l'association a cessé d’être le rempart de la liberté pour en devenir le lombeau ». Ed. Villey, Revue d'économie pol., déc. 1907.

« La C. G. T. est une aristocratie nouvelle, qui s’érige en gou-

plus souvent l'étalage d’une tyrannie intransigeante, qui serait la pire condition de la démocratie.

« Il s'opère aujourd'hui dans la société humaine deux sortes d'évolutions politico-sociales: l'évolution démocratique, basée sur l'égalité politique qui sape et détruit lentement toutes les autocraties, élargissant l'empire de la souveraineté populaire, et l’évolution socialiste fondée sur l'égalité civile, qui tend à détruire tous les privilèges et distinctions entre les classes, établissant ainsi la prépondérance de la classe la plus nombreuse.

« Les théories socialistes, tendant à changer les bases organiques de la société actuelle, poursuivent une réforme qui demandera de longues années et même des siècles, parce que ces évolutions doivent être lentes et graduelles, si l’on veut qu'elles soient efficaces et durables. Quel que soit le degré de vérité et d'efficacité de ces théories ou le degré d'excellence de la société annoncée, il est de toute évidence que c'est une bien maigre consolation pour le prolétaire

d'aujourd'hui, que de lui assurer, dans un avenir qu'il

vernement et impose ses volontés au profanus vulqus! c'est l'anéantissement de la liberté ! » Ed. Villey, Revue d'économie pol., déc 1907.

« La théorie, la tactique et les méthodes d’action de notre parti, loin de s'inspirer des idées démocratiques, en sont la négation ». E, Pouget, secrétaire de la C. G.T.

ne verra pas, la cessation des maux et des injustices dont il est victime.

« Les prophètes de la nouvelle religion sociale peuvent continuer leur œuvre de propagande tant qu'elle s'inspirera de la sincérité ; on n'en a pas moins le devoir de songer aux maux de l'heure présente et de teur fournir des remèdes plus immédiats. Si par là, on arrive à élever la condition sociale de la classe ouvrière et à lui octroyer une situation plus digne et plus juste que celle qu’elle occupe dans l'échelle sociale aujourd'hui, on aura obtenu non seulement un bienfait immédiat, mais on aura contribué à faire disparaître la pratique de procédés révolutionnaires, qui font naître les résistances et provoquent les réactions » (1).

Les sociétés commerciales de travail ne constituent peut-être pas des organismes parfaits et pouvant s’appliquer universellement à toutes les branches de Factivité humaine, « mais telles qu’elles sont, elles représentent un effort dont il y a lieu de tenir compte.

J’ose espérer qu’elles seront le point de départ d'une ère nouvelle, et que les ouvriers de toutes les spécia-

lités comprendront que leurs intérêts bien entendus

(1) Pellegrini, Les sociélés de travail, op. cit.

doivent les emmener à la constitution de sociétés semblables » (1).

La pacification des rapports du capital et du travail est dans le sens de sociétés anonymes, à forme commerciale, qui, en développant chez l'ouvrier l'idée de la responsabilité, consacreront chez lui le sentiment de la dignité et de la liberté individuelles, supprimant la haine de classes et la rivalité politique pour la remplacer par une saine émulation commerciale, et contribueront, pour une large part, à la réalisation de la paix sociale.

(4) Bulletin d'Etudes professionnelles du 15 nov. 1906, Le contrat de travail et les sociélés ouvrières de main-d'œuvre, par M. Villemin,

Vu: Vu:

Le Doyen, Le Président de la Thèse, LyoN-CAEN. DESCHAMPS.

Vu et permis d'imprimer:

Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris,

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