NOR
achète le travail en détail aux ouvriers et le revend en bloc à l'entrepreneur. Faisant ainsi commerce de travail, 1l est intéressé à agrandir autant que possible le débouché de sa marchandise. D'abord, il profite seul de ce progrès commercial, ensuite l'élévation de ses profits en attirant la concurrence, l'oblige à y faire participer producteurs et consommateurs » (1).
Le remède est dans le marchandage généralisé (?), l'achat en bloc du travail, « Il faut traiter le travail comme une valeur. Il faut qu'il ait des cours déterminés par la loi de l'offre et de la demande. Il faut commercialiser le travail » (3).
Ainsi se créera pour le travail, comme pour les autres marchandises, un marché général, dont le cours servira de régulateur. Toute cause de conflit particulière disparaîtra alors entre les employés et les employeurs, comme elle disparaîtra entre la production et les consommateurs des autres denrées et marchandises, quand on comprendra enfin que : «les prix sont absolument gouvernés par un fait général contre lequel les uns et les autres essaient en vain de
(1) Cours d'économie politique, X® leçon, M. de Molinari.
(2) « Le chef d'industrie ne peut-il pas admettre qu’il vaudrait mieux pour lui renoncer de plein gré au marchandage individuel de la main-d'œuvre et adopter le marchandage organisé et collectif ! » G. Hanotaux, Journal du 17 déc. 1907.
(3) Y. Guyot, op. cit.
Ge
lutter. Le moyen de réduire, sinon de détruire les causes de conflits entre le salarié et l'employeur, le moyen de rendre impossibles parce qu'inefficaces les grèves, c'est de laisser librement se créer, s'organiser et se développer par voie d'association le commerce du travail » (1).
L'association libre, que propose M. Yves Guyot, indépendamment de l’embrigadement des syndicats, paraît devoir être la forme propre à résoudre la question de l’organisation du travail.
La société commerciale de travail, qui met l’entrepreneur en face d’une collectivité ouvrière, lui garantit plus efficacement l'exécution de son contrat : elle substitue l'achat en gros du travail à l'achat en détail, le contrat unique et précis aux petits contrats multiples et vagues: elle décharge l'entrepreneur des soucis variés de la surveillance, lui donne la sécurité et l’assure contre les malfaçons.
La société commerciale de travail substitue le louage d'ouvrage au louage de services, le travail aux pièces et en gros, au travail à la journée à forme servile ; elle supprime la lutte de classes, la concurrence politique pour la remplacer par la concurrence exclusivement économique, essentiellement commerciale.
(1) De Molinari, op. cit.
OT
Elle est, et sera surtout, la solution, sinon universelle des conflits du travail, tout au moins un agent
certain de pacification et de progrès social,