DÉFINITIONS
Les sociétés coopératives rentrent dans la catégorie des associations qui ont fait l'objet du remarquable rapport de notre honorable collègue M. Prins et d"un vote favorable de la Commission du travail.
(Elles constituent une classe particulière d'unions, dont les membres ne doivent pas nécessairement exercer la même profession. Elles se proposent surtout l'amélioration de la condition matérielle de leurs membres)
Elles sont, avec les sociétés de secours mutuels et les œuvres multiples fondées grâce à l'inspiration chrétienne, les premiers jalons posés en Belgique et en d'autres pays dans la voie large et rapide que les associations de travailleurs parcourront sous le régime d'une législation vraiment libérale.
n ne peut plus être question de ressusciter les mesures restrictives et tracassières qui ont amené, à la fin du siècle dernier, la chute des anciennes corporations.
A la foi vive, aux instincts généreux qui les avaient
fondéos, s'ôtiiiont substituées les formalités mesquines d'un étroit rigorisme. Les vieilles corporations, tombées ainsi en décadence, devaient se relever sous le souffle d'un esprit nouveau. Ce fut une étrange erreur d'essayer de les supprimer en vertu de la loi.
Depuis la loi du 17 juin 179tJ qui renouvela l'abolition des corporations de métiers promulguée par l'édit de 1776 ,1 les observateurs sincères ont eu le temps de s'assurer que l'idée corporative a son principe au plus profond de la nature humaine.f^
r Quand elles sont mises en commun , les difficultés s écartent plus facilement, les luttes se soutiennent mieux, et les victoires s'assurent pour longtemps.\L'homme, à quelque classe qu'il appartienne, est né pour vivre en société; son isolement nuit au développement de sa carrière.
On n'est plus isolé quand on est capitaliste. Le capital est un levier merveilleux qui brise les barrières de l'individualisme , si bien que l'homme aux idées les plus étroites, les moins généreuses, chercherait en vain à se renfermer en lui-même dès qu'il possède ce puissant instrument. Le capitaliste le plus égoïste s'associera, coûte que coûte, à une entreprise; il reliera ses intérêts par quelque endroit aux intérêts généraux du pays ; il prendra part, fût-ce indirectement, au gouvernement de la patrie.
Essayer, comme l'ont fait les auteurs du décret de 1776 et de la loi de 179fl, de cantonner l'ouvrier, le petit artisan dans l'individualisme , c'est lui enlever les privilèges naturels que le capital attribue à son possesseur.
Au contraire, octroyer la liberté d'association dans les larges limites autorisées parla Constitution belge, faciliter le groupement des petits consommateurs , des faibles
producteurs, des bourses modestes et de la petite épargne, comme l'ont voulu les auteurs de la section VI de la loi belge du 18 mai 1873, au nombre desquels nous croyons devoir spécialement mentionner notre honorable collègue M. le représentant Jules Guillery^'est rétablir avec mesure et sagesse une partie de l'équilibre rompu entre les classes de la société}
Les faits, observés consciencieusement, le prouvent : le niveau égalitaire est une utopie. Il ne peut soustraire aucun homme à la loi naturelle de l'inégalité. A plus forte raison est-il sans influence sur la situation des différentes classes de la société humaine. .
Deux lingots,run d'or, l'autre d'ai^gent, se font équilibre sur les plateaux d'une balance de laboratoire. Qu'en fautil conclure? L'égalité des poids seulement. Les matières sont et restent essentiellement différentes.
De même, les classes de la société ont besoin de peser également sur la balance des destinées humaines, sans que les différences essentielles qui les séparent, puissent disparaître.
Les réformistes-novateurs se révoltent à la seule pensée de ces différences ineffaçables. Ils ont basé la réforme de l'ancien régime sur l'existence d'un homme théorique, tel que les philosophes du siècle dernier le concevaient a priori. Les novateurs croient naïvement pouvoir inventer de nouvelles pièces de mécanique sociale, comme on recherche et trouve quelque transmission de mouvement.
La science sociale leur oppose, avec beaucoup de raison, les réformistes-traditionalistes, qui fondent leurs plans de réforme sur l'homme réel et vivant, tel que le considère a posteriori l'école économique moderne.
Il ne s'agit point de reconstituer les corporations fer-
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mées, d'attenter à la liberté du travail et de tolérer nombre de vieux abus qui devaient nécessairement disparaître; mais il n'est plus possible d'empêcher les agrégats naturels de se produire au sein de la classe ouvrière comme dans les autres classes. >t^ZA*ryvc^^'''^<^^*'4)r
La loi naturelle de l'association et la loi tphrétienne de la vraie, de la solide et raisonnable fraternité)^ 'harmonisent en de merveilleux accords pour imposer au progrès de l'humanité des institutions non point essentiellement nouvelles, mais revêtues de formes appropriées aux temps et aux mœurs du siècle.
Les sociétés coopératives comptent parmi les principales de ces institutions^ Elles sont une efflorescence naturelle des temps présents. Les vouloir arrêter dans leur épanouissement serait une tentative parfaitement inutile.)
La Commission du travail ne pouvait d'ailleurs passer à côté d'elles sans leur accorder le regard attentif et bienveillant qu'elles méritent, sans se préoccuper des extensions que ces institutions coopératives pourraient recevoir, et des améliorations dont la loi qui les régit serait susceptible.
Parmi nos honorables collègues, il en est un que sa haute compétence en matière de sociétés coopératives désignait d'une façon spéciale comme rapporteur. Nous avons nommé le fondateur des Banques populaires dans notre pays, M. le représentant Léon d'Andrimont.
Des raisons auxquelles la 3^ section et nous-même avons bien dû souscrire, lui ont fait décliner une mission que nous avons cru devoir accepter, à la condition d'obtenir le concours de notre honorable collègue. Il a bien voulu nous le promettre, et mieux encore, il nous l'a pleinement
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accordé. Nous le prions d'en recevoir ici l'expression de notre reconnaissance.