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LA PARTICIPATION AUX BÉNÉFICES

Il est un mode de coopération dans la production que nous ne pouvons omettre, quoiqu'il ne se rattache pas directement à notre sujet : c'est la participation aux bénéfices. Elle revêt des formes bien diverses. La plus simple et la plus commune consiste à accorder des primes aux ouvriers attachés d'une façon permanente à un établissement, en sus de leurs salaires. Ce mode est adopté notamment par MM. Harmel dans leur filature de Warmeriville, près de Reims (France) (1), par MM. Belpaire- Teichman et Liebrecht à la poudrerie royale de Wetteren (Belgique) (2), par MM. de Montgolfier à la papeterie de Vidalon près Annonay (France) (3).

A Wetteren, lors du centenaire de l'usine, 160,000 frs, prélevés sur les bénéfices, furent distribués aux ouvriers. L'un d'eux, vieux travailleur, chargé de cinquante-trois années de service, reçut pour sa part 3,180 francs, le prix d'une jolie maisonnette !

A proprement parler, ce n'est pas la participation directe aux bénéfices, mesure plus facile à louer qu'à réaliser sans porter atteinte à l'autorité légitime des patrons, à la

(1) L'usine du Val-du-Bois. — Exposition du Ministère de l'Intérieur en 1878. — Questionnaire et réponses.

(2) Le Travailleur, 15 juin 1878, n" 24.

(3) De la condition des ouvriers dans les grandes industries, par Jules Michel, ingénieur en chef des ponts et chaussées. — Revue catholique des Institutions et du Droit, avril 1886, p.

juste dignité des ouvriers et aux difficultés sans nombre d'une répartition faite exactement d'après les mérites et le travail de chacun.

Ces difficultés n'ont pas arrêté certains patrons. Bornons-nous aux exemples donnés en France par deux grandes maisons, moins connues peut-être que la célèbre maison Leclaire dont nous avons déjà dit un mot : la fonderie de fer de M. Piat, à Paris (1), et la fabrication de tous les articles en fonte de fer de M. Godin, à Guise (Aisne) (2). Nous ne pouvons ici que signaler les lignes principales de ces modèles de la participation aux bénéfices. ^

En ce qui concerne l'usine Piat, je relève deux traits avec mon éminent collègue et ami, M. E. Cheysson, ingénieur en chef des ponts et chaussées à Paris. Le premier consiste . dans le fractionnement de la part revenant à chacun des ouvriers en deux moitiés, dont l'une leur est immédiatement remise en espèces, pendant que l'autre est retenue pour servir à la constitution d'un patrimoine en leur faveur.

Le second trait est l'indétermination du quantum prélevé annuellement sur les bénéfices. Cette latitude respecte le secret des inventaires, la liberté du patron, et a permis, en 1885, d'allouer aux ouvriers 3 p. c. de leurs salaires, bien que les résultats de cet exercice fussent négatifs (3).

(1) Enquête de la Commission extra-parlementaire, 2^ partie, loc. cit., p. 64-68.

(2) Monographie de l'Usine et du familistère de Guise, par M. Urbain Guérin, 1885.

(3) Le capital et le travail : Conférence aux ouvriers de l'usine Piat. Paris, Chaix, 1885, p. 28 et passim.

Le Irait rappelé en premier lieu, se retrouve non seulement dans la maison Leclaire, mais aussi chez M. Mame, de Tours; à l'imprimerie Ghaix, de Paris, etc.

A. Guise, M. Godin s'y est pris d'une autre façon. Les parts de bénéfice représentent pour l'ouvrier ou l'employé bénéficiaire l'acquisition d'une part de propriétéde l'usine, part dont il est seulement appelé à toucher les intérêts, en attendant le remboursement total du propriétaire actuel.

Les titres de propriété acquis de cette manière s'élevaient au 30 juin 1883 à la somme de 1, 969,249 francs, se décomposant ainsi :

133 titres de

100 francs et au

-dessus

fr.

3 titres au-

-dessus de

M. Godin s'est néanmoins réservé jusqu'à sa mort une grande part d'intérêts et d'autorité.

L'administrateur-gérant qui lui succédera dans la direction de la commandite formée pour une période de quatre-vingt-dix-neuf ans, à partir de 1880, aura aussi sa très grande part d'autorité.

Mais que deviendra l'affaire elle-même ? Restera-t-elle bonne ? Les ouvriers participants, devenus des propriétaires de l'usine, y trouveront-ils jusqu'en 1979, leurs

(1) Urbain Guérin, îoc. cit., p. 36-37.

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avantages ? Eux ou leurs ayants-droit n'auront-ils pas de pertes à subir ?

Toutes ces questions restent insolubles. L'expérience n'a pas encore prononcé complètement et définitivement sur ce mode de participation aux bénéfices.

Théoriquement, le système de la participation aux bénéfices, quelle qu'en soit la forme, est recommandable; pratiquement, il dépend beaucoup de la nature, de l'industrie, des lieux où elle s'exerce, des hommes, patrons et ouvriers, qui l'appliquent.

En Belgique, où le système des primes commence à se répandre, la participation est à peu près inconnue. Nous n'en relevons guère que deux exemples dans les réponses écrites faites à la question 17* de notre Questionnaire.

La maison Vimenet, à Bruxelles, pour la fabrication des feutres et chapeaux, accorde aux ouvriers 10 p. c. des bénéfices (1).

M. Merlot-Charlier, d'Etterbeek, rapporte que des ouvriers de la Vieille-Montagne ont un cinquième dans les bénéfices de fabrication. " Cette participation dans les „ bénéfices, dit le témoin, a toujours produit les meilleurs „ résultats. Outre qu'elle encourage les ouvriers, elle les j, rend très économes des matières de fabrication. Elle „ les rend des ouvriers modèles (2;. „

(1) Réponses au questionnaire industriel, vol. I, p. :218.

(2) Ibid., p. 223.

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