LUTTE DES COOPERATIVES ET DES COMMERÇANTS
A° Quelques-uns ont même demandé que les sociétés coopératives de consommation ne puissentadmettre que des ouvriers ou que la faculté d'achat fût limitée à 800 francs par sociétaire, et qu'il leur fût interdit de constituer des fédérations d'achat. Toutefois ces dernières exigences, qui ravaleraient la société coopérative au rôle de société de bienfaisance, n'ont pas été formulées, que nous sachions, ailleurs qu'en France '.
On a proposé et même essayé un mode de coopération qui aurait pour résultat, à ce qu'on croit, de réconcilier marchands et coopérateurs. Ce serait de supprimer le magasin coopératif et de faire du marchand lui-même le fournisseur de l'association coopérative. Le rôle de celle-ci se bornerait à traiter au nom de ses membres avec les marchands et à obtenir d'eux des rabais d'autant plus considérables qu'elle pourrait leur oflVir une clientèle plus considérable, aii besoin même en leur offrant comme garantie la solidarité de ses membres. Quand il s'agit de consommateurs qui ne visent qu'à l'économie, il semble en effet que, de cette façon, ils pourraient obtenir des rabais égaux à ceux qu'ils pourraient réaliser en se faisant marchands eux-mêmes : et cela, en se dispensant de tout souci et de tout risque d'exploitation et d'administration, en se dispensant d'ouvrir un magasin et même de constituer un capital. En un mot elle n'aurait plus
1. Dans un mémoire présenté au Sénat par le « Syndicat de l'alimentation parisienne » lors de la discussion du projet de loi sur les coopératives.
En Allemagne, ■< l'Union des Sociétés d'Escompte » a demandé ([u'il fût défendu aux coopératives « de poursuivre des butsd'ulililé publique ■•.
besoin de s'organiser comme « société coopérative » au sens légal de ce mot, mais simplement comme Ligue d'acheteurs.
On a essayé de ce système, notamment dans la Coopération des familles en 1901. Mais ce sont surtout les cercles militaires ou associations d'étudiants, qui n'ont rien de coopératif, qui la mettent en pratique, tout comme le Toiiring Club avec ses 100 000 membres. La Coopérative des Employés civils de la Seine, quelques-unes de celles des employés de la C''' Paris-Lyon-Méditerranée, celle de Genève, etc., font aussi quelques marchés avec les commerçants pour les marchandises que par un motif quelconque elles ne se soucient pas de tenir dans leurs magasins, la viande ou le lait, ou les vêtements confectionnés, ou les médicaments. Dans ces conditions restreintes, ce système peut être utile, mais il ne pourrait se généraliser sans ruiner définitivement la coopération. En elïet, la coopération ne pourra jamais faire la loi aux marchands tant qu'elle ne pourra pas se passer d'eux.
Dans l'article cité ci-dessus, M. Jaurès suggérait un autre mode d'entente. Ce serait que les syndicats ouvriers s'engagent vis-à-vis des marchands, et pour le compte de leurs membres, à un chilTre minimum d'achats et garantissent le paiement. Par là les commerçants ayant un chiffre de vente assuré, et n'ayant plus à courir le risque d'insolvabilité, pourraient abaisser leur prix et vendre à crédit. Mais pour que cet ingénieux système puisse fonctionner il faudrait d'abord des syndicats présentent un peu plus de garanties pécuniaii'es que ceux daujourd'hui, et, d'autre pari, quels seraient les marchands qui