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seraient choisis comme fournisseurs et investis ainsi d'une sorte de monopole?
Une autre solution quil convient d'indiquer ici, tout au moins à titre de curiosité et bien qu'elle n'ait existé qu'à l'état de projet dans le livre de M. Camille Sabatier sur Le Morcellisme, consiste dans le rachat des magasins privés par les coopératives de consommation. Mais avec quelles ressources procéderaient-elles à cette colossale opération? Avec leurs bonis dont les trois quarts devraient être aiïectés à cet emploi. Et pour les y aider l'État leur allouerait une subvention qui serait, propose lauteur, du tiers des bonis, tout au moins jusqu'à ce que l'opération du rachat eût été accomplie. Les sociétés de consommation seraient d'ailleurs reconnues comme établissements d'utilité publique et soumises au contrôle de l'Etat, ce qui aurait pour elTet d'augmenter beaucoup leur prestige et leur crédit. Quant aux commerçants ils ne se plaindraient pas du régime nouveau puisqu'ils pourraient vivre avec les rentes que leur ferait le rachat, tandis qu'avec le régime actuel ils sont voués tout de môme à l'expropriation, mais sans indemnité'. Ce système, en le supposant réalisable, aboutirait au coopératisme obligatoire pour tous puisque les sociétés de consommation auraient dorénavant le monopole du commerce. Mais lauteur no dit pas si ce rachat aurait lieu à laïuiable ou par voie d'expropriation pour cause
1. M. Sabatier, nous dit-il, a soumis son projet à un petit référeiiduin de commerçants épiciers à Toulouse, où il iialiite, et la majorité s"est prononcée en sa faveur. Sans contester le fait, il est permis d'en conclure que les épiciers de Toulouse sont bien mal dans leurs affaires ou sont d'aimables pbilosnphes.
d'utilité publique? En tout cas il faudrait longtemps pour racheter tous les fonds de commerce d'un pays. Il est vrai que si nous prenons l'Angleterre pour exemple, il résulte du système de l'auteur que, sur 270 millions de fr. de bonis, les sociétés devraient en affecter les 3/1, soit 202 millions, au rachat et l'État devrait ajouter 90 millions : ce serait un beau denier. Mais il est bien à craindre que du jour où les membres des coopératives verraient leurs bonis réduits au quart, ils ne désertent en foule leurs sociétés, ce qui non seulement réduirait de plus en plus les ressources destinées au rachat, mais enrayerait le mouvement coopératif lui-même.
Le petit commerce paraît définitivement condamné par l'évolution économique comme mécanisme défectueux et dispendieux (je ne dirais pas de même de la petite industrie ni de la petite culture), et la seule question qui se pose aujourd'hui est de savoir si ce sera la société coopérative ou le grand magasin qui le remplacera? Il serait prématuré de décider aujourd'hui lequel des deux l'emportera. Cependant on peut estimer que les sociétés coopératives se sont déjà montrées capables de rendre les mêmes services économiques que les grands magasins : bon marché, vente au comptant et à prix fixe, économie de temps pour l'acheteur en groupant toutes les spécialités; — et qu'en même temps elles sont exemptes des graves défauts imputables aux grands magasins, tels que frais inutiles de publicité, réclames, envois de catalogues, étalages, expositions, liquidations, ventes avec faculté de rendre la marchandise, et autres excitations malsaines à la dépense par mille suggestions ingénieuses qui ont été
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jusqu'à créer chez les clientes un cas particulier de pathologie criminelle qui s'appelle la kleptomanie, la manie du voP. Il y a lieu d'espérer aussi — quand il s'agit des rapports, non plus avec le public, mais avec les employés et ouvriers — que les sociétés coopératives ne sacrifieront pas les intérêts de ceuxci à la préoccupation du bon marché, comme sont tentés trop souvent de le faire les grands magasins, et qu'elles renonceront à mettre en vente des articles de lingerie qui représentent une bonne affaire pour le client qui les achète, mais un salaire de 2 sous l'heure pour l'ouvrière qui les a cousus. Ajoutons enfin qu'il vaut mieux voir des magasins coopératifs apporter l'aisance à une foule de petits actionnaires à 25 fr. que de voir de grands magasins servir à créer quelques multimillionnaires. •
En un mot, on peut espérer que la coopération de consommation pourra nous permettre d'échapper à l'alternative qui autrement s'imposerait au consommateur, — ou continuer à supporter les frais d'un mécanisme arriéré comme celui du petit commerce, — ou se mettre sous la vassalité d'une féodalité commerciale.
1. Pcîul-i'tre môme peul-on trouver excessive l'austérité des magasins cnoperalifs et leur dédain pour toute réclame et pour tout ce qui peut attirer le public. Il est évident que l'aspect des rues de nos grandes villes aurait fort à soullrir du remplacement des brillants magasins par les tristes comptoirs des coopératives. Aussi en Angleterre une réaction s'o|)ère et les coopératives commencent à se faire belles. Si la Coopérative veut devenir la Maison du Peuple il l'.uil qu'elle devienne nttniyante.