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LA COOPÉRATION

Tous les partis en France ont préconisé la coopération ; tous aussi semblent vouloir y renoncer.

Ce n'est pas un bon signe, car la coopération doit passer dans les habitudes du peuple, autrement le problème de la yîe à bon marché ne se résoudra jamais.

Espérons que nous allons voir- reprendre ces bonnes et saines publications par lesquelles les ouvriers se- sont appliqués à populariser ce principe dans les dernières années qui ont précédé la chute de l'empire.

Parmi les nombreuses formes que revêt le principe d'association, il n'y en a pas une qui puisse alléger plus directement que la coopération le lourd fardeau qui pèse sur les familles de ceuxif m sont contraints de tant axrheter asr diitaiL

La transformation peut paraître longue, mais elle le sera bien daTantage si on dédaigne de mettre la main à l'œuvre.

A ce propos, il n'est pas sans* intérêt

OUVRIÈRES il

d'informer d'abord le lecteur de l'état où se trouvaient, il y a une quarantaine d'années, les classes ouvrières en Angleterre ; on jugera mieux de la valeur du principe, on verra que goutte d'eau forme grande rivière.

Depuis un temps immémorial, l'habitude était de payer les ouvriers en denrées, au lieu de les payer en argent.

On appelait cela le truck système.

C'étaient leurs maîtres qui tenaient boutique pour eux. Voici comment les choses se passaient:

Le maitre, profitant de son droit, fournissait à chacun, pain, beurre, thé, souliers, chapeaux et vêtements ; il nourrissait môme des vaches pour ven-

dre, chaque matin, le lait nécessaire à la famille.

Quels motifs alléguait-on pour ne pas soulever la conscience publique, témoin d'un aussi abominable trafic ?

Tout simplement que si on remettait à l'ouvrier son argent, le cabaret aurait tout et la famille rien. Ainsi il ne leur suffisait pas d'exploiter l'ouvrier de cent pour cent, il fallait encore l'humilier à ses yeux, à ceux de sa femme, de ses enfants et du pays.

Quand on arrivait à régler Jie compte, ces bons et pieux chrétiens ne se gênaient pas pour soutenir, souvent au détriment de la vérité, que le pain, le beurre, le charbon avaient changé deux ou trois fois de prix dans le courant du mois.

ik LES SOCIÉTÉS

L'ouvrier protestait, s'indignait; on lui disait d'aller travailler ailleurs.

S'avisait-il de citer devant le juge de paix son patron, si on lui donnait gain de cause, ce dernier faisait appel devant une cour supérieure, qui se trouvait souvent à 20 ou 25 kilomètres de distance. Pour s'y rendre, il fallait perdre du temps, dépenser de l'argent, et ce n'était .pas tout, il fallait payer un avocat pour défendre sa cause.

Fait bizarre, lorsque le peuple eut attiré l'attention de la Chambre des Commune^ sur ces faits iniques, il s'y trouva des* hommes pour défendre cette mesure sous prétexte qu'en abolissant cette. loi on portait atteinte à la liberté et qu'jon rompait les' bons rapports qui existaient entre les maîtres et les ouvriers.

O'ConnelI s'exclama, dans la séance du 5 juillet 1830, que si on touchait au truck système, il would be destructive to Ireland, ce serait un coup fatal pour l'Irlande . Enfin, dans la séance du 5 octobre 1831, cette abominable loi fut abrogée ; il j avait cinq siècles que le peuple protestait contre, comme l'indiquent des discussions qui eurent lieu en 1300 sous Edouard IV.

Les coopératives societies, en Angleterre, sont de date lointaine ; elles furent à leur origine une protestation contre les faits que je viens de signaler.

L'honnête Robert Owen, qu'on a considéré comme en étant le fondateur, a déclaré que, selon lui, elles remontaient à l'année 1698. II est vrai que la trace s'en était perdue et qu'il la fît

if LES SOCIÉTÉS

revivre à NeVLanark, en 1779. Mais là encore ce n'était pas le peuple qui agissait par lui-même, le passé .avait trop pesé sur son intelligence ; il ne songeait pas à prendre en main la direction de ses propres affaires. Il acceptait avec reconnaissance les bienfaits qui lui venaient du grand philanthrope, puis il retombait dans l'indifférence, et restait sans soucis sur son avenir et celui de ses enfants.

Mais, lorsque le mouvement des écoles eut pris, sous la direction de Joseph Lancastre, du docteur Birbeck et de Robert Owen, un grand essor, il se réveilla, il secoua ses haillons d'esclave et s'efforça de marcher seul. . Il tâtonna d'abord; des ouvriers fondèrent, en 1828, un journal et une société coopérative à Brighton, le projet n'eut pas un grand succès. Mais ces ouvriers li-

saient les écrits socialistes de Robert Owen ; un premier échec ne les découragea pas ; le peuple commençait à avoir une opinion.

Les grands caractères qui devaient soutenir sa cause étaient en voie de formation. En 1829, au retour de l'île de l'Homme, où les délégués de plus de cent mille hommes s'étaient retirés pour échapper à la malveillance et aux persécutions de leurs ennemis, ils fondèrent le journal le Peuple. Sa devise était: Pas de puissance sans union, pas de société sans instruction. L'idée était bonne, grande et vraie, il ne restait plus qu'à agir.

Le 28 juillet 1830, pendant que le peuple de Paris élevait des barricades, versait son sang pour ces libertés que

des traîtres devaient lui ravir lâchement, les ouvriers de Londres étaient réunis et jetaient les premières bases d'une grande société protectrice du travail.

L'Internationale était là ei* germe, mais le temps n'était pas venu où les ouvriers de tous les pays devaient se réunir, et montrer qu'ils ne formaient qu'une même nation et qu'ils n'avaient qu'une volonté, celle de se mettre à même de pouvoir se défendre de leurs exploiteurs dont l'avidité était sans bornes et les désirs insatiables.

Un premier congrès eut lieu au mois de mai 1831, à Manchester, un second, la même année à Birmingham. Enfin un troisième, en~ 1832, à Londres, et là se trouvèrent présents les délégués de soixante-cinq sociétés coopératives.

On y prit la résolution suivante;

« Attendu que le meuvement. coopératif tend à faire «disparaître la classe intermédiaire placée entre le producteur et le consommateur, nous décidons à l'unanimité que les coopêrateurs, comme tels, ne sont identifiés à aucun principe religieux ou irréligieux, pas même à ceux de M. Owen, ou de tout, autre. citoyen. »

A ce moment, la capacité des classes ouvrières n'était pas très-grande, leurs ennemis avaient bien soin de le leur reprocher.

Cependant Robert Peel leur conseillait de persister et d'apprendre à faire leurs affaires eux-mêmes.

Mais les connaissances qu'exigent la comptabilité, la tenue des livres, les

achats, les ventes, ne se créent pas en un jour. Ils avaient à se prémunir aussi contre les cris des pessimistes, contre ceux qui craignaient de perdre une clientèle taillable à merci. L'indifférence que leur opposait la société leur causait de grands préjudices ; puis, dans chaque société, il y a des gens qui ne respirent que méfiance, et qui seraient en hostilité contre eux-mêmes, s'ils ne pouvaient mordre de leur langue venimeuse leurs semblables.

Pour ces êtres bavards, cafards ou hargneux, chaque mot a deux significations, ils prennent toujours celui que vous ne comprenez pas. Ils notent tout ce que vous omettez, et font semblant d'ignorer tout ce que vous affirmez.

Quand ces gens-là se joignent à une

société, ce n'est pas pour contribuer à son succès, c'est pour en faire la 'critique. Au lieu de chercher des forces et de les employer à la défense commune, ils cherchent à découvrir le côté faible d'une opération pour y faire entrer l'ennemi.

Ce mouvement si bien commencé s'arrêta. Dans le camp de l'ennemi on s'en réjouit tout naturellement. Les prophètes eurent beau jeu. Chacun disait tout haut : « Ah ! je l'avais bien dit. — Ah ! je savais bien qu'ils ne réussiraient pas. »

Mais les socialistes de l'école de Robert Owen n'étaient pas gens à se décourager; ils continuèrent la propagande par la pkime» par la parole, avec tant d'ardeur quté& vieille société eut

peur. Cette peur se manifesta d'abord dans les journaux ennemis, puis enfin à la Chambre des Communes et surtout à celle des Lords*

Ce fut un évêque orthodoxe, celui d'Exeter, qui sonna la cloche d'alarme pour avertir le public que la société était minée sous ses pieds. Jamais les idées socialistes n'avaient passé par une semblable épreuve. Je les ai entendu attaquer depuis. Je me souviens que, dans une séance à l'Assemblée législative, M. Baroche, lisant le passage d'un article de Louis Blanc, souleva une tempête de récriminations. Ces récriminations se changèrent en un éclat de rire fou au moment où, répondant au ministre, je déclarai que ^.'appartenais à l'école du Luxembourg.

Mais M. Baroche payait /pas pris la

peine d'étudier son sujet, il gesticulait, il hurlait, ne disait rien du tout et faisait pitié. Personne ne le prenait au sérieux.

Ce n'eat pas de cette- façon qtfmi ennemi vous attaqua en- Angleterre ; tous êtes sur qtfil sera calme, et qu'il aura pris ïe temps de chercher des arguments qui le sauveront du ridicule.

Dans la séance du 24 janvier I840A la Chambre des Lords, on lut un» pétition des chartistes prisonniers au château de Chesterj Henri Brougfram soutenait qu'on les avait arrêtés et condamnés illégalement.

Cette discussion terminée, Tévéque d*Exeter prend Ia^parote pour soutenir

une pétition signée par quatre mille prêtres ou notables du pays.

Il demande à la lire. Sachant que les doctrines socialistes dégradent le peuple, il demande l'abolition des doctrines de M. Owen. Cette pensée lui rend sa mission extrêmement pénible ; cependant le pieux évêque se décide et continue : l'intérêt de la société, de la religion, de la propriété et de la famille l'emportent sur tous ses scrupules. Puis il commence un discours de récriminations, où il n'y avait pas une parole de vraie, pas une, veux-je dire, dont le temps et les succès des sociétés coopératives n'aient fait justice.

Le premier et le grand coupable, c'est Robert Owen; il blâme lord Melbourn de l'avoir présenté à la reine,

parce que son influence pour faire le mal s'en est accrue.

La société dont il est question est universelle, dit-il; elle a divisé l'Angleterre en 14 districts, elle a un Parlement annuel, une Cour centrale ; elle commande dans 350 villes ; c'est sou par sou qu'elle forme son budget, et elle

est si riche qu'elle peut donner à ses

délégués jusqu'à 35 francs par semaine, et elle a établi un journal, The New World. Le Nouveau Monde soutient les doctrines les plus dangereuses et les plus subversives.

Dans le système des socialistes, il n'y aura plus ni propriétés privées, ni mariage, ni religion. Déjà elle s'étend en France. On peut être sûr qu'elle vise : « to put an end to ail the aneient

constitution of the oountry and he might justly add of the world at large (à renverser l'ancienne constitution du pays, et il peut ajouter celle du monde en général). »

Que dira M. Jules Favre, s'il lui arme de lire cas lignes? Il aura lieu d'en être jaloux, surtout s'il avait pu.

croire qu'il avait été le premier à dénoncer, à la vindicte des rois, la Société Internationale.

D'autres hommes vindicatifs et haineux l'avaient devancé dans son triste rôle de dénonciateur des sociétés populaires.

Puis revenue, passant des . principes à leur application, reproche aux socialistes d'-avoir bâti une belle salle de

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réunion pottr enseigner leurê principes à Sheffleld : ici, il ne commettait p»s d'erreur, e ? étaitvrai ;

D'en avoir construit tiue' seconde à Leeds : c'était vrai; de s'occuper à lever des souscriptions peur en construire d'autres à Liverpool, & Birnri?ngham, à Halifax, à Macclesâeàd: c'était vrai encore.

Il se plaint qu'à Manchester quatïe individus aient souscrit une somme de 125 r 000 fr. pour en élever une dd& plus vastes: c'était vrai encore*

Dans la séance au 3 février même année, le duc de Wellington prit part à la discussion. Sa parole avait du poids ; il déclare qu'il ne sait rien du socialisme, mais qu'il a voulu lire ses livres : il les trouve abominables. Il

conclut, comme l'évoque, à la suppression du socialisme.

Jamais séance ne fut plus acharnée.

L'évoque de Londres parla à son tour dans le même sens. L'archevêque de Cantorbury vint soutenir ses deux subordonnés. Néanmoins, malgré les colères des prélats, le ministre lord Normanby déclara qu'il ne poursuivrait pas les socialistes, parce qu'ils n'avaient pas violé la loi.

On se contenta d'envoyer une adresse à la reine. Puis, la police reçut ordre de faire une enquête dans toutes les villes et de dénoncer les personnes entachées de socialisme. La réponse fut que les ouvriers sur lesquels on demandait des renseignements, étaient des hommes habiles, rangés et de mœurs irréprochables.

On avait voulu tuer le socialisme, on lui donna de l'importance.

En effet, le moment approchait où les idées allaient s'incarner dans les faits.

r~Le socialisme avait pénétré à Roch- 1 dale, et du milieu de cette ville devait ( partir un mouvement destiné à attirer \ l'attention de l'Europe et à transformer

j l'industrie.

Un soir de Tannée 1843, un petit nombre de tisserands sans emploi, mal vêtus et sans nourriture, le cœur brisé à l'aspect présent et à venir de leur état social, se réunirent dans une des plus . misérables ruelles de la ville, la ruelle des Crapauds, pour se demander ce qu'ils pourraient entreprendre en commun pour améliorer leur condition matérielle. Ils décidèrent qu'ils loueraient

un petit rez-de-chaussée où ils vendraient du beurre, du thé et autres objets de consommation.

Rochdale , dit M. Holyoacke , a comme toutes les villes ses gamins. Ils venaient en foule s'attrouper devant la porte et regarder avec insolence dans la petite boutique presque* vide.

Mais les tisserands transformés en épiciers agissaient honnêtement, ils achetaient du haïr, et vendaient sans fraude.

Améliorer le moral du métier tes préoccupait plus que les grands profits.

L'année 1844 se passa sans bruit et sans grand succès. Ils étaient au nombre de 28, et possédaient pour toute fortune 700 fr.

Deux ans après ils étaient 1,600 as-

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sociés et avaient en caisse 323,000 fr.

et. 98,025 fr. de bénéfice. En 1866, le nombre des coopérateurs s'était élevé à 6,246, leur caisse à 2,499,725 fr., leurs bénéfices à 798,275 fr .

Et depuis, leur succès tient du pro- .

dige.

Nous donnons ici le tatteau de ses affaires : si oniious accuse de faire connaître ce qui est déjà connu nous n'en maintiendrons pas moîn&que des Caitsde ce genre, ponir se graver dans la mémoire du peupla, ont besoin de lui* être pué sentes souvent, et sous toutes les formes.

C'est en répétant Leurs homélies habituelles que les prêtres maintiennent las peuple» dans l'ignorance. Ce moyen

me paraît bon pour hâter aussi l'instruction des masses.

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