LE MILIEU
s'accumulent dans la concavité superficielle des plateaux successifs et s'y amassent en autant de lacs ou mers intérieures. Lorsque la cuvette est pleine, l'eau cherche, sur le rebord périphérique, le point le plus déclive et le moins résistant, et se précipite vers l'aval sous forme de torrents, de rapides, de cataractes.
Et ainsi, de plateau en plateau, se reproduit la même série de phénomènes.
Mais, au cours des temps, le déversoir ainsi formé se creuse ; le sol meuble est entraîné ; les roches les plus dures sont désagrégées par la violence du courant et par leur propre entrechoquement. Au fur et à mesure que la barrière s'use, le niveau des eaux baisse en amont; le lac supérieur se vide lentement et laisse peu à peu émerger son fond couvert de vases, de marais et d'alluvions de toute nature.
Par la suite, les eaux, diminuées de volume, n'occupent plus, au fond de la dépression, qu'une étendue très restreinte. Quant à celles qui proviennent de l'étage supérieur, elles doivent, dès qu'elles ont échappé à leur déversoir , se frayer un cours vague, sinueux, hésitant sur les surfaces limoneuses et sans pente sensible de leur nouveau terrain d'épandage.
Trois conséquences importantes découlent de ce mode de formation.
La première, c'est que, faute de grands soulèvements, il n'y a pas de glaciers et, pour ainsi dire, pas de sources. Les ruisselais générateurs des grandes
rivières y naissent par épanchement , diffusion des eaux pluviales à la surface imperméable des plateaux.
La seconde conséquence découle de la première : car celle-ci implique l'absence de régulateur dans le régime hydrographique. Puisque la genèse et l'allure des cours d'eau dépendent de façon intime et immédiate de la chute des pluies, et que la condensation des vapeurs atmosphériques est périodique — diluvienne pendant six mois, à peu près nulle durant l'autre semestre — , il en résulte des alternances de crues et de basses eaux, périodiques comme la cause qui leur a donné naissance. Lorsque le bassin est très étendu, — tel le bassin du Congo, — la saison des pluies, variable avec la latitude, ne règne que dans une zone à la fois : de telle sorte que le gonflement annuel du cours principal est en relation étroite avec l'importance des tributaires qui l'alimentent.
Troisième conséquence. Les écluses rocheuses qui retiennent les eaux d'amont au rebord des plateaux s'usent peu à peu avec le temps. L'étiage général s'abaisse dans la même proportion. Or, vu la presque horizontalité des terrains, une faible variation du niveau suffit pour mettre à nu des étendues considérables de pays. Et l'on arrive à cette déduction dernière : que le haut pays s'assèche lentement et sans retour possible. L'humus est balayé par les pluies; la végétation s'étiole et se rabougrit; le climat lui-même en subit le contre-coup : privé de son écran de vapeurs, il devient extrême dans ses manifcstalions de chaleur