I. Batéké, Bakongo
a. Ogowé, Sanga.
SOCIÉTÉS PRIMITIVES DE u'aFIUQUE KQUAT, 18
mités, les pattes retombant sur les tempes et derrière la tête.
Généralement on supplée au chapeau par des casques épais empruntés à la chevelure même, dont on tisse les poils crépus avec des bimbeloteries très diverses, surtout perles de verre ou de porcelaine et cauris. En outre, le tout est amalgamé avec force huile de palme et poudre de bois rouge, et. chez certains jjeuples, avec de la terre glaise. La forme de ces casques est caractéristique des tribus. Il est impossible d'en énumérer et encore moins d'en décrire les innombrables et bizarres variétés. Citons seulement : — le heaume à cimier des Fangs, surmonté souvent d'une touffe de plumes de perroquet; — la perruque de Gautier-Garguille, avec longues cornes recourbées devant, derrière et sur les côtés des Bombasa; — la calotte à côtes en perles multicolores des gens du Haut-Oubanghi ; — le morion à larges bords des Nzakaras ; — l'auréole des Digas et Zandés de Mbio; — etc.
De chaussure , pas trace nulle part, sauf, dans l'extrême nord, importation des sandales de cuir et de souliers turcs à bout pointu et relevé.
Peu à peu, l'agréable s'est ajouté à l'utile, l'ornement est venu agrémenter rindispensablc. Le goût de la parure, surtout chez la femme, où ce penchant est inné, a suivi le progrès des idées et particulièrement du sens esthétique. Des métiers annexes ont pris nais-
sance. L'art du coiffeur et celui du joaillier figurent au premier rang. L'élégante ne confiera qu'à l'inimitable Léonard de l'endroit le soin de souligner sa beauté par un savant édifice capillaire : agencement compliqué de cheveux, de cauris. de fibres, d'arceaux en bois, de terre glaise, d'huile de palme. — Quel autre que le Cellini kitéké saurait tresser en natte, puis courber en bracelet la triple lame de fer, de cuivre rouge et de laiton, signe futur de la grandeur d'un chef.'^
Résumons tout ce que l'industrie humaine doit à l'usage du costume et de la parure : — préparation des peaux d'animaux; — choix et préparation des tissus végétaux bruts; — choix, extraction et préparation des textiles ; — fdature et cordage ; — tissage ; — teinture; — couture; — orfèvrerie, si je puis me permettre ce contresens étymologique, puisque, en l'espèce, il ne s'agit que de métaux vils. — Remarquons, en passant, que la toison des animaux n'est mise à contribution que sous sa forme naturelle. Le poil des espèces de ces pays est trop court pour pouvoir être tondu et mis en œuvre.
E. — Meubles, ustensiles, outils.
Satisfaire sa faim, se mettre à l'abri des intempéries, défendre son corps des atteintes extérieures ont été, selon l'ordre de leur importance, les premières préoc-
cupations de l'homme primitif. Mais, réduit à ses seuls mioyens personnels et à ses seules forces, il n'eût pu mener à bien tous ces travaux. De plus, par un penchant naturel, quand on a réalisé lindispensable, on cherche le commode, puis le superflu. Les exigences du besoin, montent ainsi une échelle continue, depuis le dénûment jusqu'au luxe, et, à ce point ultime, le luxe arrive à être une nécessité.
Les premiers hommes n'ont pas tardé à trouver la terre trop dure, tantôt trop humide, tantôt trop sèche pour y jouir agréablement du repos, soit assis, soit couché. On étanche mal sa soif, en puisant simplement l'eau du ruisseau dans le creux de sa main. On ne peut d'ailleurs ainsi se désaltérer qu'à proximité des fontaines et des rivières. Une feuille roulée en cornet est déjà un progrès. On a découvert aussi que l'enveloppe coriace de quelques gros fruits permet de transporter et conserver l'eau. — Des feuilles encore, étroitement liées autour d'un ragoût de viande et de bananes, supportent l'ardeur du feu et se prêtent à la cuisson du repas'. Ce procédé primitif est d'usage courant au bivouac; mais son incommodité et ses nombreuses imperfections ne sont pas tolérables au foyer de la ménagère.
Le génie humain, stimulé par la nécessité, par le souci du bien-ètrc, s'est appliqué à tirer du bois, de la
I. Le Nègre réalise ainsi celte expérience bien connue de physique amusante, qui consiste à faire bouillir de l'eau sur une lampe à alcool dans une boite de papier.
terre et des métaux des ustensiles propres à suppléer à ses moyens naturels ou à les accroître. Nul ne saura jamais si ces inventions sont nées spontanément sur la terre africaine ou sont des importations de l'extérieur. Dans cette dernière hypothèse, elles auraient été diffusées dans le bassin du Congo par l'expansion bantou. Toutefois, il n'y a aucune répugnance à admettre qu'elles aient pu préexister chez les aborigènes de ces contrées; ce qui entraîne, du même coup, cette hypothèse, que certaines inventions auraient pu apparaître simultanément sur des points différents du globe. A l'origine, en effet, nombre d'ustensiles communs ne sont que des imitations d'objets naturels. Plusieurs hommes, véritables génies pour leur époque, ont pu se trouver, qui, indépendamment les uns des autres, ont imaginé de copier avec de l'argile plastique une gourde ou une calebasse.
Les meubles, ustensiles et outils sont à très peu près les mêmes chez toutes les tribus africaines. Il suffira que j'en donne ici une liste aussi complète possible sans entrer dans une description détaillée, qui serait tout à fait superflue. Ce qui importe par-dessus tout à cette étude, c'est de mettre le lecteur à même de se représenter fidèlement la vie d'une fraction de l'humanité intéressante par la distance qui la sépare de nous dans le temps, sans égarer son esprit dans des digressions ou trop techniques ou seulement pittoresques.
Dans la liste ci-dessous, on remarquera combien est pauvre et imparfait l'outillage destiné à traiter le
bois et les mélaux. Pour le bois, le Nègre ne connaît que des outils à couper et à bûcher. Il ignore la scie, le rabot, le marteau, les clous et les outils à percer. — Pour les métaux, le marteau et l'enclume, tous deux pareils, ont la forme de petites masses allongées terminées à une extrémité par une tête aplatie, et s'effilant en pointe mousse à l'autre extrémité. Celle-ci est tenue à la main, quand l'outil sert pour frapper; elle est fichée dans un billot, quand il sert d'enclume. La pièce à forger est portée au rouge dans un feu de charbon de bois, activé à l'aide d'un soufflet. Pas de burin à froid, ni de lime, ni de pinces ou tenailles, ni d'outil perceur. Pour manier la pièce en travail, on se contente de la piquer momentanément à l'extrémité d'un petit bâton. Avec cet outillage rudimentaire, l'ouvrier noir arrive à façonner, en fer et on cuivre, des objets relativement compliqués. Non seulement il extrait le fer du minerai, mais il le soude à luimême, le tord en spirale, l'aplatit, donne aux lames des méplats réguliers, y pratique des stries et des dentelures, qui dénotent un art, fruste et barbare, à coup sûr, mais soucieux néanmoins d'esthétique et de symétrie.
Nomenclature des biens, meubles, ustensiles, outils, etc.