IV. — BIENS MOBILIERS
A. — En nature.
a) Vêtements : — la) Bonnet de peau. — i3) Jupe de fibres. — 14) Pagne d'écorce battue.
b) Parures : — i5) Touffe de plumes. — iG) Casque de cheveux, perles et cauris. — 17) Colliers de cuivre, de perles, etc. — 18) Bracelets de bras. — 19) Bracelets de poignets. — '20) Bracelets de cheville. — 21) Anneaux de doigts et d'orteils, — 11) Anneaux d'oreilles, de nez, de lèvres. — ï'i) Epingles à cheveux. — 2',) Disques de bois ou ivoire, cristaux de quartz, clous de cuivre ou de fer introduits dans des mutilations du nez, des lèvres ou des oreilles.
c) Toilette : — 2">) Peignes. — 26) Epingle-canif (usten-
sile terminé à une extrénaité par une lame courte, et, à l'autre, par une longue pointe). — 27) Gratte-dos. — 28) Émouchoir.
— 29) Huile épurée et parfums. — 3o) Onguent au bois rouge.
d) Nourrice et médecine : — 3i) Courroie à porter l'enfant. — 32) Gourde pour lavement. — 33) Petite calebasse pour ventouses. — 34) Drogues diverses.
e) Insig-nes : — 35) Collier. — 36) Bracelet. — 37) Canne.
f) Meubles : — 38) Lits en terre, rondins ou lattes de palmier. — 39) Oreiller en bois ou vannerie. — 40) Tabourets massifs. — 41) Tabourets creux formant boîte. — 42) Nattes.
— 43) Corbeilles et paniers. •
g) Cuisine :
a) Bruts : — 44) Calebasses. — 45) Gourdes. — 46) Bâtonnets et étoupe à faire le feu. — 47) ^Nloletle à écraser le grain.
b) En bois façonné : — 48) Mortier. — 49) Pilon.
— 5o) Pétrin. — 5i) Plats.
c) En vannerie : — Si) Paniers. — 53) Tamis. — 54) Claies et séchoirs.
d) En terre : — 55) Marmites. — 56) Jarres. — 57) Gargoulettes.
e) En fer : — 58) Couteau.
fi) Outils :
a) Agricoles : — Hache. — 59) Houe. — 60) Sabre d'abatis. — 61) Clochettes en bois ou en fer pour les animaux.
b) A BOIS : — 62) Hache. — 63) Doloire. — 64) Plane.
— 65) Couteau.
c) A MÉTAUX : — 66) Fourneau à traiter le rainerai.
— 67) Soufflet en bois et peau, avec sa buse en terre. — 68) Enclume. — 69) Marteau.
i) Armes :
a) Offensives :
i) De Jtast : — 70) Bâton et massue. — 71) Coutelas et poignard, avec ou sans gaine. — 72) Sabres ou cimeterres de formes très diverses. — 73) Lance.
a) De Jet : — 74) Javelot (sagaye). — 70) Couteau de jet (Troumbache). — 76) Arc et flèches. —
77) Arbalète et flèches (chez les Fangs seulement).
78) Poison pour flèches.
b) DÉFENSIVES : — 79) Cuirasse en peau. — 80) Bouclier en vannerie.
j) Engins :
a) Chasse : — Armes ci-dessus. — 81) Epieu. — 82) Harpon. — 83) Pièges à éléphants. — 84) Pièges à rats. — 85) Filets. — 86) Appeaux.
b) PÈCHE : — 87) Filets. — 88) Nasses.
A) Religion : — 89) Bonnet à plumes. — 90) Amulettes. — 91) Statuettes. — 92) Cloches et sonnettes.
l) Transports :
a) Par teiire : — 93) Corbeille longue (inountcté, dans le Bas-Congo seulement). — 94) Coussin de têle.
— 93) Hotte. — 96) Courroie. — 97) Bâton de route.
b) Par eau : — 98) Pirogue. — 99) Pagayes (sortes de rames courtes ou longues). — 100) Perche. — loi) Cloches à pirogue (Moyen-Oubanghi).
m) Articles pour fumeurs : — 102) Tabac et pipe. — io3) Chanvre indien et pipe spéciale.
n) Instruments de musique :
a) A PERCUSSION : — 104) Tambours de toutes tailles.
— io5) Xylophone (balafon).
b) A CORDES PINCÉES : — loG) Sortes de harpes de modèles très divers.
c) A lames vibrantes : — 107) Petit instrument à lames de fer du Bas-Congo.
d) A vent : — 108) Flûtes en roseau (Afrique centrale). — 109) Trompes d'ivoire (très rares).
e) Non classés : — iio) Baguettes à encoches. — II 1) Fruits ou tubes creux à graines.
0) Danse : — Parures diverses. — 112) Masque.
p) Jeux : — iiî) Cailloux, cauris ou fragments de poteries, servant dosselets ou de dés. — i i-i) Sorte de trictrac.
B. — Monnaies.
Il 5) Etoffes, — 116) Fils de laiton [mitako). — 117) Ressorts à boudin en laiton fin. — iib) Sel marin. — 119) Pelles el houes. — 120) Lames de fer de diverses formes. — 121) Sorte de double cloche. — 122) Billes de fer.
F. — Métiers.
La course rapide que nous venons de faire à travers une histoire encore vivante, nous a montré l'homme partant de l'état de complet dcnùmont. puis franchissant, un à un, les premiers échelons du progrès : au début, satisfaction des besoins les plus imprescriptibles pour la conservation de son être et de sa race ; par la suite, invention de procédés et instruments commodes qui, en multipliant ses moyens, lui permettent de faire davantage et mieux. La part qu'il donne ainsi de sa personne, son usure physiologique est de moins en moins grande. Il ne sera pas inutile d'insister, au passage, sur un point important d'économie physiologique qui, je crois, a été rarement signalé.
Je pourrais exprimer ce principe sous une forme condensée : la vie use la vie. L'entretien, le développement, l'expansion de l'être se font aux dépens de
l'être même. Le travail de la nia chine animale, quoique, en grande partie, alimenté par lingestion de combustibles variés, ne va pas sans une dégradation de l'organisme qui sert d'intermédiaire et de théâtre à la transformation d'énergie.
A ce premier principe opposons cet autre : que le but physique de l'homme — sans envisager ici le côté moral — est l'extension de sa vie en quantité, en qualité et en durée. La combinaison de ces deux principes donne lieu à un véritable problème de minimum et de maximum. Si l'homme ne fait rien, son être ne tarde pas à succomber dans l'inanition physique et morale. S'il outrepasse les limites de sa puissance, il jDrovoque une prompte usure de son organisme, qui arrête son essor et aboutit encore à sa déchéance. Entre les deux extrêmes, l'individu bien équilibré saura trouver la proportion optimum. A ce point précis, pour une personne et une époque données, on obtient à la fois et dans les meilleures conditions possibles, moindre dépense, vie plus longue, plus intense, plus élevée. Un dosage différent, augmenté ou amoindri, ne saurait qu'être désavantageux.
Dans l'ensemble de l'humanité, des individus ou des groupes d'individus peuvent s'écarter de cette loi. Mais la masse entière s'y conforme. Le progrès se fait dans son temps et à son heure. 11 consume les gens trop pressés; il écrase les retardaires. De môme, il y a des époques de léthargie et des époques de frénésie, comme un fleuve précipite ou ralentit son
cours selon les variations de son profil, sans que son débit total en soit affecté.
Les premières étapes ont été les plus longues à franchir. Celles qui rentrent dans le cadre de notre étude et qui sont déjà au deuxième ou au troisième stade, si infime qu'elles paraissent à notre œil européen, ébloui par notre industrie contemporaine, n'en ont pas moins exigé une immense période de préparation. Le civilisé, gâté par les commodités et les jouissances que lui prodigue le monde artificiel oii il vit, s'est habitué à les considérer comme aussi naturelles que l'air qu il respire; et, à certains égards, on ne peut nier qu il n'ait raison. Mais il a perdu la mémoire de la première aurore de sa race. L'histoire des retranchés de l'humanité a été faite par les Defoe, les Saintine, les Jules Verne et autres à des points de vue divers, religieux, scientifique, anecdotique. Qui écrira le roman philosophique de Robinson.»^ Pour apprécier la valeur réelle d'une bouteille, d'un bouchon, d'une allumette, d'une épingle, d'un engin de chasse ou de pèche, il faut s'être trouvé seul et dénué de tout au sein de la nature sauvage. A l'époque oii le cœur de l'Afrique était relié à la vieille Europe par six mois au moins de voyages à pied et en pirogue, oii les transports étaient longs et incertains, ceux qui s'y sont alors trouvés ont connu ces privations auxquelles l'ingéniosité la plus exercée supplée maladroitement et souvent pas du tout. Que d'angoisses, quand on vient à manquer de feu loin du commerce des
hommes ! Que de peines et de temps pour se procurer un grabat dur, une table raboteuse, des sièges lourds et boiteux! Dépaysée, privée du contact de notre civilisation contemporaine, notre ingéniosité n'aboutissait souvent qu'à des résultats infimes, grossiers, disproportionnés à l'efFort. Le génie européen se trouvait en défaut vis-à-vis des civilisations préhistoriques locales. Bon gré mal gré, la chaîne rompue nous ramenait au milieu présent. Les baguettes frottées prévalaient sur nos allumettes; l'épi de maïs, dépouillé de ses graines, remplaçait le bouchon de liège; une pirogue cassée fournissait des planches ou plutôt des pièces de bois plates; il nous fallait adapter notre genre de vie aux meubles et ustensiles indigènes, emprunter aux natifs lit, marmite, calebasse, gargoulette, natte, etc. L'éloignement de notre milieu normal nous ramenait vers l'état d'hommes primitifs, mais de primitifs inadaptés. Et, par un étrange retour, les hommes d'aujourd'hui avaient tout à apprendre des hommes d'autrefois.
Ces réflexions étaient utiles pour situer une fois de plus les Nègres africains par rapport à nous. Revenons à notre sujet.
Au début des sociétés, chacun réunit en soi tous les métiers. C'est l'état où nous nous trouvions nousmêmes réduits, dans les premiers temps de notre occupation. Mais la capacité de production de l'homme, isolé et réduit à ses seuls moyens naturels,
est limitée par une triple impuissance : le manque de temps, le manque de force, le manque de savoir.
Dès la fondation du couple bisexuel à l'état permanent, une première division du travail s'établit spontanément entre l'homme et la femme. En thèse générale. Sa Majesté masculine se fait la part du lion : Elle se réserve la paresse, les parlotes, les affaires extérieures. Cependant, de temps à autre, Elle se résigne à faire ce que la faiblesse originelle de sa constitution interdit à sa compagne. Le mari lui laisse les travaux journaliers, les menus soins de l'existence, qu'il apprend vite à considérer comme dégradants. Lorsque la famille s'étend, le nombre des bras augmente, et aussi le nombre et la variété des intelligences et des aptitudes.
L'arithmétique sociale semble mettre en défaut l'arithmétique mathématique. Car la somme des résultats acquis par un nombre croissant de participants à un travail augmente dans une proportion notablement plus forte que ce nombre. Le paradoxe n'est qu apparent. Tout se réduit à une question d'utilisation*. Il en est de môme en mécanique : une machine de loo chevaux donne un rendement bien supérieur à celui de lOO machines, de un cheval chacune, attelées à un même travail; et cela, pour
I. Dans tout ce passage, je n'ai pas la prétention de refaire un des chapitres les mieux établis de l'économie politique. Mais, dans cette monographie de la sociolog-ie africaine, il m'a paru nécessaire de montrer que ces théorèmes y sont vérifiés et sont réellement, quoique implicitement, admis par les populations primitives que nous éludions.
une multitude de raisons : moindre déperdition de chaleur, moindres frottements, meilleure utilisation de l'inertie des masses en mouvement, etc. Nos primitifs ont instinctivement perçu cette vérité dans le domaine du travail commun et ordonné de leurs petites communautés. Ils ont découvert cette loi élémentaire, mais capitale : que l'individu qui se spécialise à une seule besogne, y acquiert une habileté, une dextérité, une promptitude, auxquelles l'homme le mieux doué ne saurait prétendre simultanément avec d autres capacités égales. Celui qui s'adonne par inclination à une occupation déterminée satisfait un besoin naturel, un penchant inné. De là résulte qu'il elTectue le travail dans la plénitude de sa force physique et intellectuelle. Il attache son amourpropre au succès ; il en espère l'approbation et la louange. Il tend à contenter cette inclination comme un corps chimique tend invinciblement à satisfaire ses affinités. Il s'y offrira de son plein gré et ne craindra pas d'assumer la plus lourde tâche. La communauté qui possède dans son sein quelques vocations de ce genre possède un vrai trésor. Elle en retire une supériorité incontestée, à la condition expresse qu'il y ait réciprocité entre tous ses membres. Alors cet organisme collectif est assimilable, dans son ensemble, à l'homme isolé de l'époque originelle, qui résumait en soi tous les métiers; mais il est maintenant un être complexe, dont les aptitudes, dont l'habileté manuelle, dont les conceptions et la promptitude
d'exécution se sont accrues dans une proportion considérable.
Dans la somme des e (Torts individuels, les poids mathémaliqiies des contributions particulières ne sont pas équivalents : car il n'y a pas égalité d'intelligence et de force pliysique entre tous les membres de la communauté; ou, si l'on veut, la qualité à^ldi contribution n'est pas pareille d'un homme à l'autre. A effort égal, la part de tel homme a une valeur beaucoup plus grande que la part de tel autre, parce qu'il attire à la communauté une bien plus grande somme d'avantages. L'habile constructeur d'une pirogue rend à ses concitoyens un service de plus haut prix que l'homme qui pagayera dans cette pirogue : car son talent, en rendant possible le travail du second, agrandit considérablement le rayon d'action du village et favorise l'expansion vitale de la communauté.
Il convient de mettre en relief cet autre point important : que, pour un groupe d'hommes, le nombre n'est que conditionnellement une assurance de triomphe. C est la solidarité étroite sous les espèces d'un idéal commun qui seule fait l'unité organique de l'être social. Par cette union seulement, par cette fusion des éléments individuels en un tout homogène la puissance d'un organisme complexe peut être, à un degré supérieur à l'unité, fonction du nombre d'éléments qui le composent.
J'ai donné plus haut un aperçu des métiers nègres. Leurs attributions ne sont pas aussi tranchées que
tendraient à le faire croire les appellations que j'ai dû leur attril)uer pour me faire entendre du lecteur. Dan.s nos sociétés avancées, la tache de chacun se spécialise de plus en plus. L'activité devient plus fébrile en diminuant d'étendue. Aux temps préhistoriques, que représentent les peuples de l'Afrique centrale, la besogne de chaque citoyen n'a pas de définition précise. On n'est pas étroitement attaché à un métier; souvent on ne le pratique que d'occasion et selon les besoins.
G. — Commerce.
La spécialisation du travail ne s'arrête pas aux individus. De l'homme isolé elle s'étend aux associations d'hommes. Il arrive qu'un village entier, qu'une tribu développe de préférence une branche de l'activité nègre. Ces collectivités y sont incitées par la pression, soit d'aptitudes de race, soit de conditions locales, géographiques, climatériques ou autres, qui ont imprimé au caractère et aux aptitudes des habitants d'une contrée une orientation analogue. Telle population est assise sur un terrain cuprifère : elle a été amenée naturellement à déterrer le minerai et à en isoler le métal. Telle autre est riveraine d'un grand fleuve : la nécessité, la force même des choses en a fait des navigateurs et des pêcheurs.
Mais bientôt cette mutuelle dépendance, que nous avons vue s'établir au sein du village entre des indi-
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vidus d'aptitudes et de métiers différents, va avoir son équivalent de tribu à tribu. Le village A cultive le manioc, mais ne pêche pas le poisson; le village B a du poisson, mais peu ou pas de manioc. Pour satisfaire à la fois l'un et l'autre, il suffit que A produise du manioc au delà de ses besoins et qu'il échange son superflu contre le poisson qui lui manque. B fera de même en sens inverse. Voilà le commerce né en principe. Pour qu'il soit tout à fait réalisé, il lui faut un moyen, le transport. Le manioc de A ne peut être utile à B qu'à la condition d'être amené de A à B, soit d'une seule course, soit par étapes successives.
L'Afrique nègre nous donne des exemples de tous les modes de transports, les uns directs, les autres indirects, c'est-à-dire avec intermédiaires. — Premier degré : la tribu productrice assure elle-même le transport de la denrée qu'elle a fabriquée. — Deuxième degré : division du travail entre le producteur et le transporteur au sein même de la tribu et du village. — Troisième degré : des tribus se spécialisent dans les transports par terre ou par eau, soit parce que les facilités du terrain ou des rivières sont particulièrement favorables au portage ou à la navigation, soit parce que l'infertilité de leur pays ne leur laisse pas d'autre alternative. Cette dernière catégorie est réduite au rôle d'intermédiaire commercial.
Dans CCS contrées, 011 la voirie est encore inexistante en raison de son extrême difficulté d'exécution,
contrées où, d'ailleurs, la bête de somme n'existe pas et ne semble pas pouvoir vivre, le cours d'eau, le chemin qui marche, est la route la plus simple et la plus pratique. Grâce au riche réseau de rivières, canaux, lacs et marais de l'Afrique intérieure, de nombreuses peuplades et très distantes les unes des autres sont tenues en constantes relations d'affaires. Sur l'immense bief navigable du Congo équatorial, depuis une antiquité très reculée, ont circulé les pirogues des tribus aventureuses, apportant au Stanley-Pool le poisson fumé, l'ivoire et les esclaves de l'intérieur, y recevant en échange le cuivre, les étoffes indigènes et aussi les produits d'Europe traînés à grand'peine sur les sentiers de terre depuis la côte.
Sur les plateaux, où l'innavigabilité des cours d'eau a contraint d'employer la voie terrestre, il a fallu, faute de bêtes de somme, effectuer les transports à tête d'homme. Ce travail est fatigant sous l'ardeur du soleil, par des sentiers raboteux et mal frayés. Il ne peut être accompli d'une seule traite. Les haltes sont fréquentes. La marchandise, sans cesse posée et reprise, se ressent beaucoup de ces manutentions, répétées cent fois dans la journée. Les porteurs tombent; les charges roulent dans les ravins; le convoi subit les alternatives de pluie et de soleil ; les charges ne peuvent toujours être soustraites à l'immersion, lors du passage des rivières. On imagine en quel état la cargaison arrive à destination.
J'ai déjà eu loccasion * de faire cette remarque : que le Nègre n'attribue pas de valeur au temps ni au travail considérés en eux-mêmes. Ces deux facteurs du prix sont restés longtemps des termes purement abstraits, donc méconnus. L'Africain ne sait pas apprécier la perte ou la dépense qu'il supporte de ce chef. Il n'attribue de prix qu'à l'objet matériel, en tant qu'objet matériel, en raison de son utilité seule et de l'usage auquel il est destiné. Les notions de temps et de travail s'imposent pourtant quelquefois à lui et. en quelque sorte, malgré lui. Nous en voyons l'exemple dans les transport? par eau. Pour descendre sa marchandise d un j)oint de l'intérieur vers l'aval, il mettra, par exemple, deux semaines; il lui en faudra six ou huit pour remonter. Or les objets transportés se déprécient en cours de route. Les pirogues embarquent de l'eau qui les gâte. Une partie de la cargaison est consommée en nature par 1 équipage; une autre est vendue aux riverains pour acheter des vivres frais; une autre encore est dérobée par les pillards. Bref, quand il est parvenu au but du voyage, le stock a diminué en valeur et en quantité. Mais ce qui n'a pas diminué, ce sont les prétentions que 1 on fondait sur la vente de la cargaison. Il faut donc, avec une quantité moindre de marchandises, essayer de réaliser les espérances basées sur la totalité avant le départ. Le négociant arrivera ainsi à donner à sa