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pacotille une valeur plus grande à la montée (ju'à la descente. Le temps et l'elTort de transport s'imposent à lui, non par eux-mêmes, mais indirectement, par la répercussion des pertes subies en cours de route. Ce n'est encore la solution que d'une partie du problème.
A cet état de nature, le tracé des voies commerciales est étroitement lié à l'orographie du pays pour les routes terrestres, à son hydrographie pour les routes fluviales. De ce fait deux caractères propres leur sont imposés chez nos primitifs. D'abord ce tracé est obligatoire : car, dans son état rudimentaire, l'industrie locale ne s'attaque pas de front aux obstacles naturels. La loi du moindre effort reçoit ici la plus large application. Le second caractère est que ces routes sont linéaires; j'entends les voies de communication lointaine, qui seules nous intéressent. Elles ne se ramifient pas en réseau. Ce sont de grands courants commerciaux destinés à relier deux à deux des régions éloignées. Le long de ces lignes d'intercommunication la cargaison est exposée à des prélèvements répétés de la part des populations riveraines. Les villages échelonnés d'étape en étape ne donnent pas le laisser-passer sans avoir contraint le transporteur au commerce forcé. En thèse générale, on ne pille pas les convois, on ne prend rien par violence; on est honnête relativement, non par un sentiment inné de vertu, mais par crainte que le commerce ne vienne à se détourner sur une voie plus sûre. Pourtant le mar-
chand doit s'arrêter, montrer sa pacotille. On discute les prix et généralement on paye.
D'autres fois la mainmise est plus formelle. Le bien d'autrui est respecté; mais défense absolue de passer outre. — L'OgOAvé est une large rivière, semée de rapides. Des peuplades habiles au pagavage savent faire franchir à leurs pirogues ces dangereux passages. Il faut quarante jours pour monter de Ndjolé à Franceville, huit seulement pour descendre ce fougueux torrent. Ces circonstances ont mis longtemps le commerce de lOgowé sous la coupe des pojDulations fang. Tel village se refusait formellement à laisser les produits de la côte franchir sa barrière d'octroi. C'est devant lui, sous son contrôle jaloux que le malheureux négociant était obligé de faire ses opérations. Les marchandises de l'aval n'arrivaient ainsi dans l'intérieur que tamisées par une infinité d'intermédiaires; et, de même, livoire, l'ébène, le caoutchouc ne parvenaient à la côte qu'après mille échanges. Quand des comptoirs européens se furent aventurés au cœur du pays, ces tribus continuèrent avec les blancs les procédés de commerce usités avec leurs congénères. Des maisons se sont vues obligées de maintenir leurs établissements en des localités déterminées, avec interdiction, sous menace d'hostilités, de les déplacer vers 1 amonl. L'agent européen était respecté; ses magasins, loin d'être inquiétés, étaient sévèrement protégés par les guerriers du village. Mais c'était l'agent du village, le magasin du village. Le
commerçant était prisonnier de la population; il se trouvait investi d un monopole forcé.
Dans maintes contrées à transport exclusivement terrestre, en particulier dans celles où l'esclavage n'existe pas, la diffusion des produits se fait beaucoup moins par longues étapes que de proche en proche et, pour ainsi dire, de main en main. Dans ces conditions, la portée du commerce est très courte; 1 aire de propagation d'un produit, très restreinte. Les articles sont vite arrêtés et la distribution n'en est pas égale.
Au contraire, dans les contrées à transports faciles, par cours d'eau, ou même sur sentiers terrestres, par esclaves, le rayon de dispersion est très étendu. Les points de contact entre producteurs et consommateurs ou intermédiaires s'espacent considérablement. Le choix de ces points de rencontre est dicté par des convenances soit géographiques, soit ethniques. C est un confluent de deux rivières importantes; c'est une cataracte, à la limite de navigabilité d'un cours d'eau; c'est la lisière d'une forêt, frontière commune d'une tribu sylvestre et d'une tribu de steppe : c est une colline, nœud orographique à la jonction de deux ou plusieurs bassins, point de rencontre naturel des routes qui suivent les vallées. En ces lieux d'élection se tiennent des marchés permanents ou temporaires.
Le marché est une des institutions les plus stables de ces populations mobiles de mœurs et d'habitat. Il
doit sa permanence à des causes naturelles : les intérêts primordiaux de l'homme et la situation géographique, choses immuables par essence ou, du moins, variables avec une extrême lenteur, a Ils sont, dit un de mes correspondants \ établis par contrées. Leur importance varie selon la quantité de populations habitant une contrée. Ils sont établis suivant les besoins de la population environnante après délibération des anciens et chefs de groupes. Lorsqu'un marché est établi entre deux groupements différents, un ou plusieurs chefs sont désignés par groupe pour en déterminer le fonctionnement, les mercuriales, et assurer la police. Il est fort rare que des palabres de marchés soient portées devant le représentant de l'Administration. J'ai eu cependant à m'en occuper une fois en deux ans: et j'ai ])u me rendre compte de l'importance que les indigènes attachent à la liberté des transactions sur lesdits marchés... »
Ces marchés se tiennent sur une place dénudée, généralement en un lieu élevé. L'herbe y est étouffée par le piétinement. Les débris les plus hétéroclites y séjournent en permanence : paniers défoncés, feuilles pour envelopper le manioc, poteries cassées, pagnes en loques, bûches à demi carbonisées. Il n'y a d'autre cantonnier que l'impétueux vent des tornades. C'est là que les femmes déballent leurs grandes corbeilles, dénouent les ballots qui contiennent les produits de la