I. M. l'Adininislrateur de Mostuéjouls
culture et de l'industrie indigènes. A coté de ces modestes marchandes des quatre saisons se rencontrent les négociants de plus large envergure, amenant esclaves, ivoire et caoutchouc, les uns portant les autres. La foule est saie et bru vante sous l'ardent soleil . Des farceurs échangent de grasses plaisanteries. Une caravane de porteurs s'arrête, couverte de sueur et de boue. Une marchande défend son poisson fumé et sa viande séchée contre les entreprises d'un chien famélique et les assauts des milans effrontés, qui fondent du haut des airs. Des joueurs risquent leur dernier pagne sur des fragments de faïence cassée, qu'ils jettent en l'air avec des cris aigus et des claquements de doigts. Des groupes de femmes potinent, en médisant du prochain. Des gamins se roulent dans la poussière grouillante de vermine. Des affamés cuisinent à la hâte dans un pot crasseux des morceaux de charogne faisandée. Un étranger essaie de se faire entendre d'un marchand indigène avec force gestes et barbarismes. C'est un tumulte discordant, un brouhaha de toutes sortes de langages et d'onomatopées; un mélange d'odeurs répugnantes : sueur, fumée, ragoûts, chairs gâtées, tabac, latrines, parfums enivrants, vapeurs vireuses du chanvre indien : le tout ranci, fondu, concoctionné, sublimé par la cuisante chaleur de midi.
L'histoire de ces transactions locales est passée par une époque ancienne, antérieure à l'invasion européenne et que, par conséquent, nul de nous n'a
connue dans toute sa pureté, mais que les premiers explorateurs peuvent se représenter avec assez d'exactitude, sans doute. Alors le goût et les besoins indigènes réglaient seuls le choix et la nature des articles. C'est, chronologiquement, l'époque correspondant au stade final de l'industrie nègre, telle que je l'ai exposée plus haut, lorsque les marchés venaient de se constituer comme lieu de rencontre des villages ou tribus spécialisés dans une des branches de la production. On y voit converger le cuivre avec l'esclave, le poisson fumé avec le manioc, l'arachide avec la monnaie de fer, les poteries avec les pirogues. Depuis les temps déjà lointains oii les négriers venaient à la côte chercher l'ébène vivant à destination des pays d'outre-mer, un grand courant a commencé de se dessiner du centre du continent noir vers les deux océans. Il s'est spontanément organisé dans les deux sens de longues chaînes d'étapes et de marchés, parcourus dans une direction par les exclaves exportés, dans l'autre direction par la bimbeloterie d'importation. Depuis la campagne anti-esclavagiste, le bétail humain a cédé le pas à l'ivoire et un peu au caoutchouc. Celui-ci a pris une place prépondérante dans le trafic, depuis qu'à l'onéreux portage ont été substitués des moyens de transport perfectionnés et que le commerce européen est allé chercher les produits jusqu au cœur du continent.
Echanges et monnaies. — Le mécanisme de l'échange dans CCS sociétés primitives est essentiellement basé