C. — Autorité
Attachons-nous à l'étude du développement des inégalités innées sous forme d'inégalités sociales. Gela nous mènera à la conception de l'autorité'.
Le principe générateur de l'association humaine, depuis le couple bisexuel jusqu'à ses transformations les plus élevées, a sa source, je l'ai déjà maintes fois noté au cours de cette étude, dans l'instinct de conservation, éveillé par la lutte contre les forces naturelles, les animaux et les hommes. Ce que j'ai dit de l'union de l'homme et de la femme, de l'économie de la famille, de l'avantage du travail en commun et de la spécialisation selon les facultés et aptitudes individuelles a montré sous l'empire de quels mobiles des étrangers sont venus s'adjoindre au noyau familial primitif, d'abord comme membres artificiels, puis comme clients. Tous cherchent autour d'un tronc puissant la protection de leurs personnes et de leurs
I. J'ai parlé précédemment (pa;,'^e i43) de l'origine pour ainsi dire physiologique de l'autorité paternelle.
LE VILLAGE, ÊTRE ORGANISÉ SsS
biens. Cela revient ;\ dire que l'association nègre a son principe dans l'inégalité des hommes. Même chez les tribus qui font profession d'anarchie \ qui proclament l'égalité de tous et n'ont pas de vocable pour traduire le mot « chef », nous voyons les faibles rechercher les puissants, nous voyons la foule subir l'ascendant des forts, des beaux parleurs, des habiles, des meneurs, de ceux, en un mot, qui sont nés avec cet attribut mystérieux, l'ascendant naturel. C'est l'inégalité, la faiblesse des uns, la force des autres qui rend l'autorité inévitable; on verra de quelle manière et sous quelles conditions. Les nombreuses utopies édifiées sur ce sujet, et d'ailleurs réductibles à quelques espèces seulement, partent de la conception d'hommes identiques, tous sans défauts, sans passions, également forts, également intelligents. Avec des matériaux aussi parfaits, point de doute qu'on ne puisse construire des systèmes parfaits; et même tous les systèmes indifféremment sont parfaits. La pierre d'achoppement dans la pratique, c'est précisément les inégalités innées, l'impuissance, où se trouve le plus grand nombre, de penser, de créer, de se conduire soi-même. Entre la minorité des forts et la majorité des faibles — les mots a forts » et (( faibles » étant pris dans un sens extrêmement large — il s'établit un échange équitable : le fort donne l'appoint de sa supériorité; le faible donne