LES RACES
L'ethnographie n'est, en apparence, que désordre et confusion. Innombrables sont les races, peuples, tribus et familles qui se partagent le sol du continent noir. Rien ne nous aide à en débrouiller l'écheveau : car nous n'y trouvons ni monuments, ni traditions; et l'étude anthropologique — qui n'a d'ailleurs jamais été l'objet d'un travail sérieux et généralisé — se noie dans un océan de types qui se différencient par gradations insensibles depuis l'individu jusqu'à la race noire tout entière. Cependant, sur la partie de l'Afrique que je connais, trois grandes catégories s'imposent nettement à l'attention.
Le premier groupe, actuellement réduit à quelques familles errantes, représente vraisemblablement les
derniers restes de la race autochtone. Ce sont les négrilles, remarquables, chez les sujets les moins altérés, par leur prognathisme, la saillie de la mâchoire supérieure et. au contraire, l'effacement du menton, par la brièveté de leur taille, la longueur relative des membres supérieurs , leur couleur marron très clair, le duvet blond répandu sur le corps entier, enfin par leur intelligence arriérée, par leur humeur craintive et farouche'. Les types purs sont fort rares maintenant. Les caractères que je viens d'énumérer ne peuvent être définis que par le rapprochement des particularités anatomiques relevées chez des individus altérés par les croisements et par les nouvelles conditions d'existence que leur a créées l'envahissement des races supérieures — ne dois-je pas dire plutôt : moins inférieures.*^ — dont je vais parler dans un instant. Il n'est pas certain qu'ils aient actuellement une langue propre. Leur idiome paraît être soit un reste à demi effacé d'une langue bantou préhistorique, soit une imitation maladroite des langues bantou actuelles. Cette diffuse nation négrille a-t-elle même un nom propre? Parmi les vingt-cinq noms au moins qu'on leur donne en divers lieux de l'Afrique tropicale, quel est celui qu'elle se donne à elle-même? Nous l'ignorons absolument.
I. Harry II. Johnston, Les Pygmées de VOitganda, in Revue Scientifique, 1901 ; — G. Bruel, Notes ethnographiques sur quelques tribus de L'Afrique Equaioriale française, in Rcfue d'Ethnographie et de Sociologie,