LES RACES
Quoi qu'il en soit, ces Akowa, ces Bekû, ces Akkas, ces Tikitikis, ces Bahinga, ces Pygmées enfin, hôtes de la sauvage et sombre forêt, paraissent être réellement les aborigènes du Continent noir.
Par-dessus cette première couche ethnique est venu s'étaler lentement un flot d'envahisseurs, progressant de la côte Est vers l'Occident sur limmense voie tracée par le cours du Congo et de ses affluents. Ce sont les populations qui couvrent maintenant la région équatoriale, d'un côté à l'autre de l'Afrique. Quel est leur berceau originel? On l'ignore. Le saurat-on même jamais.^ — D'autre part, avons-nous quelque raison solide de croire à l'unité de ces races .^* A vrai dire, aucune raison pleinement convaincante. En dépit des analogies physiques et linguistiques, les dissemblances de détail sont si nombreuses et souvent si tranchées qu'il ne semble plus possible de distinguer parmi elles aucun lien de parenté. Peut-on faire dériver d'une môme souche le Fang à la tête arrondie et le Bakongo au crâne allongé? Les petits Batéké du Haut-Alima et les Bobanghi à la stature élevée? Voici les Bakamba aux formes épaisses et charnues ; à côté d'eux, les Basoundi aux traits fins et intelligents, au front saillant, aux membres vigoureux malgré leur gracilité. Voici les Ballali actifs, tout petits, aux formes quasi féminines; à côté d'eux, les grands Atyo à l'allure dégingandée et nonchalante. Et combien ces peuplades dilfèrent encore des
Bafourou, beaux hommes, vigoureusement découplés, aux pectoraux saillants, au front large et bas, aux pariétaux bombés! Quelle différence plus grande encore avec les tribus du Moyen - Oubanghi à la carrure d'athlète, au crâne étroit, incarnations de la force brutale !
Je n'imagine pas quel verdict l'anthropométrie rendra dans l'avenir sur cette intéressante question. Elle devra, en tous cas, se hâter : car le problème se complique de jour en jour. Toutefois, quand on a longtemps vécu parmi ces peuplades, il semble qu'on serait mal fondé à ne pas les sentir cousines. Sous les divergences se révèlent des traits communs : saillie des os malaires, bombement des pariétaux, épatement du nez, béance des narines, épaisseur des lèvres, largeur de la face, proéminence frontale, coupe très nettement carrée des épaules, longueur relative du tronc, finesse des extrémités, enfin couleur marron de la peau rappelant le chocolat en tablette, plus ou moins foncée, mais n'atteignant jamais le noir absolu. Les écarts entre les types particuliers des diverses tribus et le type général s'expliqueraient par l'influence prolongée du milieu sur des séries de générations, telle peuplade étant cantonnée dans le marais, telle autre sur la plaine, celle-ci sous la ténébreuse forêt, celle-là sur le plateau ensoleillé.
On arrive ainsi à se représenter la formation de cet arc-en-ciel ethnique qui s'étale d'un bord à l'autre de l'Afrique. Si l'on y compare des peuplades éloignées.