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les disparates sautent aux yeux. Mais entre ces extrêmes on trouve, en une série continue de petits groupements, toutes les transitions possibles, de même que l'on ne saurait, dans le spectre solaire, indiquer la démarcation exacte entre lejauneetle vert.
La même graduelle variation se remarque dans les idiomes. Là encore, sous les différences jDropres à chaque tribu régnent des principes généraux et un génie commun :
1° La formation du pluriel à l'aide d'un préfixe ajouté au-devant du mot ou substitué au préfixe qui marque le singulier;
2° L'accord des adjectifs, des pronoms, etc.. avec le substantif se fait toujours par le commencement des mots d'après une règle d'euphonie qui tend à donner à tous les déterminants la même consonance initial qu'au déterminé. Ainsi, on a en Kongo :
o mamagnè mampêmbc rnabotè
les pierres blanches (sont) belles
3° L'emploi d'un petit mot, que les grammairiens européens ont appelé le relatif, destiné à établir la relation, la possession, l'attribution, et qui entre, à ce titre, dans la composition des adjectifs et pronoms possessifs et démonstratifs. Ainsi, en mpongwé :
mpono yino yi kêndia go nkali yi rèri yami.
chemin ce il mène à village celui de père mon.
4° L'équivalence et la permutation de certaines
SOCIÉTÉS PRIMITIVES DE LAFRIQUE ÊQUAT. 2
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consonnes d'après des règles fixes, soit dans la conjugaison des verbes, dans les accords, soit dans le passage d'un radical ou d'un mot d'une langue à une autre. C'est ainsi que le mot mobanghi motôba (six) a pu devenir orôwa en mpongwé. Certaines de ces consonnes ont tellement de tendance à se transformer les unes dans les autres que quelques idiomes leur donnent une prononciation intermédiaire, très difficile à saisir pour nous. Le t ne se distingue pas de Vr; VI du d; Vf du v ou de l'a consonne.
A quelques exceptions près, la prononciation de ces langues est très abordable pour les Européens . L'accentuation est assez peu marquée. Le débit est uniforme et recto iono. Sauf élision pour éviter les hiatus, toutes les syllabes sont nettement émises. Cette exacte prononciation et la forte articulation des consonnes prête quelque chose d'enfantin au langage de certaines peuplades.
La grammaire atteint souvent un grand degré de complication. Il faut à l'Européen une longue pratique et une fréquentation assidue de l'indigène pour s'assimiler les nombreuses classes de préfixes singuliers et pluriels, les règles d'accord, les formes surabondantes des temps des verbes ; bien peu parviennent à les observer sans faute et couramment. Les plus parfaits de ces idiomes sont susceptibles d'une réelle élégance dans la tournure et l'expression. Un système d'affixcs et de redoublements remplit les rôles d'augmentatifs, de diminutifs, de fréquentatifs,
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de privatifs. Autour du verbe se groupent ainsi toute une famille de mots : faire faire par un autre l'action exprimée par le verbe; la faire pour quelqu'un ou en faveur de quelqu'un; la faire fréquemment ou avec continuité; défaire ce qui a été fait; refaire ce qui a été une première fois défait; etc.
En revanche, la syntaxe est des plus élémentaires. Elle suit l'ordre logique de l'acte : sujet, verbe, attribut. Le déterminant, quel qu'il soit, se met toujours après le déterminé.
L'étude psychologique de l'individu m'amènera à reprendre plus d'une fois sous d'autres aspects cette intéressante question du langage.
Malgré la similitude de leurs idiomes, il est remarquable que les peuplades ne se comprennent pas entre elles. Il faut un esjnit moins superficiel que celui du Noir pour en découvrir l'identité de grammaire et de syntaxe, pour rapprocher les radicaux qui se sont transportés de l'un à l'autre avec des travestissements plus ou moins considérables. Aussi, à côté de ces langues, que je pourrais appeler nationales, il existe des langues internationales, outils d'intercompréhcnsion pour un groupe de tribus ayant de constants rapports politiques ou commerciaux. Tout comme l'Espéranto, ces sabirs ont emprunté aux langues nationales les vocables de plus grande internationalité et, rejetant toute complication, elles ont réduit la grammaire aux règles' les plus élémentaires.
Je ne dirai qu'un mot du troisième groupe
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ethnique de la partie de l'Afrique tropicale que je considère. On vient de voir que le flot des races rangées à tort ou à raison sous la dénomination générale de baniou s'est propagé dans les régions humides du vaste bassin congolais. Du Nord vers le Sud est descendu un autre courant qui est venu se heurter, vers le quatrième degré de latitude Nord, aux limites de ce même bassin fluvial. Soit résistance des peuplades de cette dernière région; soit, pour des gens provenant de climats arides, inaptitude physiologique à supporter un climat humide ; soit enfin impossibilité d'obtenir par la culture, sur un sol inapproprié, les céréales à graines dont ils font leur régime ordinaire, ces envahisseurs, refoulés par la pression des islamisés du Nord, n'ont que peu entamé la barrière des forêts. Ils se sont rangés en longues ondulations parallèles à l'équateur et embrassant, pour quelques-unes, jusqu'à dix degrés de longitude. Plus confuses encore dans leurs mélanges que les races bantou en raison des terribles assauts qu'elles ont eu à subir de la part des Soudaniens musulmans, et d'ailleurs fort peu étudiées jusqu à ce jour, elles nous sont très mal connues dans leurs origines et dans leurs affinités. Pour ce motif et aussi parce que nombre d'entre elles ont été afl'ectécs à des degrés divers par 1 influence politique et religieuse de l'Islam, je n'en parlerai qu'incidemment au cours de ce travail, lorsque j'y pourrai puiser des faits bien nets et manifestement exempts de toute tare étrangère.