Évolution de l'intelligence
Il y a deux stades bien distincts dans la vie intellectuelle du Nègre.
Enfant, il est aimable, gentil, gracieux. Il est primesauticr et docile. Il se montre très précoce; plus précoce, à coup sûr, que la grande majorité des bambins européens. Il comprend et s'assimile sans peine tout ce qu'on lui montre. 11 est actif; il n a pas d'éloignement pour le travail. Ses aînés abusent môme de ses bonnes dispositions pour se décharger sur lui de leur besogne.
A dater de la puberté, une métamorphose radicale s'accomplit. Un brusque arrêt de développement s'opère, et môme une légère régression.
La comparaison de l'évolution intellectuelle chez le Noir et chez l'Européen est très intéressante. Pour la rendre plus intuitive, j'ai représenté l'unt.' cl l'autre
ijîg. i) par deux courbes rapportées à un même système d'axes coordonnés ; les années de la vie sont portées en abscisses ; les ordonnées représentent le développement intellectuel, comme s'il était possible de lui assigner une valeur numérique.
\ Européens
jge
10 ans
Fig. 1, — Développement comparé de l'intelli^'ence chez le Nègre et chez l'Européen.
Le progrès intellectuel du Nègre est rapide durant les dix ou douze premières années. Il se ralentit ensuite, devient stationnaire, puis lentement décroissant pendant une quinzaine d'années. Enfin survient une décrépitude rapide.
Pour l'Européen, les choses se passent de façon moins simple. — Au cours de cette étude, on a pu remarquer que maint trait psychologique n'est pas spécial aux Noirs d'Afrique et que bon nombre de civilisés pourraient revendiquer pour eux-mêmes leur part de l'âme nègre. On ne saurait, en effet, faire de
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ces deux races deux espèces psychologiques parfaitement distinctes et nettement caractérisées. Tout ce qu'il y a d'essentiel chez nous se retrouve, en puissance au moins, chez le Nègre, mais avec des proportions et des arrangements différents. Il importe de ne pas perdre de vue ce caractère fondamental des deux races : l'âme nègre est une dans la race tout entière: l'âme blanche est essentiellement diverse. Un Noir diffère très peu psychologiquement d'un autre Noir; chaque élément de la société diffère infiniment peu de la moyenne générale. Les civilisés, au contraire, embrassent toute la gamme, du sublime à l'abjection. Il y a, chez nous, des gens beaucoup plus bètes ou plus vicieux qu'aucun indigène africain; mais il y a, en revanche, des talents et des vertus, dont l'Afrique ne nous donne point d'exemple. I^c sauvage est amoral avec la candeur de la primitive nature; le civilisé a inventé le raffinement dans la corruption, la débauche et le crime. Le sauvage mène une vie uniforme, parallèle, pour ainsi dire, à la terre dont il vient à peine de s'élever. La civilisation compte certains de ses sectateurs qui rampent dans la boue, tandis que d'autres réalisent, dans les domaines intellectuel et moral, un idéal escarpé, que le sauvage ne soupçonne môme pas. C'est du civilisé seul que Pascal a pu dire que l'homme est à la fois a la gloire et le rebut de l'Univers ». Qu'il me soit permis d'illustrer ce point important par une comparaison tirée de la Cincmaliquc. Le progrès de l'Iiumanité, prise en
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bloc, se ferait suivant une trajectoire unique. Au sein de ce bloc, les éléments du groujDe nègre se meuvent en masse compacte, parallèlement les uns aux autres. Dans le groupe civilisé, au contraire, des forces internes impriment aux éléments des mouvements extrêmement divergcnls; mais le centre de gravité de la masse continue de parcourir sa trajectoire première. Ce n'est là qu'une comparaison, mais qui semble assez bien représenter les faits. Si, parmi les civilisés, certains suivent une courbe ascensionnelle, d'autres suivent une courbe descendante et rétablissent, pour la moyenne, une trajectoire qui ne diffère pas sensiblement, sans doute, de celle des Nègres. — Cela nous ramène à l'évolution comparée de l'intelligence chez l'Africain et chez l'Européen.
Celui-ci subit, au début de sa vie, des transformations plus lentes et mieux graduées que celles de son émule noir. La courbe de son activité psychique, quoique varinble avec les prédispositions intellectuelles des individus, acquiert une amplitude plus large et plus étendue, précisément à partir du moment où celle du Noir marque l'état stationnaire; elle ne commence à décroître qu'après un laps de temps moitié plus long au moins que celui de son frère inférieur.
De ce qui précède retenons donc ceci : à partir de l'âge de douze ù quinze ans. les facultés, d abord assez ouvertes, de notre indigène s'cmoussent et s'épaississent. Sa compréhension s'alourdit. II se con-
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fine, il se fige dans son infantilisme d'homme primitif. Désormais, il ne dépassera plus le degré où l'a conduit le progrès rapide de ses jeunes années. Celui même qui a reçu l'éducation européenne n'en retient que le vernis, un décor purement extérieur, qui recouvre, sans l'influencer, la trame intime de son âme rudimcnlaire. Ce costume emprunté n'est que la mascarade des instincts hérités d'une longue lignée de sauvages et ridiculement déguisés sous des haillons disparates et mal ajustés.