‹ Les sociétés primitives de l'Afrique équatorialeChapitre 40 sur 122 · Jugement. — Logique · texte numérisé non relu

Jugement. — Logique

Le langage va encore me servir de critérium pour apprécier la valeur du jugement chez nos Africains. C'est apparemment une faculté bien négligée. Car leur grammaire ne comporte pas de procédé spécial pour établir la comparaison entre les qualités communes à deux objets; ou, du moins, les procédés employés sont des plus imparfaits. Pour exprimer que Mayaka est plus fort que Ngandou, on est contraint

L INDIVIDU

de prendre une des formes suivantes : — a Mayaka et Ngandou, Mayaka est fort » ; ou bien : — « Mayaka est fort, Ngandou n'est pas fort ». Quelquefois, dans les langues de la côte, on dit : (( Force, Azizè surpasse Ogoula )). Il paraît rationnel de penser que, si les ressources du langage sont si restreintes en matière de comparaison, c'est que l'esprit qui a créé ces formes rudimentaires est lui-même mal plié à cette sorte d'opération et se contente d'approximations grossières dans les rapports des choses entre elles. D'où l'on peut conclure que la faculté de juger, qui a pour outil essentiel la comparaison, est extrêmement bornée.

D'ailleurs, le caractère commun à toutes les langues nègres est l'insuffisance de précision. Les raisons en sont multiples. Citons seulement : les acceptions variées et parfois très dissemblables d'un même vocable ; la pauvreté du vocabulaire surtout en termes abstraits; le manque de nuances autour d'une idée principale; des prépositions et des conjonctions en trop petit nombre et de signification mal définie ; des règles de syntaxe par trop simples et trop lâches. Tout cela est le reflet de la confusion et de la demi-obscurité qui régnent dans ces âmes primitives.

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