‹ Les sociétés primitives de l'Afrique équatorialeChapitre 59 sur 122 · RAPPORTS ET CONDITION DES EPOUX I2Q · texte numérisé non relu

RAPPORTS ET CONDITION DES EPOUX I2Q

façon directe, aux affaires intérieures, aux travaux du ménage. Il trône, il pontifie, il se laisse servir. Malheureusement, le métier de potentat ne va pas sans quelques embarras; il y faut de l'habileté, du sens politique. Dans l'Afrique tropicale, pour être un époux considéré et obéi, il ne suffit pas d'être robuste et bien constitué, ni d'user généreusement, quoique avec discernement, des moyens de coercition les plus énergiques. Les deux sanctions de l'autorité sont la punition et la récompense, judicieusement alternées. Mais l'exercice de ces moyens est dirigé et limité par le but à atteindre. Dans le cas particulier qui nous occupe, qu on veuille bien se souvenir que le principe de l'organisation familiale est essentiellement centripète. Tout converge vers la satisfaction du mari. Celui-ci est un sybarite. Il lui faut — sentiment très humain, d'ailleurs — un intérieur calme et discret. L'obéissance passive ne fait pas tout son bonheur, il aime voir sur les visages qui l'entourent la bonne humeur et l'empressement. Il a horreur des querelles intestines. Une seule épouse aigrie, irritée, réclameuse est pour lui la négation de toute quiétude. Que serait-ce, si le harem tout entier se solidarisait dans un commun esprit de rébellion? L'insuffisance numérique de l'infortuné mari l'exposerait à un échec inévitable et, qui pis est, comme conséquence, au ridicule, mortel là-bas comme ici. La diplomatie devient ainsi une des vertus cardinales de l'autorité maritale. Force est de se montrer bon prince, de com-

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poser avec les circonstances, avec les caractères. Le despotisme s'aperçoit que la coercition brutale n'est pas toujours un argument vainqueur.

Cette condescendance n'empêche pas le mari d'avoir un sentiment profond de sa dignité. Pour bien marquer la distance qui sépare la souveraineté masculine de l'abjection du sexe faible, le chef de famille couche dans une case à part, celle où il enferme aussi ses richesses. De même, il prend ses repas seul ou avec d'autres hommes. Les femmes le servent, mais ne mangent pas avec lui.

Toutes ses occupations se bornent aux affaires extérieures, aux relations avec les autres familles, avec les villages voisins. Le commerce des produits riches, la chasse, la guerre, les procès sont ses attributions exclusives. 11 ne participe à la vie matérielle du ménage que pour la construction des cases et les grands défrichements. Le soin et l'éducation des enfants le laissent tout à fait indifférent. Ce serait déchoir que môme de s en préoccuper. Son aristocratique supériorité d'homme et de chef de famille plane bien au-dessus de ces viles besognes féminines. En résumé. Sa Majesté l'époux, ne fait à peu près rien. Son existence se partage entre les repas, le sommeil, l'amour, le repos et les éternels bavardages.

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