LES ENFANTS
La famille nègre n'apparaît pas, en général, comme très prolifique. Nous n'en pouvons avoir, il est vrai, que l'impression assez superficielle que l'on recueille en parcourant le pays. Les essais de recensement tentés jusqu'à présent sont trop infidèles et trop incomplets. Les déductions qu'on en pourrait tirer pour l'heure seraient encore plus trompeuses qu'une simple estimation à vue; elles auraient surtout ce gros tort que les chiffres qui les traduiraient feraient une dangereuse illusion sur leur exactitude.
Toutefois, ne voulant pas m'en rapporter à la seule estimation de sentiment, j'ai fait procéder à une petite statistique. Un certain nombre de femmes ont été interrogées sur le nombre de leurs enfants, tant vivants que morts; on a, de plus, noté leur âge approximatif. Cet âge allait de seize à vingt-huit ans. en moyenne vingt et un ans. Le résultat a été
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de 2 enfants pour 6 femmes, dont il ne survivait plus que la moitié, soit i enfant pour 6 femmes. On reprochera à cette évaluation de navoir compris qu'un nombre trop restreint d'individus et de n'avoir pas embrassé une plus longue étendue de la vie. Mais le lecteur sait déjà que la vie génitale de la négresse commence de très bonne heure et que, par conséquent, elle est, de très bonne heure aussi, à même de procréer. La proportion des enfants par rapport aux femmes aurait donc dû, semble-t-il, être notablement plus élevée. D'un autre côté, il a été suppléé à la quantité par le hasard. Les sujets ont été pris comme ils se présentaient, sans choix aucun. Enfin, il ne pouvait être question de précision; tout ce que je souhaitais était de contrôler mon impression personnelle et celle des divers observateurs qui m'avaient exprimé leur sentiment sur ce point important de démologie africaine.
La conclusion de ce qui précède est d abord que, chez nos populations congolaises, la natalité n'atteint pas un chiffre aussi élevé qu'on aurait pu le penser de races à l'état de nature; en second lieu, que la mortalité infantile y est considérable. Ce dernier point est confirmé par beaucoup d'autres constatations, notamment par l'observation médicale.
D'après ce que j'ai dit plus haut du prix que le père de famille attache à la possession de l'enfant, surtout de l'enfant femelle, on comprend que. loin de se prêter à l'amoindrissement de sa famille, il
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doive considérer comme un désastre la mort de ses rejetons. Cela implique que l'avortement est très rare, au moins de la part de la femme mariée.
La polygamie, désastreuse en certains pays, où elle affecte des allures jalouses et inhospitalières, ne serait plutôt ici qu'un adjuvant à la natalité, parce que la facilité des mœurs, la porte facilement ouverte pour la femme aux frasques extra-conjugales sont une assurance infaillible contre l'impuissance éventuelle du mari. — De son côté, la femme souhaite être mère. Parmi les causes de la faible natalité une plus large part doit être faite aux longues et fréquentes indisponibilités de la femme : interdictions religieuses pour les époux de cohabiter dans certaines circonstances que j'énumérerai plus tard; durée de l'allaitement, prolongée au delà de toute limite. — Je pense que les travaux pénibles auxquels la femme est astreinte doivent, sinon nuire à la conception, au moins amener assez fréquemment l'accouchement prématuré. Je n'ai toutefois aucune donnée précise sur ce point.
Enfin, la misère physiologique, si commune dans l'Afrique tropicale, doit être mise au premier rang des causes les plus préjudiciables à la repopulation. Elle affaiblit la puissance de conception, provoque la fausse couche et lègue à l'enfant un organisme débile et une constitution trop chétivc pour lui permettre de vivre.
En règle générale, les enfants des deux sexes appar-