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SOCIKTKS PRIMITIVES DE l'aFRIQUE ÉOUAT. 10

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ses parents, soit qu'il s'éloigne de leur village, soit qu'il y reste avec les attributions d'un simple client de celui qu'on pourrait appeler maintenant son ancien père.

La condition de l'enfant en has, âge est. somme toute, assez douce entre une mère qui a pour lui tous les dévouements instinctifs d'une femelle pour son petit, et un père beaucoup plus indifférent certes, mais toujours bienveillant et intéressé à l'être.

Vis-à-vis de ses frères, l'enfant mâle est, en principe, sur le pied d'égalité. L'inégalité — et je regrette que l'observation vienne ici contredire J.-J. Rousseau — l'inégalité est tout entière due à la nature. Les différences sont marquées par l'âge, la force physique, l'activité, l'intelligence. D'ailleurs, le lecteur sait déjà, par ce qu'il a vu précédemment de la psychologie nègre, que l'ctre faible, incapable, inutile disparaît vite sous l'indifférence ou la persécution de la communauté.

En revanche, les qualités plus marquées d'un des enfants le font souvent distinguer par le père. Celuici l'élève à la dignité de favori, de factotum, de ministre; il l'initie progressivement à ses affaires, lui confie ses secrets, lui découvre ses cachettes. L'aîné qui n'a pas démérité par sa sottise ou sa mauvaise santé, est évidemment celui qui a le plus de chances de bénéficier de cette situation privilégiée.

Ce que j'ai dit précédemment de la polygamie et

LES ENFANTS li^y

(le la polyandrie plus ou moins avouée fait deviner immédiatement que l'on rencontre parmi les enfants d'un même ménage les combinaisons les plus variées de parenté : frères et sœurs de même père et de même mère; de môme père, mais de mères différentes; de même mère, mais de pères différents. Il n'est fait aucune différence essentielle entre les uns et les autres : même traitement, mêmes soins, môme abandon ou mêmes privilèges selon les dons naturels de chacun, ses aptitudes, les services qu'il est susceptible de rendre à la communauté.

La fdle est une esclave et ne peut qu'obéir. Gomme sa mère et comme les autres femmes du chef de famille, elle est maintenue dans l'uniforme servitude qui sera le sort de toute sa vie. En s'instruisant aux soins du ménage, en contribuant au service de son père, elle apprend à servir son futur mari. Et c'est là toute son éducation.

L'affection réciproque des frères et sœurs est assez réelle. Je n'en veux pour preuve que la joie qu'ils témoignent, les marques de tendresse qu'ils se prodiguent, lorsqu'ils se retrouvent après une longue séparation. Ce sentiment est, sans doute, superficiel. On y devine la simple habitude née de la vie commune dans la première enfance, plutôt qu'un attachement assez profond pour aller jusqu'au dévouement. C'est. j'y consens, un peu au-dessus du pur domaine de la

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sensation ; mais combien c'est loin encore des hautes régions de l'affection désintéressée ! Le premier élan passé, l'égoïsme et l'indifférence reprennent le dessus.

Il existe quelques exemples d'adoption, mais, bien entendu, d'enfants mâles seulement. Car l'adoption d'une fille équivaudrait à un mariage. D'ailleurs, même dans le cas d'un garçon, si celui-ci n'est pas encore émancipé, si son âge ne l'a pas rendu complètement maître de sa personne, le père adoptif doit une indemnité au père réel. Dans ces conditions, la différence entre l'enfant d'adoption et l'esclave est à peine sensible; nous passons ainsi imperceptiblement d'une catégorie à l'autre.

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