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gcnt les chiens. Ils les engraissent même pour la boucherie. La plupart des tribus non anthropophages s'abstiennent de cette nourriture. Il me paraîtrait téméraire de tirer de là un argument en faveur de la théorie qui voit une relation constante entre 1 anthropophagie et le goût pour la chair du meilleur ami de l'homme.
3. — Le Nègre professe si peu d'aversion pour la viande faisandée qu'on pourrait croire qu'il la préfère à la viande fraîche. Il ne répugne nullement à recueillir et cuisiner des charognes en pleine décomposition, des chairs putréfiées, bleuâtres, tombant en lambeaux et dégouttantes de sanie. Les anciens commandants de la station de Banghi ont dû longtemps poster dans le cimetière une sentinelle en armes pour soustraire les morts récemment enterrés à la voracité des indigènes. Lorsqu'on reproche au iNègre son appétit de la viande pourrie, il réplique naïvement qu' c( on ne mange pas 1 odeur ». En revanche, par une inexpliquable contradiction, il affiche un dégoût méprisant en voyant les Européens manger de l'ail, de la salade et du fromage avancé.
4. — La capture des espèces animales et la préparation de leur chair est l'occupation capitale du village. Les principales espèces domestiques, moutons, chèvres, auxquelles j'ajoute tout de suite la poule, n'ont point leurs semblables à l'état sauvage. Ce sont donc des emprunts faits, il y a fort longtemps, à des peuples plus avancés. Depuis lors, leur propagation
SOCIÉTÉS PRIVflTITEâ DE l'aFBIQLE ÉOL'aT. 1 /
s'est faite de proche en proche au milieu des difficultés que j'ai énumérées plus haut. Ce petit hétail s'élève tout seul, comme il peut. Il est rare. Sa chair est maigre, coriace et de mauvais goût.
La faune sauvage est grandiose et redoutable. Pour capturer le gros gibier, il faut des engins : armes, filets et pièges. Le problème s'est beaucoup simplifié, depuis l'introduction en Afrique des armes à feu. Mais, lorsque l'arsenal du noir se réduisait à la lance, au javelot et à la flèche, la chasse était un jeu aléatoire et dangereux. A cela se réduit encore l'armement de ces négrilles que j'ai présentés, au Livre premier, comme les aborigènes probables de l'Afrique tropicale. Ceux-là savent ramper sans bruit sous les taillis de la forêt fangeuse. Ils se postent sur la lisière des brisées frayées dans le fourré par l'épaule des pachydermes, dont les touffes de poils accrochée^ aux épines des raphias et les souillures vaseuses imprimées par leur frôlement sur les arbres attestent la gigantesque stature. Ils se tapissent à m.i-corps dans le fumier des feuilles pourries et des bois vermoulus. Là, ils attendent pendant de longues heures dans la puanteur fauve des bauges à éléphants. Lorsque les lourdes silhouettes apparaissent dans la lueur verdàtre du sous-bois, aux indécises clartés qui précèdent ou suivent le matin ou le soir, l'homuncule laisse défiler la bande; mais, sitôt qu'arrive le dernier, le plus vieux, qui marche à l'arrière-gardc, brusquement le petit chasseur saule entre les pieds
de la bète, lui plonge clans le ventre une lance au large fer barbelé, puis dun bond se dérobe derrière un arbre aux fureurs du géant blessé. Ce n'est que le premier acte de la tragédie. L'éléphant est très long à mourir, si quelque organe essentiel n'est atteint du premier coup. Le monstre s'enfuit éperdument à travers la forêt. Et son minuscule adversaire doit le poursuivre à la piste quelquefois pendant un jour, deux jours, le harceler, pour n'en demeurer enfin maître que très loin du point de départ. On retourne donc au village chercher du renfort. On dépèce l'énorme monceau de chair; on en boucane le plus que l'on peut; puis on rapporte le butin, après s'être préalablement gorgé de viande sur le lieu même de la victoire.
Malgré la grandeur de l'animal, la chasse à l'éléphant n'est pas si dangereuse que celle de l'hippopotame et surtout celle du bœuf. Les gens du Moyen- Congo * ont imaginé contre l'hippopotame une sorte de harpon, dont le fer, gros et barbelé, se détache du manche, tout en lui restant relié par une longue corde. Le manche est allégé par un flotteur qui signale le gisement de la victime. Car l'hippopotame blessé se noie, coule au fond de l'eau et ne reparaît à la surface que gonflé par les gaz de la putréfaction.
Dans les pays de vastes plaines", plusieurs villages s'associent en saison sèche pour la chasse. On incendie