‹ Les sociétés secrètesChapitre 3 sur 6 · LB RÉCIPIENDAIRE ABAT AVEC LE POIGNARD LES TROIS TÊTES DU SERPENT · texte numérisé non relu

LB RÉCIPIENDAIRE ABAT AVEC LE POIGNARD LES TROIS TÊTES DU SERPENT

Est-ce assez clair?

Ce grade est représenté à Fenvi par les interprètes maçonniques comme le plus important de Tordre, celui où tous les voiles tombent, « Là, le grand drame de la]|maçonnerie atteint son dénoùment. Les autres grades sont seulement un sanctuaire d'approche. Celui-là est le sanctuaire intime pour lequel le reste est seulement une préparation . »

Aussi ce grade se trouve-t-il dans tous les rites maçonniques sans exception.

Abolition de toute autorité civile, et particulièrement de la royauté; — destruction de toute autorité religieuse, surtout de l'Eglise catholique; —négation de la révélation et élimination de l'idée de Dieu en tant qu'il s'agit d'un Dieu justicier et rémunérateur, d'un Dieu personnel et vivant; — et à sa place faire adorer I'hu- MANiTÉ : voilà le fond de la Maçonnerie.

A la fin du siècle flernier, quand le travail de préparation fait par les loges fut assez avancé, leur doctrine secrète fut condensée par la secte des illuminés. Dans ses grades, cette secte proclamait que rhomme était par nature prêtre et roi, et que le travail àeV illumination avait pour objet de le restaurer dans cette double dignité par l'abolition de toutes les institutions qui l'en avaient fait déchoir.

« L'égalité et la liberté, disait le Code illuminé, sont les droits essentiels que l'homme, dans sa perfection originaire et primitive, reçut de la nature. La première atteinte à .

cette égalité fut portée par la propriété. La

Î)remière atteinte à la lioerté fut portée par es sociétés politiques ou les gouvernements.

Les seuls appuis de la propriété et des gouvernements sont les lois religieuses ou civiles. Donc, pour rétablir l'homme dans ses droits primitifs d'égalité et de liberté, il faut commencer par détruire toute religion, toute société civile, et 'finir par l'abohlion de la propriété. »

L'esprit de l'Illuminisme a pénétré tous les rites maçonniques et inspire tous les rituels. Un haut maçon (N. J. Mouthan) l'exprimait naguère dans cette apostrophe, qui est comme un écho de la parole de 1 antique serpent à nos premiers parents :

Vous serez comme des dieux :

« L'esprit qui nous anime est un espri

éternel. Il ne connaît ni division de temps ni d'existence individuelle. Une unité sacrée règne et gouverne dans le vaste firmament.

Il n'y a qu'une mission, qu'une morale, qu'un Dieu, oui, qu'un Dieu, et c'est pourquoi nous sonzmes Dieu! L'homme est de la race de Dieu, L'esprit de l'homme est l'esprit de Dieu, et l'esprit est indivisible. A^oms hommes, nous formons un tout avec le Grand-Etre. Tout aboutit à cette révélation : Nous sommes Dieu!... Celui qui se sent être Dieu vit dans une vie qui ne connaît pas la mort. »

Assurément la Maçonnerie constituerait déjà un assez grand danger si elle était seulement un enseignement permanent d'impiété et de révolte et comme une contrefaçon deTEglise. Mais elle est plus que cela.

« Le secret, disent les constitutions maçonniques, est le premier caractéristique de Tordre. » Dès le premier grade, celui d'apprenti, on exige un serment^ qui est ensuite renouvelé à chaque grade et dont voici la formule :

a Je jure et je promets de ma propre volonté devant le grand Architecte de l'Univers et sur mon honneur, de garder un inviolable silence sur tous les secrets de la Franc-Maçonnerie qui pourraient m*ètre communiqués, comme sur tout ce que je pourrais voir faire et entendre dire dans elle, sous peine d'avoir la gorge coupée, la la«gue arrachée, mon corps mis en pièces, brûlé, et ses cendres dispersées au vent, et que mon nom soit voué à une mémoire exécrée et à une éternelle infamie. Je promets et je jure de donner assistance à tous les frères maçons, et je jure de ne jamais appartenir à quelque société, sous quelque nom, titre ou forme que ce soit, opposée a la Maçonnerie, me soumettant moimême, si je violais ma parole, à toutes les

peines établies pour le parjure. Enfin, je jure obéissance et soumission aux statuts généraux de Tordre, aux règlements particuliers de cette loge et au suprême Grand Orient. »

Les secrets de Tordre ne sont que rarement révélés aux francs-maçons. Le plus grand nombre parcourt la série des grades sans jamais recevoir de révélation. On lit dans une circulaire adressée en 1794 aux loges allemandes ces paroles significatives : <( Vos maîtres devaient vous dire, ce comme nos pères nous l'avaient appris, « que les secrets de Tassociation ne peuce vent être connus que par quelques mat" « très, car que deviendraient des secrets qui a seraient connus d'un trop grand nom- « bre? »

Ce serment n'en contient cependant pas moins la promesse d'une obéissance inconditionnelle et sans réserve aucune, aux chefs de Tordre, puis l'engagement de garder un secret absolu sur tout ce qui peut être révélé ou surpris dans les loges.

Et qu'on ne traite pas ces serments de vainefantasmagorie.PourlaFranc-Maçonnerie et toutes les sectes sorties de son sein, la Jin justifie les moyens, les plus grands crimes deviennent vertu, quand il s'agit de concourir à la réalisation du grand but poursuivi. Aussi n'ont-elles jamais reculé devant Tassassinat, quand

îl s'est agi de faire tomber quelqu'un de ces hommes dont la personne ou le dévouement incorruptible était un obstacle à leurs desseins, témoin, entre bien d'autres, le duc de Berry ; Joseph Leu, le chef populaire du Sonderbund; Garcia Moreno, l'illustre président de la république de l'Equateur; l'archevêque de Quito, empoisonné à l'autel même le vendredi saint.

Mais c'est surtout quand il faut maintenir l'obéissance parmi leurs adeptes que l'assassinat devient entre les mains des chefs un moyen de gouvernement intérieur.

C'est en vertu de cette loi acceptée d'avance que tombèrent Ko tzebue etRossi; que Nubius, pseudonyme sous lequel se cachait un grand seigneur italien chef de ia Haute Vente rcwnaine, expia une heure d'indépendance; cjue Louis-Napoléon fut rappelé par Orsini à l'accomplissement de ses serments. La terrible loi du serment î maçonnique ne frappe pas seulement les adeptes de haut rang. En 1826, un simple journaliste américain, du nom de Morgan, coupable d'avoir révélé les secrets des loges, était jeté dans le lac Erié, après avoir subi d'affreuses mutilations. Les débats judiciaires ont souvent établi les exécutions commandées par Mazzini contre de malheureux carbonari yii reculaient devant les crimes qu'il leur imposait.

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us les instructions

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,14 cotisations et qui

. re la main. Partout

i tnuvela hame et le

tard nous en garantir le plein succès C^)- [ Tous les principes de consciance, toute

I les règles de la société civile, sont subor

I donnés pour le maçon à son serment d'o

béissance à FOrdre. Dans le discours qu'- I i lui adresse lors de sa réception, le Véné

rable lui dit entre autres choses :

^^ « Les maçons sont obligés de s'assister l'ui

^' l'autre par tous les moyens quand roccasioi

I s'en offre. Les francs-maçons ne doivent pai

* I se mêler dans des conspirations; mais si vôui

, i apprenez qu'un maçon s'est engagé dans quel

L ^ que entreprise de ce genre et est tombé vic-

n ■ ** time de son imprudence, vous devez avoir

compassion de son infortune, et le lien maçon-

s niaue vous fait un devoir d'user de toute votre

ff influence et de l'influence de vos amis pour

diminuer la rigueur de la punition eiî sa fa-

J veur. 9

lïK Non-seulement les francs-maçons se sou-

;! ^ tiennent dans toutes les carrières, procu-

• ■ rent à leurs membres des positions avan-

^* tageuses, de façon à attirer à l'Ordre

les ambitieux, et lei^r livrent ainsi le plus possible les fonctions publiques (2) ;

(1) Révélations d'un haut maçon, publiées en 1825 par M. de Haller dans le Mémorial catholique, \. IV, p. 296 et suiv.

(2) C'est en cela que consiste l'assistance fraternelle dont se pare la Maçonnerie e^ à l'aide de laquelle elle essaye de se faire passer pour une société de bienfaisance. Sans doute» sous des influences locales, quelques loges ont pu se transformer, dans une certaine mesure,

maïs encore la maçonnerie enseigne formeWemexyi^quedsLnsl'exercieedesfonctions publiques qui leur sont confiées^ les francsmaçons doivent atant tout obéir à leur serment maçonnique. C'est ce qu'a rappelé expressément le Grand Orient de Belgique dans une circulaire adressée à toutes les loges le 1«^ mars 1856, et ce qu'indiquait aux frères le Grand Orient de France Tannée suivante, sous une forme plus discrète.

A tort ou à raison, les francs-maçons comptent beaucoup sur l'influence du lien maçonnique. Ainsi, il y a quelques mois, les nciembres d'une desloges de Bruxelles, étudiant les moyens à employer pour étouffer la réaction ultramontaine (sic), décidaient de faire des procès aux journaux catholicjues et de les intenter autant que possible devant les tribunaux dans lesauels les vénérables frères sont assurés de la majorité.

Le serment maçonnique dominerait-il aussi les devoirs militaires?

Le maréchal Soult, qui sous Napoléon P''

en sociétés de secours mutuels ; mais les instructions du Grand Orient réclament constamment contre cet abus. Elles portent qu'il faut en exclure rigoureusement ceux qui ne peuvent payer leurs cotisations et qui Deviendraient là que pour tendre la mcun. Partout ou le Christianisme est absent, on trouve la hame et le mépris du pauvre.

avait été un des hauts dignitaires de 1^ Franc-Maçonnerie, jugeait à propos d€ s'en défier une fois qu'il fut devenu ministre de la guerre et président du conseiJ sous Louis-Philippe. En 1845, par une ciri culaire adressée à tous les chefs de corps, il

défendit aux militaires de tout grade de s'affilier aux loges et d« les fréquenter.

Son opinion était si arrêtée sur ce point, ^ qu'il résista aux démarches les plus près-

^ santés faites par le duc Decazes et les

* principaux personnages du gouvernement

f^ •. de Juillet; ce fut un des incidents qui préparèrent la rupture de la Maçonnerie avecla royauté de 1830 (1) .

Le récit suivant, fait par un franc-maçon qui raconte l'intervention de la Maçonnerie parisienne en faveur de la Commune, ; nous paraît aussi très-significatif : ,

« Le groupe principal des délégués, au nombre de quarante environ, franchit les travaux de la porte Maillot et s'avance, ban-

Inières en tète, par la grande avenue de "i Ncuilly, sur la barricade versaillaise du pont

de Courbevoie. On les suit des yeux avec angoisse. Mais décidément les canons de Versailles ont suspendu leur feu. Au pont, le général*** reçoit' les délégués et les conduit au

(I) V. cette circulaire et tous les incidents aaxaoeis elle donna lieu dans rO/'i>fi^ revue' universelle de ia F.-. M.-. ; Paris, 1845, p. 225, 292.

général commandant supérieur des opérations sur ce point. Trois délégués seulement, les frères Thirifocq, Fabrequette et Levacque, eurent la permission de passer, les yeux bandés, les lignes versaillaises. Le général^*, franc-maçon Itd-môme, accueitlit ses frères avec déférence, courtoisie, et par les saints maçonniques; mais il leur déclare qu'il n*est que le soldat, le bras qui exécute. Il a pu prendre sur lui d'arrêter le feu, à la vue des bannières maçonniques, mais il n'a pas le pouvoir d'accorder une trêve bien longue.

Il engage donc les frères à envoyer des députés à Versailles. Il met une voiture à leur disposition, et deux des dignitaires se mettent aussitôt en route j^our aller trouver le chef du pouvoir exécutif. Vers cinq heures trente minutes du soir, le feu cesse définitivement du côté de Versailles. On parlemente, et les deux délégués de la Franc-Maçonnerie se rendent à Versailles. Il est convenu de part et d'autre que le feu ne pourra être repris qu'après le retour des délégués (1). »

Nous ne doutons pas qu'en cette circonstance le général *** n'ait concilié les règlements militaires avec la fraternité maçonnique. Ce que nous relevons,' c'est la confiance que les francs-maçons mettaient dans le déploiement de leurs insignes et l'effet qu'ils en attendaient sur les militaires affiliés à Tordre.

(1) Les Francs- Maçon s et la Commune de Paris, Bu, rôle qu'a joué la Franc- Maçonnerie pendant la guerre cioile (Paris, I>entu, 1871, in-12).

S6 LES SOCIÉTÉS SECRÈTKS

I.a grande majorité des francs-maçons il est vrai, n'est pas appelée à conspirer. La plupart n'ont pas conscience de Toeuvre antichi'étienne et antisociale à laquelle ils concourent comme des comparses.

Le développement donné à Texplication des rites et des symboles varie beaucoup selon les loges et les milieux où elles opèrent. Les hauts grades furent primitivement créés pour être des arrière-sanctuaires, où les chefs de la Maçonnerie pouvaient se concerter. Maïs peu à peu ces grades sont devenus si communs, qu'un rituel moderne a pu dire : « Aucun grade n'enseigne ni ne dévoile la vérité ; seulement ils dissipent le voile. Les grades pratiqués jusqu'à ce jour ont fait des maçons, et non des initiés .»

Les véritables chefs de la Maçonnerie ee dissimulent dans certaines fonctions administratives peu apparentes, d'où ils dirigent toutes choses sans être connus de la plupart des frères.

Les hautes dignités, telles que celle de grand maître des Orients nationaux, sont confiées à des personnages politiques marquants, à des princes du sang même, qui servent à couvrir rOrdre. Ce sont ceuxlà naturellement qui en connaissent le moins les secrets. Le baron d'Haugwitz, qui pendant de longues années avait été à

la tôle dfs loges prussiennes et polonaises, s'est aperçu, à la fin de sa carrière, qui!

avait travaillé à propager la Maçonnerie sans connaître ce à quoi il s'employait. La lecture des livres des illuminés^ rapprochée de certains indices recueillis dans ses fonctions de ministre, lui révéla seulement ce redoutable secret.

En fait, la direction suprême des sociétés secrètesdft l'Europe, et peut-être du monde entier, appartient à un très-petit nombre de personnages. Un des hommes qui ont joué un rôletrès-actif dansr les révolutions contemporaines, Henry Misley (1), écrivait à un de nos amis :

« Je connais un peu le monde, etje sais que, dans tout ce grand avenir qui se prépare, il n'y en a que quatre ou cinq qui tiennent les cartes; Un plus grand nombre croient les tenir, mais ils se trompent! »

Les Juifs sont toujours en majorité dans ce conseil suprême : c'est M. Disraeli, premier ministre de la Grande-Bretagne, qui nous l'apprend :

« Le monde est -gouverné par de tout autres personnages que ne se l'imaginent ceux dont l'œil ne plonge pas dans les coulisses.

Cette diplomatie mystérieuse de la Russie, qui est la terreur de l'Europe occidentale,

(1) Sur Henri Misley,- voir FouvraiS^e cité : les SocUtéa tecrèteê et la société, t. I, p. 21 .

est organisée par les Juifs, et ils en son les principaux agents... Cette puissante l'é volution qui, actuellement même, se prépaie et se brasse en Allemagne, où elle sera de fait une seconde réforme plus considérable que la première et dont l'Angleterre sait encore si peu de chose, se développe tout entièi'c sous les auspices du Joif (1). »

Lord Palmerston fut, pendant de longues années et jusqu'à sa mort, un de ces quatre ou cinq grands chefs des sociétés secrètes^ et c'est autour de lui qu'ils se réunissaient.

Sous la direction de ces hommes, direction transmise par des intermédiaires multiples, le grand nombre des francs-maçons est comme une masse inerte, qui sert cependant à deux choses : à remplir le trésor de la secte par leurs contributions annuelles et les droits de réception, qui sont considérables, puis à faire V opinion publique. « Il n'est pas difficile de comprendre, dit un auteur maçonnique, que la société des francs-maçons parlant ouvertement est précisément une conspiration permanente contre le despotisme politique et le fanatisme religieux. »

Ces francs-maçons, qui par le seul fait de leur affihation ont rompu avec

(1) Coningshu (Paris, 1844, in-8), p. 184. V. aussi le curieux ouvrage de M. Gouguenot des Mousseaux : le Juif, le Judaïsme et la Judaisation des peuples chrétiens (Paris, 1869, in-8), p. 340 et suivantes.

TEglise, reçoivent Timpulsion et la direction intellectuelle dans les loges. Suivant les mots d'ordre transmis, on traite dans les loges tel ou tel sujet en rapportavec les questions du jour (1). Dans les élections, ils votent pour les candidats qui ont Tappui de la Maçonnerie et qui sont désignés par les chefs. Comme fonctionnaires publics, ils couvrent leurs frères.

Coqcime journalistes, comme professeurs, comme écrivains, ils répandent partout l'enseignement de la Maçonnerie (2).

(1) Le Monde maçonnique (numéros de janvier et avril 1876) donne la liste des sujets traités cet hiver dans les loges de Paris. JMous remarquons entre autres les sujets suivants : la morale humaine ; un discours de Jean-Jacques; nécessité d'a.tTrancliir la morale du dogmatisme religieux} Diderot et son temps ; de* croyances dans l'antiquité et jusqu'aux temps modernes; le progrès de l'esprit humain; la morale et l'éducation chez les jésuites ; conférence sur les deux morales; étude sur Paul- Louis Courrier; étude sur l'instruction qu'un maçon doit donner à ses enfants au point de vue religieux ; étude sur le mariage; la philosophie positice ; devoirs des frères délégués pour recueillir des renseignements sur l*,s profanes proposés à l'initiation, etc., etc.

MNL Erkman et Chatnan, les auteurs bien connus de romans révolutiomaires, sont au nombre des conférenciers les plus actifs des loges maçonnicïues.

<2) Le rôle de la presse dite libérale est assez connu, et tout le monde sait comment elle seconde l'œuvre de la Maçonnerie. Ce que l'on sait le moins, c'est que beaucoup d'écrivains en renom, à commencer [jar MM. Cousin et Matter, ont puisé leurs théories his-

L'oorraga du P. Deschamps e%t plein do rapprochemrats instructifs sur ca sujet.

toriques et philosophiques dans l'enseignement des loges et l'espace de fausse tradition qui y est conservée. T '«^«»wk... jr. t» nrkof.i»«»»n.a Aot «.lain ^6 Tapproclie-

Voici par exemple, un pays^ profondément catholique, le Chili. Il n'a rien à faire du mouvement d'idées issu de la révolution française. Il vit en paix sur sa tradition propre et sa religion ; niais des hommes qui ont voyagé et recueilli la contagion du mal ont fondé des loges. Or ces loges vont s'appliquer sans relâche à propg^er des idées qui spontanément ne se seraient jamais produites. V03 ez plutôt le plan (^<9s^mt?aua? delà grande loge du Chili, tel qu .1 est rapporté dans le Monde maçonnique {n"" de janvier 1876).

Art. 1. En outre des commissions actuelles, il y aura, dans la grande loge, des comités de travaux. . . ,

Art. 2. Les comités seront intitulés: se'ction d'instruction, section de bienfaisance, section de propagande et section de fraternité maçonnique. . „. . ^. ■ ,

Art. 3. La section d instruction s occupera : i° de fonder des écoles laïques ; 2° d'accorder son concours à toutes les sociétés qui ont pour objet de donner l'instruction gratuite aux pauvres; 3« d'aider au progrès de toutes les institutions scientifiques, httéraires et artistiques, qui existent dans le pays ; 4° de faire des conférences populaires pour la propagation des connaissances tendant à jaciliter le progrès de Vhumanité.

Art. 4. La section de bienfaisance s occupera : i° d'aider à la fondation d'hôpitaux, etc. ; 2<^ de donner son appui direct ou indirect

PROCÉDÉS DE LA iMAÇONNERIE 41

à toutes les institutions de cette nature dans lesquelles on ne poursuit pas un but égoïste ou sectaire (c'est-à-dire catholique).

Art. 5. La section de propagande devra 1° défendre et faire connaître par la presse les véritables idées de la Maçonnerie; 2^tracailler à introduire dans les institutions publiques les principes de liberté, d'égalité et de fraternité j et spécialement à amener la séparation de l'Eglise avec l'Etat, à faire établir le mariaae ciml, à combattre les privilèges, à séculariser la bienfaisance, à soutenir les victimes de l'intolérance religieuse ; 4° en général, s'occuper de tout

ce qui peut faire 3e l'humanité une seule famille. »

Grâce à une propagande de ce genre, on verra infailliblement se pi^oduire chez ce peuple un malaise sourd, puis des aspirations vers un autre ordre de choses, et tout sera bientôt prêt pour une révolution!

Ce qui va se passer au Chili s'est passé il y a cinquante ans, il y a cent ans, chez les peuples de l'Europe. C'est ainsi que s'élabore Y esprit moderne. Du reste, il arrive un moment où une société est tellement imprégnée d'idées fausses, que toutes les erreurs se propagent comme d'eillesmômes par la seule logique du mal, sans que les loges aient besoin d'une action actuelle (1).

(1) Un illustre publiciste. M: Le Play, a signalé

Mazzini, le grand agitateur, comprenait bien l'utilité des loges et de toutes les associations libérales , même composées d'honnêtes bourgeois.

« Associer, associer, associer, disait-il, tout est dans ce mot. Les sociétés secrètes donnent une force irrésistible au parti qui peut les invoquer. Ne craignez pas de les voir se diviser; plus elles se diviseront, mieux ce sera; toutes vont au même but par un chemin différent. Le secret sera souvent dévoilé :.. tant mieux. Il faut du secret pour donner de la sécurité aux membres, mais il faut une certaine transparence pour inspirer la crainte aux siationnaires. Quand un grand nombre i d'associés, recevant le mot d'ordre pour ré- '

Eandre une idée et en faire l'opinion pulique, pourront se concerter pour un moment, ils trouveront le vieil édifice percé de toutes parts et tombant comme par miracle au moindre souffie du progrès. Ils s'étonneront eux-mêmes de voir fuir devant la seule puissance de l'opinion les rois, les seigneurs, les riches, les prêtres qui formaient la carcasse du vieil édifice social. Courage donc et per- .sévêrance (1). »

avec une haute perspicacité l'influence funeste qu'exercent de nos jours certains mots mal définis, tels que ceux de liberté, d'égalité, de démocratie, deprogrèSt de civilisation. Les loges maçonniques sont les officines où retentissent sans cesse ces mots creux et sonores et où s'élaborent incessamment les idées fausses auxquelles ils servent de véhicules. (1) Cité par Lubienski.Gwerre^ et Révolutions d'Italie^ p. 41.

Faire sortir l'homme de la famille est une des tactiques constantes des sectes dans les pays chrétiens. Là où elles sont devenues définitivement maîtresses du terrain, elles s'attachent à détruire la famille ellemême et à corrompre la femme. C'est l'objet des loges androgynes, ou loges de femmes, des tenues d'adoption^ où les maçons font adopterleursenfantsparles loges pourlesséparerdèsTadolescencedeTEglise, enfin des bals auxquels les frères sont invités à conduire leurs femmes, sous prétexte de fêtes de bienfaisance, mais en réalité pour leur apprendre à se soustraire aux influences cléricales, Qu*on en juge par les discours hypocrites adressés par les frères Barré et Teissier aux dames invitées à^ des soirées maçonniques.

« Laissez-moi espérer, dit l'un d'eux, que désormais vous deviendrez nos auxiliaires les plus puissants, vous qui êtes appelées à diriger les consciences» au début ae la vie.

Vous ne permettrez pas, maintenant que vous nous connaissez et que vous pouvez apprécier la sublimité des principes dont nous sommes les défenseurs et les propagateurs, vous ne permettrez pas que ces jeunes êtres dont l'éducation vous est confiée, soient exposés aux dangers d*un enseignement qui périmer tir ait leur cœur et leur intelliaence. Vous ne per-^ mettrez pas non plus qu aucun de ces cners petits enfants soit retenu dans l'ignorance-

par ceux qui l'exploitent à leur profit. »

« L'instruction de la femme se perfectionne de jour en jour, leur dit l'autre, après mille calomnies contre le clergé catholique, et à mesure que la lumière se fera dans son esprit, elle cherchera à pénétrer plus avant dans ce qui n'est encore que mystère pour elle, et se détachera ainsi des croyances inculquées à ses premières années (1). »

Voilà le travail accompli par la Maçonnerie ostensible et honnête ! Leis desseins ultérieurs des sectes, ceux qui exigent une action positive, sont réalisés au moyen de sociétés secrètes particulières, organisées pour un but déterminé. C'est ainsi que le Carbonarisme et Tlnternationale sont sortis successivement de la Franc- Maçonnerie (v. chap. VII et ix). Si le mouvement échoue, les loges désavouent les frères qui ont travaillé sous un autre nom, et elles reprennent leur œuvre avec plus de circonspection.

« Les loges maçonniques sont un lieu de dépôt, une espèce de liaras, un centre par lequel il faut passer avant d'arriver à nous, écrivait en 1822 à ses complices un Juif, membre de la Haute Vente romaine. Les loges ne font qu'un mal relatif, un mal tempéré par une fausse philanthropie et par des chansons encore plus fausses, comme en France. Cela est trop pastoral et trop gastronomique, mais

F (I) V. le Monde maçonnique, mars 1876.

PROCÉDÉS DE LA MAÇOiNNERIE 45

cela a un but qu'il faut encourager sans cesse. En lui apprenant à porter arme avec son verre, on s'empare ainsi de la volonté, de rintelligence et de la liberté de l'homme. On le dispose, on le tourne, on l'étudié. On devine ses penchants, ses affections et ses tendances; quand il est mûr pour nous, on le dirige vers la société secrète, dont la Franc- Maçonnerie ne peut être que l'antichambre assez mal éclairée. *

« La Haute Vente désire que, sous un pré* texte ou sous un autre, on introduise aans les loges maçonniques le plus de princes et

de riches que l'on pourra Une fois qu'un

homme, qu un prince même, un prince surtout aura commencé à être corrompu, soyez persuadés qu'il ne s'arrêtera guère sur la pente. Il y a peu de mœurs,- même chez les plus moraux, et l'on va très-vite dans cette progression. Ne vous effrayez pas de voir les loges florissantes, lorsque le Carbonarisme se recrute avec peine. C est sur les loges aue nous comptons pour doubler nos rangs; elles forment à leur msu notre noviciat préparatoire; elles discourent sans fin sur les dangers du fanatisme, sur le bonheur de l'égalité sociale et sur les grands principes -de liberté religieuse. Elles ont entre deux festins des anathèmes foudroyants contre l'intolérance et la persécution. C'est plus qu'il n'en faut pour nous faire des adeptes. Un homme imbu ae ces belles choses n'est pas éloigné de nous; il ne reste plus qu'à l'enrégimenter (1). » •

(1) Cité par Crétin eau- Joly, l'Eglise romaine en face de la Révolution,

Le rôle joué par les loges et les sociétés populaires qui existent en dessous d'elles, -est plus ou moins actif selon les temps.

Quand la Révolution a triomphé et est maîtresse de la rue, elles sont remplacées en partie par Tagitation publiqu^, par les •clubs de toute sorte; les loges renoncent alors jusqu'à un certain point à leur secret et aux formes mystérieuses qui leur sont imposées, quand elles ont contre elles la forme gouvernementale. Mais il ne faut pas croire pour cela que les sociétés se*' crêtes désarment. Elles concentrent leur action dans les hautes régions de la politique, laissant le mal se faire en bas coname de lui-même, mais en en conservant toujours la direction suprême.

Mettre les droits de l* homme à la place de la loi divine, établir le règne de l'hunnanité à la place de celui du Créateur, c'est là, nous l'avons vu (chap. ii), le but suprême des sociétés secrètes, celui (ju' elles poursuivent dans toutes les situations et sous toutes les formes politiques. Pour y arriver, elles ont besoin de renverser les gouvernements légitimes, toutes les bonnes coutumes, de pervertir les bases mêmes de l'ordre social, et jusqu'au langage des peuples; mais elles s'acharnent surtout contre l'Eglise catholique, (\m est non-seulement l'instrument esseniiel du règne de

Dieu sur la terre, mais encore la gardienne de l'ordre même purement naturel.

Toutes les sectes sont d'accord sur ce but de leurs efforts ; seulement, comme à leur haine satanique contre Dieu se mêlent toutes sortes de passions et de convoitises, elles se divisent souvent entre elles sur les moyens à employer et sur le point où elles voudraient s'arrêter dans leur œuvre de destruction.

Les révolutionnaires de haute lignéei^ les habiles, ceux qui, ont su arriver les premiers à la fortune et aux honneurs, cherchent à concentrer leurs coups contre l'Eglise et la religion. Ils voudraient conserver dans la société vn ordre purement matériel, autant parce qu'ils en recueillent les avantages que parce qu'ils connaissent la réaction inévitable des intérêts froissés par la démence des révolutionnaires qui vont jusqu'au fond. Volontiers même, ils conserveraient l'Eglise comme un établissement humain, et se contenteraient de la corrompre pour s'en faire un instrument de règne tel que l'anglicanisme, le schisme russe, l'évangélisme prussien. Ce fut là le rêve de Frédéric de Prusse, des deux Napoléon, de Louis-Philippe et du comte de Cavour; c'est encore celui de M. de Bismarck. Ayant étouffé la foi dans leurs cœurs, ils ne tiennent plus compte de l'as-

sistance surnaturelle dont TEglise est Tobje et à la vue de toutes les portes que lei ont ouvertes For et l'intrigue, ils s'imag nent qu'avec un redoublement d'efforts « d'habileté ils viendront à bout de cette fore immatérielle qui leur résiste toujours. Mai leurs desseins sont constamment déjoués la corruption peut trouver prise sur de ecclésiastiques isolés, elle ne peut péné trer l'Eglise. Celle-ci, fidèle à sa missioj divine, et défendue dans sa foi et dans soi chef contre tous les assauts humains, dé joue les complots le plus habilement ourdis; et, soit dans les Catacombes, soit sous la protection d'un pouvoir temporel légitimement acquis, elle ne cesse jamais de revendiquer contre les corrupteurs et les persécuteurs hypocrites ou déclarés, ce gouvernement des âmes qui est l'objet de la convoitise éternelle des sectes.

D'ailleurs ces révolutionnaires à hautes vues et à profonds desseins sont incessamment poussés par les flots pressés des révolutionnaires, qui ne sont pas encore satisfaits et veulent s'attaquer à des objets plus tangibles que l'Eglise, faire des ruines plus profitables pour eux que la destruction des croyances et des mœurs. Une fois déchristianisées, les masses réclament l'égalité abs(»lue et le droit à toutes les jouissances. Un des insurgés des journées de

juin 1848, le disait avec un cynisme brutal : « Quarante-huit heures de pillage et de « robes de soie, voilà le'programme. »

C'est ainsi que la République marche derrière les monarchies libérales ou les césarismes démocratiques, et la Commune derrière les républiques conservatrices.

Unies tant que Tédifice social chrétien est debout, les différentes couches des sociétés secrètes entrent en lutte quand elles croient avoir triomphé définitivement, et elles défont souvent leur œuvre, anticipant ainsi par leur propre confusion rheure des justices divines.

Ces rivalités et ces mouvements, tantôt parallèles, tantôt opposés, sont un des éléments les plus importants, et quelouefois les plus difficiles à apprécier, de 1 ac« tion des sociétés secrètes dans l'histoire contemporaine.

l'origine des sociétés secrètes, leur action au xviii® siècle.

Le mystère a toujours eu un attrait particulier pour la nature humaine. Aussi Texistence d'associations secrètes est-il un fait vieux comme le monde. Partout dans l'antiquité, dans l'Inde et dans VÉgypte, comme en Orèce et à Rome, il y a eu, à côté des cultes publics, des initiations occultes, où quelques vérités, reste de la tradition primitive, se transmettaient au milieu de beaucoup de pratiques superstitieuses.

Les écrivains officiels de la Franc-Maçonnerie prétendent parfois la faire remonter jusqu'à ces mystêreSy mais rien ne justifie cette hypothèse.

La véritable origine de la Maçonnerie se trouve dans les nombreuses hérésies q\xi au moyen âge approprièrent le gnosticisme au génie des peuples occidentaux»

Tels furent les cathares,;les patarins, les Albigeois. Comme les francs-maçons, ils

s*attaquaient à Tordre social, à la légitimité du pouvoir politique, à la propriété, à la famille non moins qu'aux dogmes catholiques ; comme eux aussi, ils prétendaient vivre au milieu de la société chrétienne sans se séparer d'elle, alors qu'ils la ruinaient par leur doctrine secrète et par le désordre de leurs mœurs. Les puissances civiles et la papauté s'unirent pour extirper ces hérésies ; lï^^.is des restes vivaces purent s'en conserver dans certaines provinces, à l'état de groupes recrutés par une initiation mystérieuse. Le grand nombre de corporations et de confréries de toute sorte qui existaient alors, les libertés locales dont on jouissait à ces époaues, enfin les troubles du xiv« siècle rendirent possible cette conservation. De graves écrivains, tels que Hurter, ont constaté non-seulement l'identité des doctrines des Albigeois avec celles de la Maçonnerie, mais encore la similitude de leur organisation et jusqu'à celle de leurs grades.

Tous ces mauvais éléments prirent une consistance plus grande dans l'ordre du Temple. Institué en 1118 pour défendre la terre sainte, cet ordre avait acquis en peu d'années une puissance considérable, et couvrait l'Europe de ses manoirs et de ses commanderies. Malheureusement ses che-

valiers se laissèrent séduire en Orient e contact des musulmans et des sectes gno tiques ou cabalistes, et une doctrine s< crête, en opposition complète avec h principes du christianisme, prévali dans Tordre.' Ce fut ce qui amena sa sup pression au concile de Vienne en 131S Dès que les francs-maçons ont com mencé à se produire au grand jour, ils on affirmé, en se fondant sur des traditions soigneusement conservées chez eux, qu'ils étaient la continuation des templiers. Cette filiation, qui paraît fondée, peut seule expliquer la sympathie posthume a u'on t i nspiréeles chevaliers du Temple à la plupart des historiens et des littérateurs à partir du xviii« siècle.

Les pièces authentiques de leur procès> ne laissent guère de doute sur leur culpabilité, et M. Michelet lui-môme, qui a publié les plus importantes, a dû en convenir. En entrant dans Tordre, la plupart reniaient Jésus-Christ et foulaient, aux pieds la croix. Ils reconnaissaient à leurs chefs laïques la plénitude du pouvoir spirituel, notamment celui de les absoudre de leurs péchés, et ils s'engageaient à se soumettre aux pratiques les plus abominables.

Après Tabolition de Tordre, quelquesuns de ses fronçons se reconstituèrent

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SOUS divers noms en Portugal, en Suède, en Ecosse, et, plusieurs siècles après, on retrouve dans ces pays la trace de leur haine secrète, mais persévérante, contre l'Eglise.

En. France, la foi catholique était si fortement enracinée, que, pas plus que les Albigeois, les templiers ne laissèrent de traces appréciables. On le vit bien par l'énergie avec laquelle toutes les classes, le peuple surtout, repoussèrent Thérésie protestante. C'est de l'étranger que devait, au xviii« siècle, nous venir l'invasion du mal par les sociétés secrètes.

En Angleterre et en Allemagne notamment, la tradition de haine contre l'Eglise s'était toujours maintenue dans l'ombre.

Les templiers, dès le temps de leur puissance, avaient pénétré les sociétés ouvrières de francs -maçons.

Ces associations, remontant à une époque fort ancienne,, existaient depuis longtemps sous la protection de l'Eglise et avaient construit dans toute l'Europe les magnifiques cathédrales que nous admirons encore. Elles jouissaient de grands privilèges et se ramifiaient dans la chrétienté entière. Comme toutes les corporations, elles avaient une hiérarchie composée des trois grades d'apprenti y de compagnon, de maître, selon le degré de

perfection dans son art auquel Touvrier était arrivé. Elles conservaient, au moyen d'un secret, certains procédés traditionnels qui assuraient leur supériorité. Ce secret et ce caractère cosmopolite^ en faisaient un instrument tout préparé pour les ennemis de Tordre chrétien, le jour où ils parviendraient à s'emparer de leur direction. C'est ce qui arriva quand le nombre des person nés étrangères à la pratique de Tarchitecture se multiplia dans les corporations maçonniques. De là tous ces symboles et tous ces insignes tirés de Tart de bâtir. l:

Ces associations et les restes des tem- j.

pliers secondèrent de toutes leurs forces la ! grande révolte protestante du xvi® siècle, ^ A partir de cette époque, l'on voit les francs-maçons jouer un rôle politique apparent en Angleterre. Ils furent un des principaux instruments de la révolution de 1649 et de la dictature de Cromwell (1).

Plus tard, après 3688, les partisans des Stuarts essayèrent de mettre au service des princes légitimes la puissance de cette association occulte; ils s'iniroduisirent dans les loges et créèrent^ un rite nouveau. Le chevalierdeRamsaylepropageaenFrance, où Jacques II était réfugié, et ce fut ainsi que la Franc-Maçonnerie pénétra dans notre

(1) V. Lecoulteux de Canteleu, les Sectes et les Scy iétés secrètes, essai sur leur histoire, p. 104.

pays SOUS le voile d'un dessein honorable.

D'autres fois encore, des partis honnêtes ont cherché à s'emparer de la Maçonnerie; mais la force propre des principes inhérents à cette association a toujours rendu ces tentatives stériles et lésa au contraire fait servir à propager et à répandre le mal dans des milieux où il n'eût pas pénétré sans cela. Ainsi en fut-il à cette époque. L'influence des stuartistes dans les loges fut éphémère, et la direction de celles mêmes qu'ils avaient créées ne tarda pas à passer aux mains d'hommes dont les projets et le but étaient tout autres.

En 1717, les loges anglaises, réunies pour rédiger de nouveaux statuts, affirmèrent pour la première fois dans un document public l'hostilité contrôle christianisme positif ou la révélation, qui était le fond de leur doctrine, et peu après on vit sortir de leur sein cette école des déistes anglais, les Toland, les Collins, les Woolston, les Tindal, les Bolingbroke, les Hume, qui, les premiers dans le monde chrétien, prêchèrent dogmatiquement l'impiété et trouvèrent bientôt des disciples et des continuateurs dans Voltaire et les encyclopédistes.

En même temps, à la faveur de la licence générale d'idées et de mœurs due au régent Philippe d'Orléans, les loges maçonniques se multipliaient à la Cour et à Paria.

Leurs cérémonies mystérieuses attiraien les grands seigneurs frivoles, et elles étaien pour les littérateurs et les financiers remuants de répoque un moyen de pénétrer dans un monde supérieur et d'augmenter leur influence sociale. Bientôt des loges de femmes furent créées et détruisirent dans les foyers de beaucoup de grandes familles ces vertus chrétiennes et ces traditions domestiques qui sont les plus solides fondements des Etats.

Les complots qui devaient éclater cinquante ans plus lard, commençaient dès lors à se nouer au milieu des orgies et des débauches de Timpiété,. En 1729, le chevalier de Folard, cédant à la voix du remords, de disciple zélé de la Franc-Maçonnerie devint son dénonciateur courageux; il la signala comme une secte d'autant plus digne de fixer l'attention des souverains que, dans l'ombre du mystère, elle couvait une révolution qui devait frapper du même coup toutes les puissances légitimes. On ne prit d'abord pas garde à ses révélations, tant la conspiration paraissait invraisemblable, ^Cependant les symptômes se multiplièrent, et le cardinal de Fleury, le sage ministre de Louis XV, interdit formellement la Franc-Maçonnerieu Quelques années après, en 1738, le pape Clément XII lança une bulle d'excommu-

nication contre les francs -maçons, après avoir pris les longues et consciencieuses informations qui précèdent les actes de ce genre. Successivement tous les gouvernements de TEurope, même protestants, défendirent leurs réunions, à l'exception de l'Angleterre, où les classes dirigeantes étaient généralement affiliées à Tordre, et pensaient en faire un instrument pour la politique nationale sur le continent.

En France, les défenses royales restèrent malheureusement une lettre morte.

Dès cette époque, la magistrature parlementaire, prédisposée à toutes les révoltes et à toutes les hypocrisies par l'hérésie janséniste, s'était en grande partie affiliée aux loges. Aussi ceux qui étaient chargés de sévir contre la Maçonnerie s'employèrent activement à la protéger (1). Un peu

(1) V. dans" la Bévue des questions historiques, t. XVIII, une série de documents officiels, datant de 1737 i ' '

à 1764, publiés par M. Ch. Gérin sous ce titre : les Francs- 1

Maçons et la Magistrature française au xviii» siè- I

de. « Une tradition de mollesse, de connivence, d'impu- ''

nité s'établit peu à peu, dit l'érudit écrivain. Les ma- i

gistrats de province, plus fidèles aux enseignements de " /

1 Efflise et aux vieilles mœurs, importunaient souvent '\

de leurs révélations les chefs de Tordre judiciaire et le gouvernement. Mais les réponses qu'ils recevaient de ' '

Paris étaient peu propres à entretenir leur zèle, et on les blâmait même quelquefois des mesures les plus légitimes qu'ils prenaient pour conserver la preuve des délits. » Sur l'alliance des jansénistes avec les philo- , Bophes et les francs-maçons, v. Crétineau-Joly, l'Église l romaine en face de la Révolution, livre i.

plus tard, le vertueux Malesherbes, fasciné par le vertige du temps, se servait de ses fonctions de directeur de la librairie pour faire pénétrer en France les livres les plus hostiles à la monarchie et à la religion, qui étaient condamnés par la justice, alors que le devoir de sa charge était de les arrêter.

A la faveur de ces connivences et de ces défaillances, un nombre considérable de loges existaient à Paris et dans les provinces à la fin du règne de Louis XV. Leur action, présente partout, explique le prodigieux succès qu'avaient les œuvres les plus mé diocres de ces sectes de lettrés qui s'appelaient eux-mêmes les économistes et les philosophes, et qui battaient en brèche toutes les institutions avec les armes les plus diverses. Il y avait alors aussi des évéques éloquents et des écrivains habiles qui se vouaient à la défense de la religion et des traditions nationales. Mais aucun écho ne leur répondait, et leur voix était étouffée par la conspiration du silence.

Seuls les détracteurs de l'Eglise et de la royauté trouvaient partout des applaudissements commandés et des comparses officieux. Ainsi se fit cette tyrannie du rot Voltaire, qui pesa si lourdement sur tout le siècle.

La proscription simultanée des jésuites

dans tous les Etats catholiques fut un premier triomphe pour les sectes. Klles se débarrassèrent par là d'un ordre dont la science, la fidéHté et la force d'organisation étaient un obstacle invincible à leur grand projet de faire pénétrer la Révolution dans l'Eglise, ou plutôt de la faire réaliser par des ministres indignes. En même temps, les sectes avaient apprécié la facilité qu'il y a à ameuter l'opinion avec un mot de guerre contre des fantômes imaginaires, et elles avaient fait concourir les monarchies elles-mêmes à leur plan de destruction.

Un pareil succès était fait pour doubler leur audace, et dès lors les événements se précipitèrent.

Tandis que beaucoup d'écrivains honnêtes, et même catholiques dans une certaine mesure, s'étendent sur les abus de Vaneien régime et représentent la révolution de 1789 comme leur conséquence fatale, voici un historien très-avancé dans les sociétés secrètes et expert dans l'art de faire les révolutions, M. Louis Blanc, c^ui va nous révéler quelle fut la préparation du grand mouvement de 1789.

« Il importe, dit-il, d'introduire le lecteur dans la mine que creusaient alors sous les trônes, sous les autels, des révolutionnaires bien autrement profonds et agissants que les encyclopédistes. Une association composée d'hommes de tout pays, de toute religion, de tout rang, liés entre eux par des conventions symboliques, engagés sous la foi du serment à garder d'une manière inviolable le secret de leur existence intérieure, soumis à des épreuves lugubres, s'occupant de fantastiques cérémonies, mais pratiquant d'ailleurs la

bienfaisance et se tenant pour égaux quoique répartis en t^rois classes, apprentis, compagnons et maîtres : c'est en cela que consiste la Franc-Maçonnerie. Or, à la veille de la Révolution française, la Franc-Maçonnerie se trouvait avoir pris un développement immense; répandue dans l'Europe entière, elle secondait le génie méditatif de l'Allemagne, agitait sourdement la France et pré* sentait partout l'image d'une société fondée sur des principes contraires à ceux de la société civile.

« Dans les loges maçonniques, en effets les prétentions de l'orgueil héréditaire étaient proscrites et les privilèges de la naissance écartés. Quand le profane qui voulait être initié, entrait dans la chambre appelée cabinet des réflexions, il lisait sur les murs tendus de noir et couverts d'emblèmes funéraires cette inscription caractéristique : « Si tu tiens aux distinctions humaines, sors, on n'en connaît pas ici! » Par le discours de l'orateur, le récipiendaire apprenait que le but de la Franc- Afaçonnerie était d'effacer les distinctions de couleur, de rang, de patrie, d'anéantir le fanatisme, d'extirper les haines nationales; et c'était là ce gu'on exprimait sous l'allégorie d'un temple immatériel, élevé au grand architecte ae l'univers par les sages des divers climats. ^

« Ainsi, par le seul fait des bases constitutives de son existence, la Franc-Maçonnerie tendait à décrier les institutions et les idées au monde extérieur qui l'enveloppait. Il est vrai que les constitutions maçonniques por-

laient soumission aux lois, observation des formes et des usages admis par la société du dehors, respect aux souverains. Il est vrai encore que, réunis à table, les maçons buvaient au roi dans les Etats monarchiques, et au magistrat suprême dans les républiques.

Mais de semblat)les réserves, commandées à la prudence d'une association que menaçaient tant de gouvernements ombrageux, ne suffisaient pas pour annuler les influences naturellement révolutionnaires, quoiqu'en général pacifiques, de la Franc-Maçonnerie. Ceux qui en faisaient partie continuaient bien à être dans la société profane riches ou pauvres, nobles ou plébéiens; mais au sein des loges, temples ouverts à la pratique d'une vie supérieure, riches, pauvres, nobles, plébéiens devaient se reconnaître égaux et s'appelaient frères. C'était une dénonciation indirecte, réelle pourtant et continue, des iniquités, des misères de l'ordre social : c'était une propagande en action, une prédication vivante.

« D'un autre côté, 1 ombre, le mystère, un serment terrible à prononcer, un secret à apprendre pour prix de mainte sinistre épreuve courageusement subie, un secret à garder sous peine d'être voué à l'exécration et à la mort, des signes particuliers auxquels les frères se reconnaissaient aux deux bouts de la terre, des cérémonies qui se rapportaient à une histoire de meurtre et semblaient couvrir des idées de vengeance : quoi de plus propre à former des conspirateurs? *

« Bientôt se produisirent des innovations (j'un caractère redoutable. Comme les trois

grades de la maçonnerie ordinaire comprenaient un grand nombre d'homme opposés, par état et par principe, à tout proiet de subversion sociale, les novateurs muliplièrent les degrés de l'échelle mystique à gravir; ils créèrent des arrière - loges réservées aux âmes ardentes; ils instituèrent le» hauts grades d'élu, de cheoalier du soleil, de la stricte observance, de kadosh, ou homme régénéré; sanctuaires ténébreux dont les portes ne s'ouvraient à l'adepte qu'après une longue série d'épreuves calculées de manière à constater les progrès de son éducation révolutionnaire, à éprouver la constance de sa foi, à essayer la trempe de son cœur. Là, ou milieu d'une foule de pratiques tantôt puériles, tantôt sinistres, rien qui ne se rapportât à des idées d'affranchissement et d'égalité.

« Dans le grade de chevalier du soleil, par exemple, lorsqu'une réception avait lieu, le très- vénérable commençait par demander au premier surveillant : « Quelle heure est-il ? » et celui-ci devait répondre : L'heure de l'obscurité parmi les hommes. Interrogé à son tour sur les motifs qui l'amenaient, le récipiendaire répondait : « Je viens chercher la lumière : car, mes compagnons et moi, nous nous sommes égarés à travers la nuit qui couvre le monde. Des nuages obscurcissent Hespérus, l'étoile de l'Europe; ils sont formés par l'encens que la superstition offre aux despotes... »

« C'est aux écoles souterraines dans lesquelles avaient cours de pareils enseignements, que Condor cet faisait allusion, lorsgu'annon- ^^niV Histoire des progrès de l'Esprit humain.

Qu'interrompit sa mort, il se promettait de aire quels coups Tidolâtrie monarchique et la superstition avaient reçus des sociétés secrètes filles de l'ordre des templiers (1).

Les sectes n'agissaient pas seulement par une propagande purement morale. Il y avait un complot parfaitement formé, et dont Horace Walpole surprit le secret.

« Le Dauphin (père de Louis XVI), écrivaitil le 28 février 1765, n'a plus infailliblement que peu de jours à vivre. La perspective de sa mort remplit les philosophes de la plus grande ioie, parce qu'ils redoutaient ses efforts pour le rétablissement des jésuites. Vous parlez de philosophes en fait de politique; mais savez- vous ce que c'est que les iphUosophes, 9u bien ce que ce mot veut dire? D'abord, il désigne ici presque tout le monde; en second lieu, il signifie des hommes qui, sous prétexte de la guerre qu'ils font au catholicisme, tendent les uns à la destruction de toute religion, les autres, en plus grand nombre, à la destruction du pouvoir monarchique... Vous allez me dire : « Comment savez-vous cela, vous qui n'êtes en France que depuis six semaines et qui en avez passé trois confiné dans votre chambre? » — Oui, mais pendant les trois premières semaines j'ai fait des visites; partout je n'entendais que cela. Confiné chez moi, j'ai été obsédé de visites et j'ai

(1) Histoire de la Révolution française, par Louis Blanc, t. II. p. 74 à 8**

PRÉPARATION DE 1789 ET 1793 Qt

eu des conversations longues et détaillées avec bien des personnes qui pensent comme je vous le dis, avec quelques-uns de sentiments opposés et qui n'en sont pas moins persuadés que ce projet existe. Dernièrement, j'eus chez moi deux officiers, l'un et l'autre d'un âge mûr. J'eus bien de la peine à les empêcher d'en venir à une querelle sérieuse, et, dans la chaleur de la dispute, ils m'en dirent plus que je n'aurais pu en apprendre par bien des recherches. »

En 1771, le duc de Chartres, plus tard Philippe-Egalité, devint grand maître de la Franc-Maçonnerie, et, avec lui, on put marcher ouvertement au but. Son premier soin fut de donner à Tordre une organisation vigoureuse et centralisée. Jusque-là, les vénérabres étaient inamovibles et étaient en quelque façon propriétaires des loges, comme les colonels de leurs régiments. Cette inamovibilité fut supprimée, et toutes les loges furent subordonnées au Grand Orient.

« Là, dit Louis Blanc, fut le point central de la correspondance des loges; là se réunirent et résiaèrent les députés des villes que le mouvement occulte embrassait. De là partirent les instructions dont un chiffre spécial ou un langage énigmatique ne permettaient pas aux regards ennemis de pénétrer le sens.

Dès ce moment, la Franc-Maçonnerie s'ouvril jour par jour aux hommes que nous retrouverons au milieu de la mêlée révolutionnaire. »

Un grave historien, le P. Deschamps, s'est attaché avec une rare pénétration à suivre les nœuds divers de cette vaste conspiration. C'est à son travail, fondé sur des documents d'une authenticité rigoureuse, que devra se reporter tout lecteur désireux de connaître à fond la préparation du grand drame de la Révolution. Nous en détacherons ici les faits les plus saillants.

Au commencement du règne de Louis XVI, le principal centre de la conspiration antichrétienne et antisociale se trouvait en Allemagne. Le protestantisme, avec ses mille sectes et la profonde anarchie qu'il avait laissée dans les institutions et dans les esprits, n'y avait que trop préparé le terrain pour les sociétés secrètes.

Elles avaient pullulé sous les noms et sous les rites les plus divers, et elles groupaient des hommes de toutes conditions, des bureaucrates, des princes, des seigneurs ecclésiastiques même.

Frédéric II, qui était de la race des grands persécuteurs de l'Eglise, s'était servi de Voltaire et des philosophes français pour créer une opmion européenne favorable à ses projets ambitieux. Il avait abaissé le prestige de l'Autriche et commencé la destruction de la Pologne, les deux grandes nations catholiques de l'Europe centrale. Il avait indiqué aux phi-

iosophes l'abolition des ordres religieux et la confiscation de leurs biens comme le premier pas à faire'pour démanteler TEglise, et s'était fait de la propagation de l'impiété chez les peuples rivaux un moyen de conquête. Un de ses vassaux, le duc de Brunswick, le futur généralissime de la coalition, était le grand maître de toutes les loges maçonniques d'Allemagne.

La renommée de Frédéric II excita l'émulation du triste fils de Marie-Thérèse.

Joseph II se fit franc-maçon et persécuteur, etinauçura cette oppression légale de l'Eglise à laquelle son nom est resté attaché (1). Mais ne se sert pas qui veut de sociétés secrètes, et il est des hommes, il est des races, marquées d'un signe meilleur, qui ne peuvent jamais être que leurs victimes! La catholique maison des Habsbourg est de ce nombre. Joseph II mourut repentant, et son successeur, Léopold II, fut, selon toutes les probabilités, empoisonné par les sectaires.

Entre toutes les sociétés secrètes de l'Allemagne, s'éleva bientôt la secte des il" luminéSy fondée par le Bavarois Weishaupt.

(1) En 1776, Voltaire écrivait à d'AIembert : « Grimm ma appris que vqus aviez initié l'empereur à nos saints mystères. » Dans beaucoup d'éditions, cette phrase a été altérée de façon à perdre toute signification précise. Sur le travail des sectes en Allemagne, voyez une dépêche de Caprera, nonce à Vienne, reproduite par Crétineau-Joly : l'Eglise romaine en face de la Révolution, livre I.

Elle se distinguait par la précision des desseins de ses chefs, par les hautes fonctions qu'ils occupaient et par la force de leur organisation. On a vu plus haut (ch. ii) que leurs doctrines poussaient jusqu'à son fond l'idée révolutionnaire.

En 1780, sous le prétexte de vérifier les chartes de transmission des différentes sectes qui prétendaient remonter aux templiers, les illuminés réunirent toutes les sociétés secrètes de l'Allemagne en un congrès ou couvent tenu à Willemsbad, dans le Hanau. Le résultat fut d'initier à leurs projets tous les chefs de ces sociétés diverses, qui y étaient d'ailleurs parfaitement préparés, et de les faire passer sous leur direction. Ils comptaient déjà de nombreux adeptes en France; grâce à la propagande qu'avaient faite Saint-Martm, le philosophe inconnu^ et Cagliostro. Lyon et Avignon étaient des foyers de propagande, qui s'étaient fait représenter au convent de Willemsbad. Un événement décisif fut l'initiation aux mystères des illuminée du fameux Mirabeau. Etrange symptôme des temp& : cet homme, décrié pour ses mœurs et sous le coup d'une condamnation capitale, était, en 1785, chargé d'une mission diplomatique en Prusse par le gouyernemôntde Louis XVI I C'est là qu'il se lia avec les illuv^nés ; il comprit tout

de suite le parti qu'il pouvait en tirer pour son ambition personnelle, et il fut décidé que l'explosion révolutionnaire commencerait par la France,

En 1785, un nouveau convenir où les sectes maçonniques du monde entier étaient représentées, prépara tout pour une action immédiate.

La première opération Consista à chasser des loges les honnêtes gens qui s'y trouvaient : on répandit le bruit que la Maçonnerie avait été envahie par les jésuites^ et sous ce prétexte on fit une épuration complète.

En même temps un ancien intendant, Sa Valette de Lange, fondait à Paris la loge des Amis réunis y où un comité de correspondance dirigeait tous les fils de la Révolution. Le cardinal de Bernis a conservé dans ses papiers la liste de ses membres et l'indication de leur propagande dans le monde entier. Là se réunissaient entre autres Sieyès, le duc de Biron, le prince de Broglie, le comte de Praslin, Lacretelle, les frères Garât, Condorcet, Claviôres, Mirabeau, Barnave, Chapelier, Duport, Target, Pétion, les frères Lameth, Boissy d'Anglas, Dupont de Nemours^ Robespierre, le vicomte de NoaiUes, l'abbe Grégoire, le duc de La Rochefoucauld- Liancourt, le comte ije Montmorin, Ger-

main, beau-frère de Necker, le marquis de Montalembert, Chamfort, le secrétaire de Talleyrand, Thouret, Beaumarchais, Gouvion, Grimm, Vandermonde, Regnauld de Saint-Jean d'Angely, et, au milieu d'une foule d'avocats ou de parlementaires obscurs, un certain nombre de membres de la noblesse, qui devaient aux Etats généraux abandonner la caus.e monarchique.

Les fonds de cette propagande étaient faits en grande partie par le duc d'Orléans (1).

L'action d'une pareille organisation, se ramifiant dans les provinces par près de 500 loges maçonniques, peut seule expliquer comment se fit la Révolution, malgré le vœu de l'immense majorité des Français.

La partie n'est pas égale assurément entre deux adversaires dont l'un ignore les projets et jusqu'à l'existence de celui qui l'épie dans les ténèbres. Ce fut la situation en 1789, et elle s'est renouvelée trop souvent depuis.JIl faut ajouter les sentiments d'enthousiasme, de confiance en la droiture des hommes qui caractérisaient cette génération et dont l'exemple était donné par le bon et généreux Louis XVI.

Ces erreurs ne facilitèrent que trop les des-

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dont 1 auteur a eu communication.

seins de ceux qui voulaient détruire la monarchie et qui avaient à leur disposition la puissance de Torganisation.

Alors Ton vit se dérouler un spectacle dont les historiens n'ont généralement pas assez relevé les contrastes.

Tandis que l'Assemblée des Notables s'était prononcée à la presque unanimité contre le doublement du tiers, le Roi l'accordait peu de mois après aux instances du Genevois Necker.

Tandis que, dans les assemblées primaires, le tiers état rivalisait avec la noblesse et le clergé pour affirmer sa foi catholique et son attachement au gouvernement monarchique, et en consignait l'expression authentique dans les cahiers, les députés nommés aans ces mêmes assemblées allaient déchirer ces cahiers, tériiables mandats impératifs, en dehors desquels ils étaient absolum^ent sans jîouroirs. Evidemment dans les opérations électorales, là où l'intrigue cachée a tout pouvoir, les loges avaient pris leur revanche de la rédaction des cahiers monarchiques, qu'elles n'avaient pu empêcher, parce que pour cela il eût fallu affronter une discussion publique et aller ostensiblement contre le sentiment universel de la nation.

Voilà la victime (1), s'était écrié Mira-

(1) Louis Blanc, //is^ de la Révolution, t. IL P 264.

72 LKS SOCIÉTÉS SECRÈTES

beau, en désignant Louis XVI, le jour de l'ouverture des Etats généraux, où se trouvaient presque tous les membres delà loge des Amis réunis.

La prise de la Bastille ; l'organisation de la garde nationale, créée par Sa Valette de Lange ; l'Assemblée et le Roi ramenés à Paris parTémeute triomphante; la constitution civile du clergé et la spoliation de l'Eglise ; la constitution de 1791 et le pouvoir aux mains des Assemblées; la destruction des provinces et de toutes les libertés locales; la persécution religieuse et la domination du club des Jacobins : telles furent les étapes successives de ce drame qui aboutit au régicide, à la terreur universelle, au meurtre juridique de plus d'un million de Français, à la banqueroute et à quinze ans de guerre contre l'Europe entière.

Eh bien, tous ces malheurs, tous ces crimes avaient été préparés et délibérément voulus. Le plan en avait été arrêté dans le comité de propagande des Amis réunis.

« Le 21 mai 1789, raconte Bertrand de Moleville, à qui ces détails avaient été confiés par Louis XVI, qui les avait appris de Mirabeau lui-même après son rapprochement de la cour, Adrien Duport avait expliqué les raisons p(\ur lesquelles on pouvait être assuré qu'aucun gouvernement européen ne ferait

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une opposition sérieuse à la Révolution, et il avait esquissé tout le plan de la constitution de 1791. Après de longues discussions sur ce mémoire, Lafayette, qui se trouvait aussi à ce comité, s'il faut en croire Mirabeau, prit la parole et dit à Adrien Duport : Voilà sans doute un très-grand plan; mais quels sont vos moyens d'exécution? En connaissez-vous qui soient capables de vaincre toutes les résistances auxquelles il faut s'attendre ? Vous n'en indiquez aucun. — Il est vrai gue je n'en ai point encore parlé, répondit Adrien Duport en poussant un profond soupir; j'y ai beaucoup réfléchir'.... j*en connais de sûrs.... mais ils sont d'une telle nature que Je frémis moimême d'y penser, et que je ne pourrai me déterminer à vous les faire connaître, qu'autant que vous approuverez tout mon plan, que vous serez bien convaincus qu'il est mdispensable de l'adopter, et qu'il n'y en a pas d'autre à suivre pour assurer non-seulement le succès de la Révolution, mais aussi le salut de l'Etat.... Après avoir ainsi excité la cyriosité de ses auditeurs, il ajouta : Ce n'est que par les moyens de terreur qu'on parvient à se mettre à la tête d'une révolution et à la gouverner. Il n'y en a pas une seule, dans quelque pays que ce soit, que je ne puisse citer à l'appui de cette vérité. 11 faut donc, quelque répugnance aue nous y ayons tous, se résigner au sacrifice de quelques personnes marquantes. Il fit pressentir que Foulon devait naturellement être la première victime, parce que depuis quelque temps, disait-il, on parlait beaucoup de lui pour le ministère des finances et que tout le monde était convaincu que sa pre-

mièrc opâraiioa serait la banqueroute.

désigna ensuite l'intendant de Paris. Il n^jj qu'un cri, âit-i\, contre tes intendants; i poarrawnt met ère de grandes enéraees à i récolution dans les proi^inees. M. Berthk est gènêralemeai délesté : on ne peut pas en pécher qu'il ne boH massacré^ son sort int midera ses confrèreSj ils seront sotipU CQfHme des fjants.^^

([ Le duc de La Rochefoucauld futtrès-f^app des réflexions d'Adrien Duper t et finit^ comm tous les autres membresdu comité^ par adopte le plan et les^ moyens d'exécution qu'il pro posait. Dos instructions conformes à ce plaJ furent données aux principaux agents du comité des insun^ections, qui était déjà orga* nisé et auquel Ad. Duport n Votait rien moiiii qu'étranger. L'exécution suivît de prôs w (1).

M. d'Iiaugwitz, qui avait pénétré lei mystères des sociétés secrètes par ûi tout autres voîes^ disait de son côté at congrès de Vérone : « J'acquis alors u

FERME CONVICTtON QUE LE DRAME COM- MENCÉ EX 178S ET 1789, LA RÉVOLUTION!

FRANÇAISE^ LE RÉGICIDE AVEC TOUTES SES HORREURS, .NON-SEULEMENT AVAIENT ÉTÉ RÉSOLUS ALORS DANS LES LOGES DESlLLtJ- MÎNÉSj MAIS ENCORE ÉTAIENT LE RÉSUL* TAT DES ASSOCIATIONS ET DES SERMENTS MAÇONNIQUES. ï>

Un franc-maçon anglais j John Robison, secrétaire de TAca demie d'Edimbourg, ef-

(1) Bertrand de MolcviJle, Hkt. de la lîé^MioAf t. lV,p. IKI etsuiv.

Wt^SmSB^^

frayé des crimes de la Révolution française, dénonça leur origine première dans un livre publié en 1797 sous ce titre :

Preuves des conspirations contre toutes les religions et tous les gouvernements de V Europe, ourdies dans les assemblées secrètes des illuminés et des francs-maçons, « J'ai eu, dit-il, les moyens de suivre toutes les tentatives faites pendant cinquante ans, sous le prétexte spécieux d'éclairer le monde avec le flambeau de la philosophie et de dissiper les nuages dont la superstition religieuse • et civile se servait pour retenir tout le peuple de l'Europe dans les ténèbres et l'esclavage. J'ai observé les progrès de ces doctrines se mêlant et se liant de plus en plus étroitement aux différents systèmes de la Maçonnerie; enfin j'ai vu se former uue association ayant pour but unique de détruire jusque dans leur fondement tous les établissements religieux et de renverser tous les gouvernements existant en Europe. J'ai vu cette association répandre ses systèmes avec un zèle si soutenu qu'elle est devenue presque irrésistible, et j'ai remarqué que les personnages qui ont le plus de part à la Révolution fran^ çaise, étaient membres de cette association ;. que leurs plans ont été conçus d'après ses principes et exécutés avec son assistance. Je me suis convaincu ciu'elle existe toujours, qu'elle travaille toujours sourdement, que toutes les apparences nous prouvent que nonseulément ses émissaires s'efforcent de propager parmi nous ces doctrines abominables^

mais môme qu'il y a en Angleterre des loges qui depuis 1784 correspondent avec la mère loge. C'est pour la démasquer, pour prouver que les meneurs étaient des fourbes qui prêchaient une morale et une doctrine dont ils connaissaient la fausseté et le danger, et que leur véritable intention était aabolir toutes les religions, de renverser tous les gouvernements et de faire du monde entier une scène de pillage et de meurtre, que j'offre au public un extrait des informations que j'ai prises sur cette matière. »

Adrien Duport se rendait un compte exact du travail de décomposition accompli en Europe par les sociétés secrètes, et de la puissance que leurs adeptes avaient acquise dans les cabinets des souverains, quand il affirmait qu'aucun obstacle sérieux n'arrêterait la révolution.

En vain les rois se liguèrent-ils au nom du droit commun des peuples. L'empereur Léopold II et Gustave III de Suède tombèrent, le premier empoisonné, le second frappé par le poignard d'un sectaire, et tous ks desseins de la coalition se rompirent dans un désarroi dont l'histoire n'avait offert encore «,ucun exemple. Le généralissime de ses armées, le duc de Brunswick, subordonna sa conduite à sa qualité de graad maître de la Maçonnerie allemande.

Dans*un manifeste étrange, il prononça l'excommunication maçonnique contre les

révolutionnaires français (1) ; mais ce fut tout, et il se retira bientôt après ses succès en Champagne, de connivence avec Kellerman et Dumouriez. Les armées des émigrés furent systématiquement mises hors d'état d'agir utilement pour la cause de là restauration française (2).

La. coalition ainsi trahie ne tarda pas à se désagréger. A son tour, la Révolution devint conquérante. Devant elle, les armées se rendaient; les villes les plus fortes ouvraient leurs portes. Partout elle rencontrait des adeptes, qui trahissaient leur pays à son protit et organisaient ensuite des gouvernements républicains modelés à son image. C'est ainsi qu'en quatre années elle bouleversa les Pays-Bas, l'Italie, la Suisse* et l'Allemagne (3).

(l)Lecoulteux deCanteleu, les Sectes et les Sociétés secrètes, p. 13.

(2) La même chose se passa pour les Vendéens. Le cabinet anglais ne vit dans laRévol^ition qu'une occasion de détruire la puissance française. Il ne fit jamais rien d'effectif pour secourir la Vendée et se refusa à y transporter les émigrés. — « Je félicite d'avance mon pay« des hautes destinées aiixr^uelles la Révolution de France vient de rappeler, » avait dit Pitt au parlement en apprenant les journées d'octobre.

(3) Tout le plan de propagande révolutionnaire & travers l'Europe avait été tracé par Adrien Duport dans ce mémoire lu le 21 mai 1790. î\ est reproduit en entier dans l'ouvrage du P. Deschamps, t. L p. 549. — On trouvera à la suite et dans le t. IL i>. 308 et suiv, le récit des nonbreuses trahisons qui« dès cette époque, en Italie et en Allemagne, facilitèrent la marche des armées révolutionnaires

LA DFCTATURE NAPOLEONIENNE.

Le régime de la Convention avec 1^ clubs des Jacobins délibérant et gouvej nant sur toute la surface du territoire, culte de la déesse Raison, la fête de FÉti suprême, la théophilanthropie, la guillotin et la confiscation en permanence, étaier ridéal des sociétés secrètes. Aui?sl, pendar *1gs quekjues années de ce régime, les loge suspendirent leurs travaux. Le grau ceuvre de la maçonnerie s'accomplissait e plein jour et dans les assemblées publiqui^

Cependant cet abominable régime s'ef fondrait dans le désordre et T incapacité la Russie et T Au triche avaient partout fai reculer les armées du Directoire ; à 1 intérieur, les coups d'État révolutionnaires du 13 vendémiaire, du 18 fructidor, da 30 prairial avaient prolongé successivement de quelques mois son existence; mais Topinion publique reprenait chaque fois le dessus avec plus de force j et la restauration du roi légitime devenait imminentei

Dans ces conjonctures, Napoléon Bonaparte revint brusquement d'Egypte, et, de concert avec Sieyès et quelques révolutionnaires émérites, il fit le coup d'Etat du 18 brumaire, destiné dans leur pensée à sauver la Révolution menacée par tant d'excès et d'impéritie.

Napoléon dépassa de beaucoup, au profit de son ambition personnelle, les visées de ses complices. Cependant il ne désavoua jamais ses antécédent jacobins, et il se donna toujours lui-môme comme le chef de la Révolution. Au milieu de la réaction qui ramenait le pays à l'ordre, il se fit le défenseur de tous les intérêts révolutionnaires et solidarisa sa cause avec celle des acquéreurs de biens nationaux. •

Le Concordat, qui fut l'œuvre vraiment féconde et réparatrice de son règne, ne lui fut pas inspiré par un sentiment religieux. Il n'avait aucune croyance, et ses conversations de Samte-Hélène montrent que ses idées en religion se bornaient à un déisme vague, comme celui de la Maçonnerie. Il sentit la nécessité indispensable de donner une satisfaction sur ce point essentiel à la majorité catholique de la nation. Mais, en négociant le Concordat, il avait toujours la pensée d'asservir l'Eglise catholique et la Papauté. Quelques jours après sa signature, comme Volney, l'impie

auteur des Ruines, dont il avait fait un de ses sénateurs, lui demandait : Est-ce là ce que vous aviez promis? « Calmez- vous, lui répondit le premier consul, la religion en France a la mort dans le ventre : vous en jugerez dans dix ans I » A la même époque, le tribun Ganilh lui disait qu'avec -le Concordat il donnait du pouvoir en France à un prince étranger. « Pensez-vous, répondit-il,, que pour cela je me sois mis dans' la dépendance du pape? J'en ai agi à son égard comme avec les royalistes, qui, lorsque je suis arrivé au pouvoir, \ étaient partout les maîtres. C'étaient les f Vendéens, les Chouans, qui gouvernaient i la France. Eh bien ! je leur ai fait croire » que je voulais ce qu'ils voulaient eux- ' mêmes, et leurs chefs sont venus à Paris.

Au bout d'un mois, ils étaient arrêtés 1 »

Et, faisant une pirouette sur lui-même, il , ajoutait en forme de conclusion : « Voilà comment on gouverne I »

Vingt ans après, à Sainte-Hélène, repassant son règne dans la solitude, il s'excusait ainsi de ne pas avoir introduit le protestantisme en France :

« Avec le catholicisme, j'arrivais bien plus sûrement à tous mes grands résultats. Au dehors, le catholicisme me conservait le pape, et, avec mon influence et mes forces en Italie, je ne désespérais pas, tôt ou tard, par un moyen ou par un autre, de finir par avoir à

loi la direction de ce pape. Et dès lors quelle ifluence ! quel levier d opinions sur le reste du^ londe!... François I^r était placé véritablelent pour adopter le protestantisme à sa aissance et s'en déclarer le chef en Europe.

îalheureusementy François P»' ne comprit ien de tout cela, car il ne saurait donner ses erupules pour excuse. Tout bonnement, ciest u'il n'y voyait pas si loin : bêtise du temps ! itelligence" féodale ! François P** n'était près tout qu'un héros de tournois, un" beau e salon, un de ces grands hommes pygîées ! »

Sa véritable pensée se révéla bien quand, 5 jour même de la signature du Concordat, essaya par un faux matériel, raconté dans 18 Mémoires de Consalvi, d'introduire Ee clause qui aurait subordonné à son on plaisir le libre exercice du culte. Il y evint par les articles organiqueSy édictés lar lui seul et publiés meiisongèrement ivec le Concordat. Plus tard encore le nême dessein persévérant aboutissait au Concordat de Fontainebleau, extorqué à Ne VII captif et malade.

Au moment où il allait se proclamer empereur. Napoléon voulut donner un gage lécisif aux hommes de la Révolution, en issassinant le duc d'Enghien. « On veut létruire la Révolution, disait-il à ses familiers le soir du crime, en s' attaquant à ma Dersonne. Je la défendrai 1 car je suis la

RÉVOLUTION, MOI, MOI. On y regardera ^ partir d'aujourd'hui, car on saura de quoij nous sommes capables. » Louis-Napoléon interprétait donc fidèlement sa pensée et!

avec elle la raison d'être des Bonaparte, en écrivant dans les Idées napoléoniennes:

« La Révolu lion în curante, mais non vaincue, avait légué à Napoléon raccomplissement de ses dernières volontés. Eclaire les nations,! dut-elle lui dire; affermis sur des bases solides les principaux résultats de nos efforts;] exécute en étendue ce que j'ai dû faire en profondeur, sois pour l'Europe ce que j'ai étéi

Î)our la France. Cette grande mission, Napo-' éon l'accomplit jusqu'au bout. » i

Cette lumière que Napoléon a portée â l'Europe, était la lumière maçonnique.!

Tous les historiens de la Maçonnerie 1»

comptent parmi les célébrités de l'ordre.

En échange des services rendus à Ja Révolution, les loges devinrent un instrunoent de domination et de propagande pour lui.

« Ce fut l'époque la plus brillante de la Maçonnerie, dit le secrétaire du Grand Orient, Bazot. Près de douze cents loges existaient dans l'empire français : à Paris, dans les départements, dans les colonies, dans les pays réunis, dans les armées, les plus hauts fonctionnaires publics, les maréchaux, les généraux, une toule d'officiers de tout grade, les magistrats, les savants, les artistes, le commerce, l'industrie, presque toute la France

^fi^H^^^mmi^^^mm^

dans ses notabilités fraternisait maçonniqnement avec les maçons simples citoyens ; c'était comme une initiation générale. »

« Le gouvernement impérial, ajoute Clavel, avait aussi encouragé la formation de loges militaires, et il y avait peu de régiments auxquels ne fût attaché un atelier maçonnique.

Quand les troupes françaises prenaient possession d'une ville, leurs loges y faisaient choix d'un local et s'appliquaient à donVier l'initiation à ceux des habitants qui leur pa* raissaient exercer le plus d'influence sur la population. Ceux-ci, à leur tour, ouvraient des loges et les faisaient constituer par le Grand Orient de France. Lorsque ensuite ces loges devenaient assez nombreuses, elles formaient ^un Grand Orient national, qui s'affiliait à I celîii de Paris et recevait de lui l'impulsion. C'est ainsi que s'établirent, en 1806, le Grand Orient de Bade à Manheim, et en 1811 le Grand Orient de Westphalie à Cassel, dont le roi Jérôme accepta la grande maîtrise. » (1)

Dans le sein même des cabinets at des armées ligués contre lui, la Révolution conspirait parfois en sa faveur. Pour comprendre ces temps, il faut lire, dans la Correspondanee politique de M. de Maistre, le récit du désarroi étonnant qui régna dans les armées autrichiennes et russes pendant toute la campagne de 1804. Bien

(1) Bazot, Tableau historique de la Maçonnerie p. 38, et Clavel, Histoire pittoresque de la Maçonnerie p. 252. Voir aussi l'Orient, revue universelle de la F.'. M.'. 1815, p. 226.

mieux que le grand capitaine romain, le César moderne pouvait dire dans ces jourslà : « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu. »

Partout où ses armées pénétraient, Napoléon réalisait ce que la Révolution avait fait en France, Renversement des dynasties nationales, liberté des cultes, expulsion des religieux, vente des biens ecclésiastiques, partage forcé des successions, abolition des corporations ouvrières, destruction des provinces^et des libertés locales : voilà ce qu'il faisait lui-même dans les pays qu'il réunissait directement à l'Empire, ou ce qu'il faisait faire par les royautés vassales créées en Espagne, à Naples, en Italie, en Hollande, en Westphalie, en Pologne. C'est aussi l'œuvre qu'accomplissaient les princes allemands qui, comme l'électeur de May ence, l'archevêque Dalberg, un illuminé^ lui vendaient l'honneur et la liberté de leur pays. En 1809, il couronnait sa tache en détruisant le pouvoir temporel du pape et en cherchant à réduire partout l'Eglise catholique au rang misérable d'une Eglise russe, ce rêve toujours poursuivi .par les habiles des sociétés secrètes.

Si Rome et la papauté sont le grand

objectif des sectes antichrétiennes, la

France et l'Allemagne sont leurs deux prin-

r* cipales bases d'opérations. Nous avens

déjà VU (ch. iv) que TAUemagne avait été assez profondément travaillée à la fin du xviii® siècle, pour qu'il s'en soit fallu de peu qu'elle ne devînt le théâtre de la première explosion révolutionnaire. Pendant dix ans, Napoléon y fut accueilli sans résistance et avec Tappui d'un nombreux parti. Même au rapport d'un franc-maçon très-autorisé, Jean de Witt (1), une société secrète spéciale s'était formée dans les hautes classes du pays pour favoriser sa politique, notamment la médiatisation ' des princes du Saint-Empire et la destruction des principautés ecclésiastiques.

Mais, à la fin. Napoléon, enivré par sa puissance militaire, ne voulut plus se borner à faire l'œuvre de la Révolution ; il rêva de refaire l'empire d'Occident sur sa tète et de partager l'univers avec la Russie. Dès lors, il fut condamné comme un instrument dangereux, et aussitôt un revirement prodigieux se produisit de Cadix à Dantzig. Au lieu d'étouffer les sentiments nationaux sous une phraséologie humanitaire, on réveilla partout l'amour de la patrie, toujours vivant au cœur des peuples.

Des associations spéciales, qui se rattachaient par leurs chefs aux sociétés

(1) Witt, Mémoires secrets ou fragments (Paris, RouIland.l851.p.254).

86 LES SÔClETéS SECRÈTES

secrètes, furent fondées dans ce but, L Tugendbund^ en Allemagne, futlaplus ce lèbre et la plus agissante. A partir de ce mo ment, laforlunedeNapoléons'évanouit. Ei Russie, dans la campagne delSlSjdans ceJl de France, son génie militaire fut pîus admirable que jamais, la bravoure de set soldats fut toujours la morne; mais les lois naturelles de la guerre, rjui tiennent h -^ùctoirc aux plus gros bataillons et aux resf^ourccs financières les plus considérables, reprirent désormais leur cours:

c'est ajnsT qu'il fut par deux fois ramené sous les murs de Paris et obligé de renoncer à r Km pire.

Seulement^ l'élan donné par les sociétéa secrètes était de beaucoup dépassé: Ica peuples, longtemps comprimé^?, livrés enfin à eux-mêmes, revenaient partout â leurs anciennes dynasties. Les princes d^ rEurope, Alexandre de Russie surtout, entrevoyant 3e caractère essentiellemenii cosmopolite de la RévoIutioUj étaient pé-| nétrés de sentiments de justice et de religion : le pape fut rétabli dans ses États ; les Bourbons remontèrent sur leurs trônes ; une réaction puissante se fit dans les esprits et sembla devoir inaugurer un nouvel ordre de choses.

Quelque éclatantes qu'eussent été les leçons de la Providence, les sectes 'antichrétiennes ne désarmèrent pas. Dès le leniemain de la Restauration, les hommes les plus avancés des sociétés secrètes, Taléyrand, le duc Dalberg, Fouché, cherkhèrent à prendre la direction de la réaction monarchique et à sauver dans ses parties essentielles Tœuvre de la Révolution.

La grande pensée delà Sainte-Alliance dévia, et elle n'aboutit qu'à des déclarations d'une religiosité vague, qui, en défiaitive, est la négation de la révélation (1). L'on vit en France, et à peu près partout, les hommes foncièrement révolutionnaires

(t) M. de Maistre, dans ses dépêches à la cour de Sarlaigne, indiquait dès lors la i)énétration d'un esprit mauvais dans la Sainte-Alliance. V. Correspondance iinlomatique de i8U à i8i7, t. II, p. 154, 162, 167, 207, ilO. Le père Pachtler, dans son ouvrage der Gœtse der Humanitcet, a un chapitre très-important sur l'action ^es sociétés secrètes dans la Sainte-Alliance.

occuper dans les conseils des rois la placi qui eût dû être remplie par les défenseurs éprouvés de la religion et de la monarchie. Ces hommes-là se servirent de la toute-puissance de Fempereur Alexandre que Tallèyrand et Daloerg avaient réusa à circonvenir, pour imposer à la France li régime parlementaire, quiôtaità iaroyau té toute force pour le bien et devait fatalement V acculer dans la Charte. Pei après, ils obtinrent le renvoi de la fameusi Chambre introuvable, expression libre é spontanée des sentiments du pays, et ili firent l'étonnante fortune d'un simple con seiller à la cour de Paris, qui devin ministre tout-puissant. Il était grand com4 mandeur du suprême conseil du rit écos4 sais^ une des branches les plus avancées de la Maçonnerie, et cela explique tout. | En- 1818, rillustre cardinal Consalvi,; secrétaire d'Etat de Pie VII, signalait aux souverains le travail souterrain que les sociétés secrètes avaient repris partout.

Les souverains demeurèrent inertes, et bientôt, en 1820 et 1821, des insurrections libémles éclatèrent simultanément, et avec le même mot d'ordre, en Espagne, en Piémont, à Naples. En' France, le duc de Berry tombait sous le fer d'un assassin, qui croyait couper pour toujours dans ^ sa racine l'auguste tige des Bourbons.

Ces complots, ces attentats étaient l'œuvre de la Carbonara ou Charbonnerîey dans laq^uelle bonapartistes et républicains s'unissaient sous le drapeau de la Révolution, Cette nouvelle société secrète sortait, en France comme en Italie, du sein des loges, et, après le triomphe, la Maçonnerie en a revendiqué la maternité comme un honneur.

« Les loges avaient été, dit le Siècle, le berceau et la pépinière de la célèbre société des earhonariy laquelle mit en danger la Restauration et contribua dans une si large proportion à la renaissance du parti républicain en France. » Ce témoignage est confirmé par celui de Louis Blanc dans V Histoire de dix ans.

En Italie, le grand maître actuel de ' la Maçonnerie napolitaine, Domenico Anghera, dans une Histoire secrète de l'ordre, imprimée en 1864, relate avec satisfaction que Tœuvre des carbonari ou des huon-eousiniy en 1820-1821, fut dirigée par les loges maçonniques et conduite par leurs adeptes, qui prenaient d'autres désignations. c( Dans ces jours-là^ dit-il, les maillets des maçons frappaient des temps harmonieux sur les axes des carbonari, y> Et, en 1869, le grand maître Frappoli, dans son discours à l'ouverture du couvent maçonnique de Gènes, reconnaissait que,

« durant les précédentes cinquante années de tyrannie, la Franc-Maçonnerie en Italie avait été remplacée par les carbonari. »

Pendant que leurs adeptes les plus ardents se groupaient dans les ventes des earbonariy les loges maçonniques accomplissaient un travail plus dangereux peutêtre. Elles remettaient en honneur Tesprit impie du siècle précédent; elles propageaient dans les classes moyennes le libéralisme et faisaient la guerre à la monarchie sur le terrain légal avec la célèbre société Aide-toi, le Ciel f aidera. Les meneurs s'en sont vantés plus tard; ils avaient joué pendant quinze ans une comédie d'attachement à la légalité : ce qu'ils voulaient, c'était le renversement des Bourbons.

Le gouvernement de Louis-Philippe fut, au point de vue de la Révolution, la répétition de la dictature de Napoléon dans des' proportions plus restreintes et avec la gloire des armes en moins. Le principe de la souveraineté du peuple, quoique misérablement confisqué par 219 députés rebelles à leur mandat et deux cent mille -électeurs à 200 francs, avait été de nouveau proclamé, et, tandis que des hommes à courtes vues s'imaginaient n'avoir fait qu'une copie de la révolution anglaise de

1688, les vrais révolutionnaires entendaient, en faisant durer quelques années ce régime issu d'une insurrection, accoutumer l'Europe monarchique aux idées nouvelles et mûrir l'opinion dans le sens de leurs desseins.

C'est ce qui se réalisa. Une série d'intrigues diplomatiques, commencées par le Mémorandum de 1831 et suivies de l'occupation brutale d'Ancône, ébranlèrent le gouvernement temporel du Pape et donnèrent un point d'appui aux complots tramés contre le Saint-Siège â la fois par la Haute Vente romaine et parla/^^wne Italie que dirigeait Mazzini. Paptout ailleurs le concours du gouvernement de Louis-Philippe était égalerçent assuré à la Révolution. Grâce à lui, elle triompha successivement en Espagne et en Portugal par l'établissement d'Isabelle et de Dona Maria, en Suisse par la défaite du Sonderbund, cette ligue héroïque des cantons catholiques unis pour défendre contre le radicalisme leur foi et leur liberté séculaires.

A l'intérieur, toutes les chaires de l'enseignement secondaire et supérieur, qui constituait un monopole exclusif, propageaient dans la jeunesse, avec le mépris de la foi (îatholique, les principes du rationalisme et du naturalisme, qui sont l'essence de la Maçonnerie,

92 LES SOCIÉTÉS : 1 il'

En même temps, un travail considérable s'accomplissait dapsles classes populaires à Tombre de la légalité.

La Révolution a toujours et partout commencé son œuvre de corruption par les hautes classes, et elle a malheureusement trouvé dans leur sein des membres indignes, qui se sont livrés à elle pour se débarrasser des devoirs rigoureux de justice, d'exemple et de protection envers les petits, que la loi naturelle et l'Evangile imposent à la noblesse et à la fortune. Ce furent de grands seigneurs corrompus et des financiers pervers qui firent 1789.

Plus tard seulement, quand la corruption eut été systématiquement répandue par eux. Ton vit sortir du sein du peuple des êtres pleins de convoitise et de haine, comme toutes les classes en renferment, et ces nouveaux venus prirent alors leur large part aux crimes dont Tère avait été ouverte.

Cependant la Révolution avait passé sur la France comme un torrent qui étend ses ravages plus qu'il ne creuse le sol en profondeur. On le vit bien par la facilité avec laquelle les masses dans les campagnes, comme dans les villes, revinrent à la religion dès que les églises furent rouvertes, et au calme profond qui succéda chez les populations laborieuses aux agitations de la période révolutionnaire. Sous

la Restauration, les missions complétèrent ce retour, et en 1830, dans les provinces," le peuple était encore rojaliste comme après les Cent-Jours. Les acquéreurs de biens nationaux conservaient seuls les idées révolutionnaires; mais ils ne formaient qu^une infime minorité, vue généralement avec mépris. La Restauration fut une époque de grand essor industriel, et néanmoins, pendant ces quinze années, il n'y eut pas une grève importante ; partout l'accord régnait entre les patrons «t les ouvriers : les uns et les autres vivaient en paix au milieu de la prospérité générale.

1830 vint rompre cette paixet cette harmonie, et la formidable insurrection lyonnaise,^ conséauence de la perturbation des affaires et de la fièvre révolutionnaire insufflée aux ouvriers, fut la première révélation de cette question sociale qui, depuis lors, est restée la grande question du temps.

En même temps, un esprit nouveau s'empara de l'industrie. Les économistes officiels mirent en honneur la théorie selon laquelle le travail n'est qu'une marchandise comme une autre : beaucoup de patrons l'adoptèrent avec empressement et ne songèrent plus qu'àfaire vite leurfortune, sans plus s'occuper du sort de leurs ouvriers.

De son côté, la presse officieuse prêchait aux travailleurs Uyrés à eux-mêmes la

94 LES SOCIÉTÉS SECHÈTES

jouissance et le progrès et les mettait en défiance contre le clergé : il était logique que l'idée républicaine et socialiste succédât au libéralisme bourgeois.

C'est ainsi que la Révolution descendit dans descouchesqui, jusque-là, lui étaient restées fermées. Des sociétés secrètes, nouvelles sorties de la Charbonnerie, comme celle-ci était née de la Maçonnerie, se formèrent sous la direction de Mazzini, et le terrain était si bien miné, qu'en février 1848, le trône de Louis-Philippe, soutenu par une armée de cent mille hommes, s'effondra, sans qu'un coup de fusil eût été tiré pour sa défense.

La Franc-Maçonnerie s'empressa d'applaudir à ce mouvement, autant parce que tes fauteurs des journées de février étaient les vénérables des principales loges parisiennes, que parce que la république est la conséquence logique de ses principes. Le 10 mars 1848, le suprême conseil du rit écossais allait féhciter le gouvernement provisoire, et Lamartine li|i répondait :

« Je suis convaincu que c'est du fond de vos loges que sont émanés, d'abord dans l'ombre, puis dans le demi-jour et enfin en pleine lumière, les sentiments qui ont fini par faire la sublime explosion dont nous avons été témoins en 1789, et dont le peuple de Paris vient de donner au monde la seconde et, j'espère, la dernière repré-

sentation, il y a peu de jours. » A son tour, le Grand Orient se rendit en procession aupi^s du juif Crémieux, membre du gouvernement, qui, se revêtant des insignes maçonniques, répondit à son adresse d'adhésion par ces paroles significatives :

La République est dans la Maçonnerie.

Les journées de février furent suivies par une explosion universelle en Italie, en Hongrie, en Allemagne, en Belgique.

Mais le mouvement était prématuré. L'Autriche et la Russie eurent facilement raison de ces tentatives, malgré Tappui que le roi Charles- Albert de Sardaigne leur donna.

La dynastie prussienne elle-même ne voulut pas pour cette fois de la couronne impériale, que lui offrait l'assemblée de Francfort.

En France, les journées de mai et de juin amenèrent une réaction conservatrice, qui, jointe à leurs autres échecs, firent comprendre aux habiles meneurs des sociétés secrètes que conserver la république en France était faire reculer considérablement leur œuvre en Europe. Une dictature, une forme nouvelle de la révolution conservatrice, leur convenait mieux pour l'heure présente. Or, ils avaient précisément sous la main un homme qui leur était lié par un de ces engagements qui ne peuvent se rompre. Affilié jadis à la Carbonara dans la vente de Césène, il avait été en 1831 à la tète de l'insurrection des Romagnes

contre le Saint-Siège, ei il portait ce nom de Bonaparte qui alors encore était une puissance. Loin que Page et ses mésaventures de Strasbourg et de Boulogne eussent désabusé Louis-Napoléon, il avait employé les loisirs de sa prison de Ham à affirmer dans des livres et de nombreux articles de journaux ses idées révolutionnaires et hostiles à l'Eglise. Tel était l'homme choisi par les plus habiles chefs de la Révolution.

Ils n'eurent, hélas! qu'à le laisser porter au pouvoir par la masse des conservateurs affolés d'ordre matériel et que le comité de la rue de Poitiers, où M. Thiers dominait alors, comme plus tard à Bordeaux, détourna de la voie qui pouvait seule sauver la France, Que cette nouvelle dictature napoléonienne dût s'exercer au profit de la Révolution, c'est ce que le prince-président ne tarda pas à indiquer clairement dans sa lettre à Edgar Ney. Fidèle à la pensée qui l'avait fait voter contre l'expédition de Rome, il cherchait à frapper de discrédit le pouvoir du Pape, à peine restauré par les troupes françaises :

« Lorsque nos armées firent le tour de l'Europe, y disait-îl, elles laissèrent partout, comme trace de leur passage, la destruction des abus de la féodalité et les germes de la liberté; il ne sera pas dit qu'en 1849 une armée française ait pu agir dans un autre sens et amener d'autres résultats. »

C'était le langage de la Maçonnerie ellemême.

Dix-huit mois après, Louis-Napoléon se débarrassait de l'Assemblée nationale par le coup d'Etat du 2 décembre. Les faubourgs restèrent inertes, et ce fut après deux jours de manœuvres que la poliôd parvint à faire élever quelques barricades pour donner un prétexte à la sanglante fusillade des boulevards ; en province, il n'y eut que quelques levées de boucliers isolées dans les départements les plus reculés, où les mots d'ordre ne pouvaient pas parvenir. Tous les chefs républicains restèrent immobiles. Une fois de plus, les ouvriers, les fanatiques, mais les seuls honnêtes gens du parti, avaient été abandonnés par leurs meneurs. Ces simulacres de résistance ne servirent cjti'à persuader aux conservateuî's sans principes (jue la société avaitété sautée ! Que s'était- il donc passé?

Peu avant le 2 décembre, une réunion du grand conseil des sociétés secrètes avait eu lieu à Paris ; des convocations signées MocQUARD avaient été expédiées avec cette mention : Pour régler les affaires d'Italie, et Mazzini avait reçu un sauf-conduit signé de Louis-Napoléon lui-même. Dans cette réunion, Mazzini et trois ou quatre de ses amis furent seuls à voter pour le maintien d'une république démocratique. L'influence

de Palmerston l'emporta à une majorité considérable, et la dictature fut livrée à Louis-Napoléon, à la condition^ de mettre toutes les forces de la France au service de la Révolution (1).

Palmerston devait être le grand directeur de la politique de Louis-Napoléon. Il fut, à cette époque, momentanément renvoyé du ministère des affaires étrangères par la reine Victoria, précisément pour avoir donné Vappui de VAngleterre m coup d'Etat, malgré ses ordres et une décision du conseil de cabinet; mais il trouva bientôt des complices en Franc-Maçonnerie qui le firent rentrer aux affaires, et, devenu tout-puissant de l'un comme de l'autre côté de la Manche, il disait lui-même épigrammatiquement à la Chambre des Communes : a Les deux pays n'ont qu'un seul et même cabinet, dont quelques membres habitent les rives de la Seine et lea autres celles de la Tamise (2). »

Quant à Mazzini, il n'accepta jamais complètement la dictature de Louis- Napoléon, et ce fut entre eux deux une lutte tantôt sourde, tantôt ouverte, qui dura jusqu'en 1870.

(1) V. lesSociétés secrètes et la Société, t. II, p. 356-857.

(2) V. la très- instructive brochure de M. Urquhart : la Force naj^ale supprimée par les puissances maritimes. Guerre de Criméey in-S» (Grenoble, Baratier, 1873). L'auteur y indique comment toutes les affaires se traitaient directement entre Napoléon HI et Palmerston, sans q^ueses collègues du cabinet britannique en eussent connaissance, si ce n'est après les faits accomplis.

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