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LES PHILOSOPHES ET LES ENCYCLOPÉDISTES

disposer les esprits en commeaçant par les biens des moines et du clergé.

Dès 1743, Voltaire, chargé auprès du roi de Prusse d'une négociation secrètOi écrivait le 8 octobre de Berlin au ministre Amelot :

« Dans le dernier entretien que j'eus avec Sa Majesté prussienne, jà lui parlai d'un imprimé qui courut il y a six semaines en Hollande, dans lequel on propose des moyens de pacifier-l'empire en sécularisant des principautés ecclésiastiques en faveur de Tempereur et de la reine de Hongrie. Je lui dis que je voudrais de tout mon cœur le succès d'un pareil projet ; que c'était rendre à César ce qui appartient à César ; que l'Église ne devait que prier Dieu et les princes ; que les bénédictins n'avaient pas été institués pour être souverains ; il m'avoua quo c'était Ini qui avait fait imprimer le projet. Il me fit entendre qu'il ne serait pas fâché d'être compris dans ces restitutions que les prêtres doivent, dit-il, en conscience aux rois, et qu'il embellirait volontiers Berlin du bien de l'Église. Il est certain qu'il veut parvenir à ce but. »

Il se rappelait Thistoire de son pays et de sa race devenue souveraine par une apostasie et la sécularisation des biens de Tordre teutonique, au profit de son grand-maltre Albert de HohenzoUern, apostat luthérien . Le mobile de ces annexions temporelles, dès le commencement, était donc déjà, comme depuis, la destruction du spirituel et des libertés des peuples, au profit du césarisme le plus brutal. Avant d'aller plus loin, donnons une preuve d'autorité que tous les faits subséquents viendront confirmer à l'envi :

c Toute l'histoire, disait en 1786 le protestant Crossing, prouve quo c'est à rétablissement des principautés ecclésiastiques que l'Allemagno doit tout ce qu'il y a de bon dans sa constitution aussi bien quo le rétablissement fréquent de sa puissance intérieure, le respect des autres puissances, sa propre force et même sa conservation. L'intérêt aussi bien que la justice doivent empêcher les allemands de s'élever contre les principautés ecclésiastiques, et cependant elles seront bientôt détruites, eUes le seront par des étrangers dont l'intérêt est d'affaiblir l'Allemagne (i). >

Moins de vingt ans après, Napoléon devait réaliser cette prédiction.

Il y avait donc accord dès le début entre les deux chefs de l'impiété maçonnique pour la destruction du temporel des églises ;

(1) Statiitik aller kathoUch geistliehen Reiehifurtt M Deutsehland, von QcoiMog. BaUe, 1786, fin du 33* cliapilre du premier livre.

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seulement le but de cet anêantisseinent n'était pas encore clairement exprimé.

Quelques années après, Voltaire écrivait plus explicitement au roi templier (3 mars 1767, vingt ans d'intimité maçonnique et de correspondances avaient été employés à se connaître à fond) :

c Si la superstition a fait si longtemps la guerre, pourquoi ne la ferait^on pas à la superstition ? Hercule allait combattre les brigands, et Bellérophon les chimères , je ne serais pas fâché de voir des Hercules et des Bellérophons délivrer la terre des brigands et des chimères catho« liques. i

FédériÇj comme il signe toujours, répondait quelques jours après, 24 mars :

c H n'est point réservé aux armes de détruire Tinf..... ; elle périra par le bras de la vérité et par la séduction de l'intérêt. Si vous voulez que je développe cette idée, voici ce que j'entends. J'ai remarqué, et d'autres comme moi> que les endroits où il y a le plus de couvents de moines sont ceux où le peuple est le plus aveuglément livré à la su* perstition. Il n'est pas douteux que, si l'on parvient à détruire ces asiles de fanatisme, le peuple ne devienne un peu indifférent et tiède sur ces objets' qui sont actuellement ceux de sa vénération. Il s'agirait donc de détruire les cloîtres, au moins de commencer à diminuer leur nombre. Ce moment est venu, parce que le gouvernement français et celui d'Autriche sont endettés, qu'ils ont épuisé les ressources de l'industrie pour acquitter leurs dettes sans y parvenir. L'appât de riches abbayes et de couvents bien rentes est tentant. En leur représentant le mal que les cénobites font à la population de leurs États, ainsi que l'abus du grand nombre de cucullati qui remplissent leurs provinces, en môme temps la facilité de purger en partie leurs dettes, en y appliquant les trésors do I ces communautés qui n'ont point de successeurs, je crois qu'on les • déterminerait à commencer cette réforme ; et il est à présumer qu'après ; avoir joui de la sécularisation de quelques bénéfices, leur avidité engloum \ tira le reste.

c Tout gouvernement, qui se déterminera à cette opération, sera ami des philosophes et partisan de tous les livres qui attaqueront les supersti* tiens populaires et le faitx sèU des hypocrites qui voudraient s'y opposer. Voilà un petit projet que je soumets à l'examen du patriarche deFemey. C'est à lui, comme au père des fidèles, de le rectifier et de l'exécuter. Le patriarche m'objectera peut-être ce que l'on fera des évoques : je lui réponds qu'il n'est pas temps d'y toucher encore, qu'il faut commencer par détruire ceux qui soufflent l'embrasement du fanatisme au cœur du peuple. Dès que le peuple sera refroidi, les évoques deviendront de petits

liBS PHILOSOPHES ST LES £NGTGLOp£dISTS$ 2S

garçons, dont les souverains disposeront par la suite du temps comme ils voudront. La puissance des ecclésiastiques n'est que d'opinion, elle se fonde sur la crédulité des peuples. Éclairez ces derniers, l'enchantement cesse. 9

Quelques jours aprffs, 5 avril, le mmmo patriarcha répondait au roi Eadosch :

c Yotre Majesté a bien raison de dire que Tinf... ne sera jamais détruite par les annes... Les armes peuvent détrôner un pape, déposséder un électeur ecclésiastique, mais non pas détrôner l'imposture. Je ne conçois pas comment vous n'avez pas eu quelque bon évôché pour les frais de la guerre, par le dernier traité ; mais je sens bien que vous ne détruirez la superstition christicole que par les armes de la raison. Votre idée de l'attaquer par les moines est d'un grand capitaine. Les moines une fois abolis, l'erreur est exposée au mépris universel. On écrit beaucoup en France sur cette matière ; tout le monde en parle, mais on n'a pas vu cette grande affaire assez mûre ; on n'est pas assez hardi en France, les dévots ont encore du crédit. »

Tout était donc parfaitement convenu entre les hauts chefs de la Maçonnerie. C'était pour détruire, non-seulement le pouvoir spirituel de la papauté, mais la religion chrétienne, pour écraser Vinfâme^ la superstition christicole^ qu'il fallait travailler à dé* pouiller la papauté de son principat et de son domaine temporel ; c'était par les moines, les religieux et les couvents qu'il . fallait commencer l'œuvre du dépouillement et de la destruction, pour en venir ensuite aux évoques et au clergé ; c'était par les jésuites mêmes qu'il fallait débuter.

N'étaient-ils pas les gardiens de la papauté, les jgardes du corps du pape^ selon les expressions du Salomon du Nord, et, leur institut détruit, tous les a/utres corps ne devaient-ils pas tomber eux-mêmes^ au jugement de Choiseul ?

Aussi, après le premier coup frappé, le maçon-roi écrit*il à son émule, 10 février 1767 :

c Quel malheureux siècle pour la cour de Rome 1 on l'attaque ouvertement en Pologne; on a chassé ses gardes du corps de France et du Portugal ; il parait qu'on en fera autant en Espagne, Les philosophes sapent ouvertement les fondements du trône apostolique ; on persifle le grimoire du magicien ; on éclabousse l'auteur de sa secte ; on prêche la TOLÂBAHGB. Tout ost perdu, il faut un miracle pour relever l'Église. C'est elle qui est frappée d'un coup d'apoplexie terrible; et vous aurez encore la consolation d» V enterrer et de lui faire son épitaphe, comme vous

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fîtes pour laSorbonne. L'anglais Wolston prolonge la durée de l'inf..., selon son calcul, à deux cents ans; il n*a pu calculer ce qui est arri'» vé récemment II s'agit de détruire le préjugé qui s0ri de fondement it cet édifice. Il s'écroule de lui-môme et sa chute n'en devient que plus rapide. Voilà ce que Bayle a commencé de faire ; 11 a été suivi par nombre d'anglais, et vous avez été réservé pour l'accomplir. >

Et Voltaire d'écrire au marquis de Villevieile, un des fidèles :

c Je me réjouis avec mon brave chevalier de l'expulsion des jésuites... Puisse-t-on exterminer tous les moines qui ne valent pas mieux que ces fripons de Loyola ! Si on laissait faire la Sorbonne, elle serait pire que les jésuites. On est environné de monstres. On embrasse notre digne chevalier ; on l'exhorte à cacher sa marche aux ennemis. » (27 avril 1767.)

Puis venait d'AIembert, 4 mai 1 762 :

c Écrases l'infâme, me répétez- vous sans cesse ; eh! mon Dieç ! laissez-la se précipiter elle-même ! elle y court plus vite que voub ne pensez. Savcz-vous ce que dit Astruc ? Ce ne sont point les jansénistes qui tuent les jésuites, c'est V Encyclopédie., c*estV Encyclopédie... Pour moi qui vois tout en ce moment couleur de rose, je vois d'ici les jansénistes mourant de leur belle mort l'année prochaine, et après avoir fait périr cette année-ci les jésuites de mort violente, la tolérance s'établir, les protestants rappelés, les prêtres mariés, la confession abolie et le fanatisme écrasé sans qu'on s'en aperçoive. »

c La victoire se déclare pour nous de tous cotés, écrivait encore Voltaire à Damilaville. Je vous assure que dans peu il n'y aura plus sous les étendards de nos ennemis que la canaille (ailleurs il dit les cor" donniers et les servantes], et nous ne voulons pas de cette canaille ni pour partisans, ni pour adversaires. Nous sommes un corps de braves che^ valiers — Rose-Croix, Kadosch, — défenseurs de la vérité, qui n'admettons parmi nous que des gens bien élevés.

« Allons, brave Diderot, intrépide d'AIembert, joignez-vous à mon cher Damilaville ; courez sus aux fanatiques et aux fripons ; plaignez Biaise Pascal, méprisez Hauteville et Abadie — (polémistes défenseurs de la religion, le dernier même protestant), — autant que s'ils étaient Pères de l'Église. »

N'écrivait-il pas encore au même le !•' avril 1766:

c Je crois que nous ne nous entendons pas sur l'article du peuple» que vous croyez digne d'être instruit. J'entends par peuple la populace qui n'a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s'instruire. Il me parait essentiel qu'il

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y ait des giieux ignorants,,.. Quand la populace se môle de raisonner» toot est perdu. •

Qu'on compare ce langage à celui de TÉvangile, do la papautô et des prêtres, et que l'on prononce, la main sur la conscience, où se trouve Vinfdme et l'ennemi des pauvres et des travaillev/rs, immense majorité du genre humain !

L'impie aristocrate aurait voulu dès lors en venir directement aux évoques et au pape, leur chef, mais le grand capitaine prus* sien, tout en reconnaissant que tout ce qu'on lui disait des évêques tmAtonSy que lui-même flétrissait du nom de porcs engraissés des dîmes de Sion, n'était que trop vrai, voulait qu'on attendît encore et qu'on continuât l'emploi des moyens moraux ^ du poignard moral : « C'est la seule marche à suivre ; miner sourdement et sans bruit l'édifice de la déraison, c'est l'obliger à s'écrouler de lui-même » (13 août 1775). Et des torrents de pamphlets, de calomnies, de sarcasmes, sous toutes les formes, contre le dergô inondaient la France, le monde et la papauté.

Non content d'inspirer le plan. Voltaire l'exécutait lui-même avec un ardeur fébrile. Il suffit de mentionner le Dictionnaire phi" losophique^ cette œuvre qu'il désavouait publiquement, mais dont il se vantait avec impudence auprès des frères et amis. Presque chaque page contient une insulte ou une calomnie grossière contre la papauté. Relevons seulement les attaques plus mesurées dans la forme, mais non moins perfides dans le fond, contenues dans son ouvrage : Le siècle de Louis XIV.

Ce livre est en effet imposé par l'État enseignant, non-seulement comme sujet d'étude dans les classes des lycées et des collèges universitaires, mais comme matière obligatoire pour l'examen du baccalauréat, en sorte que toute l'autorité de l'État s'emploie à pénétrer notre jeunesse des attaques à la religion de l'immense majorité des Français, auxquelles Voltaire s'est livré par ordre d'un roi de Prusse.

€ L'autorité spirituelle du pape, toujours un peu môlée de temporel, dït^il, esi détruite et abhorrée dans la moitié de la, chrétienté, et si dans rantre il est regardé comme un père, il a des enfants qui lui résistent quelquefois avec raison et succès. La maxime de la France est de le regarder comme une personne sacrée, mais entreprenante, à laquelle il faut baûer les pieds et lier quelquefois les mains. Le pape donne los bulles de tous les évéchés et s'exprime dans ses bulles comme s'il conférait ces

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dignités de sa seule puissance. Tous les évoques italiens, espagnols, fla^ mands, se nomment évoques par la permission divine et par celle du Saint-Siège; beaucoup de prélats français, vers Tan 1682, rejetèrent cette formule (mensonge ici comme partout). Le pape a conservé dans tous les états catholiques des prérogatives qu'assurément il n'obtiendrait pas si le temps ne les lui avait données...

c Les religieux dont les chefs résident à Rome sont encore autant de sujets immédiats du pape répandus dans tous les États. La coutume qui fait tout, et qui est cause que le monde est gouverné par des abus comme par des lois, n'a pas toujours permis aux princes de remédier entièrement à un danger qui tient à des choses regardées comme sacrées.

<c Prêter serment à un autre qu'à son souverain est un crime de lèsemajesté dans un laïque ; c'est dans le cloître un acte de religion. Ia difficulté de savoir à quel point on doit obéir à ce souverain étranger, la facilité de se laisser séduire, le plaisir de secouer un joug naturel pour en prendre un qu'on se donne soi-même, l'esprit de trouble, le malheur des temps n'ont que trop souvent porté des ordres entiers de religieux à servir Rome contre leur patrie... La juridiction, cette marque essentielle de la souveraineté, est encore demeurée au pontife romain. La France même, malgré toutes ses libertés de l'Église gallicane, souffre que l'on appelle au pape en dernier ressort dans quelques causes ecclé« siastiques.

a C'est l'art et la souplesse qui conservent à Rome tout ce' qu'elle a pu humainement garder et ce qu'aucune autre nation n'aurait pu conserver. Le pape se sert des armes usées de l'excommunication, dont on ne fait pas même à Rome plus de cas qu'ailleurs, mais qu'on ne laisse pas d'employer comme une ancienne formule, ainsi que les soldats du pape sont armés seulement pour la forme (1). »

Et ces insultes, ces cris de proscription et de haine, il les répète sur tous les tons et à tous ; on les retrouve dans tous ses écrits, dans ses lettres mêmes à des magistrats adeptes, sous un masque plus ou moins transparent :

« La France arrive tard, mais elle arrive, écrit-il à l'avocat général Scrvan en avril 1766. Nous ne sommes d'ordinaire ni assez profonds, ni assez hardis. Notre magistrature a bien osé combattre quelques pré* tentions des papes, mais elle n'a jamais eu le courage de les attaqua^ dans leur source ; elle s'oppose à quelques irrégularités, mais elle 80uf« fre qu'on paye 80 mille francs à un prêtre italien pour épouser sa nièce; elle tolère les annales; elle voit sans réclamer que des sujets du roi s'intitulent évêques par la permission du St-Siige ; enfin elle a aoceptè

(t) Siècle de Louiê XIV, chap. 2 «t U.

tSS PtritOSOI»ÛS3 fit LES SNC^YGLOPEDISTES ^d

une bulle qui n'est qu'un monument d'insolence et d'absurdité ; elle a été assez courageuse et assez heureuse pour saisir l'occasion de chasser les jésuites ; elle ne Test pas assez pour empêcher les moines de rece* Toir des novices avant Pflge de 30 ans ; elle souffre que les capucins et les récoîleis dépeuplent les campagnes et enrôlent nos jeunes laboureurs,

c Nous sommes bien au^desous des Anglais sur terre comme sur mer: mais il faut avouer que nous nous formons ; la philosophie fait luire un jour nouveau ; il paraît, monsieur, qu'elle vous a rempli de sa lumière... Toute l'histoire de Moïse est prise, mot pour mot, de celle de Bacchus; nous n'avons été que des fripiers qui avons retourné les habits des an« ciens. Je vous envoie, monsieur, un petit mot du roi de Prusse, qui ne plaira pas à la juridiction eccUsiatique. »

Ailleurs, dîms un sennon mis dans la bouche d'un pope lithuanien, pasteur de sainte Tolerà/nskiy contre les polonais confédérés pour défendre leur indépendance et leur patrie contre les ruses et les violences de Catherine, il lui fait dire :

c Quel est le but, mes chers frères, de cette alliance? — C'est d*ex* terminer les chrétiens leurs frères, qui diffèrent d'eux sur quelques dogmes, sur quelques usages, et qui ne sont pas comme eux les esclaves d'un évêque italien. Ils appellent la religion de cet italien catholique et apostolique, oubliant que nous avons eu le nom de catholique longtemps avant eux — (les Russes catholiques avant St Pierre et St Paul I!!}, — que tous leurs évangiles sont grecs (1), tous les pères de l'église des quatre premiers siècles ont été grecs, que les apôtres qui ont écrit n'ont écrit qu'en grec (sicj, et qu'enfin la religion romaine, si dé" criée dans la moitié de l'Europe, n'est, si notre esprit de douceur nous permet de le dire, qu'une bâtarde révoltée depuis longtemps contre sa mère.

c Ils nous apjj^Uent des dissidents ; à la bonne heure, nous disside^ rons ; nous différerons d'eux tant qu'il s'agira de sucer le sang des peu* pies, d'oser se croire supérieurs aua? rois, de vouloir soumettre les couronnes à une triple mitre, d'excommunier les souverains, de mettre les États en interdit et de prétendre disposer de tous les royaumes de la terre... Ces épouvantables extravagances n'ont- jamais été reprochées, grâces au ciel, à la vraie Église, à l'église grecque I

« Songez, mes chers auditeurs, que la main puissante de Catherine est cette même main qui soutient notre Église catholique. C'est elle qui a signé que la première de ses lois est la tolérance.

(1) A. rezoeplion du premier, St Malhieu, écrit en hébreu et syriaque, traduit de très-bonne heure en latin et en grec, du deuxième, de St Marc, composé en latin, selon de graves auteurs, de St Jean et de St Luc traduite en latin, et de SI Jean, en •yriaqoe, presque aussitôt après leur apparition.

âô La PROPAGATIOtï DE LA l^R ANC-MAÇON NERIÉ

c Conjurés de Pologne, allez baiser la main de Catherine. Nations, ne frémissez plus, mais admirez. Dieu m'est témoin que je ne hais pas les turcs, mais je hais Forgueil, l'ignorance et la cruauté. Notre impératrice a chassé ces trois monstres.

Mais en voilà assez sur ces déclamations furibonde3i où Tioi* posture et le mauvais goût le disputent à Tignorance et à la haine. Et c'est sur les ignares blasphèmes de cet homme, qui a érigé le mensonge en loi et fait de Tignorance et de la calomnie la science historique, que s'arment en guerre contre le pape, contre les évè* ques, les religieux et les prêtres, les tourbes maçonniques et tous leurs servants ! Faut-il s'en étonner ? Cet homme, dont ils ont fait un oracle infaillible, n'était-il pas Kadosch et maître passé en tous les grades ? Pensionné des rois étrangers qu'il adorait du culte de latrie^ exempt de tout impôt par la faveur des ministres et des maîtresses de son roi, qu'il adulait en face, ne se servaitil pas des loisirs que lui faisaient leurs pensions et l'argent volé à ses libraires, sous leur protection, pour les flétrir des noms de ftmSj de tyrans, et pour propager et appeler contre eux V égalité républicaine et toutes les violences révolutionnaires ? Ne traitait-il pas de terribles imbéciles ceux qui se faisaient tuer pour eux ? Ne voulait-il pas qu*on ne reconnût pour patrie que les républiques ou les pays où Von se trouvait bien ? N'insultait-il pas incessamment la France sa patrie, lui préférant la Prusse, la Russie, la Hollande et l'Angleterre ? Pour lui, Rose-Croix et parfait templier, traître à son roi, à son pays, souvent même à ses complices, Jésus-Christ, l'Évangile et la religion catholique, pour tout dire en un mot, n'étaient-ils pas Vinfdme qu'il fallait écraser, et le peuple chrétien, la canaille qu'il fallait fouler aux pieds et atteler à ses charrues ?

Les calomnies, les cyniques injures du seigneur de Femey, on les retrouve dans tous les écrivains et publicisles des sectes maçonniques, depuis Helvétius jusqu'à Garibaldi, depuis Diderot et Volney jusqu'à Matter, Quinet et Michelet; c'est là une de leurs arme^ communes contre ce boulevard de tous les droits. Décrier et avilir cette grande institution, faire regarder comme étrangers, comme ennemis et comme tyrans, rendre odieux par les plus grossières moqueries, par les plus infâmes mensonges, les pontifes suprêmes que le Fils de Dieu a revêtus de son autorité ensei* gnante sur tous les peuples de la terre, qu'il a établis les pasteurs

LBS PHILOSOPHAS ET LUS KNCTGL0PEDISTE3 àl

universels de la grande famille chrétienne, c'est pour eux tous Tœuvre des œuvres.

Inutile donc de faire entendre ici les innombrables échos du duo maçonnique et templier du roi de Berlin et du seigneur de Femey. Ici c'est le fangeux vénérable de la loge des Neuf Sœurs, dont au jour de son apothéose maçonnique Voltaire baisait si dévotement le tablier, c'est le matérialiste Helvétius, donnant à quelques chapitres de son livre De l'homme et de l'éducation^ les titres : Des fausses religions; le papisme est dHnstitutûm Aumaine ; le papisms n'est a/uœ yeux d'un homme sensé qu'une pure idolâtrie :

« O papistes, s'écrie-t-il, examinez quelle fut, en tons les siècles, la conduite de votre Église. Eut-elle intérêt d'entretenir garnison romaine dans tons les empires et de s'attacher un grand nombre d*hommes, elle institua un grand nombre d'ordres religieux, fit construire et restaurer un grand nombre de monastères. Le môme motif lui faisant désirer la. multiplication du clergé séculier, elU multiplia Us sacrements, et Us peuples, pour se Us faire administrer, furent forcés d'augmenter le nombre de leurs prêtres ; il égala bientôt celui des sauterelles de V Egypte ; comme elles ils dévorèrent les moissons, et ces prêtres séculiers et réguliers furent entretenus aux dépens des nations catholiques. »

Les jésuites, on le comprend, pour répondre à son second ti« tre : De l'éducation^ ne furent pas épargnés.

Dans son second volume on lit encore : De la religion papiste : plus de conséquence dans les esprits rendrait la religion pc^ piste plu^ mjtisible encore ; et la raison qu'il en donne, c'est que toute mère tendre devrait tuer ses enfants nouveaux baptisés pour les faire jouir plus tôt et plus sûrement du bonfheur étemel; c'est-à-dire que pour sauver leurs enfants, elles devraient fouler aux pieds toutes les lois divines et humaines et se damner elles-mêmes. Quelques autres des raisons de ce docte personnage, c'est que, le célibat étant aux yeux de la religion plus parfait que le mariage, personne ne devrait se marier ; que la mort imprévue étant le mal le plus à craindre, il fallait. mourir sur Téchafaud et par conséquent commettre des crimes qui y conduisent 1 1 Et tout cela s'appelait de la philosophie et de la tolérance ! « Philosophie désastreuse^ écrivait le marquis d'Argens, un des frères pourtant, qui, la hache i la main, le bandeau sur les yeux, abat, renverse, détruit

âè La PHOPA(>A*l^iON' DB LA PRANC-MAÇONNÊRTfe

tout et n'élève rien ; qui dans son délire impîe fait son Dieu de la matière, ne distingue Thomme d'avec la brute que par les doigts, et, pour le perfection/ner^ le renvoie disputer aux ani'^ mcmx le gland des forêts. »

Et cependant cet Helvétius, ce grand logicien, fils et petit-fils de médecins hollandais et alchimistes, qui enrichis des pensions des rois très-chrétiens lui avaient laissé une grande fortune, obtenait encore par les mains des frères et amis, dès l'âge de 23 ans, une place de fermier-général, qui valait cent mille livres de rente^ se livrait avec eux à tous les genres de plaisirs, et composait son Hvre De l'esprit, pour montrer que l'homme ne différait de la béte que par la structure et l'habit, et le livre, condamné par le

{)arlement et brûlé par la main du bourreau, n'était rétracté par ui que pour en laisser à sa mort un tout semblable, que nous venons de citer.

Là, c'est le club de d'Holbach, où se réunissent Diderot, d'Âlembert et Volney. Voici ce qu'en a révélé son secrétaire, M. Leroy, Ueutenant des chasses du roi, quelques jours avant les journées des 5 et 6 octobre 1879 :

— c Eh bien I voilà pourtant Touvrage de la philosophie, disait à Leroy M. d'Ângevilliers, intendant des bâtiments du roi, chez qui il ivaît dîné, en parlant de la Révolution qui préludait déjà de toutes parts par tous les genres de désordres.

•^ flc Attéré par ces mots : Hélas I répond le lieutenant des chasses, k qui le dites-vous ? je ne le sais que trop, mais j'en mourrai de douleur et de remords 1

«— « Mais quoi donc l'y auriez- vous contribué vous-même ?

-^ « Beaucoup plus que je ne le voudrais. J'étais le secrétaire du Comité à qui vous la devez ; mais j'atteste les deux que jamais je n*ai Cru qu'on en vînt à ce point. J'en mourrai de douleur et de remords I Ce comité, cette société plutôt était une espèce de club que nous avions formé entre nous philosophes, et dans lequel nous n'admettions que ceux dont nous étions bien sûrs ; nos assemblées se tenaient régulièrement à l'hôtel du baron d'Holbach. De peur que l'on n'en soupçonnât l'objet, nous nous donnâmes le nom à*économistes ; nous créâmes Voltaire, quoique absent, président honoraire et perpétuel ; nos principaux membres étaient d'Alembert, Turgot, Helvétius, Gondorcet, Diderot, Grimm, La Harpe, Thiriot, Damilaville, le comte d'Argental, Naigeon et ce Lamoignon, garde des sceaux, qui, lors de sa disgrâce, s'est tué dans son parc Voici quelles étaient nos occupations : la plupart des livres, que vous avez vu paraître depuis longtemps, contre la religion, lea

Lks i»flIi.0SOPHES £t lss bngtglop^êdistss 33

mœurs et le gouvernement, étaient notre ouvrage ou celui de quelques auteurs affidés. Tous étaient composés par les membres ou par les or^ dres de la société. Avant d'être livrés à l'impression, tous étaient envoyés à notre bureau ; là, nous les révisions, nous ajoutions, nous re«

tranchions, nous corrigions, selon que l'exigeaient les circonstances

L'ouvrage paraissait ensuite, sous un titre et sous un nom qui cachaient la main d'où il partait. Ceux que vous avez crus des œuvres posthumes, tels que le Christianùme dévoilé, la Théologie portative, sous le nom de r^bé Beîyer, le Système de la nature, sous le nom dé Mirabeau, vrai code d'a^éisme et de matérialisme, le Bon sens du curé MesUer, et divers autres, attribués à Fréret, à Boulanger, après leur mort, n'étaient pas sortis d'ailleurs que de notre société.

« Quand nous avions approuvé tous ces livres» nous en faisions tirer d'abord, sur papier fin ou ordinaire, un nombre suffisant pour rembour* séries frais d'impression, et ensuite une quantité immense d'exemplaires sur le papier le moins cher, pour être distribués, pour rien ou presque rien, au peuple, par les libraires ou colporteurs affidés. Yoilà ce qui a changé ce peuple et l'a conduit où vous le voyez ; j'en mourrai de dou« leur et de remords (1). »

Écrasez l'infâme signifiait Thorrible blasphème : Écrasez Jésas- Christ, la religion de Jésus-Christ ! C'était comme le mot d'ordre de cette abominable loge, qui préludait ainsi à celle des Rose-Croix; et toutes les lettres de Voltaire qui se terminaient par cette exécrable impiété s'adressaient à un membre de cette société, ou l'un des initiés à ses mystères.

De là, bientôt après, les discours des sommités maçonniques, des Talleyrand, des Mirabeau, des Chapelier, des Bamave, des Grégoire et autres pour la spoliation des biens ecclésiastiques, pour l'abolition des vœux religieux, pour le schisme avec le pape et l'anéantissement de sa juridiction spirituelle et de toute religion publique par la constitution civile du clergé et par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. De là les grands principes maçonniques dominant tous ces discours : <c Tout est pour la nation on le peuple ; tout vient de la nation et du peuple ou de leurs représentants ; donc, tout appartient à la nation ou au peuple. C'est pour lui et par lui que le clergé, prêtres et moines, ont reçu des dotations, non en propriété, mais en usufruit ; donc, ce qu'il a prêté, le peuple, — (non les travailleurs ou la majorité, mais nous, bourgeois et aristocrates) — , peut le reprendre et l'administrer lui-

(I) Barruel, Mémoireê^ eic. tomo I, p. 202. Gomparei Voltaire, Lettres à Helvé^ tha, mars el août 1763.

34 LA PROPAGATION DE LA FrANOMAÇONNBRIB

même ; sa loi prime et domine tout, comme l'avait dit Voltaire dans sa tragédie des Guébres :

« Mais la loi de l'État est toujours la première.

ce La religionn'estpaSj elle ne peut pas être un rapport social; elle est un rapport de l' homme privé a/oec Vin fini j selon la conS" cience de chacun^ et le ministère sacerdotal est subordonné, dans la répartition des fonctions du culte^ à la même autorité qui prescrit les limites de toutes les oAAtres fonctions publiques et qui détermine toutes les circonscriptions de V empire. »

Voilà les théories qui constituent tout le fond des discours dans lesquels' Talleyrand, de Chapelier, de Mirabeau ont demandé à FÂssemblée nationale la confiscation des biens ecclésiastiques et ht constitution civile du clergé. Nous avons vu où ils les avaient puisées. Quant au résultat final, c'était la destruc* tion pratique de toute religion, car la religion, ainsi soumise à la nation, salariée, fonctionnarisée, constitutionnalisée par la nation, ne fut pas, ne put pas être une religion ni un culte national, attendu que la nation, comme nation, et ses représentants par là même, n'avaient et ne pouvaient avoir ni principes religieuX| ni conscience, ni morale.

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