LES PHILOSOPHES ET LES ENCYCLOPEDISTES
Mais ce suisse du Paradis
Était ivre ou du moins bien gris
Lorsqu'il osa traiter de môme
Les ouvrages de mon bon saint (Voltaire],
J'appelle de cet anathème
Au corps du concile prochain...
« Ce bon cordelier du Vatican n'est pas, après tout, aussi hargneux qu'on se l'imagine. S'il fait briler quelques livres, c'est seulement pour que l'usage ne s'en perde pas. Mais n'admirez- vous pas avec quelle patience digne de l'agneau sans tache il s'est laissé enlever le Gomtat d'Avignon ? combien peu il y pense, et dans quelle concorde il vit avec le très-chrétien ?
c C'est pourquoi il me suffit de faire une guerre de bourse très-philosophique, et de profiter de ce temps de tranquillité pour guérir entièrement les plaies que la dernière guerre nous a faites et qui saignent encore.
« Et quant à monsieur le vicaire, Je dis vicaire du bon Dieu, Je le laisse en paix en son lieu S'amuser avec son bréviaire.
Hélas 1 il n'est que trop puni En vivant de cette manière.
« Lorette serait à côté de ma vigne, que certainement je n'y toucherais pas. Ses trésors pourraient séduire des Mandrins, des Conflans, des Turpins, des Rich... et leurs pareils. Ce n'est pas que je respecte les dons que Vctbrulissement a consacrés, mais il faut épargner ce que le public vénère, il ne faut point donner de scandale ; et supposé qu'on se croie plus sage que les autres, il faut, par complaisance, par commisération pour leurs faiblesses, ne point choquer leurs préjugés. Il serait à souhaiter que les prétendus philosophes de nos jours pensassent de même. »
Ainsi, c'est bien pour détruire le pouvoir spirituel de la papauté que la Maçonnerie a eu pour la première fois l'idée de la dépouiller de son domaine temporel ; c'est bien parce qu'elle défendait la foi, la morale, l'immortalité de l'âme, la dignité de l'homme contre le plus fangeux matérialisme, que, pour enlever à la papauté, avec son indépendance, ce pouvoir tout spirituel et éminemment social, les chefs de la Maçonnerie conçurent le projet de lui ravir sa principauté temporelle. Encore le maçon-roi, par un reste de morale chrétienne ou de pudeur publique, pensait-il et ne craignait-il pas de dire, que des Mandrins^ des brigands de
22 LA PROPAGATION DE LA PrANG-MAÇONNERïB
grand chemin, ou leurs pareils pouvaient seuls Texécuter. Il est vrai que ce préjugé n'avait pas chez lui de profondes racines ; car sur la nouvelle donnée par son rampant complice qu'il se pourrait bien qu'en effet on rendît Avignon à Gangcmelliy quoiqu'il soit très-ridicule que ce joli petit pays soit démembré de la Provence j Frédéric répondait le 29 juin 1771 :
tt Je vous félicite du nouveau ministre dont le très-chrétien a fait choix [d*AiguilIon> successeur de Ghoiseulj. On le dit homme d'esprit ; en ce cas vous trouverez en lui un protecteur déclaré. S'il est tel, il n'aura ni la faiblesse, ni l'imbécillité de rendre Avignon au pape. On peut ôtre bon catholicité, et néanmoins dépouiller le vicaire de Dieu de ces possessions temporelles, qui distraient trop des devoirs et qui font risquer le salut. 1
On voit que les Bonaparte, les Palmerston, les Cavour, les Rattazzi et les Jules Pavre n'ont rien inventé pour justifier le brigandage contre le pape et contre l'Église.
Aussi quand le sire de Potsdam se fut, à la façon du galantuomo de Savoie, annexé un royaume qui n'était plus le duché de Brandebourg, Voltaire, son pensionné, le félicitait, comme à peu près de nos jours les pensionnés maçons journalistes à l'égard du roi des annexions italiennes.
« Sire, permettez-moi de dire à Votre Majesté que vous ôtos comme un certain personnage de La Fontaine :
Droit au solide allait Bartholomée.
c Ce solide accompagne merveilleusement la véritable gloire ; vous faites un royaume florissant et puissant de ce qui n'était, sous le roi votre grand-père, qu'un royaume de vanité. Vons avez connu le vrai m tout; aussi êtes- vous unique en toui genre. Ce que vous faites actuellement vaut hien votre poëme sur les confédérés ; il est plaisant de détruire les gens et de les chanter. Le vieux malade se met à vos pieds H,yec attachement, admiration, respect ei syndérèse (1). »
Mais ces domaines de l'Église étaient encore vén&i^és du public^ et il fallait, avant d'arriver à ceux du pape, dissiper les préjugés et
(1) Syndérhe : remords. Serait-ce d'avoir mérité la schlagae que lui fit adminislror par un do ses majors le frôro ol ami coaronné, pour lo rappeler & plus de discrétion et do respect 7 0 égalitéi 6 fraternité, vous n'êtes donc qu'un fflot, même cbec les plus iUustree !