VI. — Attaques dbs philosophes et des engtclop^distes
CONTEE l'ordre SOCIAL
La société civile n'était pas moins menacée que la religion, dès le milieu du XVIII* siècle, par la propagande des loges maçonniques.
Voltaire battait en brèche le principe de l'autorité civile dans tous ses écrits, depuis le Dictionnaire philosophique (v* Roij jus< que dans ses épttres et ses contes.
Tous les encyclopédistes poursuivaient avec acharnement le même travail de destruction des principes sur lesquels reposait la constitution des peuples chrétiens» en falsifiant odieusement le
AtTAQUES DES PHILOSOPHES CONTRE L*ORbRE SOCIAL oS
rôle admirable de modératrice du pouvoir et de propagatrice des libertés populaires qu'avait rempli pendant tant de siècles la doctrine de FEglise. C'est Diderot qui écrivait dans le Système de la Nature :
« C'est faute de connaître sa propre nature, sa propre tendance, ses besoins et ses droits, que l'homme, en société, est tombé de la liberté dans Tesclavage. Il méconnut ou se crut forcé d'étouffer les désirs de
son cœur et de sacrifier son bien-ôtre aux caprices de ses chefs
Tout gouTemement, pour être légitime, ne peut être fondé que sur le consentement libre de la société, sans lequel il n'est qu'une violence, une usurpation, un brigandage. Ceux qui sont chargés du gouYeme« ment, suivant la forme que la société a voulu lui donner, s'appellent souverains, chefs, législateurs, monarques, magistrats, représentants. Le gouvernement n'empruntant son pouvoir que de la société et n'étant établi que pour son bien, il est évident qu'elle peut révoquer ce pouvoir quand son intérêt l'exige, changer la forme du gouvernement, étendre ou Hmiter le pouvoir qu'elle confie à ses chefs, sur lesquels elle conserve toujours une autorité suprême, par la loi immuablb de nature qui veut que la par lis soit st^H>rdonnée au tout. Par suite de l'imprudence des nations, ou de la ruse et de la violence de ceux à qui elles avaient confié le pouvoir de faire des lois et de les mettre en exécution, les souverains se sont rendus les maîtres absolus des sociétés. Geux-ci, méconnaissant la vraie source de leur pouvoir, prétendirent le tenir du ciel, n'ôtre comptables qu'à lui de leurs actions, ne devoir rien à la société, en un mot, être des dieux sur la terre et la gouverner arbitrairement comme les dieux de l'Ëmpy* rée. Dès lors, la politique se corrompit et ne fut qu'un brigandage.
« Il est donc évident que c'est aux notions théologiques et aux lâches flatteries des ministres de la Divinité, que sont dus le despotisme, la tyrannie, la corruption, la licence des princes et l'aveuglement des peu-* pies, à qui l'on défend, au nom du ciel, d'aimer la liberté, de travailler à leur bonheur, de s'opposer à la violence, d'user de leurs droits natu« rels. Les tyrans et les prêtres ont, avec succès, combiné leurs efforts pour empêcher les nations de 6'éclairer» de chercher la vérité, de rendre leur sort plus doux et leurs mœurs plus honnêtes... Ils profitèrent de l'erreur de l'homme pour l'asservir, le corrompre, le rendre vicieux et misérable (i). »
La Monarchie et l'autorité en général ainsi ébranlées, démolies dans les esprits, on n'épargna rien pour en exciter la haine dans les cœurs. Les philosophes maçons en portaient l'expression jusqu'à la rage, jusqu'au délire. L'un d'eux disait :
(1) Sifstime de la naturel deoâème partie, p. 241 et saiv., 926 et saiv., LondroB.
S6 LA PnOpÂ^ATION DE LA FaANG-MAÇOKNERÎS
r c Et mes mains ourdiraient les entrailles des prêtres, ^ c  défaut d'un cordon, pour étrangler les rois 1
c Quelque autorisés que soient les chefs des nations, dit ailleurs Diderot, ce ne sont toujours que des commis des peuples ; quelque fou que soit le peuple, il est toujours le maitre. C'est sa voix qui élève certaines têtes et qui les rabaisse, ou qui les coupe (1) III »
« Si Tautchrité des rois vient de Dieu, c'est comme les maladies et leB fléaux du genre humain, dit J.-J. Rousseau (2). »
« La vraie monarchie^ écrit Helvétius, n'est qu'une constitution imaginée pour corrompre les mœurs et pour les asservir, ainsi que firent les Romains des Spartiates et des Bretons en leur donnant nn roi ou un despote... S'il nous faut absolument des rois, au moins faut^il nous souvenir qu'un roi ne devrait être autre chose que le premier commis de sa nation ( 3 ) . »
« La royauté est une institution funeste au genre humain, dit Th. Pay* ne ; V hérédité est une violation de plus faite aux droits sacrés des peuples, la constitution d'Angleterre est radicalement nulle, parce que la monar* chie y emprisonne la république (4}. »
« Les rois, dit Raynal, sont des bêtes féroces qui dévorent les nations. On se délivre de l'oppression d'un tyran, ou par ïexpulsion ou par la mort. Le consentement des aïeux ne peut pas obliger les descendants^ et la liberté ne s'échange pour rien. Dès que l'esclave du despotisme aurait brisé sa chaîne et commis son sort à la décision du glaive, il se* rait forcé de massacrer son tyran, et d'en exterminer la race et la postéri* té; s'il osait moins, il serait tôt ou tard puni de n'avoir été courageux çu'â demi... Sous un despote, ce n'est que terreur, bassesse, flatterie, superstition. Cette situation intolérable cesse ou par l'assassinat du tyran ou par la dissolution de l'empire, et la démocratie s'élève sur ce cada* vre. Alors pour la première fois le nom sacré de patrie se fait enten* dre (5). )»
« Les prêtres, disent les chefs de la loge ou du club d'Holbach, oui dénaturé les idées morales au point de faire regarder comme le plus grand des crimes ce que les Grecs et les Romains regardaient comme une vertu, comme un devoir, le meurtre des tyrans (6). »
Hypocrites ! Que n'ont-ils pas déclamé contre les théologiens
(1) Réfleiions aar un ouvrago intitulé : Beprésentation des citoyens de Oenèvéé
(2) Emile, t. IV ; et Contrat social, chap. VI. (S) De f homme, t. II, nota sur la section 9.
(4) Le sens commun, • i . . .
(5) Raynal, Hittoire philosophique et politique, liv. 28 et 29.
(6) D'Holbacli ot Naigeon, Essai sur les préijuqis^ p. ii«