I. — COMMENT l'oeuvre DB LA REVOLUTION FUT COMPROMISE
PAR LES Elections du 8 février 1871
La proclamation de la république^ au 4 septembre, fut à la fois h revanche de Mazzini, Texplosion des passions socialistes attisées par V Internationale, et, par dessus tout, le mouvement spontané du pays, laissant tomber un régime sans racines dans son râi, qui avait épuisé ses forces et compromis poui* la troisième fois son existence.
La Franc-maçonnerie ne put voir qu'avec satisfaction la proclaniation [d'une forme de gouvernement à laquelle conduisent ses doctrines et qui ouvrait aux membres des loges l'accès du pou« voir à Paris et dans tous les départements. Elle se mêla activement au mouvement radical, qui dès le premier jour d^rda le gouvernement de la défense nationale.
< Trois éléments me semblent avoir, dbs rorigine, entravé la dé* faise nationale et finalement préparé les événements du 18 mars, dit on des témoinB entendu par la commission d'enquôte parlementaire* Ces trois éléments sont :
c Les loges maçonhiques db Pàbis,
« Les socialistes connus sous le nom de positivistes-,
« L'Internationale. ** • ^ :
42Ô LA Rl^PUBLiQUE DK l87ô
< , , , . , Les francs-maçons se mirent dont toutes les commissions, mtene
parmi les délégués de la boucherie, avec des membres de l'IntemaUonale ; on pérorait dans les loges, on paradait dans les enterrements, on
i siégeait dans les commissions municipales et gouvernementales. Toula
- idée de défense nationale était mise de côté (1). »
Dans les départements, au lieu de concentrer leurs efforts sur la défense du territoire et d'unir tous les éléments patriotiques, les préfets et les commissions municipales ne songèrent qa^à réaliser le vœu émis par le Grand-Orient peu auparavant pour la destruction de l'enseignement chrétien (v. 5 7) et à chasser partout des écoles les instituteurs religieux (2).
Cependant l'œuvre de la Maçonnerie allait être arrêtée, et la Providence ménageait à la France, dans les élections du 8 février 1871, le moyen de rompre avec la Révolution. , Le peuple, sentant la main de Dieu dans la succession inouïe de ses malheurs, se retourna vers la religion et la tradition nationale, comme il l'avait fait en 1815. Ses élus réunis à Bordeaux étaient en grande majorité chrétiens et royalistes ; au moins le peuple, dans la simplicité et la droiture de ses jugements, les avait* il choisis comme tels, sans regarder aux nuances qui les divi« saient, ni aux erreurs qui pouvaient hanter l'esprit de plusieais d'entre eux.
Dès lors la Révolution fut menacée de perdre toutes les poû* tiens qu'elle avait conquises en 1852, en 1830 et même au 5 septembre 1816, car l'auguste représentant des Bourbons était déjà connu comme unissant à une indomptable fermeté une largeur de vues, qui lui a toujours fait démêler à travers tous les sophismesle venin caché des idées révolutionnaires. Henri V ne peut être que le roi d'une monarchie chrétienne et paternelle ; il ne peut que reprendre les grandes pensées de Charle-
(t) Mpotition de 11. Bonrgoin, Enquête sur les odes du gounemernuU ée te d^fum wUionak, tome IV, p. 59S.
(t) V. sur cette campagne contre lea eongréganiatea entreprise pendant la goem même, et aar la part qu'y a priae la ligue de têmdgnemeht^ le Mémoire sur les pro^ grée de Veneetgnement anti^digieu» dans Vinttruetion publigue publié en î%7% par la SocUti générale d'édueaUon et d^enteignement.
Détail caractérisque : c'est dans la caisse da Comité démocratique des eitogommm lyounaiem, placé soas le patronage de la loge de la Croix-Rousse, que M» CliaU»mel*Laooar fit, par un arrêté officiel, verser les sommes provenant dn pillage do rétablissement des frères de Galulre. V. lettre de Gomot, escrélaire générai de la préfectwe da Rbéne, da t7 décembre 1870, produite devant la Goor de Ljob«
LA FaâNG^MACONNERIB ET LA COMMUNE
magne, de saint Louis et d'Henri IV ; ce n'est jamais lui que les sectes parviendront à conduire au précipice, en le séparant du peuple par les fictions constitutionnelles et en le rendant impuissant pour le bien.
Contre ce danger suprême toutes les forces de la Révolution, tontes ses fractions diverses se sont conjurées, depuis les jacobins, en cemoment maîtres de Paris, jusqu'à M. Tbiers et M. de Bismarck.
L'explosion du 18 mars fut sans doute l'œuvre principale des jacobins et des socialistes ; mais elle eut immédiatement l'appui de toute la Franc-maçonnerie de Paris et de la province, qui voulut profiter de ce mouvement pour dépouiller l'Assemblée nationale de son pouvoir ou au moins obtenir à titre de transaction la proclamation définitive de la république.
IL — LA Frang*maconn£rie et la Commune
La Franc-maçonnerie à Paris prit hautement parti pour la Commune, disons-nous. Le 26 avril 1871, une grande assemblée de francs-maçons de tous les rites se réunit au Ch&telet, et après avoir élu pour wai&wr un des membres les plus connus du parti radical, le F.*. Floquet, elle prit la résolution suivante :
c Ayant épuisé tous les moyens de conciliation avec le gouverne* ment de Versailles, la Franc-maçonnerie est résolue à planter ses bannières sur les remparts de Paris ; et si une seule baUe les touchait, les FF.*. MM.', marcheraient d'un môme élan contre r^nnems oommun.
Delà l'assemblée, grossie à chaque pas et comptant plus de dix mille francs-maçons revêtus de leurs insignes, se rendit en procession saluer le pouvoir insurrectionnel à l'hétel de ville, et le frère Thiri* fooque, leur orateur, s'écria que « la Commune était la plus grande révolution qu'il eût été donné au monde de contempler; qu'elle était le nouveau temple de Salomon^ que les francs-ma" çons ont le devoir de défendre. »
Le citoyen Lefrançais, membre de la Commune, déclara ensuite qne « depuis longtemps déjà il était de cœur avec la Franc-maçonnerie, ayant été reçu dans la loge écossaise n* 133, passant à cette
époque pour xxm des plus républicaines, et qu'il s'était depuis longtemps assuré que le but de Vassociation ékiU le même qu^ celui de la Commu/riSj la régénération sociale. »
Une délégation de la Commune reconduisit la députation maçonnique jusqu'au temple de la rue Cadet.
A quelques jours de là, les francs-maçons allaient sur les remparts opposer leurs bannières aux troupes commandées par lemaréchai deMac-Mahon, et les vénérables des loges de Paris se posaient hautement comme médiateurs entre l'Assemblée, souveraine légale du pays, et la bande de révolutionnaires cosmopolites qui terrorisait la capitale.
Nous avons raconté ailleurs (liv. I, chap. III, S 4) les singuliers incidents qui se produisirent entre la délégation maçonnique et le général M*'*, qui commandait aux avant-postes et qui se trouvait être un frère. M. Thiers reçut la délégation, mais refusa pour lors de prendre aucun engagement. Quelques jours après, le 5 mai, la fédération des francs-mfOçons et des compagnons de Paris adressait un manifeste à leurs frères de France et du monde entier, où, après l'exposé de leur intervention, ils disaient :
c Frères en maçonnerie et frères compagnons, nous n*avon8 plus à prendre d'autres résolutions que celle de combattre et de couvrir do notre égide sacrée la cause du droit.
« Armons-nous pour la défense I
« Sauvons Paris !•
c Sauvons la France f
c Sauvons Thumanité !
« Paris, à la tête du progrès humain, dans une crise suprême, fait son appel à la Maçonnerie universelle, aux compagnons de toutes les corporations ; il crie : À moi les enfants de la veuve I
« Cet appel sera entendu par tous les francs-maçons et compagnons ; tous s'uniront pour l'action commune, en protestant contre la guerre civile, que fomentent les souteneurs de la monarchie
« Vous avez bien mérité de la pàtrib umivsrsbixb, vous avez assuré le bonheur des peuples pour l'avenir.
« Vive la république !
« Vivent les communes de France fédérées avec celles de Paris t
Quelques membres du Grand-Orient et du suprême conseil firent bien entendre, à l'époque, contre ces manifestations, des protestations équivoques, fondées uniquement sur ce que la Francmaçonnerie ne s'occupe pas de politique! !! Ce n'étaient que de simpies mesures de précaution prises à tout événement.
tk FRANC-MAÇONNEniE ET LA COMMUNE 423
Les francs-maçons ne se méprirent pas sur leur portée et ne se laissèrent pas arrêter dans le concours actif qu'ils apportaient à la lotte sauvage de la Commune. Plus la Commune devenait violente, i plus ils la soutenaient énergiquement. On en a la preuve authen- ' tique dans cette note du Journal officiel de la Commune des premiers jours de mai :
c Les francs-maçons et compagnons fédérés ont établi pour les vingt arrondissements, par une délégation, un service officieux qui a pour but de signaler à toutes les administrations civiles et militaires les abus qui existent. Ils recueilleront également les plaintes pour y porter remède.
c Us 86 proposent de faire exécuter strictement les décrets de la Com« mune : un bureau est établi dans chaque mairie. »
On le voit, comme sous la Convention, les loges se transformaient en clubs de jacobins et en comités de salut public (v.liv. II, chap. VI, S 14).
Enfin le 22 mai, lorsque l'armée française était déjà entrée dans Paris, un groupe nombreux de francs-maçons se réunissait une dernière fois et publiait sous le nom du Grand-Orient la pro* clamation suivante :
c Francs-maçons de tous les rites et de tous les grades, la Cîommune, défenseur de vos principes sacrés^ vous appelle autour d'elle !
t Vous Favez entendue, et nos bannières vénérées sont déchirées par les balles^ brisées par les obus de ses ennemis. Vous avez répondu héroïquement I
€ Continuez avec l'aide de tous nos frères et de tous les compagnon* nages!
c L'instrueiian, que nous avons reçue dans nos respectables ateliers, dicta à chacun de nous le devoir sacré que nous avons à remplir.
< Heureux ceux qui tomberont glorieux dans cette lutte sainte ! »
Le Grand-Orient de France a après coup désavoué l'usage qui a été fait de son nom. Mais ce qui permet de mesurer la portée de ce désaveu, ce sont les adhésions que depuis lors les puissances maçonniques de l'étranger ont données à la Commune, elles qui n'avaient rien à ménager. Nous citerons ces importants documents dans un des chapitres suivants (liv. II, chap. XIV, S '^j (1) .
Quant à la Maçonnerie française, son action fut plus décisive en faveur de la Révolution, mais sur un autre terrain.
(1) Voyes les récits do co6 manifestations dans les Journauz imprimés à Paris É catto époqae et dans une brochure intitulée : Les Ftana^maçom et la Commune dé ^>Hi, par un franc-maçon M.*. Denfn 1871. V. aussi ÏBnquéte pariementailre sut CteNTieMMi du §8 mat», tome ni. p, tôt. 2(6.
<|24 LA REPUBLIQUE DE 1870 ^ r * ' '
En effet, dès le commencement de la Commune un grand nombre de loges de province adressèrent des pétitions menaçantes à TAssemblée pour lui demander la conciliaticm^ la proclamaHon des franchises communaUs et de la république (1).
Ce que l'Assemblée ne leur accorda pas, M. Thiers le leur promit et il réalisa cette promesse.
M. Thiers est désormais Thomme qui va sauver la Révolution.
Par un étrange aveuglement leshonmies religieux Tavaient porté au pouvoir par leurs multiples élections. Mais M. Thiers était toujours resté fidèle à son serment de chevalier Kadosh (v. liv. II, chap. VIII, S 5)> et Ton n'aurait pas dû oublier les paroles qu'il prononçait le 17 janvier 1848 à la Chambre des députés :
c On dit que les hommes qai viennent de triompher en Suisse sont radicaux ; car on croit avoir tout dit en les accusant de radicaHsme.
« Je ne suis pas radical ; les radicaux le sairent bien, filais entendes bien mon sentiment : n suis du pabti de la Râyolution, taht en feam ob
QU*BN EUROPE.
« Je souhaite que le gouvernement de la Révolution reste dans les mains des hommes modérés ; mais quand le gouvernement passera dans les mains d'hommes moins modérés que moi et mes amis, dans les mains des hommes ardents, Je n'abandonnerai pas ma cause pour oela, je serai towooes