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DU PARTI DE LA RÉYOLUTION

Voilà M. Thiers tout entier : il n^était pas communard, mais il préférait la Commune à la monarchie légitime. Lui-même, quand son travail dUntrigues fut plus avancé, s'est vanté, dans un discours à l'Assemblée le 29 novembre 1872, d'avoir pris vis-à-vis des délégués des syndicats parisiens et des conseils municipaux de plusieurs villes, au mois d'avril 1871, l'engagement formel de maintenir et de consolider la république^ pour prix de leur abstention entre la Commune et le gouvernement (2).

Les loges maçonniques purent s'en rapporter à lui ; la Maçonnerie de province abandonna la Commune parisienne et M. Thiers triompha à la fin de l'insurrection.

(1) V. rapport de pôiltloas fait à l'Assemblôe nationale, 16 décembre 1871. En^ quéle parlementaire sur Vinsurrection du i8 man, 1. 1, p. 360, 515. 550, 558, 559.

(2) Oatra la séance citée, t. le discours de M. IforUmeE^Ternaux dans les séances des 10 et 11 mai relatif à la proposition de loi de MM. de Lorgeril et de dotré sur la portée de cet engagemeni, et le rapport de la 18« oommission d'initiative parlemeniaire. Un Jonr aussi on nous expliquera pour quelles raisons Thiers se déclara le protecteur de Rochefort. Après avoir retardé auUnt que possible son dépari pour la Nouvelle-Calédonie, il Vj suivit et l'y couvrit de ses honUs, selon les propres «xpreiaioiii de oo dernier (V. Doeumeni annexé J).

VirnSC DB hK HS8T4UIUTX0N 1|0)«4RGHIQU8 495

IIL ~ VÉÇaSQ DB LA RESTAimATION MONARGQIQUS

Une fois maître de la situation, M. Thiers laissa la propagande révolutionnaire se déployer de nouveau sur le pays. C'est à la pression de ses agents que fut dû le succès d'un certain nombre d'élections républicaines, le 2 juillet 1871 . Mais surtout il employa les remarquables facultés de son esprit à désagréger la majorité royaliste de l'assemblée, à soulever des déflances entre des hom« mes que tout rapprochait, et à envenimer les situations.

En vain l'Assemblée nationale, par l'acte du 24 mai 1873, reprit* elle possession d'elle-même, le mal était fait en grande partie et la restauration monarchique ne se posa plus avec la simplicité, qui l'imposait à tous à Bordeaux en février 1871, à Versailles es mai 1871.

Notre cadre ne comporte pas le récit des événements qui firent échouer, en novembre 1873, la restauration de la vraie monarchie.

L'heure de l'histoire n'est pas encore venue ; elle révélera sans dente, à côté d'hommes égarés par les préjugés du Catholicisme libéral, la main d'habiles sectaires, cherchant à imposer une fois encore à la royauté le régime bâtard qui avait acculé la Restauration dans la charte et consolidé l'œuvre de la Révolution à la faveur des mensonges du régime parlementaire.

Nous devons seulement constater la vive opposition que fit au rétablissement de la monarchie M. de Bismarck. Les débats providentiels, pouvons-nous dire, du procès d'Arnim nous ont révélé le puissant intérêt qu'il attachait à écarter du tréne de France le prince qui eût pu le mieux relever sa grandeur.

Il ne cessait de redire dans ses dépêches : « que V Allemagne n'avait à redouter ni la république, ni l' empire ;qjae son intérêt était ^pjte la France restât faible etsa^is alliés; que la république etj à défaut de la république^ l'empire était le régime sous le^ quel la France parviendrait le moins à se relever ; que la France fnonarchiquement constituée serait v/n danger pour l'empire d'Allemagne parce que la mona/rchie serait capable de conduire des alliances... » Tous les hommes d'État, tous les journaux allemands n'ont cessé de répéter « que le régime quij en s' acclimatant en France j ferait le mieux les affaires de la Prusse^ était le régir ^M républicain. »

45Ô lA RÉPUBLIQUE DE 1870

L'éventualité d'une restauration bonapartiste au cas où la ré* publique ne pourrait pas se maintenir, était, on le voit, soigneusement ménagée par nos ennemis et servie par eus avec discrétion •

M. d'Âmim écrivait au chancelier le 6 mai 1872 :

c Nous ne devons pas repousser les tentatives bonapartistes pour en« trer en connexion avec nous. Ils sont de tous les partis le seul qui cher* CHB ouvertement NOTRE APPUI, et quî inscrit dans son programme U réconciliation avec l' Allemagne, b

Le 12 mai M^ de Bismarok répondait :

t Le parti impérial bonapartiste est probablement celui avec I*aide duquel on pourrait encore se flatter le plus raisonnablement d'établir des rapports tolérables entre TAllemagne et la France. »

Il recommandait en conséquence de ne faire «r quoi que ce soit qui puisse TaiTaiblir, lui nuire aux yeux de la nation ou rendre, sa position plus difficile. »

Restauration bonapartiste ou république, voilà ce que M. de Bismarck travaillait à établir en France ! ce Ni Bourbons^ ni Or-lécmsj » disait-il un jour devant son compagnon de table, le d' Busch. Plus tard , en voyant la république et les républicains faire si bien son jeu, il s'écriait avec son cynisme politique que « la Fra/nce avait V agonie folâtre !!! »

Quelques années après, quand Mac-Mahon, le 16 mai 1877, eut une velléité d'échapper au courant révolutionnaire dans lequel il s'était placé, toutes les forces de la Révolution cosmopolite et notamment la presse libérale et les loges maçonniques de TAlIemagne se sont alliées aux 363 députés de la gauche et ont fait avec eux la campagne électorale qui a abouti au scrutin du 14 octobre 1877 et à la soumission du maréchal.

L'attitude des loges maçonniques de France et d'Allemagne el l'action de M. de Bismarck après le 16 mai 1877 sont trop iden* tiques avec leur attitude et leur action au moment où la restauration monarchique se préparait, pour que nous ne l'ayons pas dès à présent constatée.

Mais n'anticipons pas davantage et exposons les évènemoits si importants de l'année 1873.

Les sociétés secrètes du monde entier s'étaient concertées dans le plus grand mystère pour empêcher à tout prix ravènenient a«

^ L^ÉGHEG DX hk RJfiSTAUAÂTION VONÀRCHIQUB 427

trtne d^Henri V. Nous trouvons la trace de leur action dans un document bien étrange au premier abord, mais dont la suite des événements a démontré la véracité.

Au mois de novembre 1872 le journal V Univers reçut d'une source très-sûre une série de communications fort précises sur un conciliabule secret des sectes, qui s'était tenu les 29, 30 et 31 octobre 1872 à Locarno, où étaient réunis les principaux chefs de la Maçonnerie italienne. Là étaient présents : Philippe Cordova (Orient de Rome), de Franchi (Orient de Naples), La Vaccara (Orient de Palerme), André Giovanelli (de Florence), Alb. Mario (de Turin), Quadrio (de Gènes), Félix Pyat (pour la France), Kossulh (pour la Hongrie), Klapka (pour la Suisse), le général Etzel (pour la Prusse) : autant de personnages très-importants, comme on voit. Le général Etzel ouvrit la séance en proposant les trois objets de délibération suivants : 1® une guerre entre la France de Thiers et l'Italie, placée alors sous le régime de la Cons(yrteriay serait-elle utile à la démocratie ? 2** quels principes de* valent présider à la constitution d'un gouvernement provisoire m France sous la dictatwre de Gambetta ? 3" quel nouveau culte devrait remplacer le Catholicisme ?

Dans une lettre de Gênes du 12 novembre 1872, publiée dans YUniversdxx 19, ce correspondant donnait les indications suivantes sur la situation du parti révolutionnaire en Europe :

< A Gênes comme à Venise et à Milan, où je me suis arrôté en rêve* nant de Genève, les frères et amis, aussi bien que le gouvernement, ignorent ce détail ; seulement ils savent ce qu'il y a à faire et se ticn« nent prêts. C'est sur U mouvement des radicaicx français que l'on compte €t sur l'argent des prussiens. M. Félix Pyat a donné des assurances positives et un de vos radicaux les plus importants' est lié par des engage* ments qu'il ne pourra jamais rompre.

• Le général Etzel n^a pas été moins explicite, et M. de Bismarck est intéressé plus qu'on ne pense à travailler dans le sens de la démocratie. Pour le moment l'Allemagne demeure forcément en dehors du mouvement républicain ; mais la raison en est très-simple : elle n'a pas achevé 6on unité. Le grand chancelier a fait une grosse besogne, et quelque pressé qu'il soit, il lui faut du temps. Or, pendant que la France, l'Italie, l'Espagne, tout le monde latin enfin sera dans les convulsions d'une transformation sociale, il accomplira plus facilement, croit-il, les exécutions souveraines qu'il a méditées et portera le dernier coup à l'empire d'Autriche. Gela fait, enverra l'Allemagne entière acclamer la république et envoyer promener le vieux Guillaume,

42Ô LA RIÊPUBLIQUE DE 1870

€ Je ne dis pas que M. de Bismark ne veuille pas jouer les italiens et les français ; mais qu'il y prenne garde. Le général Etzel, tout en lui ren* dant hommage, s'est expliqué carrément sar son compte : il II est à nous c entièrement, a-t-il dit, et le jour où nous le verrions titubant, nous M € retirerions notre confiance. Il le sait trèS'bien. »

c Les républicains italiens se préoccupent beaucoup des projets de réunion au Golysée. Gomme j'exprimais tout à l'heure quelques doutes à l'un des plus intimes partisans de Garibaldi, il m'a dit :

c Dans cette réunion générale du Golysée nous avons deux choses en « vue : la première, de mesurer nos forces, de constater le développec ment moral de nos idées, de connaître le degré de l'enthousiasme de < la masse, enfin de savoir ce qu'on peut en tirer pour l'action ; la se- € conde, de nous révéler aux yeux du monde comme un parti paissant c et de nous poser comme une autorité constituée en face des consorts. c On ne peut rien tenter pour le moment, et nous n'en avons pas le c dessein. Nous resterons sur le terrain de la légalité stricte. Lanxa et c les consorts seraient trop heureux d'un prétexte pour attenter à nos c droits et rendre vaine l'œuvre de notre jeune dômocrati». Mais nous c ne leur donnerons pas cette satisfaction. Il nous suffit de nous affir* c mer. »

Les événements subséquents ont confirmé en partie ces indications. Les consorts ont été chassés du pouvoir en Italie et remplacés par des hommes beaucoup plus avancés. Mais l'Autriche n'a pas encore été attaquée. M. de Bismarck s'est montré fî(ubcmtf et les sectes lui ont retiré en partie leur confiance ou an moins Ten menacent. (Liv. II, chap. XI, S 5 et 7.

Aussi bien ces complots étaient-ils noués en prévision d'une restauration monarchique en France. L'aveuglement des parle^ mentaires l'ayant fait échouer un an après, l'avènement légal de Gambetta à la dictature fut dès lors un fait inévitable, que tout le monde devait prévoir, et les sectes ont pu recourir à des procédés moins périlleux qu'une guerre européenne s'appuyant sur une insurrection communaliste.

Mais revenons aux événements de 1873 et nous allons voir que le mouvement des radicaux français j annoncé avec tant dé précision dès le 12 novembre 1872, fut bien près d'éclater.

Tandis que la presque unanimité du pays acclamait par avance la restauration de la monarchie, sans se préoccuper des intrigues qui s'agitaient dans certains groupes parlementaires infatués de leurs utopies constitutionnelles et surtout de leurs intérêts person* nels, au mois de septembre un vaste complot} se ramifiant daog

Ts^ÉCEOC 1>É LA RBSTAUIUITIOK MONARCHIQUE 429

tout le sod-est de la France, se formait pour s'opposer par la

force à la décision de l'Assemblée nationale et lever l'étendard de

la guerre civile.

Récemment le jonmal La Révolution française^ dans son n* du

i^mai 1879, à propos d'un article de M. Littré, a clairement désigné M. Oambetta comme étant à sa tête. Voici ses propres paroles :

« De ce que la républifpie a pu échapper aux coupe-jarrets du 23 mai i873« M. Littré conclut qu'il était bien inutile de la défendre en

c Point n'est besoin de discuter sérieusement une assertion aussi peu eérieuse. Mais nous aimerions à savoir ce que peuvent en penser Monsieur le comte de Ghambord, que son refus d'accepter le drapeau tricolore a seul empêché de devenir Henri Y, et M. Gambbtta qui, en pr^ xmùn de cette éventualité, avait préparé et organisé sur toute la surface du territoire et jusque dans Vaxhée une insurrection auprès de laquelle l'intur» notion du iS mars n'but plus éré qu'un jeu d'enfant (1). »

Le journal attitré de M. Gambetta, la République française^ à qui cette^ interpellation était adressée, n'a jamais répondu à cette interpellation. Nous ne pouvons donc savoir dans quelle mesure M. Gambetta à pris part à l'exécution de ce plan.

Mais nous connaissons, par des débats judiciaires authentiques, les crimes par lesquels les agents inférieurs de l'insurrection républicaine comptaient débuter.

Dans le département de Sadne-et-Loire, une bande d'insurgés devait enlever au château de Sully la marquise de Mac-Mahon, parente du maréchal, et la détenir à titre d'otage. L'instruction des procès, qui furent faits plus tard contre les auteurs de ce complot, 'établit qu'il avait eu pour noyau les francs-maçons de Saône-et-Loire.

Un magistrat éminent chez lequel le courage civil égalait la

valeur militaire, M. Robinet de Cléry, était alors à la tête du

parquet de Dijon, et la fermeté avec laquelle il a fait la lumière

sur l'ensemble de cette affaire et sur ses ramifications l'a désigné

à la haine du parti radical; mais il n'a pas pu dépendre de ce parti

&e taire disparaître les constatations judiciaires faites dans leurs

seatences par le tribunal d'Âutun et la cour de Dijon, lia réunion du mois de septembre 1873, dit en substance le tri-

OlBapiodoil par l'e^AiMTf du 14 mai 1879.

4âd LA RléPDBLIQUB BB fSM

bunal d'Âutttn, n'était que l'exéeutiondu programme da^oomMé eaftral républicain radical. L'un des buts reconnus de ce comité était de manifester en toute occasion, de faire au besoin appela l'insurrection. En effet, Josserand se joint à la réunion du Greusot, présidée par le représentant Boysset ; il y proclame le devoir de soutenir la République, même à coups de fusil... Les poudres ot munitions de guerre, détenues par Alemanus père et fils, étaient une réserve, un moyen d'action plus ou moins efficace le jour où le comité central républicain radical viendrait à réaliser les mao^ vais desseins de faire appel à l'émeute.

Dans toutes ces réunions on voit toujours M. Boysset, qui était vénérable de la loge maçonnique de Chàlons et député à l'Âssem* blêe nationale. C'est cette dernière qualité qui a empédié de le comprendre dans les poursuites (1).

Un des prévenus est condamné pour ses agissements lors de la rév/nion tenue dans V arrondissement par le citoyen Boysset. « Après s'être joint aux chefs du comité qui provoquaient des réunions à AutuD, Épinac et ailleurs, il donne à son tour desinstruc* tions pour tenir une réunion au Creusot. A cette réunion dont il fait les honneurs au député Boysset, il est acGompagné*de Josserand, et, conformément au but que se propose le comité républi-

(1) Un incident de l'audience de la cour d'appel de Dijon, du 13 octobre 1874, a constalô authoQtiquemont la part que les loges maçonniqneB avaient prise au complot et l'action qu'elles continuaient à exercer en faveur des prévenus. Nousciloos (eituellenient, d'après la OagitU des Tribufiauœ du 15, la déposition du nommé Pierre Jamcat, ftgé do 37 ans. maçon de son métier, demeurant à St-I4ger-da-BolB« qui déclare ce qui suit :

a Le 17 novembre dernier, Je crois, Jour où Talfoire Guinot a été Jugée, sur oppo* sitioo, par le tribunal d'Autun, Je me suis rendu dans cette ville par le train de 9 heures du matin. À mon arrivée. J'ai suivi la rue de la Oare. A une cftrtaina dis-» tance de la station, J'ai vu un Individu trôs-bien mis qui me faisait des signée. Croyant qu'il faisait erreur. J'ai continué mon chemin sans lui prêter attention ; Q est venu à moi et m'a dit : f Je suis flrane-maçon. i Gomme Je ne savais oit il vouhàt en venir, Je lui ai répondu j c Et moi aussi, je suis maçon^ mais Je croie que toiiv faites erreur. • Il m'a alors dit, en me frappant sur Tépaule : c Je vous pranaie pour l'individu qui a fait le coup, i Je lui ai répondu : « Vous vous trompez, Je ne sais ce que vous voulei dire. De qui parlez-vous ?» Il a repris : f Je parle de Gharlet, qui a vendu le secret ; est-il à Autuu 7 i Je lui ai dit que Je n'en nveis rien. Il m'a alors déclaré que deux des inculpés avaient été cachés pendant plutieare nuits dans une cave & Autun, qu'on leur avait donné dee secours, qu'ai:^oard*hu| ils étaient en Suisse, od ils ne manquaient de rien, parce qu'on leur faisait pesaor de Targent.

Quant à Chariot, U m'a dit t « Il nous a vendus, eC si nous pouvons le preodf«| làous le tuerons. »

VàCBSC W^ hk RSSTA&RATIOH MONARCHIQUE 431

Clin nuMcal, on y arrête la réaolulioa de résister, fi%imepar lef &rme$, à toutes les tentatives des partis monarchiques.

«L'insurrection n'est plus seulement un droit, disaient publique* ment le 7 octobre les journaux de Saône-et-Loire, c'est le plus sacré des devoirs. Or, aujourd'hui tous les républicains sont disposés à faire le leur. Nos représentants républicains font la veillée des armes; M. Boysset parcourt l'Âulunois... »

Le jugement d'Autun, confirmé par arrêt de la cour de Dijou à la suite de débats contradictoires dans lesquels les prévenus ont été défendus par M. d'Âzincourt, du barreau de Dijon, M. Margne, du barreau de M&con(l), M. Leven, du barreau de Paris, déclare < que les faits constatés, en ce qui concerne le conciliabule de Sully, ont acquis une nouvelle force aux débats ; que les dépo* sillons des témoins Chariot et Berret ont été corroborées par les aveux échappés à Guinot ; que ce dernier a, en effet, déclaré que les propositions faites à Chariot lui avaient rappelé les horreurs de la Commune, et qu'il en avait été comme foudroyé ; qu'il n'est plus possible aux prévenus de contester les détails fournis par Chariot et par Berret sur cette entrevue sinistre du cabaret Jeannin : la guerre civile annoncée pa/r eux comme immirheniCy la résolution de s'emparer de la marquise de Mac-Malion et d'en faire un otage j les renseignements pris sur l'époque de sa pré* sence au château^ sur les hommes qui pourraient se charger d'y pénétrer y toutes circonstances qui montrent la société à l'œuvre, les chefs faisant leurs préparatifs et concertant leurs projets pour nne exécution prochaine. »

— Qu'a voulu Guinot ? s'est écrié M. Margue en terminant sa plaidoirie : le triomphe de la république. Si c'est là un vœu cri^ iDinel, tous les républicains sont coupables, et il faut tous les amener sur ces bancs (2).

H. Margue avait raison : tous les chefs du parti radical étaient engagés dans cette conspiration (3).

0) M* Hargne est devena depnii Ion député et t^mi aeqnle à la Chambre une

notodélé d'an eanctàre tout particolier.

P) V. les débttto du complot d'Autun dans la GiueeUê des tribunauw des 30 w* ^n, 1, 8, 13, 28, novembre, 15, 16, 17, 18 décembre 1873.

(9) M. BoyMet, le vénérable de la loge de DQon, n'a pas oublié, malgré l'impo* iHèque loi a assurée sa qualité de député, les maglstrots qui l'avaient condamné, n n'& pas eu de repos Jusqu'à ce qu'il ait obtenu la destitution de M. Robinet do C^f et Jusqu'à celle d'un modeste Juge de paix lorrain émigré, M. Gurique, qui avilt eoacouru à rinstruction du procès d'Âutun. Mais sa vengeance va plus loin, «* U t^eit tkU i la Chambre des députés le promoteur d'un projet quldétroil oon^ >^**ww»t h magistatoie ea tnspeadant rioamoviblté de ses membree,

432 LA R^PUBLIQUB DB 1870

Le même complot se ramifiait à Lyon et avait pour point d*appui les sections de Vlntemationale. La guerre sociale devait éclater en même temps que la guerre civile. Le réquisitoire présenté par M. Boissard, procureur de la république au tribunal correctionnel de Lyon, a parfaitement montré comment toutes les associations politiques républicaines s'étaient à ce moment étroitement unies à Tlntemationale, pour résister par une insurrection au rétablissement de la monarchie (1).

Autre détail caractéristique de l'action des sociétés secrètes : les meneurs du complot d'Âutun, les frères Bontemps, du Creuzot, deux chefs de Tlnternationale, osèrent s'adresser à uh ami des princes d'Orléans, M. Michon, pour leur proposer de se mettre à leur service^ s'ils voulaient s'opposer à la restauration du roi légitime. Cette démarche resta naturellement sans résultats ; mais elle rappelle celles que firent en 1815 et en 1817 les Lafayette, les Pontécoulant, les Teste, demandant pour roi aux souverains alliés même un prince de Nassau, tout plutôt que les Bourbons t (2) (Liv.II,chap.VIII,S2.)

Les frères Bontemps furent, après l'éclat du procès de Dijon, abandonnés par leur parti comme des gens trop compromis ; mais ils n'avaient fait que suivre dans l'ensemble de leur conduite, sinon dans leurs démarches stériles auprès des prince d'Orléans, la direction donnée par les chefs de Vlntemationale.

Voici en eflet un article que publiait la Liberté de Genève, or^ gane autorisé AeV Internationale^ immédiatement après le 24 mai, et qui jette un grand jour sur la marche ultérieure des évène* ments en France et en Espagne :

€ ... Le 24 m&i est inséparable du socialisme, puisqu'il n'est fiait que contre le socialisme. Nos amis dans toutb l'Eubopb en ont restenH U contre-^oup, alors que les politiques purs dans les divers pays européens n'ont accordé à ce fait qu'une importance secondaire... Au roND, il m'y A DE TOucHft QUB MOUS. .. Lô socialistne est politiquement vaùieu en France. . . Noos demandons seulement s'il faut continuer à tout prix 1$ mouvenutU parisien et espagnol, MALORâ qu'il soit coupé net par le 24 mai, ou bien s'il est préférable de quitter momentanément la partie pour nous réor« ganiser à fond.

C'est notre devoir de conseiller an socialisme le repos» pour qu'il

(t) V. 00 réquisitoire reproduit dans U OoMêlU de Franm dst 29 aC «4 avril tt74. (S) Cet incidant particulier du prooèa de U société soerèlo du Creoaol a él4 le* lalé daas Vidio de MoenêHt^JMre du 15 oelobra ia74»

l'êciiec de la restauration monarchique 433

conserve au moins toutes ses forces. Tant qu'une bataille n'est pas perdue, le dernier des généraux, marchant au bruit du canon et se jetant dans la mêlée, peut changer la situation. Mais quand la journée apositi" vemntmal tourné, une bonne retraite, qui sauve le plus de forces possible, est encore la résolution la plus sage. La révolution espagnole arrivant au moment de la Commune eût tout sauvé. Elle pouvait encore réussir il y a un mois, si Lyon et le midi de la France s'étaient détachés du nord pour suivre l'Espagne et entraîner l'Italie. Mais maintenant que lb

24 MAI A BËUr*SI, PLUS MÊME QUE SES AUTEURS NE POUVAIENT L'eSPÉRER, c'est à

nos amis d* Espagne mêmes que nous sommes obligés de recommander la prudence, et qu'ils ne jouent nulle part le tout pour le tout. Et pour ceux qui, comme les Belges, auraient tout à faire sans espoir de soutien, de quelque côté que ce soit, ce leur est une nécessité de mordre leur frein (l).

Une fois la monarchie écartée, Ton put voir de quel côté seprôcipileraieut les événements.

La Franc-maçonnerie eut la chance d'avoir dans le duc Dccazes uû représentant auprès du maréchal Mac-Mahon. M. Decazes a eu Tart de se maintenir au ministère des affaires étrangères depuis le mois de novembre 1873 jusqu'au mois d'octobre 1877, Allié avec M. Léon Renault, alors prôret de police, et se servant habilement de ses relations personnelles avec M. Emmanuel d'Harcourt, secrétaire général de la j)résidence, M. Decazes a exercé une influence prépondérante sur la marche de la politique intérieure dans plus d'un incident sur lequel la lumière se fera plus tard. Passant successivement d'un ministère réactionnaire à un ministère de gauche et vice versa, il a été définitivement éliminé de la vie politique en décembre 1877, et a succombé dans une candidature au Sénat sous le sentiment qu'inspirent les hommes qui ont un pied dans les camps les plus opposés. Or, comme son père (liv. II, chap. VIII, § 2), M. Decazes est franc-maçon. A l'occasion de cette candidature, le Mande maçonnique a bien su lui rappeler sa qualité en publiant la note suivante dans son n** de janvier 1 878 :

« C'est le 22 septembre 1829, dit le procès-verbal de la loge Tireftir, de Bordeaux, qu'eut lieu la réception au premier degré du Lowlon Louis Decazes, duc de Glucksberg. Environ deux cents visiteurs du nte français, parmi lesquels figuraient les vénérables, assistaient à la tenue et consacraient par leur présence les premiers pas du récipiendaire. Tous confondaient leurs vœux pour voir un jour le nouveau frère devenir Vune des fortes colonnes de i'Écossisme. »

(l)ReprodaU par la QaziUe du Midi du 5 Juillet 1873.

Son passage aux affaires étrangères a été très-utile aux juifs de rOrient, dont il a servi les intérêts avec grand zèle (1) ; mais il a été particulièrement funeste à la cause du roi don Carlos, qui combattait le long des Pyrénées et avait sa ligne d'opération appuyée sur la frontière française. Bien des fois la neutralité de notre territoire a été violée au profit de ses adversaires. L'édiec de don Carlos était un des objets que poursuivait avec le plus d'acharnement la Franc-maçonnerie. En 1874, le Grand-Orient d'Italie adressa une circulaire dans ce sens aux Grandes-Loges du monde entier, pour leur demander de concourir à un effort combiné sur l'opinion publique contre le mouvement carliste (2).

La révolution de 1868 avait été faite par la Franc-maçonnerie, qui ne pouvait pardonner à la reine Isabelle l'appui qu'elle avait toujours cherché à donner à la papauté (3). La royauté d'Amédée, puis la république, furent autant de combinaisons essayées successivement >par les diverses couches de la Maçonne-

Ci) M Grémlenx» grand commandear da rite ôcossais aDcien accepté e( présidant de VAU^anee itraéliUuniverteUe^ a oommunSquô à^tous Us Journaux la lettre ani* Tante, ^e M. Oecazes lui adressait de Versailles, le 29 décembre 1876 :

a M. le sénateur,

c i*ai reçu l'exemplaire que tous m'avez fait l'honneur de me transmettre de Ta* dresse que V Alliance itraHite univendle a décidé de faire parvenir à lacouférenoa de Gonstanlinople, ainsi qu'un volume intitulé : La Situation du Itra&Uei en Ser» bie et en Roumanief et la lettre par laquelle vous me demandes d'intervenir aapràs de la conférence par l'entremise de Tarobassadeur de France près la Porte ottomane.

c Je me suis empressé d'écrire à M. le comte de Bourgoiog, suivant votre désir, ponr recommander i son bienveillant accueil M. Neter, que VAlUanee itraélite tmlvertdïe a ckargé d'agir en son nom^ et les sentiments du gouvernement français sur les questions qui la préoccupent sont assez connus pour que je n'aie pas besoin d'ijottter que l'appui de nos plénipotentiaires est assuré d'avance aux israélitea en Orientf dans les délibérations dont leurs intérêts et leurs droits ponnaicnt être l'objet.

f Agréez, etc. • Dieans. i

L'Union sjoulejudidensement :

c Nous aimons à penser que la diplomatie française ne perdra pas de vue le rôle qne les Israélites orientaux, pour la plupart sujets ou protégés de rAllemagiMy n'ont cessé de jouer depuis plusieurs années. C'est M. de Bismark, dont ils servent avec trop de persévérance et d'activité les desseins, qui est leur protecteur naturel; il appartient donc aux représentants de l'Allemagne àHntervenir, s'ils le jugent à propoa, auprès de la Porte» dans l'intérêt de ces infatigables pionniers de- l'idée allemande. »

(2) Fait cité parle Cathdie World, match 1878, ItaUan documuUi offremtu^ tonry,

(3) Yoid ce qu'écrivait, peu après la Révolniion de 1868, on Jonmal maçonnique Bi Univmalj dté par VUninen du 16 octobre 1868 i

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