‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 12 sur 151 · ATTAQUES DES PHILOSOPHES CONTRE L'ORDRB SOCIAL · texte numérisé non relu

ATTAQUES DES PHILOSOPHES CONTRE L'ORDRB SOCIAL

qui avaient enseigné le tyrannicide en certains cas ! On serait infini si on voulait rapporter tous les cris de fureur et de haine, qui, sortant des antres maçonniques, éclataient de toutes parts e^ allaient, chez tous les peuples de TEurope chrétienne, inoculer Fesprit de haine, de sédition, d'impiété et de révolte. La provocation et l'insulte s'adressaient tour à tour aux rois et aux peuples :

c Tigres déifiés par d'autres tigres, vous croyez donc passer à la pos« térité ? oui, en exécration.

c Fléaux du genre humain, illustres tyrans de vos semblables, rois, princes, monarques, chefs, souverains, vous tous enfin qui, vous élevant sur le trône et au-dessus de vos semblables, avez perdu les idées d'éga« lité, d'équité, de sociabilité, de vérité, en qui la sociabilité, la bonté, le germe des vertus les plus ordinaires ne sont pas même développés, je vous assigne au tribunal de la raison... Si ce globe a été votre proie et que vous en dévorez encore aujourd'hui le triste héritage, c'est à la stupidité, à la crainte, à la barbarie, à la perfidie, à la superstition que vous en êtes redevables. Voilà vos titres... Descendez de votre trône, et, déposant sceptre et couronne, allez interroger le dernier de vos sujets ; demandez-lui ce qu'il aime véritablement, ce qu'il hait le plus. Il vous répondra à coup sûr qu'il n'aime véritablement que ses égaux et qu'il hait ses maîtres (1). i

c Qu'est-ce donc que cet imbécile troupeau qu'on appelle nation ? Peuples lâches, imbéciles troupeaux, vous vous contentez de gémir quand vous devriez rugir ! peuples lâches, stupides, puisque la continuité de Toppression ne vous donne aucune énergie, puisque vous êtes par millions, et que vous souffrez qu'une douzaine d'enfants appelés rois, armée de petits bâtons, appelés sceptres, vous mènent à leur gré, obéissez, mais marchez sans nous importuner de vos plaintes, et sachez du moins être malheureux, si vous ne savez pas être libres !

« Sages de la terre, philosophes de toutes les nations, faites rougir ces milliers d'esclaves soudoyés qui sont prêts à exterminer leurs concitoyens aux ordres de leurs maîtres. Soulevez dans leurs âmes la nature et l'humanité contre ce renversement des lois sociales. Apprenez que la liberté vient de Dieu, l'autorité des hommes» Révélez les mystères qui tiennent Punivers à la chaîne et dans les ténèbres, et que, s'apercevant combien on se joue de leur crédulité, les peuples éclairés vengent la gloire de l'espèce humaine (2). >

c Environnez-vous, tyrans, de vos nombreux satellites ; la vérité se

(I) Stfiièmê raitonnable, p. 7 et 8.

('/) Bieloire philoiophique, t. I, UI, IV, passim^

38 LÀ PROPAGATION DE LA FrANG-HAÇONNERIB

fera jour au milieu d'eux ; elles vous atteindra sur vos trônes pour vous en précipiter... pas de aois, pas de pbAtbbb, ce cri de la raison et de la liberté se fera entendre d'un pôle à l'autre ; il sera répété du Mexique au Japon. Délivré de ces deux fléaux» le monde n'ofTnra plus qu'un peuple de frères (1). »

c 0 scélérats, monarques ou ministres qui vous jouez de la vie et des biens des peuples ! £h quoi 1 il ne s'élèvera pas sur la terre des hommes qui vengent les peuples et punissent les tyrans ! 0 peuples avilis, connaissez vos droits, toute autorité vient de vous, toute puissance est la vôtre I Vainement les rois vous commandent de par Dieu et de par leurs laquais ; soldats, restez immobiles I (2) s

Toute la correspondance de Voltaire et des encyclopédistes révèle le but politique qu'ils poursuivaient par cette propagande purement doctrinale en apparence.

c Tout ce que je vois, écrit Voltaire au marquis de Ghauvelin, jette les semences d'une révolution qui arrivera immanqiMblemsnt et dont je n'aurai pas le plaisir d'être témoin. Les Français arrivent tard à tout, mais ils arrivent. La lumière s'est tellement répandue de proche en proche qu'on éclatera à la première occasion, et alors ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont bienheubeux, ils verront de belles choses. »

La Harpe, Marmontel et Ghamfort, tous trois confidents et complices alors du travail maçonnique contre les rois et les prêtres, eurent donc raison, à la vue de la Révolution française, d'écrire dans le Mercure^ dont ils étaient les rédacteurs, ce témoi* gnage célèbre :

c Voltaire n'a point vu tout ce qu'il a fait, mais il a fait tout ce quô nous voyons»,. Le premier auteur de cette grande révolution^ qui étonne l'Europe et qui répand, de tous côtés, l'espérance chez les peuples et Vinqtâé^ tude dans les cours, c'est sans contredit Voltaire, C'est lui qui a fait tomber le premier la plus formidable barrière du despotisme, le pouvoir religieux et sacerdotal. S'il n'eût pas brisé le joug des prêtres, jamais on n'eu brisé celui des tyrans. L'un et l'autre pesaient ensemJ>le sur nos têtes, et se tenaient si étroitement que, le premier une fois secoué, Vautre devait l'être bientôt (3). >

c Je suis presque fâché, écrivait d' A lembert à Voltaire, quand j'apprends, par le public, que vous avez donné, sans m'en rien dire, quel'^ que nouveau camouflet au fanatisme et à la tysannie^ sans préjudice de

(1) Bnai sur les préjugés, p. 23*

(2) Volnoy, Ruines»

(3) Mercure, 7 août 1790.

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