VIII. — Les lois Ferrt
Le F.'. Macé disait le 18 janvier 1879 à l'assemblée générale de la ligue :
« Le sort de notre œuvre est si étroitement lié à celui de la républi* que que la seule approche de cette majorité sénatoriale, qui allait don* ner la consécration définitive à l'institution républicaine, a suffi pour précipiter le mouvement, qui a chez nous son point d'appui central, i
Ce mouvement a commencé le 7 mars 1879, par la présentation des projets de loi auxquels le F.-. Ferry a attaché son nom...
Avant d'établir renseignement obligatoire et sans religion, les hommes de la Maçonnerie^ sachant bien que la grande majorité des pères français fuirait de pareilles écoles, ont voulu détruire renseignement libre.
On a pu voir déjà la fougue d'impiété (liv. I, chap. II, S 13) et l'ardeur maçonnique du F.-. Ferry. Non content de sa manifestation de positiviste à la loge la Clémente Amitié y il n'avait pas cessé de donner aux loges des gages de son dévouement. En 1876 nous le trouvons faisant devant le cercle senonais (Vosges) de la Ligue de V enseignement une conférence que le compta' rendu de la Liguée analyse ainsi :
c II a fait sentir l'utilité de la ligue, en raison des cercles catholiques d'ouvriers qui se multiplient en France, et dont les fondateurs ne dissimulent plus le but : abolir les bienfaits de la révolution du siècle der* nier et revenir aux lois et coutumes du moyen-&ge. »
Le F.*. Ferry était donc digne d'être l'homme des loges et il méritait de longue date la confiance que le F.*. Madier de Montjau lui a témoignée personnellement et à l'exclusion des autres ministres, dans son discours-programme du 16 mars 1880.
Mais exposons l'économie de ces projets de loi. Le premier supprime les quelques représentants de l'enseignement libre et des grands corps de l'État qui avaient place dans les conseils académiques et le conseil supérieur de l'instruction publique. Il livre ainsi à l'arbitraire d'un conseil uommé exclusivement par le ministre tous les droits des citoyens dans l'ordre de l'enseignement.
Le second étouffe, par une série de dispositions fiscales bypocri-
LBs LOIS Perry 477
tement combinées, les Facultés et Universités libres créées en ^erta de la loi de 1875. Il voulait de plus proscrire de tous les ordres de l'enseignement, primaire, secondaire et supérieur, les maîtres appartenant à des congrégations religieuses non autorisées. Or il se trouve que jusqu'ici les congrégations religieuses ont seules pu, par la force de leur organisation et par la pauvreté volontaire de leurs membres, lutter contre les écoles de rÉtat qu'alimentent six à sept mille bourses et un budget croissant toujours. Et, comme l'État a refusé systématiquement l'autorisation, qui en fait des personnes civiles, à la plupart de ces congrégations, qu'il peut à sa volonté et sans motifs retirer cette autorisation à celles qui^ comme les frères de la doctrine cbr^jtienne, l'ont obtenue, l'enseignement libre aurait été tué d'un seul coup. Cesdispositionsoppressivesmenacent l'enseignement des filles aussi bien que celui des garçons, et déjà la persécution officielle a commencé contre les humbles fillçs qui, sous le nom de béates^ assurent depuis des siècles les bienfaits de l'éducation aux populations déshéritées des Cévennes.
En présentant ce projet de loi, le F.*. Jules Ferry a compté sur la Ligue de l'enseignement et les loges maçonniques pour assuier son triomphe et se maintenir au ministère. Nous en saisissons la preuve dans quelques écrits et pièces authentiques, qui ne révèlent encore qu'une faible partie des manœuvres des loges et de la ligue d'enseignement :
Dès la présentation des projets de loi, la Ligue de renseignement se mettait en campagne ; le cercle central parisien, puis les cercles locaux adressaient successivement leurs félicitations au ministre, et en réponse à une de ces manifestations, le F.'. Ferry écrivait à son président, le F.*. Macé :
c Monsieur, j'ai reçu l'adresse que vous avez bien voulu me transmettre au nom des sociétés d'instruction populaire de l'est. Je sais que ces sociétés ont contribué pour une large part à éveiller dans dos populations l'amour de Tinstruction et les sentiments républicains. Je ne suis donc pas étonné de les retrouver debout pour soutenir le gouvernement dans son ceuvré. Ce n'est pas la liberté, mais le privilège, que visent les récents projets de loi, et si je compte sur leur succès, c'est que je suis assuré qu'ils répondent, comme vous le dites, aux vœux de la France républicaine tout entière.
c Le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts,
ce Jules Ferry (i). »
(I) Cilé par VUniven du ?6 avril 1879. «
47d Là RtfpUBUQUB DS 1870
Partout les loges ont multiplié les confArenoes eu Civeur étÉ projets de loi (1). La Chaine d'Union nous apprend que, le 5 avril, le F.'. Gambini, vénérable de la loge La Parfaite Sincérité^ a fait à Marseille une conférence, où il a monM
« Le F. *. Jules Ferry, ministre de Tinstraction publique, travaillant à rendre l'enseignement essentiellement laïque, au milieu des clabauderies, des attaques sans nom de toute la gent cléricale.
c Le F.*. Jules Ferry, qui a eu Tinsigne honneur d*étre initié à nos mystères en même temps que Tillastre Littfé, accomplit en ce moment le programme qu'il a lui-même tracé : Instroisons-nous, instruisons les autres.
c Mais, HUF.\ Môs Ferry pcursM ufu imnon asssivmiL&iBirr ma* goNNiQUBi il nous apparHmt, à noua maçont^ de le soutenir dam Vacoom^ plissement de sa mission^ et il faut qu'il sache bien que, s'il a devant loi une bande de réactionnaires cléricaux qui essaient de faire beaucoup de bruit avec le pétitionnement, il a aussi derrière lui une armée de réserve qui, pour être plus calme parce qu'elle se sent plus forte, n'en est fos moins prête à le soutenir, au péril de sa vie, »
Les indications suivantes, tirées du Monda maçonnique d'avril et de juillet 1879, montrent comment les loges de Paris s'effor^ cent de former Vopinion pubiique :
c L.'. Les Frères unis inséparables : Discours du P.*. Duhamel, chef du cabinet du Président de la République. Le F.*. Duhamel a viybmkiit
BZHORTi LBS MAÇONS A DONMBR TOUT LEUR CONCOURS AU OOUVBRNBMBNT.
C L.*. £ei Amis de la tolérance : De la question des laïques et des eongréganistes dans les écoles communales, par le F.*. Hovelaoque.
c L.*. L'École : Cauterie sur le divorce.
« L.\ Le Lien des peuples : Appridatione al eriUqaee sur le cUrkê» lisme, par le P.*. Gassmann.
c L.\ Les Rénovateurs de Clichy : De la différence entre VinetruMm Uâqueet l'instruction congréganiste, par le P.*. Albert.
c L.*. Union et PerséPéranee : Conférence sur Diderot, par deLinessan.
« L. *. Les Discales du Progrès : Des lois sur renseignement, par lê t.\ Gros.
€ h.\ Les Maçons réunis : Conftrence sur le Concordat, par le P. *. Roche. •— Conférence sur l'enseignement, par le F.*. Marmottan.
c L.\ La Par faite Égalité : Conférence sur l'éducation dans lessémi* natres, par le P.*. Renault
((, ta Ckaêne éCtfaiom, fovttMl de H MapmmrHe nslwrirfK nsi ItTti y. W%
LB8 LOIS PSRRT 4?d
t L.*. henaisumeê : Les Églites et l'ÉUt, par les FF.*. Boue, Dally^ Blémont, Gastagnary et Morin. — Des oongrégations, par le ¥.\ Castagoary.
Le 26 septembre 1879, une conférence est faite en faveur des projets Ferry à la loge Sincérité et Parfaite Union, à Besançon, sons la présidence du F.\ Oudet, sénateur (1).
Pendant le voyage que le F.-. Jules Ferrjr a fait dans le Bfidi es septembre 1879, pour trouver dans des manifestations démagogiques un point d^appui ccmtre les résistances si vives soulevées par ses projets, les loges se sont placées à la tête de ces manifestations.
Voici textuellement l'adresse que lui a présentée la Maçonnerie toulousaine :
Au P/^ Jules Ferry, ministre de Vinstruction publique^
« T.\ C*. et T.-. D.-. F.-.,
t La Franc-maçoimerie toulousaine nous a fait l'honneur de nous dé* léguer auprès de vous pour vous souhaiter la bienvenue et pour tous apporter l'expression des sentiments qu'elle professera l'égard d'un mi« nistre de la république qui soutient ayec un courage persistant une lutte diiHcile contre les éternels ennemis de la société civile. La France démocratique^ la France laborieuse est avec vous, et la Maçonnerie ne ionirait oublier que le ministre de l'instruction publique est un de ses fils les phifeiîsttn^u^. Elle vous aidera» T.*. G.-. F.'., elle vous soutiendra dans la lutte que vous avez entreprise» par tous les moyens qui sont en son pouvoir, car elle comprend que, puisqu'on ne croit pas devoir appU* quer aux jésuites une loi non abrogée, il est urgent du n^oins d'arracher à leurs étreintes la jeunesse française.
« YeuiUeSy T.*. G.-. F.*., dire au gouvernement que, surtout pour cette question, la Frano-'maçonnerie toulousaine est avec lui.
c Elle espère, en outre, qu'ému, comme la France entière, par les récentes manifestations qui se sont produites, il accomplira un de ses ueu9 les plus chers et ne tardera pas à rendre à la patrie les derniers exilés qu'elle attend avec confiance.
« Veuillez agréer, F.*. Jules Ferry, l'expression de nos sentiments fraternels. »
Ont signé :
Pour la loge Les Cœurs réunis, Louis Braud«
— • Les Vrais Amis, Delaux.
— L'Encyclopédie, Jules Baque.
— La Parfaite Harmonie. Bouchage.
*- La Française des arts. Seigenton.
(1} Monie maponniquef qoy. 1879| p. 295 et saiv,
Nous trouvons dans le Petit Méridional du 23 septembre 1879 le compte-rendu sommaire de la réception organisée en Thonneur de M. Jules Ferry et des sommités républicaines, dans la loge maçonnique de Perpignan. Il y avait été invité et il avait pris soin de se faire excuser :
c Hier soir les principales notabilités républicaines ont rendu yisita à la loge maçonnique et au cercle républicain.
c MM. Lisbonne et Yembes, députés de l'Hérault, ont obtenu en grand succès en causant des affaires politiques à l'ordre du jour.
c M. Paul Bert a prononcé un remarquable discours, qui a produit une émotion profonde.
« Les membres de la loge maçonnique et du^cercle républicain ont offert un punch à leurs invités.
Le même journal contient le lendemain quelques détails complémentaires sur cette visite faite à la loge par les notabilités républicaines :
« La loge c les Amis de la parfaite union » a été honorée samedi de la yisite de MM. Arago, sénateur ; Escanyé, député; Harant, membre du conseil municipal de Paris, et Lisbonne, député de THérault
Après une brillante réception dans le temple maçonnique, un punch a été offert à tous les visiteurs dans les salons du cercle.
MM. Jules Ferry, ministre de rinstruction publique, Etienne Arago, ancien maire de Paris, et le vénérable de la loge c St-Jean des Arts > s'étaient fait excuser. L'assistance était nombreuse et envahissait même le jardin, qui était éclairé à giorno. M. Escarguel, député meipbre de la loge, ne s'était pas joint à ses collègues.
M. Mercadier, vénérable, a souhaité la bienvenue à tous les visiteurs et a rappelé les titres de gloire de l'homme illustre auquel le Roussil- Ion élève une statue. — M. Emmanuel Arago, a remercié au nom de sa famiUe, puis il a fait un retour sur le passé pour constater les pro« grès accomplis par la république, malgré la coalition des réactionnaires.
M. Emile Brousse, orateur, a porté la santé de tous ceux qui avaient accepté si cordialement l'invitation de la loge ; il a bu aussi à l'union des républicains de toute nuance, sur le terrain d'une parfaite égalité. Assurons notre concours au gouvernement, à la condition qu'il tendra une main fraternelle aux avancés aussi bien qu'aux modérés et rendra à la classe importante des travailleurs les libertés primordiales de réunion et d'association dont le clergé jouit exclusivement.
M. Lisbonne et M. Escanyé ont fait ressortir les heureux résultats de r union ; le mot «Parfaite-Union » a servi de thème à une très-spiri-
LES LOIS PeRRY 4Ô1
tuelle improvisation du premier de ces députés. Le séîcond a dit que « les réformes désirées par le parti républicain seraient datées de Paris. i» Ce nom, qui est synonyme de liberté et de dévouement, a été acclamé, et M. Harant a chaleureusement remercié, en qualité de conseiller municipal de la grande cité. Il à porté un toast aux défenseurs de Thumanité» parmi lesquels François Arago occupe une des plus belles places. A minuit, on s'est séparé aux cris de : « Vive la Bépublique I »
A Montpellier, une députation de la loge maçonnique s'est portée à la gare à la rencontre de M. Ferry.»
La Maçonnerie regarde si bien ces projets de loi comme son œuvre que, au mois de juillet 1879, le Grand-Orient a, dit-on, fait une démarche auprès du F.*. Jules Simon, pour lui demander de se désister de son opposition. Ce fait, allégué par les Tablettes d'un spectateur j n'a jamais été démenti.
Le Journal de la Franc-maçonnerie belge du ll*j.*. du il* m.-. 5879 donnait la nouvelle suivante : « Le Suprême Conseil de France vient de suspendre pour six mois la loge les Hospitaliers de St'Ouen . Le motif de cette suspension est une planche adressée par cette loge au Suprême Conseil et demandant que le P.-. Jules Simon cesse de faire partie du Suprême Conseil et soit rayé du contrôle général des maçons écossais. La loge a répondu qu'elle ne se soumettait pas à ce décret et qu'elle continuerait de se réunir comme par le passé. » Peu de jours après, celte loge se séparait de lobédience du Suprême Conseil et constituait, avec l'approbation des FF.-. Andrieux, Lepère et Duhamel, la nouvelle puissance maçonnique la Grande Loge symbolique écossaise iy . Introduction^ II).
^ La destruction des écoles libres catholiques n'est qu'un premier pas : une fois les écoles de l'État débarrassées de leur concurrence, on abolira les prescriptions de la loi de 1850, qui placent l'enseignement religieux et moral parmi les matières de l'instruction. C'est là l'objet d'une proposition présentée le 23 janvier 1878 par les FF.-. Talandier, Louis Blanc, Duportal, Madier de Montjau, Barodet, Cantagrel, Leconie, Clemenceau, Jules Maigne^ Viette, Germain Caâse, Martin Nadaud, Bouchet, qui représentaient chacun une des principales loges de Paris.
Ce projet a été renvoyé à une commission présidée par le P.-. Paul Bert, et composée des FF.*. Louis Blanc, Lockroy, Noirot, René Brice, de Lacretelle, Chalamet, Barodet, Bousquet, Constans, Allemand, SpuUer, Dethou, AUègre, Passy(?), Cantagrel, Floqaet, Drumel; Ârmez^ DeschaneL Duvaux et Boysset.
Ces noms, qui appartiennent tous aux loges, indiquent suffisamment le caractère du travail rédigé par M. P. Bert, qui a été nommé rapporteur. En voici l'analyse :
« L'enseignement est à la charge de l'État, qui centraliserait les ressources financières afférentes jusqu'ici aux départements et aux oom« munes.
« Enseignement obligatoire.
c Une surveillance constante et des sanctions répressives sont créées pour assurer l'obligation.
c L'instruction sera laïque, exclusivement laïque. Aucun instituteur public ne pourra être pris parmi les membres d'une association religieuse, autorisée ou non (1).
« Ceux-ci ne pourront même ouvrir des écoles privées que sous les conditions prévues par le projet et sous la réserve qu'ils appartiendront à des congrégations autorisées.
« L'enseignement religieux est interdit dans les écoles publiques et banni des programmes officiels : il ne pourra être donné, qu'à titre facultatif, dans les intervalles des cours, aux enfants dont les familles le récalmeront. >
Nous serons sobres de réOexions sur un pareil projet. Il achèverait, s'il était voté, de démolir ce que la Révolution a laissé subsister de la France, à commencer par la liberté communale et la vie locale, qui reçoivent, par la première disposition de celte loi, le coup le plus dur qui leur ait été porté depuis 1790 et 4a constitution de Tan VIII.
Mais ce qu'on veut surtout anéantir, c'est l'âme de la France, la foi de sa nouvelle génération. , Le rapport du F.*. Bert indique bien la portée de la loi. Il proscrit de renseignement public, nonseulement la religion, mais Dieu, l'immortalité de l'&me, la vie future, parce que les membres delà commission, dit-il, « n'ont pas voulu prendre parti comme législateurs dans les querelles, les éternelles querelles des métaphysiciens (p. 40 du rapport). » (2).
(1) On peut Juger par li de la bonoe foi avec laquelle, dans Tari. 7 du prqjek d« loi contre la Uberlé de renseignement supérieur le P. * . Ferry et ses companoi du m inlslère ont prétendu baser leur proposition sur le défaut d'auloriaalîoa d« oertainee congrégations et sur le respect det lois existantes.
(2) Sur le projet du P.*. Paul Bert et les divers projets semblables mis en avant dans ces derniers temps par la Maçonnerie, V. l'excellent livra du père Bouvier, La Héoolution maUressê décale, étude sur l'instruction laïque, gratuite et obligatoire^ 1 vol. in-18, Seguin et Oudin, 1880. Tous les aspects do cette queslion si vaste et si actuelle j sont traitée. L'auleur^ le mérltt de 8*appu|ar tocgoon lur lai bili et les •iûii^îiquos les plus compiëloi.
LSS LOIS I^ERRY 483
Par contre on entend faire prendre parti à l'enfant dès sa plus tendrejeunesse dans les luttes intestines qui déchirent la patrie : Il faut lui apprendre, dit la commission, a à haïr le fanatisme et à mépriser la tyrannie » (p. 42). C'est tout à fait le jargon des loges .
La page suivante du rapport achève, s'il le faut, cette démonstration. Elle n'est que la redite de tel passage du plan d'éducation de La Chalotais, composé par d'Alembèrt, que nous avons cité plus haut (liv. II, chap. IV, S 5). Nous prions le lecteur de se reporter aux pages 76 et 78 et de comparer.
c Ce que nous avons eu pour objet principal, c'est la discipline de l'intelligence^ bien sûrs que, lorsque les sciences naturelles lui auraient appris à observer, les sciences physiques éprouver, les sciences mathémati' ques à préciser et à tirer les conséquences, nous aurions préparé un esprit libre de préjugés, dîfEcile à séduire, et sur lequel n'auraient pas facile ment prise, d'où qu'elles viennent, les sorcelleries et les superstitions. — Par rétude des phénomènes naturels qu'il aurait vu rigoureusement soumis à des règles immuables, l'enfant n'aura pas seulement appris à se défendre contre les folles terreurs et les niaises crédulités qu'elles engendrent, il y aura puisé le sentiment profond, le respect de la loi. De la loi naturelle à la loi sociale, ce sentiment se conservera. Après avoir vi{ le caprice chassé de la nature comme inutile ou dangereux, il sera peu disposé à lui reconnaître quelque autorité et surtout quelque utilité; il ne sera plus tenté de demander à quelque soudain miracle la guérison du mal social, non plus que du mal physique, et les sauveurs ne'le séduiront plus. > (p. 44 du rapport).
Ajoutons, pour montrer le fond de matérialisme qui inspire toute cette œuvre, que l'enseignement de la religion est remplacé par celui de la gymnastique, enseignement obligatoire, lui aussi !
Gomme on le verra dans le chapitre suivant, c'est identiquement la loi qu'un ministère franc-maçon vient de faire voter eu Belgique. Les libérait^ belges sont cependant dépassés par les radicaux français. Il y a en effet dans le projet du F.-. Paul Bert on article 98 qui est une des plus monstrueuses violations du droit de propriété qui se soient produites depuis la Convention :
« Les donations ou les legs faits sous la condition que les salles d'asile ou les écoles seraient dirigées par des congréganistes ou auraient jin caractère confessionnel, resteront acquis aux communes, sauf indem* «itéy s'il y a lieu, en cas de réclamation dans le délai de six mois à partir de la promulgation de la présente loi. '
« Une commission nommée par le président de la République, sur la présentation du ministre de Tinstruction publique, déterminera» sans appel ni recours en cassation, l'indemnité qui pourrait être due aux directeurs ou à leurs héritiers, en prenant pour base la valeur des objete au moment de la donation, et en tenant compte du temps pendant lequel la condition aura été exécutée.
« A l'ayenir, ces conditions tomberont sous l'application de Tart 900 du code civil (1). i
Ainsi les congi'éganistes subiront une spoliation légale, et désonnais les communes jouiront des libéralités qui leur seront faites, sans avoir à remplir les conditions imposées par leurs bienfaiteurs.
tX. — La FaANC-MAçoNNEniE et la femme.
L'œuvre de la Franc-maçonnerie rencontre dans rorganisation de la famille un obstacle qu'elle veut faire disparaître en s'emparant de l'éducation de la femme. La famille chrétienne repose sur la femme, que TÉglise a retirée de la dégradation morale et de l'abaissement intellectuel où l'avait plongée le paganisme. Instinctivement la mère et l'épouse s'attachent à une religion dans 'laquelle elles trouvent la sauvegarde de leur dignité et la véritable égalité d'honneur et de droits à laquelle elles doivent prétendre. Nous avons vu (liv. I, chap. IV, S 2) l'œuvre de corruption systématique entreprise par les loges. La Maçonnerie d'adoption ne pouvant leur servir qu'auprès d'un petit nombre de femmes plus ou moins émancipées, elles ont résolu de s'emparer de Téducalion des jeunes filles au nom du droit de l'État, comme elles l'ont fait déjà, depuis la révolution, à peu près partout pourles jeunes gens.
Ce projet a été formé depuis longtemps dans les loges.
En 1864, à Anvers, le F.-. Ârnould disait dans une réunion maçonnique :
c II faut refairb l'bnsbiqnbicent dbs fbiiiies. Il le faut refaire par la science. Il est nécessaire avant tout que leur exprit enclin à la divogoi^ Hon, aux tendresses â^ imagination, aux rér>es sans issue, et qui, reconnus
(1) Ctit-A-dire seront réputées non écrites, en sorte que It donation à la ttune serm «oquiso malgré la volonté du lesttjeur «t sans tenir oompte da U ooiitf* tion 4 liqneUe il Ta soboidonnée.
LA FAÂNG-MAÇONNERrE ET LA FEMME 485
TÎdes. les font retomber plus profondément dans une soumission sont dignité quand elle est sans amour, il est nécessaire que leur esprit reçoive par la science une forte assise.
c Un enseignement scientifiqpie, purement scientifique, mais largement compris, habituerait leur intelligence à la méthode qui ne procède qae sur faits et expériences. Elles seraient ainsi conduites immédiatement à écarter les hypothèses révélées et les rêves arbitraires des reli^ gions contraires à toute conception positive.,. Gomme ceci sort évidemment des ressources et du programme de Tinstruction primaire, il faudrait pour les femmes une forte organisation de l'enseignement moyen. Ainsi la feoune n'aimera pas moins, elle aimera plus lumineusement 1 1
En Allemagne et en Belgique de nombreuses écoles de femmes athées ont été organisées (1). En France, on en a créé un certain nombre à Paris dans les dernières années de l'empire sous le Dom d'écoles professionnelles (2). Mais, tant que ce sont des œuvres privées, la masse n'afflue pas. Ce que veut la Maçonnerie, c'est un enseignement d'État pour les jeunes filles, semblable à celui des collèges et des lycées.
M. Duruy, en 1867, avait essayé de l'organiser sous forme de cours publics. Son projet échoua devant les courageuses dénonciations de Mgr Dupanloup, qui voyait bien de quelle source venait ce projet et quelles en seraient les conséquences.
Mais voici maintenant qu'il est repris par la majorité maçonnique de la Chambre des députés. La proposition a été déposée par un franc-maçon, professeur à l'école de médecine de Paris, connu pour ses opinions avancées, M. Camille Sée (3). Prise immédiatement en considération, cette proposition a été renvoyée à une commission, qui s'est empressée de noinmer rapporteur M. Camille Sée lui-même, et voici l'analyse du projet de loi qu'elle a présenté aux Chambres et fait voter en première lecture, le 15 décenibrel879:
Création immédiate, dans un certain nombre de villes, de collèges d'internes et d'externes.
Obligation de créer d'autres établissements de môme genre dans un délai plus grand.
(1) V. des détails très^préds sur l'organisafioa de renseigoement maçoDaiqae des fraimea en Allemagne dans Pach(ler4 Der GœUe der UumanUmt, p. 415 à 42 !> et p. 695 à 700.
(?) V. le Siède, n« da 20 novembre 1867.
(3) Le P.*. Sée est israélUe. V. quelques indications sur st personnalité dans le Juif et kjwùûswtey par Bf. Oougenol Desmoaneaux, p, 266 etsuiv.
Faculté d'établir proyiseirement de simples externats dans les Tilles où ces collèges ne pourront pas être établis immédiatement.
Frais d'établissement à la chargé de l'État ; frais de construction et d'aménagement, moitié à la charge de l'État, moitié à la charge de la ville.
Entretien des bâtiments à la charge de la ville; professeurs payés par rÉtet.
Bourses créées par l'État, les départements et les communes, an profit des élèves pensionnaires ou non pensionnaires.
Programme d'enseignement comprenant : langues française et vivan* tes, littérature, histoire nationale, aperçu d'histoire générale, sciences physiques, naturelles et mathématiques, hygiène, économie domestique, travaux à l'aiguille, notions de droit usuel, dessin, musique.
Enseignement religieux, seulement sur la demande des parents, aux inter' nés et en dehors des classes^
Faculté d'annexer un cours de pédagogie pour les élèves maîtresses.
Faculté, sur la demande des conseils généraux et municipaux, d'or ganiser des cours spéciaux pour l'enseignement technique.
Enseignement donné par des hommes et des femmes.
Direction confiée à une femme.
Que la reprise de ce projet soit ToBuvré de la Maçonnerie, c'est ce que prouvent une série de démonstrations faites dans les loges dans ces dernières années pour y préparer Topinion.
Voici en effet ce que dit, à une fête d'adoption donnée le 20 avril 1878 par le chapitre L'Étoile Polaire à Paris, le F.\ de Heredia, vénérable de la loge, membre du Grand-Orient et du conseil municipal de Paris :
«La Pranc-Maço'nnerie ne fait que refléter l'opinion de la démocratie française ; elle résume toutes les aspirations de l'opinion républicaine ; elle n'a pas besoin d'avoir recours à la force et à la ruse, parce qu'elle ne se livre à aucun projet machiavélique ; mais ce qu'elle veut conqtUrir axant tout, c'est la femme, parce qu'elle est la dernière forteresse que VespHt d'obscurantisme (!) oppose au progrès humain,». »
Encore à une solennité de Maçonnerie blanche, organisée le 26 mai 1878 au théâtre du Châleau-d'Eau, par lesLL.-. La Liberté maçonnique^ Le Buisson ardent, L'Arc-en-Ciely La Pn^ voyance, La Ruche libre,
Le F.'. Germain Casse, député, a examiné la situation faite à la
femme par l'enseignement clérical et la nécessité qui résultait pour elle de se rattacher aux princioes maçon iniques. La Maçonnerie place la
LA Franc^maconnerie et la femme 487
femme en pleine possession de ses facultés intellectuelles et morales; le cléricalisme, au contraire, prend la femme pour conduire son intelligence et sa conscience dans cette voie, dont le dernier mot est : Credo quia absurdum (7//J. »
Voici comment le V.-. P.*. Noirot, dans une conférence donnée le 6 août 1878 à La Loge française des écossais et de V amitié réunis, à Bordeaux, s'exprimait en parlant des femmes :
c L^homme est -il, selon l'expression trop poétique de Lamartine, un dieu tombé qui se souvient des cieuz ? N'est-:il qu'un des anneaux de la chaîne universelle ? Descendra du singe fje l'ignore, et pour parler franc, nous l'ignorons tous !. , ,
c En 1725 la Franc-maçonnerie ouvre 6n France ses premiers tem* pies, et 60 ans plus tard éclate un de ces coups de foudre qui ébranlent non pas un peuple, mais le monde entier. Les droits de Vhomm^ sont proclamés. Une trinité terrible, nécessaire, Robespierre, Danton, Marat, sauve par la terreur le peuple affolé... Quel est /e point d'appui que le XIX* siècle doit fournir au levier d'Archimède de la Maçonne* rie? Ma réponse est bien simple, mes FF.". C'est la femme !!! Pourquoi ne lui fait-on pas cormB.\iTe. plutôt les premiers principes de l'hygiène que ceux du catéchisme f... Sur les femmes qui comprennent la religion sans culte ni prêtre, le prêtre n'a pas de prise. Selon la tradition biblique, Jéhova dit à Eve : Tu écraseras la tête du serpent. Notre devoir, mes F.', notre devoir à nous, sentinelles avancées de la civilisation, est de montrer à la femme où est le serpent et de lui dire : ' Écrase 1 Morte la béte, mort le venin (1)1 »