LES LOGES BT LE PARTI LIBERAL BELGE
Taoïiée 1878, ferait parvenir à une commission nommée à VeSei d'en décider un code de morale pou^r Venfantj pouvant être subsUtué dans les écoles au catéchisme catholique. »
Dans cette même année 1878, en Hollande, une loi du 18 juillet volée sous rinfluence de la Société du bien public (1) et votée malgré l'opposition énergique des catholiques et des protestants orthodoxes, établissait la laïcité de renseignement.
L'article 2 de la loi est ainsi conçu : « Le programme de l'en^ seignement est purem,ent scientifique^ il ne comprend pas la religion"^ ; et le S 3 de Tart. 33 : » Le soin de donner Tinstruction religieuse reste abandonné aux ministres du culte. »
Nous voulons maintenant suivre cette guerre à renseignement chrétien dans la Belgique. Ce pays, qui nous touche de si près par la communauté de la langue et des mœurs, tient dans le monde une place plus grande que ne le comporte son .territoire, par la valeur de ses institutions, le talent de ses écrivains et de ses orateurs, enfin par l'importance des principes engagés dans ses luttes poUtiques. Aussi bien est-ce le pays où la Maçonnerie a le plus audacieusement levé ses voiles et s'est le plus ostensiblement mêlée aux conflits religieux et politiques, malgré Tarlicle dérisoire qu'elle continue à étaler en tête de ses statuts.
IL — Les loges et le parti libéral belge.
* Les premières loges maçonniques furent créées en Belgique au XVIir siècle (2). Ce pays jouissait alors, sous la domination aatrichienne, d'une autonomie locale très-développée et de libertés populaires fondées sur le Catholicisme, comme au moyen-âge.
(t) A U fin du siècle dernier, en 1784, en Hollande, un pastenr memnonitc, Jean Nienwenhysen, a fondé la SociéU de Bien fubliCy qui, ainsi que la Maçonnerie, t ^^atlachait à combattre chez les enfants, comme chez les adultes, les préjugés de la loperstition », selon son propre programme. Sous une apparence inolTensive elle a contribué puissamment à répandre les idées de la Maçonnerie dont elle est une des formes populaires (Cf. Inlroduction^ F.) V. sur cette société des détails très-précis donnés par M. de Moussac dans son ouvrage : La ligue de V enseignement, p.9 et 234. (2) On trouvera aux DœumenU annexé* un épisode assez curieux de la propagation
d« dodrines iraçonniques et philosophiques dans les Pays-Bas aatricbiens au
IVUl* liède.
492 LA Franc- aiÀGONNERiE en Belgique
Sous la domination française, époque du grand développement de la Maçonnerie, les loges se multiplièrent encore. Après les événements de 1814 et de 1815, la Belgique, incorporée à la Hollande protestante par un calcul machiavélique du congrès de Vienne {liv. II, chap. VII, § 1), eut le malheur de servir d'asile aux révolutionnaires français. Ils trouvèrent un accueil chaleureux dans les loges existantes, et ils leur donnèrent à leur tour un caractère anti-chrétien bien plus accentué que celui*qu'elles avaient alors. M. Âmand Neut, dans sa remarquable collection de Documents maçonniques j a esquissé Thistoire d'un prêtre apostat, de Saint-Martin, ancien conseiller-clerc au parlement de Paris, puis conseiller à la cour de cassation, et que Napoléon P' avait chargé de plusieurs missions de confiance dans les pays-réunis. Ce misérable , fixé à Liège après 1815, fut un des grands réorganisateurs de la Maçonnerie belge et donna Tun des premiers l'exemple d'un enterrement civil. Teste, encore un agent de. Napoléon I*' et plus tard ministre concussionnaire de Louis-Philippe, fut également l'un des rénovateurs de la Maçonnerie belge, l'un des chefs du parti qui s'intitula dès lors, à l'imitation des révolutionnaires français, le parti libé^ rai (1).
Les libéraux belges de cette époque, au moins ceux qui étaient francs-maçons, n'étaient nullement désireux de soustraire la Belgique à la domination hollandaise : la soumission de leur pays à un prince protestant faisait bien mieux leur affaire. Un membre distingué de la Chambre des représentants, M. ^^'oeste, a récemment rappelé ce souvenir :
c Lorsque le roi Guillaume prit une attitude hostile et agressive à l'égard du catholicisme, ce parti se garda bien de défendre contre lut, avec la liberté, l'indépendance de l'Église. Il le proclama « le monarque le plus éclairé de l'Europe ; > il donna son approbation à l'expulsioa des frères de la doctrine chrétienne, à la suppression de l'enseignement libre, à la fondation du collège philosophique, et l'un de ses représentants aux États généraux, M. Reyphins, s'écria : «c II y avait nécessité d'organiser l'instruction publique et de prendre des mesures sages pour qu*à l'avenir on eût, dans la Belgique, un clergé instruit et éclairé; c*est ce que le gouvernement a fait en créant le collège philosophique. Le gouvernement ne doit pas se borner à surveiller l'instruction publique, mais il doit encore la diriger, il doit avoir soin que ies jeunes gens
(1) La Maçonnerie soumise au irand jour de lapublieUi, (orne I*.
Lies LOGÉS ET LE PARTI LIBERAL BELGE 4d3
soient instruits dans de bons principes, dans des principes conformés à nos mœurs et à nos institutions. » — A c6té de M. Reyphins. M. Dotringe tenait un langage analogue, tous deux acceptaient les honneurs du conseil d'État, et croyaient servir les principes libéraux en prodiguant, de concert avec le gouvernement, les attaques les moins mesurées au clergé et aux jésuites (1). »
Le mouvement national de 1830 entraîna cependant la plupart des libéraux. Les catholiques belges, qui formaient Timmense majorité du pays, subissant Tinfluence de Tesprit de Tépoque et obéissant aune générosité qui ne tenait pas compte de la mauvaise foi de leurs adversaires, inscrivirent dans la constitution des articles qui assuraient une liberté illimitée à la propagation de toutes les doctrines. Une loyale tolérance civile était absolument nécessaire à cette époque dans les conditions de la société belge; le vice de la constitution de 1831 fut d'accorder à Terreur les mêmes droits qu'à la vérité et de professer ainsi Tindifférentisme. Les concessions faites à Terreur du temps ne réalisèrent même pas la pacification et Tunion qu'en attendaient les hommes généreux qui les accordaient imprudemment.
Ceux des libéraux belges qui appartenaient à la Franc-maçonnerie et se rangeaient autour de M. Defacqz prolestèrent cependant contre les libertés inscrites dans le pacte fondamental. Dès lors ils proclamaient que < la puissance temporelle devait primer et absorber en quelque sorte la puissance spirituelle, » et ils ajoutaient peu à près dans leur organe, le journal Vlndépen" dant : « Nous n'adoptons pas la maxime anarchique qui, dans « le congrès, a trouvé de nombreux adhérents : liberté en tout € et pour tous, n'est pas notre devise. La société religieuse est « puissante en Belgique ; nous croyons de notre devoir de sur- « veiller sa marche et de combattre ses envahissements. »
Grand maître national de la Franc-maçonnerie belge, président à la cour de cassation, M. Defacqz a peu à peu fait prévaloir son point de vue dans tout le parti libéral (2). Les hommes de bonne foi
(1) Revue générale, novembre 1876, l'évolution anti'^alholique et radicale du parti libéral,
(2) Noaa avons signalé plus haut, t. II, p. 274-275, d'après Rckerf, la part active prise par le P.*. Defacqe à la propagande mazzinionne dans Tannée 1844« nolam^ taeat, A cette époque, précisément, un membre éminont du parti conservateur, un ancien ministre, se permettait de blâmer les évéques de Belgique qui condamnaient U Franc-maçonnerie. Selon lui, ils donnaient trop d'importance à une association
LA FrANC-MACONNCRIC en BBLGtQUK
qui y étaient engagés ont été Tun après l'autre éliminés par tlAe nouvelle génération. Formée dans les loges maçonniques, elle déclare maintenant une guerre ouverte au Catholicisme, elle veut sur les ruines de l'Église établir l'omnipotence dogmatique de rÉtat, et enfin, avec ses membres les plus avancés, elle confine au socialisme.
Rien n'est plus instructif que de suivre dans le beau travail de M. Woeste, que nous avons déjà cité, cette évolution anticatholique et radicale du libéralisme belge ; mais ce qu'il importe de constater ici c'est que les auteurs de cette évolution sont en même temps les chefs de la Maçonnerie, qu'aujourd'hui la direction du parti libéral belge appartient aux loges et que les loges obéissent à l'impulsion qui leur vient de Berlin, du centre du Kulturkampf.
Defacqz, Verhaegen, Defré ont été à la fois les grands directeurs de la Maçonnerie et les chefs du parti libéral. Ils ont rencontré dans leur double œuvre un appui secret, mais efficace, dans le prince que les puissances européennes, en 1 832, donnèrent pour roi à la Belgique. Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, appartenait à cette maison à laquelle Weishaupt avait promis de donner l'appui des sociétés secrètes, en échange de l'hospitalité qu'elle lui accordait (Liv. II, chap. V, § 5). Lui-même était franc-maçoa avancé, chevalier Kadosch ; à sa mort les loges de Bruxelles célébrèrent en l'honneur de sa mémoire un de ces services funèbres qui sont la contrefaçon des prières de l'Église, cérémonie aussi absurde que sacrilège chez des gens qui ne croient ni à Ténfer ni au purgatoire, pas même à l'immortalité de l'&me. Là le grand mattre de l'Orient de Belgique déclara que ce prince « avait toujours marché sans hésitation et sans aucune défaillance dans la voie tracée aux maçons, et que la protection royale hautement avouée n'avait jamais fait défaut aux loges. »
Que la Maçonnerie fût dès lors le pivot de la politique du parti libéral, c'est ce que disait, en 1848, le F,*. Verhaegen:
c Nous avons atteint notre but, car si ropinion libérale a triomphé € en Belgique, c'est à la Maçonnerie qu'elle doit ce triomphe. >
dans laquelle son esprit clairvoyant n'apercevait qu'âne réunion de gtstronomes ê| de bons vivants. Celait aus^i U témoignage que le roi Léopold rendait sur la Fraocmaçonnerie à un des évoques du royaume, qu'il n'empêcha pas, du resta, d« remplir las devoir* de sa charge*
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Et en 1854 il répétait :
c Dans les crises politiques, chaque foU qu'il le fallait^ le centre, le point d'appui de la résistance était là^ dans la Maçonnerie ! La Maçonnerie s'est mêlée activement aux luttes politiques,,. Si l'opinion libérale a triom* pMen Belgique, c'est à la Maçonnerie qu'elle doit son triomphe. »
A partir de 1855, le Grand-Orient de Belgique a pris ouvertement en mains la direction du parti libéral, comme le prouvent ces deux documents :
Le5*j.'. 11* mois (janvier) 5855, le Grcmd-Comitéj qui est la section permanente du Grand-Orient, prenait les décisions suivantes relatives aux élections politiques :
c I. Un candidat maçon sera d'abord proposé par la loge dans le ressort de laquelle se fera l'élection, à l'adoption du Grand-Orient, pour être ensuite imposé aux FF.', de l'obédience.
€ n. Dans l'élection, qu'elle soit nationale, provinciale, municipale, il n'importe, l'agréation du Grand-Orient sera également nécessaire, également réservée.
c m. Chaque maçonjurara d'employer toute son influence pour faire réussir la candidature adoptée.
« lY. L'élu de la Maçonnerie sera astreint à faire en loge une profession de foi, dont acte sera dressé.
c V. Il sera invité à recourir aux lumières de cette loge ou du Grand- Orient, dans les occurrences graves^ qui peuvent se présenter pendant la durée de son mandat.
€ YI. L'inexécution de ces engagements l'exposera à des peines sévères^ même à l'exclusion de l'ordre maçonnique,
« "VIL Chaque loge, pouvant juger utile de s'aider de la publicité, devra se ménager des moyens d* insertion dans les journaux. Mais le Grand-Orient se réserve de lui recommander ceux de ces journaux qui auront sa confiance, »
En 1856, un arrêté du Grand-Orient de Belgique^ daté du l*'mars et signé Th, Yerhaegen^ confirmait solennellement ces décisions :
c Vu les décisions du Gr.*. comité en date du 5* j.*. 11* mois, 5855 (5 janvier 1855).
K Vu le rapport présenté au nom 'du Gr«-. Comité par son rapporteur, le T.-. G.-. F.-. Bourlard, Gr.-. Orat.-.
c Considérant qu'une respectable logé de Tobédience a posé au Grand- Orient la question suivante : Un ateHer a^t^il le droit de demander à un de ses membres entré dans la vie politique des explications sur les actes de
4d6 hk FAANG-MÂGONNfiRtS EN fiELGIQUS
sa vie politique ? Les colonnes consultées, et le grand orateur entendu dans ses conclusions, le Grand-Orient répond :... L'obligation prononcée par le Mac.*, donne à celui-ci un caractère indélébile (1)... En promettant de remplir ses obligations, le maçon aliène une partie de la liberté absolue de ses actions. . . Le but de la Maçonnerie est de faire succéder la vérité démontrée par la raison aux erreurs que l'ignorance entretient dans la société... En s'engageant dans les liens de l'institution maçonnicpie le F.*. Mac.', s'oblige à combattre partout Tignorance. C'est la société tout entièi'e que la Maçonnerie a pour objet. Les loges sont des écoles dans lesquelles on doit former les bommes, afin qu'ils luttent ensuite dans le monde profane avec vigueur, et surtout dans l'arène politique.
c ... La Maçonnerie doit tenir les yeux ouverts sur ses soldats... 8ans cette action exercée par la Mac.*, sur ses membres livrés à la vie publique, le travail maçonnique serait stérile, le dévouement de nos FF. -. une duperie, et nos espérances en l'avenir ne seraient que des chimères...
c Par ces considérations principales, le Grand-Orient résout, sans hé* sitation, la question qui lui a été posée, et il décide que non-seulement les loges ont le droit, mais le devoir de surveiller les actes de la viepubliqite de ceux de leurs membres qu'elles ont fait entrer dans les fonctions poh'f»ques, le devoir de demander des explications lorsqu'il parait qu'un oa plusieurs de ces actes ne tendent pas à éclairer la société du flambeaa de la vérité... Le Grand-Orient pense qu'il faut être sévère et inexorable envers ceux qui, rebelles aux avertissements, poussent la félonie jusqu'à appuyer, dans la vie politique, des actes que la Maçonnerie combat de toutes ses forces comme contraires à ses principes sur lesquels il ne peut être permis de transiger.
« La sagesse des loges fera résoudre chaque cas particulier, pour lesquels d'ailleurs le recours au Gr.*. Or.*, reste ouvert avant que la décision, si elle comporte une peine sévère reçoive une exécution définitive.
c Ainsi arrêté en ten.-. du Gr.-. Or,-, le 1" j.*. du {•'m.-. 5856.
I« 1* Gr.*, surveillant faisant fonctions dm Or,\ maitre national^ Par mandement : Ybbhabobn aine.
le Gr.*. expert faisant fonetUms de Grr. secrétaire,
Henri Samuel.
L'arrêté qui précède fut oommuniqué aux loges de Tobédience par la circulaire dont voici le teite :
(1) Gomme le baptême qui donne à l'enfant bapliaé le carootèn indilèbUo de chrétien. On voit que la Ffono-moponnerie est une reUgian ayant lee facr«»