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LES LOGES ET LE PARTI LIBERAL BELGE

le Grand-Orient de Belgique (1). Si les projets annexionnistes de M. de Bismarck n'ont pas eu de suite à ce moment, les francsmaçons belges ont puisé dans ces communications une nouvelle ardeur pour le Kulturkampf. Le P.*. Couvreur, grand maître en 1875, s'exprimait ainsi devant le Grand-Orient à cette occasion :

« La Maçonnerie est arrivée à son tour à admettre la nécessité d'affirmer ses principes contre les ennemis de la vraie lumière. Les dispositions réglementaires qui interdisaient en loges l'examen des problèmes religieux et politiques avaient eu pour effet de la maintenir dans un formalisme étroit ; or, le formalisme étouffe toute vie quand il n'est pas l'enveloppe d'une activité intellectuelle. Les loges allemandes, éclairées par l'illustrissime et sérénissime rédacteur de V Indépendance, ont eu conscience de ce danger, et, tout en évitant de transporter les luttes politiques et religieuses du monde profane dans le domaine de la Maçonnerie; elles ont compris la nécessité de ne pas écarter systématiquement de leurs travaux les questions générales qui touchent aux in« téréts les plus vivants de Thamanité. Les anciennes traditions pèseront encore quelque temps sur les travaux des loges allemandes, bien des scm* pules devront encore être ménagés; mais, avec l'esprit nouveau (du Kul* turkampf] qui caractérise les allemands, on peut espérer que leur Ma- {onnerle ne tardera pas à se mettre au niveau des besoins de l'époque. »

Si les loges belges se mêlent ainsi activement de la politique de leur pays, à qui fera-t-on croire que les loges françaises n'en font pas autant ? La seule différence est dans le plus ou moins de précautions prises vis-à-vis de la publicité profane.

Ce sont du reste tous les principes de la Maçonnerie, tels qu'ils sont exposés dans le livre premier de cet ouvrage, qu'expriment les francs-maçons chefs du parti libéral :

c Soyez luthériens, écrit la Revue de Belgique, organe avoué du parti, dans son n^ du 15 avril 1875, soyez calvinistes, soyez unitairiens, soyez vieux catholiques, soyez Israélites, soyez rationalistes, soyez bien autre chose encore; vous pouvez rester de bons citoyens, d'excellents libéraux, de sincères progressistes ; mais sachez que logiquement nul ne peut être à la fois libéral en politique et catholique romain en religion. »

(t) Voyez le bulletin da Grand-Orient de Belgique pour 1874 et 1875. Pour biea apprécier la portée de ces relations il faat savoir que la ville d'Anvers tient à peu près la balance des élections entre les deux partis et que la principale force des Ubéraux dans celte ville repose sur les nombreux négociants allemands qui y sont établis. Quoique n'ayant pas, à cause do leur qualité d'étrangers, le droit de vote, ils disposeal cependant par leur fortune et leurs employés de nombreux moyens d'influeuce, qu'ils exurcent dans le sens indiqué par les contres maçonniques ailemaads. le minislire belge actuel a, dit-on, le projet de naturaliser en bloc tous ces àrangers. Jamais un acte plus décisif n'aurait été fait pour la destruction de la aationaiilé belge.

502 LA Franc-maçonnbrie en Belgique ■ .

Et le F.\ Goblet d'Aviella ne craint pas d'écrire : •^' ^

« Les libéraux ne peuvent contester l'urgence d'appuyer tout mouyement qui tend à séparer de TÉgUse romaine un groupe quelconque de nos concitoyens, n'importe au profit de quelle secte ou de quelle école, ne fût-ce que dans une préoccupation électorale (Ij. »

tt Si les libéraux belges veulent sauver leur pays et leurs idées, dit de son c6té le F.*. Pergameni, il faut qu'ils recourent à des moyens plus énergiques ; il faut qu'ils travaillent sans relâche à la suppression des couvents et des ordres religieux^ qu'ils arrachent l'enseignement aux mains du clergé, qu'ils arrêtent par des mesures sévères et radicales le développement inoui des miracles, des pèlerinages et des stigmatisations... La prison, les amendes et le bannissement sont des armes légales : pourquoi ne pas s'en servir? Si nous voulons faire œuvre sérieuse, nous devons oublier les doctrines de 1830 et mettre de côté nos beaux rôves de liberté (2). »

Elans les loges c'est le même langage qui retentit, et ce sont les mômes personnages qui parlent. Voici entre autres deux déclarations de guerre au Catholicisme, extraites du Bulletin du Grand- Orient de Belgique^ décembre 1 875 :

c Discours du F.*. Berge, sérénissime grand maître national pour 1875. Tenue du 23 avril 1875, à Bruxelles (p. 113) :

c On a dit, et je le crois, que la Maçonnerie est la véritable ennemU de la religion catholique... Oui, nous sommes les ennemis de la religion catholique, si le Syllabus doit en être la base...

c La Franomaçonnerie a la mission de s'occuper des questions poUtiquet et sociales ; elle doit, pour employer une expression usitée parmi nous, dégrossir la pierre brute...

c ... Nous ne pouvons pas rester indifférents vis-à-vis des manœuvres de nos ennemis. Quand les hommes de ténèbres (!!!) répandent Vignorance, la superstition et le fanatisme, et mènent les populations à l'abrutissement et à la décrépitude, nous avons mission de planter le drapeau du libre-examen, de répandre instruction, d'éclairer et de protéger tous ceux sur lesquels ils exercent leur néfaste inQuence. Et cette mission, nous n'y faillirons pas !... Voilà la politiqite maçonnique opposition avec les doctrines cléricales... m

(1) Revue de Belgique^ Juillet 1376.

(2) Bévue de Belgique^ 15 octobre 1870.

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tt Discoure du F.*. Couvreur, eS'Sérénissime grand maitre national, ifnéme tenue, p. 115):

c ... Je serai bref; le temps n'est pas aux longs discoure, il est à Taction. La Maçonnerie belge possède aujourd'hui tout ce qu'il faut pour engager la lutte. Elle compte des frères qui ne ^composeront pas avec kur s principes,,, un grand maitre (le F.'. Berge) dont le nom seul est an déû à Tintolcrance et au fanatisme. Oui, l'heure du combat est ve* nne t... Gomme nos pères les gueux du XYP siècle, nous sommes sortis de VÉglise plutôt que de renier .nos principes. Que d'autres en fassent autant... Exaltons la constitution. Mais que ce soit la constitution Hvec toutes ses dispositions, dans son esprit comme dans sa lettre, et non telle que Tout faussée des lois votées par des majorités cléricales ou acceptées par des libéraux (loi db 1842) qui transigent encore avec la foi de leurs pères ! Voilà le véritable terrain du combat... Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée ; chez nous elle n'est ni l'un ni l'autre. La consUtu* tion proclame le divorce entre l'État et l'Église. Ce divorce, nos lois (loi ue 1 842] en ont fait un concubinat (??) ... Ce jeu de dupes doit cesser* Que ce soit notre mot d'ordre.

c Attention, mes FFF.*.... Premier feu (santé). A la constitution» mais à la constitution avec toutes ses libertés, sans privilèges pour les églises, les évoques et les petits-frères.

« Second feu, A la Maçonnerie belge ! A son alliance avec la Maçon* nerie étrangère 1

c Le Dieu qui trône au Vatican a écrit récemment à un de ses évô* ques que la Maçonnerie, œuvre de Satan, ne pouvait plus ôtre vaincue que par les prières des fidèles ; que les bulles et les mandements étaient impuissants contre elle : c'est le plus bel éloge qu'on ait jamais fait de notre institution. Qu'elle continue à triompher des prières de ses adver* *8aires, comme elle a triomphé de leurs calomnies et de leurs anathèmes !..

a Dernier et parfait feu. A la mort de l'esprit clérical /... A la chute enfin d'une Église dont l'empire repose sur V ignorance et la superstition, de celle que lutubr, le grand Luther, appelait déjà la prostituée des temps modernes, à la chute de VÉglise romaine /... »

Dans un banquet organisé à Liège pour fêter rélection de P.*. Berge, le P.*. Scailquin disait dans son toast :

< Certains hommes ont le privilège d'être l'incarnation d'une idée, d'un parti. Le F.-. Berge est de ceux-là.

t II pereonnifie, pour ainsi dire, dans notre pays, le parti de la Ubre* pensée, du libre examen. Et c'est pour rendre hommage à ses principes, c'est parce qu'elle s'associe à ses convictions que la Maçonnerie belge a élo le F.\ Berge grand maître national, v

504 LA FaANC-MAÇONNERIE EN BELGIQUE

Les loges n'en restent pas à des déclarations purement théoriques d'irréligion, elles ne se bornent pas à prêcher l'athéisme dans leur sein, elles sont à la tête de la propagande impie et elles se servent à la fois de la presse et de la puissance publique quand elle est aux mains des adeptes, témoin cette planche de la loge des Amis philanthropes de Bruxelles, du 3 mai 1870 :

c La loge déclare qu'il y a lieu de combattre^ comme marquées au coin de la superstition et de Tintolérance, les manifestations organisées par le clergé catholique, pour le mois de juillet prochain, en commémoration du fait qualifié : Miracle du Saint-Sacrement. Elle décide qu'il y a lieu d'éclairer les populations sur le caractère odieux de ces manifestations, notamment par l'organisation de conférences publiques et la distribution gratuite de brochures.

a Elle décide en outre qu'il y a lieu de réclamer de l'autorité publique la neutralité et l'abstention absolues à l'égard des fôtes qui seront organisées.

c Les officiers dignitaires sont chargés de l'exécution de la présente résolution : ils sont autorisés à se mettre en rapport avec d'autres loges et avec d'autres associations qui poursuivraient un but conforme à cette résolution.

c Finalement la loge confie la réussite de son œuvre au dévoument et à la loyauté individuelle de tous les FF.*., qui recevront notification de cette résolution et seront invités à organiser dans le cercle de leurs familles et de leurs relations l'abstention absolue à l'égard des manifestations qui se préparent.

« L'atelier a en outre décidé de mettre à la disposition des officiers dignitaires et des membres de la loge que ceux-ci sont autorisés à s'adjoindre la somme de 400 fr. qui avait été antérieurement allouée à la commission chargée de la publication d'un almanach maçonnique' (i). »

Comment ne pas croire que l'interdiction des processions, en France, par tous les maires républicains, en juin 1879, n'est pas aussi le résultat d'un mot d'ordre parti des loges ?

Nulle part les loges ne propagent avec plus de fanatisme la secte des solidaires y ce pacte odieux contre la liberté de conscience. C'est en 1862 que le premier groupe de solidaires s'est formé à Bruxelles, et c'est de là que cette secte s'est propagée en France et en Italie.

Par un inévitable enchaînement logique, le socialisme pénètre les loges et il est accueilli, réchauffé dans leur sein (V. iiv. Il,

(1) Publié par le Courrier de BruxeUet du 27 juin 1879.

LA GU£UH£ A l'eNSEIGNEMëNT CHRÉTIEN 505

ch. XIV, §4). En 1845, sous la grande maîtrise du frère Dcfacqz, Eugène Sue, le romancier socialisle, recevait une plume d*or de la loge d'Anvers et une môdaille des loges de Bruxelles comme témoignages d'admiration. Le mouvement progressif des idées révolutionnaires ne s'est pas arrêté depuis lors, et dans un avenir que l'on peut prévoir le socialisme signifiera son congé au libéralisme, comme celui-ci l'a fait pour le doctrinarisme de la génération de 1830. Le F.-. Grûn, ex-oraieur du Grand-Orient et vénérable de la loge Le Travail à Vcrviers, est bien connu par ses opinions socialistes. En 1877, les loges de Bruxelles, les plus avancées de toutes, ont fait arriver au Parlement M. Janson, l'ancien orateur du congrès de Liège (liv. II, chap. XIV, S 3), dont les opinions socialistes sont si connues que \ Internationale a salué son arrivée à la vie politique conune l'indice du profond changement opéré dans le pays.

m. — LA GUERRE A l'eNSEIGNEMENT CHRÉTIEN

La volonté de s'emparer de l'enseignement de la jeunesse est ancienne dans les loges belges. Depuis de longues années, elles ont, en profitant de la liberté commune à tous dans ce pays, créé à tous les degrés des écoles d'où la religion est complètement exclue. Dès 1842 nous les voyons chercher à s'emparer de l'en^ seîgnement public par des moyens détournés.

Dans la séance du 17* jour du 9® mois 5842 (novembre 1842), la Loge Le Travail do Bruxelles adoptait à Yunanimité^ apcès les avoir débattues dans plusieurs séances, les propositions suivantes :

« Admettre à l'initiation maçonnique, sans rétribution de réception et sans cotisation mensueUe, tout profane, imtituteur primaire, he\^ on domicilié en Belgique, qui réunira toutes les autres qualités requises, à charge et condition par lui :

c 1^ De donner l'instruction primaire gratuite à quatre enfants, fils de maçons ou autres, qui lui seront indiqués ou confiés par la loge ;

« 2^ De donner de môme et, en outre, l'instruction primaire à Tenfant présenté par la loge, au môme prix que les instituteurs primaires

S06 LA Frang-uaçonnerie en Belgique

salariés recevront du gouTernement ou de la commune, aux termes de la loi, par enfant indigent placé à leur école ;

« 3^ D'ôtre soumis à la surveillance d*un ou de^plusieurs commissaires délégués par la loge, quant à l'instruction, au genre et au mode d'enseignement donné par l'instituteur aux enfants qui leur fieront confiés, en vertu des deux articles précédents (1). »

Conformément à cette pensée, les loges belges ont fondé l'Université de Bruxellea, qui est comme la citadelle des doctrines de la Maçonnerie. Cette fondation n'est pas due uniquement à la générosité des frères, car le conseil municipal de Bruxelles et le conseil provincial du Brabant, qui depuis longtemps sont inféodés aux loges, lui donnent une large subvention sur les budgets municipal et provincial.

Enfin, pour donner plus d'impulsion au mouvement, la Maçonnerie a fondé, le 16 février 1865, la Ligvs d'enseignement belgey qui soutient des écoles sans religion au moyen d\r denier des écoles (2). C'est là le type que le F.-. Macé et les francs-maçons français ont imité dès Tannée suivante (liv. Il, chap. XII, S 7).

Les loges emploient non-seulement leur argent et leur influence à soutenir ces écoles, mais encore elles exercent sur la vie dômes* tique de leurs membres une pression, qui est la négation même des théories de liberté qu'elles proclament. Ainsi le 3 novembre 1873, la loge des Amis philanthropes de Bruxelles, sur la proposition de P.-, Goblet d'Aviella, mettait à l'étude cette question: « Tout profane qui entre dans la loge doit prendre certains engagements relatifs au système d'éducation de ses enfants. » On voit de suite l'inquisition permanente à laquelle se soumettent les malheureux qui se laissent entraîner par cet engrenage.

*Mais la Franc-maçonnerie n'entend pas lutter par les seules armes de la concurrence contre l'enseignement chrétien ; elle veut l'étouffer par l'omnipotence de l'État et détruire celte liberté de l'enseignement que les catholiques ont proclamée spontanément en 1831 et ont toujours respectée quand ils ont été au pouvoir.

(1) Ce docameat, si important par aa date ot son caractère, a été publié dans la Bdigion naturelle, revue dominicale de» intéréts^et de» progrè» de VÉgliee eatMiquê françaiie, n* da 12 février 1843. Notons au passage, dit M. de Ifoosaac, la sympathie de l'église éptiémôro do Tabbé GUaiel pour la Franç-maçonnorie.

(2) V. sur les œuvres de la Ugue belge^ M. de Moussac, la Ligue de Veueignemêni^ pp. U, (8 è b2 et 2Z'i

LA GUERRE A l'ENSSIGNEMENT CHRÉTIEN

C'est sûr le terrain de rinstruction primaire que la lutte s'est d'abord engagée.

Les nations modernes ayant cru qu'il importait à leur puis* sance de développer rapidement la connaissance de la lecture et de l'écriture, et, d'autre part, la Révolution ayant spolié les institutions qui pourvoyaient libremeril et vraiment gratuitement à ce besoin populaire, les nations modernes, disons-nous, ont été conduites à confier aux communes, et subsidiairement à l'État, la charge de l'enseignement primaire. Dès lors les questions les plus délicates se sont posées. Donné aux frais de tous les contribuables, cet enseignement doit être en harmonie avec les croyances de l'immense majorité et conforme aux bases fondamentales de Téducation, telles que les indique Texpérience de tous les peuples. Or, cette expérience montre que l'éducation de la jeunesse doit être essentiellement religieuse, que Dieu et sa loi doivent à chaque instant intervenir dans la formation morale de la jeunesse, comme ils doivent être présents [dans toutes les actions raisonnables de l'homme. D'autre part, le peuple belge est en immense majorité catholique et a droit, du moment que le budget est mis à contribution, à avoir pour ses enfants une éducation publique catholique.

Une loi sur l'instruction primaire votée en 1842 avait concilié les droits des pères de famille, ceux de l'État et ceux de la religion : l'enseignement chrétien était la base de l'éducation, et ses ministres avaient dans la direction de l'école la part d'autorité qui est indispensable à l'accomplissement de leur mission.

Les libéraux du temps l'avaient votée eux-mêmes (1). Cette loi fonctionnait à la satisfaction générale et les chefs de plusieurs cabinets libéraux, notamment M. Van Brouckere et M. Frère, avaient à plusieurs reprises reconnu qu'il serait gravement imprudent d'y porter atteinte.

En avril 1860, le Grand-Orient déclara opportune une loi sur renseignement obUgatoire avec l'amende et même la prison, comme

(t) Les quelques réservés qa'ils faisaient doivent être signalées comme symptômes

da courant d'idées auxquels ils appartenaient, ou comme des jalons dans la marche

de Terreur : Us convenaient bien que renseignement devait être religieux, mais lia

le voulaient a sous la direction exclusive de l'autorité civile, en donnant à celle-ci

les moyens constitutionnels de soutenir la concurrence contre les établissements

privés, e( en repoussant rinterveution du ministre dos cultes à titre d'autorité dans

Veoaoignenaent organisé par le pouvoir civU; ils no voulaient, selon la parole de

^ Hogter, c l'appeler à donner l'enseignement religieux que par voie admintitrof

**•«• » Voyes M. Woeste, article cité de la Eeoue générale.

508 LÀ Faâng-mâçonnerie en Belgique

sanctions. Deux ans après, en 1862, voulant faire entrer cette question dans une voie pratique, il mit en ces termes à Tordre du jour de toutes les [loges de Tobédience la question de Tensei- . gnement obligatoire :

« 1** Dire ce qu'on entend par enseignement obligatoire ; 2® fixer le programme de cet enseignement ; 3° déterminer les moyens coërcitife pour assurer TexécutioD de la mesure ; 4® formuler un projet de loi, •

Ces quatre points furent l'objet de rapports plus ou moins développés de la part des loges d'Anvers, d'Alost, de Liège, de Louvain, de Namur, de Verviers et de Bruxelles. L'ensemble de ces travaux fut, en 1863, publié en un fort volume chez les éditeurs Lacroix et Verboeckhoven.

Et que répondaient les loges aux questions du Grand-Orient ?

La loge d'Anvers, dès le début de son mémoire, faisait cette déclaration :

« L'intervention du prôtre dans l'enseignement, à titre d'autorité, annihile forcément l'action de l'instituteur, la paralyse et prive les efH fants de tout enseignement moral, logique et raêionneL L'enseignement du catéchisme est le plus grand obstacle au développement des facultés de Ver^ font. L'esprit hum^tin, affranchi de cet amas de choses qui le faussent, de* viendrait plus juste, plus droit et plus moraL »

La loge de Liège considérait comme vicieuses les lois qui régissent l'instruction en général, « en ce qu'elles accordent une influence néfaste aux ministres d'une religion positive qui poursuit im but diamétralement opposé à celui du libéralisms. »

La loge de Namur, plus brutale, s'était contentée à peu près de remplir son mémoire de diatribes sauvages contre le clergé et contre la religion. Pour elle, la morale n'a rien de commun avec le Catholicisme. Elle ajoutait que « le propre de V enseignement obligatoire est de ne pas s'occuper au moins de religion , ni peuP^tre même de morale. »

Et la loge de Louvain :

c II est triste à mentionner l'influence délétère du Catholicisme sur U progrès intellectuel des masses. Le Protestantisme a mieux compris que le Catholicisme ce que doit être une religion morale et humanitaire. La paupérisme et l'ignorance sont bâtis sur l'Évangile. »

Le volume se termine par un projet de loi en vingt-trois articles élaboré par le Grand-Orient et où se trouvent condensées les diverses dispositions proposées par les loges de l'obédience :

lA (^UERRS A L^XNSEtGNEHBNT GHRjéTIEN 50d

« I* Obligation, pour lé père ou pour la mère veuTe, de conduire de farce ses enfants à V école;

« 2° Suppression de toute instruction religieuse ;

c 3® Inscription da nom des parents en défaut sur un tableau esposê publiquement devant la maison commune ;

c 4® En cas de récidive, condamnation des parents à une amende de iOO fir. au maximum; en cas d'insolvabilité^ à des travaux forcés de un à trente jours au profit de la commune, ou à un emprisonnement de un à cinq jours ;

c 5® Gonmae dernier moyen, enlèvement de V enfant à la direction pa^ temelle. »

Et ce régime était déclaré applicable non pas seulement aux écoles de garçons, mais aussi aux écoles de filles !

De 1863 à 1876, les loges n'ont pas cessé de préparer Topimon à ce projet : elles en ont fait le test imposé à tous les hommes politiques du parti libéral. Inutile de relever toutes les conférences, élaborations de projets de loi faites dans les loges à ce sujet. Elles sont toutes résumées dans l'action du Grand-Orient à la veille des élections de 1876 :

c Le Grand-Orient de Belgique, dit la convocation officielle, dans sa tenue du 9 avril, a décidé de convoquer pour le 7 mai 1876 une assem» blée générale des maçons belges, à l'eiTet d'établir l'accord de la Maçonnerie sur la nécessité de faire triompher le principe de l'instruction Unqw, gratuite et obligatoire et, par suite, de faire réviser en ce sens les lais existantes sur l'enseignement,

c Tous les maçons belges réguliers seront conviés à assister à cette réunion, à laquelle les circonstances actuelles donnent une importance capitale. Il importe qu'elle soit nombreuse et imposante. Aux assem* blées de l'ultramontanisme, où l'on délibère sur les meilleures mesures propres à combattre nos libertés et à violer la constitution, il faut que les enfants de la vraie lumière opposent une réunion où l'on s'occupera des mesures les plus efficaces- pour assurer le développement intellec" tuel et moral du peuple. La Maçonnerie attaquée dans son essence, calom« niée et proscrite par le parti prêtre, doit relever la tête ; la réunion du 7 mai aura surtout pour résultat de rassembler les hommes de bonne volonté unis dans une pensée commune. Le Grand-Orientcompteque, pour accomplir cette œuvre d'union et de progrès, les maçons belges se ren« dront en masse à son appel.

En même temps et par le même billet de convocation, le Grand* Orient annonçait que dans sa séance du 1 9 mars précédent il av^it

Siô • LA Frâng-uaçonnbrib bn Belgique

arrêté le programme des questions mises an conoonrs pour la présente amiée maçomiique. Nous en extrayons les deux questions suivantes :

c L'humanité et les sociétés humaines peuvent-eîles se conserver et se développer sans idée religieuse f Que doit être cette idée selon la raison f Faire connaître les bases et la sanction de la morale selon l'écolb posimnsTB et démontrer qu'elles sont suffisantes pour le maintien de Vordre social.

€ Présenter un projet pratique d'application de l'instruction laique, gratuite et obligatoire en Belgique. »

Le résultat de l'assemblée générale des maçons du 7 mai 1876 fut une décision portant que « l'enseignement public, qui comprend l'instruction morale, devrait être désormais exclusivement laïqvs et scientifique à tous les degrés, gratuit et obligatoire. »

Le Grand-Orient se croyait à ce moment-là assuré des élections législatives ; l'événement trompa alors ses espérances, mais une surprise le mit deux ans plus tard en possession du pouvoir dans ce ministère composé exclusivement de francs-maçons (1). On choisit précisément pour ministre de Tinstruction publique le F.'. Van Humbeeck, ancien grand maître national, qui était connu pour la violence de sa haine contre la religion.

Le 26 décembre 1864, la loge d'Anvers, Les Amis du commerce et de la persévérance réunis j avait convoqué toutes les loges belges à une tenue plénière, précisément pour étudier au point de

(1) La Vraie Lumière, n* 2, reproduit ainsi les titres maçonniques des ministres :

Le F.*. Frère>Orban, prince du royal secret de la loge La Parfaite InteUigenee do Liège : ministre des affaires élrangôros;

Le F.*. Pierre Van Humbeeck, aujourd'hui Ueutênamt grand commandeur du tvpréme conseil des loges de Belgique, reçu maçon le 28 Juin iS57, élu le 0 mars 1867 grand inspecteur, inquisiteur^ commandeur^ ex* vénérable de la loge des Amis philanthropes, ex- président de V Association libèrent ministre de rinstnictioii publique }

Le P.*. Jules fiara, louveteau inilU le 15 Janvier 1858, élu souverain eomman-^ deur du temple de Jérusalem le 27 avril 1866, maçon du 27* degré : ministre do la Justice ;

Le P.*. J.-B.4. Bruno Renard, anjourd'hui grand commandeur du suprême conseil de Belgique, initié le 29 Juillet 1847, élu souverain grand commandeur en i878| lieutenant général: ministre delà guerre.

Le P.*. Rolin-Jacquemyas, ancien membre do la conférence de Saint^Vineent-de* Paul, de Oand, aujourd'hui membre de la loge et chapitre Le Sq>lentrion, do Qand; ministre de l'intérieur ;

Le P.*. Oraux, de la loge des Amis de l'union et du progrh réunis, de Braid« les» sénateur ' ministre des finances ;

Le F.'. Sainctelette, membre de la loiie La Parfaite Union, de Moiu t ministre des travaux publics.

tA GUERRE A l'eNSEIGNEMENT CHRÉTIEN tH

vue maçonnique la question de rinstniction publique. Le P. ' .Van Humbeeck, alors vénérable de la loge Les Amis de l'union et du progrès de Bruxelles, s'y rendit investi d'une délégation de toutes les loges de cette ville, et là, au milieu d'une réunion de deux cent quarante délégués des loges belges, il prononça les paroles suivantes, qui furent accueillies par des applaudissements unanimes:

c Durant tout le cours de ces travaux, je songeais à des mots échap« pés à un grand poète, dans un de ces jours de désespoir où Tezil en avait fait un illustre pamphlétaire. Il disait :

« On a reproché à la Révolution de creuser un gouffre. Ce n'est pat vrai : la Révolution n*a pas creusé de gouffre ; elle a creusé une fosse, elle l'a creusée pour y descendre le cadavre du passé. »

c Ce qui est vrai de la Révolution est vrai de la Maçonnerie, dont la Ré* volution n'a été que la formule profane.

c Oui, un cadavre est sur le monde : il barre la route du progrès ; ce cadavre du passé, pour l'appeler par son nom carrément, sans périphrases, c'est le Catholicisme.

c Oui, le Catholicisme est un cadavre, non pas dans certains préceptes d'une morale sublime, dont les maximes lui sont communes avec les autres sectes chrétiennes et se confondent avec celles de la morale uni* verselle, mais dans ses dogmes oppresseurs qui paralysent partout le libre examen et ne veulent permettre au citoyen de penser que par Tintermé* diaire du prêtre ; il est cadavre dans cette organisation astucieusement combinée par des pontifes habiles pour un but de domination univers selle. C'est ce cadavre, mes FF,'., que nous avons aujourd'hui regardé en face.

c St si nous ne l'avons pas jeté dans la fosse, nous l'avons souleoé du moins de manière à l'en Rapprocher de quelques pas.

c C'est un grand résultat, et nous le devons à nos FF. '. d'Anvers ; nous les en remercions chaleureusement, maçonniquement »

Une fois la discussion sur l'ordre du jour ouvertOi il concluait ainsi son discours :

« L'instruction, ce levier de l'esprit humain, est l'une des préoccupations tonstantes de la Maçonnerie. Nous ne doutons nullement que notre tenue d'aujourd'hui ne jette quelque jour nouveau sur ce point important et que nous ne sortions d'ici ravivés et l'esprit retrempé pour travailler au dehors, par tous les moyens d'exécution possibles, à obtenir des résultats prati* ques. 1

Le projet de loi déposé le 21 janvier 1879, par le V.*. P.-. Van Humbeeck, est donc le résultat pratique du travail intérieur et extérieur dés loges.

51$ LA J^RANC-MAGONNERIB BN ËELGIQUIS

Interpellé par un courageux député de la droite, M. de Moreaa d'Ândoy, dans la séance de la Chambre des députés du 4 mars 1879, M. Van Humbeeck a formellement maintenu le fond de son discours, en abandonnant seulement la forme comme pré tentiews (sic), et M. Bara, ministre de la justice, en a hautement accepté la solidarité.

La loi présentée par le ministère franc-maçon a été votée à huit voix de majorité à la Chambre des députés et à une seule au Sénat. Le parti libéral en a fait un vote strict de parti, et la plus violente pression a été exercée sur les représentants qui doivent leur situation politique au parti libéral pour leur arracher un vote que la conscience d'un bon nombre réprouvait secrètement.

Cette loi réalise le grand desideratum de la Maçonnerie : renseignement religieux est absolument exclu de Técole. On permet seulement aux prêtres de venir le donner dans un local spécial, à certaines heures déterminées. Non-seulement les évoques et les curés sont dépouillés de Tautorité qu'ils doivent de toute oêces* site avoir sur les écoles où sont élevés les enfants de leur confes* sion ; mais encore les pères de famille sont exclus de toute influence dans la direction de l'école. Comme on craignait que beaucoup de conseils municipaux ne résistassent à une organisation aussi contraire aux vœux des populations, les écoles sont pratiquement soustraites à leur direction. Pour cela on a créé tout un corps d'inspecteurs principaux et cantonaux nommés par le ministre de l'instruction publique. Des comités scolaires, nommés par le mi-' nistre dans toutes les communes rurales, suppriment l'action des conseils municipaux, qui probablement eût été salutaire dans beaacoup de cas, et permettent ainsi aux loges des villes d'avoir tGa« jours la main sur les écoles de leur voisinage (1).

(i) Voici les articles principaux de la loi :

Article 4. — L'enseiguemenl religieux est laissé aux soins dos familles «t d0l ministres des divers cultes. *

Un local dans l'école est mis à la disposition des ministres des cnltea pour y donner, soit avant, soit après l'heure des classes^ l'enseignement religieux aui enfants de leur communion fréquentant l'école.

Article 5. — L'enseignement primaire comprend nécessairement la morale, le lecture, l'écriture, les éléments du calcul, le système légal des poids ai moaaresi les éléments de la langue française, flamande ou allemande, selon les besoius des localités, la géographie, l'histoire de la Belgique, les éléments du dessin, la connaissance des formes géométriques, les notions élémentaires des sciences naturel^ les, la gymnastique, le chant, et, pour les filles, les travaux à l'aiguille.

L'enseignement primaire peut recevoir dos extensions dans des localités où eUw lOQt reconnues possibles et utiles, ,, . ,

UL GUBRRB A L'BNSEIGNEMSNT CHRETIEN 513

L'épiscopat belge a hautement protesté contre ce système, et après ayoir épuisé toutes les voies pour éclairer les pouvoirs publics sur les conséquences de cette loi, il a déclaré que les catholiques ne pouvaient en conscience envoyer leurs enfants dans de pareilles écoles ni participer en aucune façon à leur administration, et partout il a provoqué la création d'écoles libres catholiques, placées sous sa direction exclusive (1). En effet, rien n'est plus grave pour l'avenir du pays qu'un enseignement où Dieu n'es, i pas présent. Un député catholique, M. Janssens, l'a dit avec une rande éloquence à la Chambre des représentants :

c La loi de Dieu doit être la première et demeurer la plus impiT*<ante de leurs connaissances.

c II fait saisir les premières lueurs de leur intelligence pour la ire pénétrer dans leurs pensées. Il faut profiter de chaque développem):2t nouveau de leurs facultés pour en faire entrer plus profondément dans

Art. tf. — Les livres destinés à renseignomoDt dans les écoles primaires sont oxa» minés pQf le conseil de perfectionnement et approuvés par le gouvernement.

ArL 7. — L'instituteur ne néglige aucune occasion d'inspirer aux élèves l'amour elle respect des institutions nationales et des libertés publiques.

Il s'abstient, dans son enseignement, de toute attaque contre les croyances religieuses des familles dont les enfants lui sont confiés.

(1) Voici le résumé des délibérations communes des évéques belges, d'après la Oazelte de Bruxelles du 1*' septembre 1879 :

c Après un long examen de la situation, ils ont arrêté en commun les résolutions suivantes, dont la gravité n'échappera à personne et dont nous sommes en mesure d'attester l'entière authenticité : 1' en ce qui concerne les écoles normales^ refus d'absolution à tous les instituteurs et à tous les élèves fréquentant ces établissements ; 2* l'enseignement religieux donné dans les écoles laïques est consi* doré comme schismaiiquo ; en conséquence, tous les instituteurs qui donneront cet enseignement encourect l'excommunication ; 3* refus d'absolution à tous les institnleurs laïques indistinctement, môme à ceux qui s'abstiendraient de donner l'enseignement religieux dans les écoles ; quant aux enfants fréquentant les écoles laïques, ils sont tenus comme ayant agi sans discernement^ et comme tels admis provisoirement à faire leur première communion. Ces résolutions ont été communiquées aux doyens et curés, avec ordre d'en donner connaissance aux fidèles au prône le plus prochain. »

Ces résolutions sont conformes à la doctrine constante du saint -siège et & la conduite que l'épiscopat catholique a toi^oura suivie dans de pareilles circonstances, notamment en Irlande, aux États-Unis, en Hollande.

Le ministère Frère-Orban a essayé, dans une de ces parades préparées de longue main dont le régime parlementaire est familier, de prétendre devant les chambres qne N. S. P. le pape Léon XIII avait détapprouvé la conduite de l'épiscopat belge. Ce mensonge, malgré l'audace avec laquelle il a été produit* n'a pas tardé à èlFO démasqué. V. la déclaration du cardinal Deschamps, archevêque de Matines* tttr le prétendu déâoceord entre let évéquet belgee et le saint^4iège, dans le Bien publie (de Gand) du 5 décembre 1879. Celte manœuvre maçonnique a complètement tOttroé à la confusloD de ses aateurs.

514 LA Frang^haçonksris en Belgique

leur esprit et dans leur cœur la oonnaissance et l'amoar. Tons eeiuc qoi se sont occupés de l'éducation chrétienne, soit dans leurs familles, soit dans les écoles, savent combien l'on trouve l'occasion d'assoder aux leçons que Ton donne aux enfants cette pensée forte et salutaire, qui élève et ennoblit, en combien de circonstances on trouve, soit dans les œuvres de la nature, soit dans les faits de l'histoire, des occasions d'élever la pensée des enfants vers Dieu, de faire aimer sa bonté, de faire redouter sa justice.

« Tous ont reconnu combien il est utile de rattacher aux objets qui frappent les sens et aux pensées terrestres des idées d'un ordre plus élevé et plus important.

c Et Ton est plus convaincu que ces rapprochements sont dans l'ordre de la Providence à mesure que l'on découvre les analogies nombreuses et les admirables harmonies qui existent entre l'ordre matériel et I0 monde surnaturel. Les meilleurs livres écrits pour l'enfance dans toutes les langues, ceux qui ont spécialement pour but et pour effet de déT»lopper les facultés naissantes, d'ennoblir les premières impressions, en un mot d'élever, ont tous fait une large part à la pensée religieuse.

c Aucun de ceux-là ne pourra servir à vos écoles, et l'on est affligé en songeant à Técœurante, froide, méchante et stupide besogne, à laquelle on va avoir à se livrer : composer, pour des enfants chrétiens, des livres qui ont, sinon pour but direct, au moins pour effet de leur faire oublier que la première place dans leurs cœur appartient à Dieu, s

Qu'on ne se trompe pas en effet sur la portée de la dispositioii qui permet aux prêtres de venir donner un enseignement spécial à certaines heures : c'est une hypocrisie de la loi et rien de plus. La loge des Philadelphes de Verviers le disait nettement dèB 1875 :

c Sécularisation de V enseignement . L'AteU*. croit qu'un bon khsbomb-

MBNT LAÏQUE EST LE PLUS PUISSANT MOYEN DE LIB^EAUSEa LES P0PUL4TI0HS ;

le prêtre doit disparaître de V école, b

Devant le soulèvement des populations, le F.\ Van Humbeck a jugé prudent de ménager les transitions, et par une circulaire ministérielle du 20 septembre 1879, il a prescrit aux instituteurs de n'apporter « aucune innovation aux usages suivis jusqu'ici quant aux prières et aux emblèmes religieux placés dans les classes. » Bien plus, il leur enjoint, <r par suite du refus du clergé, de donner lui-même renseignement religieux dans les écoles, ds wppli&r les ministres du culte et de faire réciter les leçons de reUgum d'après le catéchisme approuvé par l'ordinaire diocésain/ n

LA GUKHRK A l'eNSEIÛNEMSNT GHRIÉTIEN

Rien n'est changé en apparence à l'état antérieur des choses et les personnes inattentives pourront croire que le principe de la loi nouvelle est abandonné. Il reste debout tout entier au contraire, et la Maçonnerie n'a reculé en rien. Cet enseignement du catéchisme est en effet donné, non pas au nom de l'Église, mais do par l'autorité administrative ; non pas en vertu de la loi du pays, mais, en vertu d une circulaire ministérielle, qui sera changée demain, dès que le parti libéral aura échappé aux dangers électoraux dont le menace le coup si violent porté à la foi du peuple belge.

Pour mieux masquer leur tactique, les habiles des loges vont jusqu'à faire accuser le ministère de faiblesse et de désertion par un oiçane d'avant-garde.

Le Journal de la Franc-maçonnerie belge^ revue hebdoma^ daire publiée à l'Orient de Bruxelles sous la direction d'un haut dignitaire de V ordre ^ a publié, en mars 1880, un article virulent contre le ministère, où on lit ceci :

c La Maçonnerie, qui a tant fait poar obtenir une révision radicale do la loi de 1842, a vu tout à coup ses tendances et ses aspirations méconnues par ceux qui avaient mission de stipuler au nom du progrès humanitaire et de réagir énergiquement contre les doctrines ultramontaines. »

« Ce résultat négatif, ajoute-t^il, devait nécessairement refroidir le sèle des maçons convaincus et arrêter le magnifique élan qui nous a fait remporter la victoire en 1878 (1). »

Nous retenons cet article comme une nouvelle preuve de l'action politique des loges ; mais les conservateurs, qui croiraient à cette querelle de ménage maçonnique, montreraient bien peu d'expérience de la tactique des sectes.

La loi du 1*' juillet 1879 s'est bornée à organiser l'école laïque. Pour ne pas augmenter les résistances populaires qui eussent pu lui faire perdre son unique voix de majorité, le ministère s'en est tenu là. 11 s'est contenté seulement depuis lors de déposer un projet de loi absolument semblable sur l'enseignement moyen ; la loi contre la liberté de l'enseignement supérieur viendra à la session prochaine. Mais il ne faut pas oublier qu'en 1860, en 1863 Bten 1877 les loges ont décidé l'établissement de V instruction Migatoire. Ce sera l'objet d'une seconde étape dans la marche maçonnique. Qu'on lise ces paroles extraites du mémoire envoyé

(t} Reproduit par le Bien publie de Gand, n* da 30 ma^s 1830

516 La FRANG-MÂÇONNSRIfi EN BeLOIQUIS

en 1877 au Grand-Orient de Belgique, par la loge des Amisphi^ IcmthropeSj et l'on verra que la Maçonnerie ne reculera devant aucune des conséquences de son principe de despotisme :

« Qu'est rinstructîon obligatoire, antre chose qu'une conscription de tous les enfants sous la bannière de la civilisation, conscription bien plus juste que le tirage au sort, parce qu'elle est féconde et productive, et qu'elle est générale ? — Qu'est-ce que l'obligation de l'instruction, sinon la raison d'utilité publique dominant, comme dans le cas d'«spro* priation de la propriété, l'intérêt privé et môme le droit de l'indiYidii, — là le drort du propriétaire, ici la prétendue liberté du père ? »

La loi votée en juin 1879 n'est qu'un prélude pour les loges. Déjà elles esquissent des projets encore plus destructeurs de toute liberté, et dussent-elles y mettre vingt ans elles y préparent peu à peu Topinion. Elles ne veulent pas du suffrage universel, car le peuple profondément catholique les chasserait prompteraent du pouvoir ; mais elles cherchent une formule légale pour donner le droit de vote aux seuls initiés. L'article premier du programme du couvent libéral arrêté en 1870 porte : « Attribution du droit de suffrage sans condition de cens, pour les élections provinciales et communales, aux citoyens possédant un dejr^rf'in*traction déterminé par la loi / »

Cela rappelle tout à fait l'idée du sacrement civique du P.*. Bluntschli (liv. I, chap. V, § 6), et il est au moins curieux de constater qu'elle se produit dans les loges belges après les relations qu'elles ont eues avec ce personnage (1).

La Franc-maçonnerie belge veut étendre le même système à l'éducation des femmes, comme elle a cherché à le faire en France avec M. Duruy sous l'empire, et comme elle le tente sous la troisième république (liv. II, chap. XII, S 9)» avec la proposition de loi Camille Sée sur les lycées de filles.

Dès 1875, la loge des Philadelphes de Verviers nous révélées dessein secret de la Maçonnerie par cette délibération :

c L'éducation de la femme doit faire Tobjet des plus grands soins et être mise au niveau du progrès moderne. Il faut qu'à côté des écoles pri* maires il soit fondé des écoles moyennes et des pensionnats où les pa« xents libéraux puissent assurer à leurs filles une instruction complète al raisonnable (2). »

(1) V. le BuMin du Orand-OrimU deBeîgi(mê 1873, 2* fucicolo. ^ .;

(2) EoproduU daof le Courrier de BrwteUee do l*'fleptoiiibre 1879. *

^ * LA Frang-magonnerib et la charité 517

Le Journal de la Maçonnerie belge du mois de mars 1880 reprend cette revendication et demande que le ministère libéral assure à la femme cette éducation raisonnable (1).

On sait ce que veut dire cette expression dans le langage des lo« ges : c'est la négation de toute croyance religieuse et Tessor donné à toutes les passions.

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