‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 126 sur 151 · I. — LE DERNIBR DÉVELOPPEMENT DE L^IDÉE HUMAINE · texte numérisé non relu

I. — LE DERNIBR DÉVELOPPEMENT DE L^IDÉE HUMAINE

Weîshaupt, dans les instructions pour le grade i^Epopte, jetait cette parole menaçante :

c La semence est jetée d'où doit sortir un nouveau monde ; ses ra« cines s'étendent, elles se sont déjà trop fortifiées, trop propagées pour que le temps des fruits n'arrive pas. Peut-ôtre faudra-t-il encore attendre des mille et des mille ans ; mais tôt ou tard la nature consommera son œuvre ; elle rendra au genre humain cette dignité qui fut sa destinée dans le conynencement. Laissez donc les rieurs rire, les moqueurs se moquer. Celui qui observe et compare ce qu'a fait la nature autrefois et ce qu'elle fait aujourd'hui» verra bientôt que, malgré tous nos jeux, elle tend invariablement à son but. »

Vers 1825, un franc-maçon célèbre, Blumenhagen, disait dans un discours à une loge :

c L'ordre de la Franc-maçonnerie a fini son enfance et son adolescence. Maintenant il est devenu homme, et, avant que son troisième siècle soit accompli, le monde connaîtra ce qu'il est réellement devenu. C'est pourquoi l'esprit de l'ordre veille attentif, en avant du temps et de l'esprit du monde, il s'implante dans tous les recoins de la terre, et 8*étabUt fermement au cœur du pays. Et puisque le monde entier est le temple de Tordre, l'azur du ciel son toit, les pôles ses murailles, et k trône et V Église see piliers, alors les puissants de la terre s'incline*

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ront d'euz-mémeB et abandonneront à nous le gouvernement dn monde, et aux peuples la liberté que nous leur préparons. Que le maître de TunÎTers nous donne seulement un siècle, et nous serons arrivés à oe but ainsi désigné à l'avance. Alors les peuples cbercberont leurs princes au milieu des reliques du passé. Mais, pour cela, il faut que rien ne ralentisse le travail et que jour par jour notre bâtisse s'élève. Plaçons, sans qu'on s'en aperçoive, pierre sur pierre, et le mur invisible s'élèvera solidement toujours plus haut 1 (i) »

Depuis lors les événements ont assurément marché : le pouvoir temporel du pape est détruit, les Bourbons ne régnent plus nulle part ; l'Allemagne impériale, l'Italie unifiée, l'Autriche livrée au parlementarisme et soumettant TÉglise à un régime de défiance, la France en république, témoignent assez du régne universel de la Maçonnerie. Cependant le grand œuvre n'est pas achevé.

Le Monde maçonnique disait tout récemment, dans un article officiel sur le rôle de la Maçonnerie dans l'avenir :

c ... Une telle association ne saurait périr, parce qu'une évolution

progressive a été accomplie L'humanité progressera sans cesse. C'est

sa loi. Quand ce qui a été longtemps regardé comme un idéal se réalise. Ut horizons plies larges d'un idéal nouveau offrent à l'activité humaine, tou^ jours en marche vers un meilleur avenir, de nouveaux champs d'exploration^ de nouvelles conquêtes à faire, de nouvelles espérances à poursuivre (%]. >

Ce grand œuvre dépasse de beaucoup un changement dans la carte politique de l'Europe : il va jusqu'à détruire toutes les nations et à élever sur leurs ruines la république universelle. La guerre à la papauté et à l'Église catholique doit conduire à un changement plus radical dans le monde, à la destruction de toute pensée de vie future, de tout lien social, de tout droit individuel sur le sol, en un mot à la restauration de cette liberté et de cette égalité primitives, célébrées par Jean-Jacques Rousseau, Weishaupt et Saint-Martin, où l'homme serait absolument semblable à la béte des forêts.

La République universelle — le Communisme socialiste de V Internationale y — enfin le Nihilisme ru^se, apparaissent ainsi logiquement et historiquement comme le développement successif de la Révolution. Les sectes sauvages qui les propagent sont

(1) Zeitichrifl fur Freimaurer aU manutcHpt, 1828, p. 320, cité par Paelitlit, ikr Qœtze der Bumanitœt, p. 450, (S) l4 Monde maçonniqui, avril 1876.

toutes sorties des loges et ne font qu'appliquer dans leurs dernières conséquences les doctrines de la Maçonnerie.

Assurément la Maçonnerie est souvent en lutte avec ces nouvelles sociétés secrètes : Mazzini, Karl Marx et Bakounine,* qui de notre temps ont représenté ces nouvelles phases de la Révolution, sont plus d'une fois entrés en conflit , car il est une logique du mal qui les fait se succéder les uns aux autres, et une providence vengeresse, qui réalise toujours le mot de Camille Desmoulins : La Révolution est comme Saturne, qui dévore ses propres enfants ! Mais il est aussi des antres secrets, où les chefs des sectes s'accordent pour leur œuvre de destruction. Le présent chapitre va en fournir les preuves.

Partant du principe que chaque homme, comme une émanation de la substance unique, est un être absolument indépendant, qu'il est roi et Dieu, la Maçonnerie enseigne qu'il n'y a absolument aucun droit en dehors du consentement des peuples. Ce consentement est essentiel lemen4; révocable, et, comme le disait un des hommes les plus pénétrés de son esprit, JeiTerson, « un peuple a, tous les dix-huit ans, c'est-à-dire à chaque renouvellement de génération, le droit de changer son gouvernement et de faire banqueroute. » Une monarchie constitutionnelle ne peut être qu'une étape dans la voie qui conduit à la république. La patrie, la nationalité, ne constitue elle-même aucun droit qui puisse enchaîner les individus souverains . De même que, dans un pays, le peuple souverain a pu détruire les provinces, les corporations, les Ubertés locales, ainsi l'humanité souveraine peut et devra détruire les nationalités particuUères. « La nation ne doit tolérer entre elle et les citoyens* aucun corps intermédiaire, » disaient les révolutionnaires de 1791. En vertu du même principe, l'Humanité maçonnique ne devra tolérer aucun intermédiaire entre le grand tout et les individus souverains. Il y a longtemps que l'idée en est formulée.

En 1792, un député du Cantal, parlant à la loge-club des jacobins, Milhaud, s'écriait à propos de la réunion de la Savoie à la France :

c Ah ! s'il était vrai que le réveil des peuples fût arrive , s'il était vrai que le renversement de tous les trûnes dût être la suite prochaine du succès de nos armées et du volcan révolutionnaire, que chaque ré« gion, devenue libre, forme alors un gouvernement conforme à l'étendue plus ou moins grande que la nature lui aura fixée, et que^ de toutes ces conventions nationales, un certain nombre de députés extraordinaires forment au centre du globe une Convention universelle, qui veille sans cesse au maintien des droits de Thomme, à la liberté générale du commerce (1). »

Mazzini a été le grand propagateur de cette idée : il voulait y arriver pas à pas en établissant successivement la république démocratique dans chaque pays* Â la fin de sa carrière, il faisait publier l'appel suivant en Âmérique,pour jeter dans ce vaste pays, si bien préparé par le Protestantisme et la Maçonnerie, les semences de son œuvre :

Alliance bépubligaine universelle.

c But de l'association. — Affirmer le droit de tout pays à se gouverner en république et, par conséquent, le devoir de tous les républicains de s'unir entre eux pour former une solidarité républicaine.

c Forme d'organisation. — L'association doit être composée de seclions distinctes... Ces sections seront autant de représentations des futures républiques, tandis que leurs délégués, réunis dans un conseil central, représenteront la solidarité des républiques, dont la réalisation est le but suprême proposé aux travaux de ïalliance,

c Moyens d'action, — Caisse alimentée au moyen de contributions à verser par ses membres, sous formes de taxes de fraternité, d'impôts fixés d'avance et de donations volontaires en faveur de la cause.

« Conseil central. — Devra être composé d'un président, d*un secrétaire des finances, d'un secrétaire des actes et d'autant do secrétaires qu'il y aura de nationalités représentées dans le conseil. Chaque secrétaire, représentant ainsi une république présente ou future, sera le ministre accrédité de sa propre section et l'intermédiaire avec elle. Il sera responsable de l'affiliation de ses membres et de leur adhésion aux ordres du conseil central. Ces secrétaires, après là première année, seront élus par les diverses sections.

c Les actes du conseil central seront secrets.

c Conseils subordonnés seront institués. La liste des membres sera communiquée au conseil central dans le mode que celiii-c» aura indiçué.

c Ordres et règlements. Généraux émaneront du conseil centnU.

c Affiliation. — Toute association existante, de quelque dépomina*

(t ) Cité p«r Thiers, Bistoire de la BiooiuiUm, t. IV, p. 4U.

LA RÉPUBUQUB UNIVERSELLE

tion qae ce soit, dans les icoUs, les collèges ou les communautés, peut s'affilier à VaUiance républicaine universelle, pourvu que cette association communique la liste de ses membres au conseil central, souscrive la mime profession de foi, et paie les taxes d'affiliation,

c Agents spéciaux. — Nommés par le conseil central pour toute affaire nécessaire à l'organisation ou à Textension de l'alliance républicaine uni" verselle.

« Publications» — Tontes les publications qui émaneront de l'alliance seront imprimées sous Vautoriti d'un comité, exclusivement élu pour cet objet par le conseil actuel.

c Taxe d'affiliation. 25 centimes.

c Profession de foi. — « Je crois à la République, qui est l'organisaFtion d'un peuple libre sur le fondement de l'égalité des droits sociaux et politiques, comme l'unique moyen pour un peuple d'exprimer et de tra« duire en actes sa volonté, pour l'accomplissement de sa propre destinée et de ses devoirs envers l'humanité.

c De môme que je crois à la nécessité d'une organisation républicaine pour chaque peuple, pour qu'il puisse atteindre son plein développement moral, je suis contraint de croire à la nécessité d'une organisation républicaine pour toutes les nations de la terre... Je crois, en conséquence, à la solidarité de l'humanité, aux devoirs d'un peuple envers un autre , peuple, et aux devoirs de chaque individu, non-seulement envers son propre pays, mais envers le monde entier.

c Je crois donc que c'est un droit et un devoir sacré pour toute nation et pour tout homme d'aider de tous les moyens possibles les efforts des autres nations et des autres hommes pour la fondation d'une alliance ré» publicaine universelle.

c Et je m'oblige, comme membre de cette associatioji, à aider de tout mon pouvoir, et par tous les moyens, la propagation et la réalisation de cette profession de foi. »

A peine ce programme avait-il été publié à New-York (janvier 1867) que les adeptes italiens lui faisaient écho en répandant par* tout la proclamation suivante :

c Les ennemis de l'Italie étant le Sénat, le Parlement et le Statut, et tout ce qui est l'esuvre de la monarchie piémontaise, il est de toute nécessité de renverser cette monarchie, unique et véRrrABLE cause des halhburs

DBS PEUPLES.

c L'alliance universelle italienne, qui déclare être en relation avec , tous les peuples libres, demande que dans le monde entier se réalise L'uNrri républicaine, et annonce que, quant à Tltalie, il y existe un comité suprême, occulte et invisible pour le moment, auquel chaque com^ pUce doit obéir au prix même de sa vie, en s'exposant, s'il le faut, à tous

LA REPUBUQUE UNIVERSELLE

ri, «. « «A »

les tourments, plut6t que de trahir ses frères, et bn s'obuobant à prbh- DRE les armes aussitôt que l'heure aura sonné, et à ne les abandonner que lorsque le but aura été atteint (1). »

Nous dirons un peu plus loin la part que Mazzini. prit à la fondation de V Internationale et pour quelles raisons il fut éliminô (S 5) ; mais les idées jetées par ce terrible propagateur de la pensée des sectes ont fait leur chemin aux États-Unis.

En 1872, dans sa proclamation au peuple pour rinauguration de son second terme de présidence^ Grant, l'élu et le représentant du parti ro^îcaZ, a jeté dans une proclamation officielle ces paroles inconcevables pour ceux qui ne sont pas au courant du langage des loges :

c Le monde civilisé tend vers le républicanisme, vers le gouverne* ment du peuple par ses représentants, et notre grande république est destinée à servir de guide à toutes les autres... Notre créateur prépare le monde à devenir, en temps opportun, une grande nation^ qui ne par« lera qu'une langue et où les armées et les flattes ne seront plus nécessaires (2). »

^1 C'est la même pensée qui, en 1866 et dans les années suivantes, a inspiré ces conj^ré^ et ces liguies de la paix^ qui préparaient Texplosion de 1870, et auxquelles tant d'honnêtes gens donnaient étourdiment leur adhésion. Il suffit d'avoir suivi avec quelque soin ces procédés des sociétés secrètes pour savoir qu'elles s'avancent vers leurs desseins destructeurs précisément en jetant en pâture aux esprits de notre temps, dépourvus de toute règle, des mots sonores et des rêves humanitaires.

La véritable signification de ces manifestations et de ces réunions est donnée par l'expression de la haine contre le Christianisme et l'Église catholique qui s'y fait jour. Elles ont, au point de vue de la secte, l'avantagede propager leurs idées par le retentissement qui y est donné et de grouper des éléments qu'elles utilisent plus tard.

(1) OazelU du Midi^ l*'août 1868. V. aussi Document amiMe K].

(2) GraDl est devenu aui États-Unis l'homme de cette partie de la Prano-fflaçonnerie qui, plus avancée que le gros des loges du pays, poursuit une guerre systèmatiqM contre le Galholicisme. En 1874, il s'est prononcé, comme jamais un président m l'avait fait, pour la sécularisation de l'école et la lutte contre l'esprit clérical. Voilà la vraie raison pour laqueUe tout un parti tràs-actif a voulu le perpétuer à la présidence, et malgré sonvchec en 1877 veut le reporter unotroisi&me fois en 1881 ooa» trairement à tous les précédeuU constitutionnels. (V. les ÉtaU^Umiê comtesiporfliM, par M. Claudio Jannet, 3* édit. Pion. 1877, t. I, p. 94-97, t. II, p. 86 196, ttH.)

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