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VI. — La Commune a Paris m ses complices

An congrès de (Bruxelles, en 1869, un des anciens étudiants dé Liège recruté par Fribourg à V Internationale terminait ainsi un de ses discours :

c Vous parlez de fédération et de république, et vous pensez avoir fait beaucoup en les établissant. Cependant si j'examine la suite, j'y vois la misère et le rachitisme. . . Il vous faut une base philosophique pour fonder, et si vous voulez faire de la révolution sociale, il

vous faut être athées, sans quoi vous croulez 81 vous n'ôtes pas

athées, vous devez logiquement être despotes, ^t au lieu d^Ôtre une ligue d'émancipation, vous serez une sainte alliance contre la Révolution.... Ma conclusion est qu'il faut en finir avec tout ce qui existe, avec tous avec cette bourgeoisie qui n'a rien dans la tête, rien dans le cœur et qui ne

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tient plus debout, et ce n'est que sur leurs mines famanlês, (fw s* soiera la république, non dans leur«ang» il y a longtemps qu'ils n'en ont plus dans les "veines, mais sur leurs détritus aceumuiéi que noue pUaUe» rons le drapeau de la révolution sociale. »

Et Hins, le professeur belge, ajoutait :

c L'Internationale est aujourd'hui assez forte pour se faire craindre et respecter. Il faut que désormais elle ait pour devise le mot de Danton : De l'audace, encore de l'audace, toujours de Taudace (1). >

Ces menaces indiquent bien la part que V Internationale a eue dans Texplosion de la Commune de Paris et dans les crimes qui ont marqué son règne.

L'idée communaliste^ c'est-à-dire la dissolution du lien national, Tautonomie des groupes communaux ou fédératifs, et lear groupement par fédération, est une des bases de l'association. Sans doute les sections parisiennes de l'Internationale se sont montrées modérées relativement aux jacobins qui avaient la majorité dans la Commune. Mais elles s'étaient précisément laissé envahir par ces jacobins (2) ; c'est volontairement et en vertu de leurs principes qu'elles avaient, depuis plusieurs années et plus spccialement pendant le siège, groupé cet élément cosmopolite ({ui les a dominées ensuite complètement. Or, c'est cet élément dirigé par Karl Marx et ses conQdents qui a préparé la Commune et qui l'a soutenue avec la tolérance sinon le concours de M* de Bismarck.

Le 7 septembre 1870, Eugène Dupont, le membre da conseil général qui dirigeait toutes les sections et fédérations françaises, leur écrivait de Londres :

c La piteuse fin du Soulouqne impérial a amené an pouvoir les Gambctta» les Favre. Rien n'est changé : la puissance est toujours à la bourgeoisie. Dans ces circonstances le rôle des ouvriers, ou plutôt lear devoir, est de laisser cette vermine bourgeoise faire la paix avec les prussiens.

c II faut profiter de toutes les libertés que les circonstances vont apporter pour organiser toutes les forces de la classe ouvrière. La bour* geoisie» qui est en ce moment affolée de son triomphe, ne s'apercevra

(1) Testai. ÀnodaJtUmini^iuUwnaie dee troeailleurs, p. 34.

(2) V. dans l'enquête parlementaire sur le 18 mais les dépositions de lllf. Nosas et Lagrange sur la fusion de toutes iessodâtés rôTolotionnaires dans VlnternaU»^ nale pendant b siâge.

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pttfl tout d'abord dn progrès de Torganisation et, pour le Jour de la vêrita^ ble guerre, les travailleurs sont prêts. Le conseil général a écrit à tons les correspondants, afin qne tous les efforts se concentrent dans ce sent ponr agir avec ensemble au mommt opportun et décisif. »

Et le 17 octobre, craignant un réveil de l'instinct national, il ajoutait :

« Grand nombre de nos amis se sont laissé aveugler par le patriotisme, ont fait chorus avec les bourgeois qui crient partout : Oublions nos différences d'opinions, faisons le sacrifice de nos plus chers principes sur Tautel de la patrie I Duperie infâme I car les bourgeois n'ont rien et n'avaient rien à sacrifier, et le peuple est une fois de plus trompé parce qu'il est sans organisation. »

Pendant la Commune, les sections de l'Intemationale donnèrent à Paris un appui énergique au mouvement, et dans les départements ce furent ses principaux adeptes qui à Marseille, à Limoges, à St-Étienne, à Toulouse, à Lyon, tentèrent des mouvements en sa faveur.

Au plus fort de la lutte, en mars 1871, le Vorbote^ journal officiel du socialisme allemand, écrivait : <c L'histoire se trouve en présence d'une révolution qae la démocratie socialiste du monde entier doit saluer avec enthousiasme. »

Après la chute de la Commune, quoique Karl Marx se soit habilement arrangé pour décliner toute responsabilité dans son insuccès, le conseil général de V Internationale a hautement approuvé tous ses crimes dans un long manifeste daté du 30 mai 1871, qui a été adressé à tous les membres de l'association en Europe et aux États-Unis, et a été publié en entier par le Volkstaat de Leipsig- « Il est pour V Internationale^ dit M. Winterer, le récit officiel des événements de la Commune ; il doit en être, devant l'histoire, Tapologie autorisée. Quand on parcourt le manifeste, on se demande avec un sentiment d'effroi dans quelle sphère d'idées il faut vivre pour apprécier ainsi de semblables forfaits (1).»

La Franc-Maçonnerie elle-même a persisté après la Commune à témoigner à ses combattants les sympathies que ses loges don- , Baient aux fondateurs de Y Internationale. Ainsi nous lisons dans la Chaîne d'Union de 1872, que le 17 avril 1872 la grande loge Les Philadelphes et la concorde, réunie régulièreiment à Londres, a donné un banquet en l'honneur de la Commune, où

(I) Xtf SocialtfiM MiUemporatn, p. 129.

étaient présents les FF.'..-. Lelubez, Cambault^ Albert May, Maire, Benoit, Vésinier, Bradlâûgh, La Cecilia (1).

A la Nouvelle-Calédonie, les déportés trouvèrent un œntrepour leurs conciliabules dans la loge VUnionrcalédonie7me,fonAée^ns Tempire parle gouverneur Guillain. Leurs menées, tolérées par M. de la Richerie en vertu d'instructions secrètes de M. Thiers, aboutirent à Tévasion de Rochefort. L'enquête faite par l'amiral Ribourt à la demande de l'Assemblée, établit que les fonds nécessaires avaient été fournis d'abord par la loge, puis complété par un frère, receveur de l'enregistrement dans la colonie qui était vénérable de la loge. La loge fut jusqu'à sa fermeture le centre de réunions communalistes. Un prussien joua aussi un rôle important dans l'évasion.

Quelques temps auparavant une loge de Bordeaux, U Anglaise j ayant pris une décision pour exclure des temples français les francsmaçons allemands, les loges italiennes, en assemblée réunie à Palerme, adressèrent au Grand-Orient de France celte admonition :

c Ghers et vénérables frères,

c Lorsque les canons de la porte Maillot ont retenti sinistres jqb« qu'aux portes de nos temples, la voix de nos chers frères de Paris nous a été consolante et amicale ; elle ne traversait pas les baïonnettes et les dangers des hôtes étrangers, mais bien les malédictions et les armes fratricides des deux camps, où Ton parlait la même langue, les fils de la même mère, où Ton partageait les larmes, la gloire et l'infortaiie. Cette voix portait la parole sainte de la paix, de l'amour et de la fraternité, là où régnaient la guerre, la haine, les méfaits et les violences les plus terribles, le caïnisme, le fratricide.

c Alors, nous avons envoyé notre approbation sincère qui venait da cœur ; mais elle ne fut pas accueillie peut-être sous les cris déchirants des français qui tombaient par le fer français.

a Mais aujourd'hui nous sommes frappés d'une manière plus sinistre et plus glaciale par le non de la vénérableloge L'Anglaise, communiqué par votre bulletin.

« La Franomaçonnerie est une, comme Tharmonie de l'univers est tine ; la pyramide de nos symboles a pour base la surface du globe et pour sommet les idées le, plus élevées de l'humanité. Toutes les branches, n'importe qu'elles soient françaises, italiennes ou allemandes fy rattachent et s'y eon» fimdenl.

(1) Dèflle 11 Juin ISll, le correspondant de Londres an Êtoniteur mnèeerett^ IqI signalait la aympalhlo quo rencontraient les crimes de la Gommane dans certainee ooucheB de la population anglaise. Et U ijoutalt : cOn se ferait une idée pea exacte de la propagande de V InternaXionale en la supposant limitée aux oouchea infirieurM do la société anglaise. Dans certains cercles littéraires les doctrines de la Gommiiae ont rencontré des défbnsenrs^ surtout parmi les adeptes du pottttviMM, qui s'sst Isa* plaméjBn Angleterre dans ces derniers tempe. » (N* du 18 juin 1871.)

LA Commune a Paris et seè goUpligas ^59

c Son passé, ce sont les catacombes de Romes, ses martyrs, et l'empire de violence qui s'effondre.

c Son présent, ce sont la plus belle de vos nuits, la nuit du 4 août 1879, les droits de l'homme, les nations qui resstucitent et développent librement leur génie individuel. .

« Son avenir, la réalisation d'un triple idéal dont le Christ et les fran^ çai$ ont la gloire : liberté, égalité, fraternité !

c Anéantissez, par votre autorité, le nom de L'Anglaise^ la fraternité Texige.

« Anéantissez-le» il est contre l'égalité.

« Anéantissez-le, il restreint la liberté humaine, représentée chez vous par Rousseau, Diderot et Voltaire, gui combattaient la superstition ; contre la liberté humaine, qui, par votre Lesseps, a percé les isthmes et réuni les mers ; qui, chez nous, a percé les montagnes en subjugant les éléments ; contre la liberté humaine, qui détruira le dernier et le plus grand des maux, le préjugé qui fait d'un peuple universel de frères un troU" peau de brebis et de loups, de victimes et de bourreaux.

< Recevez, vénérable et cher frère, le triple embrassement symbolique.

c le tecritairey « BiAOïo LA Manna. 1

L'histoire n'a pas encore élucidé jusqu'à quel degré a été la tolérance de M. de Bismarck pour la Commune de Paris ; mais elle a recueilli de nombreux témoignages des offres de service que les jacobins et les internationalistes parisiens ont faites à l'envahisseur de leur patrie. Cluzeret, dans les démarches qu'il faisait auprès de M. de Hatzfeld pour l'engager à appuyer ouvertement la Commune, lui tenait exactement le même langage que M. de Bismarck adressait plus tard à M. d'Ârnim :

c Laissons de côté, dit-il dans la relation que lui-môme a publiée, l'affaire de l'archevêque et parlons des intérêts communs à votre gouvemement et à la Commune de Paris. Si le gouvernement de Versailles triomphe^ ce sera un effort désespéré de la monarchie pour revenir sur l'eau. // n'y a pas de monarchie en France qui puisse, je ne dis pas se main^ tenir (aucune ne se maintiendraj, mais tenter de se maintenir sans promettre la revanche... Vous souriez,.. Elle ne pourra tenir cette promesse, je le sais mieux que personne, et je compte là-dessus conéme sur un moyen et une occasion de révolution (1). »

()) Cité par la 0(ueM9 de France du 30 mai 1873^

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Quelques années se passent et nous voyons encore Vargent sinon la main des prussiens dans les attentats des internationalistes et des jacobins. En 1878, les débats du procès Lebiez ont établi que le cautionnement du Père Duchéne avait été fourni par la baronne d'Ëckstedt, une prussienne qui prétendait vivre à Paris pour propager les idées socialistes. A la même époque un procès s'est engagé entre la direction de V Homme libre du F.*. Louis Blanc et le baron de Panalef, où Ton a produit un traité en vertu duquel ce dernier s'était réservé, moyennant les sommes données par lui, le droit de diriger la politique de cet organe révolution* nâire et socialiste dans le sens du panslavisme (1).

Ici les responsabilités et les complicités s'étendent singulièrement, et il est impossible de ne pas remarquer le rôle prépondérant qu'ont joué dans la fondation de V Internationale deux chefs du panslavisme, Herzen et Bakounine.

M. Rodolphus Meyer, un écrivain allemand très-connu, qui, après avoir eu de longues relations avec M. de Bismarck, est aujourd'hui honoré par lui d'une haine toute particuUère, a élevé à ce sujet les accusations les plus graves et en les appuyant sur des documents qui sont de nature à faire grande impression. Nous en empruntons le résumé suivant à l'étude sur le socialisme contenir porain de M. Winterer, dont le jugement a le plus grand poids.

« D'après M.Meyer,ragitatîon russe en Suisse et en Angleterre, par Bakounine et Herzen, n'était pas dirigée contre la Russie, mais contre l'Europe occidentale, au profit de la Russie ; Herzen I et Bakounine n'étaient que des agents russes, soit au service direct du gouvernement, soit au service du parti panslaviste ; la cause des deux agitateurs était le panslavisme, non le socialisme do l'Internationale. Si M. Meyer a raison, on frémit à la pensée de la hideuse immoralité de la poUtique russe et du sort que cette politique prépare à l'Europe occidentale. H&tons-nous de dire que M. Meyer n'est pas seul de son avis. Karl Marx et ses adeptes ont accusé depuis longtemps Bakounine d'être un agent russe. Mais M. Meyer ne s'en réfère pas simplement aux .accusations de certains socialistes ; la vie de Bakounine, ses entreprises , ses

(1) Le baron de Panaïef a depuis de longues années dirigé en Russie desjoornauz qui propageaient à la fois le panslavisme et un radicalisme accentué. V. sur os personnage Euai sur Vhistoire de la révotnUUm en Rumiâ^ par N« d« GerobUoff (Varis, 18&8), t. U., p. 861 «Isttiv,

tA Communs a Paris et sbs compuces

écrits, son système, tout est sôriettsement passé en revue, et tout semble conGrmer les soupçons qui planent sur le cynique blas^ phêmateur des congrès suisses.

ff Herzen était, sans aucun doute, un apôtre du panslavisme. Il était socialiste, mais le panslavisme est aussi socialiste. Le rêve du panslavisme est la domination de TEurope et du monde ; il veut régner sur les débris de Tordre social européen, et établir au milieu des ruines l'organisation sociale russe. On ne sait pas assez que la base de cette organisation est une espèce de communisme agraire.

« Cette constitution de la conunune est au fond de tous les rêves sociaux du panslavisme. Ses apôtres parlent avec dédain du prolétariat de l'Europe occidentale ; ils proclament avec orgueil que la constitution sociale de la commune russe a délivré leur pays de la plaie d'un tel prolétariat. Hélas ! si la Russie n'a point cette plaie, elle a d'autres plaies non moins profondes.

ce Arrivons maintenant à Bakounine. Etait-il, lui aussi, un émissaire du panslavisme ? Après avoir répondu à cette première question, à la suite de M. Rodolphe Meyer, nous nous poserons une seconde question, qui est la conséquence de la première : Bakounine était-il simplement un émissaire du parti panslaviste, ou un agent direct du gouvernement russe ?

« La vie^agitée de Bakounino est évidemment, selon M. Meyer, la vie d'un panslaviste impénitent. Le gentilhomme russe Bakounine était d'abord officier d'artillerie, au dire de la Chronique des ouvriers de Pesth. Il vint à Breslau, en Silésie, vers l'année 1848, et se fit recevoir dans le parti démocratique de cette ville. Dans le cours de la même année, il prit part au congrès slave de Prague, et pubUa, au nom de ce congrès, un manifeste panslaviste. Il ne tarda pas à être dénoncé comme agent russe par la Nouvelle Gazette rhénane. Les démocrates de Breslau ayant pris lait et cause pour leur collègue, l'un d'eux demanda des explications à la Nouvelle Gazette rhénane. Il obtint la réponse suivante,' qui n'est pas sans intérêt pour des lecteurs français : « Si vous € voulez vous convaincre de la vérité de notre assertion, si vous « demandez des preuves écrites, adressez^-vous à if™* Georges « Sand ; c'est elle qui nous a communiqué ces preuves. »

« Les menées révolutionnaires de Bakounine le firent arrêter à Ghemnitz, et il fut condamné à mort en Saxe et en Autriche ; mais la Russie le réclama ; l'empereur Nicolas lui-même parut s'inté-

LA RlÉPUBLIQtJB ÙNIVEtldÉLLfi

resser d'ane manière spéciale à son sort. Il fut envoyé en Sibérie en 1856, non comme forçat, mais comme simple exilé. Le goavemeur de la Sibérie, le comte Marawieff, un cousin de Bakounine, témoigna tous les égards à Texilé, lui permit d'exercer autour de lui une grande action, et le chargea enfin d'une missioa officielle qui devait le conduire jusqu'à l'extrême frontière. Arrivé à Nikolajefisk, Bakounine ne perdit pas Voccasion qui lui était oiTerte, s'embarqua pour le Japon, passa de là en Amérique, et parut à Londres en 1861 pour aider Herzen dans sa mission panslaviste. Il déclara, dans un manifeste publié par le Kolokol^ qu'il était décidé à consacrer sa vie entière à la lutte pour la liberté des russes, des polonais et de tous les slaves. Il affirma que l'empereur Nicolas, peu avant de mourir, avait songé dans le même but à déclarer la guerre à l'Autriche et à soulever les slaves de l'Autriche et de la Turquie, en même temps que les hongrois et les italiens. L'homme qui, en 1868, devait parler au nom de l'Inlernationale prêchait donc, en 1862, la guerre des races. A l'époque de Témancipation des serfs, les révolutionnaires de l'ocddent trouvèrent que le gouvernement russe n'allait pas assez loin, et ils engagèrent Herzen et Bakounine à se déclarer contre le gouvernement russe. Ni Herzen, ni Bakounine, n'obéirent à ces conseils. Bakounine fit paraître une brochure panslaviste, sous ce titre : Romcmoff^ Pugatschoff ou Pestel, dans laquelle il exposait avec enthousiasme son rêve panslaviste d'une Rvrssie nouvelle^ et demandait à l'empereur Alexandre d'en venir à un État tel que l'avait créé Pierre le Grand . < Alexandre seul, disait-il, pouvait « accomplir, sans verser une goutte de sang, la révolution la plus <c grande et la plus heureuse... Il le peut encore maintenant... On a n'arrête pas un peuple qui se réveille enfin d'une léthaigie de a mille ans. Que le czar prenne une énergique résolution ; qu'il « ait l'audace de se mettre à la tête du mouvement ! Sa force « d'action pour la prospérité et la gloire de la Russie sera sans a bornes. »

« Bakounine donne ensuite le programme de son panslavisme. Il veut pour l'État slave le gouvernement par le peuple dans la commune, dans la province, dans le pays, dans tout l'État, avec on sans le czar ; il veut tendre la main à la Lithuanie, à l'Ukraine, à la Pologne ; il veut délivrer les slaves qui gémissent sous le joug de l'Autriche et de la Turquie. Il propose une alliafu^ avec l'Ikdw^ la Hongrie^ la Roumanie et la Grèce.

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ff  la suite de qni marcherons-nous ? se demande Bakounine. ff Sera-ce à la suite de RomanoiT, de PugatschofT ou d'un autre «f Pestel ? Parlons franchement. Nous préférerions marcher à la « suite de Romanoff, si RomanofT consentait à ne plus être un em^ « pereur de Pétersbourg, majs un czar des paysans. »

(c Bakounine est resté fidèle jusqu'à la mort à son programme panslaviste. Les contradictions de sa vie ne sont qu'apparentes. Le fougueux agitateur de la Ligue de la Paix et de Tlnternationale est toujours le panslaviste plus ou moins déguisé. Il justifie en toute occasion la Russie du reproche d'être le foyer de la réaction. Tandis que nous le voyons demander à grands cris l'action politique du cété des slaves, il prêche une abstention complète aux socialistes de l'Europe occidentale. C'est qu'il ne veut pas que l'alliance internationale de l'occident devienne une puissance do« minante. Il a besoin de troubler l'occident, d'y semer l'anarchie et la Révolution. Lorsque l'anarchie et la Révolution auront épuisé l'Europe occidentale, l'heure du panslavisme sera venue ; il sonnera la charge générale ; il marchera à la conquête et à la transformation du monde.

(c Bakounine, qui n'avait pas de fortune personnelle, passa les dernières années de sa vie dans une délicieuse villa de la Suisse. Ce ne sont pas les subventions de l'Internationale, dit M. Meyer, ni les cotisations des ouvriers, qui lui procurèrent cette retraite aristocratique. De sa villa tranquille, à la vue des déchirements sociaux qui l'entouraient de toutes parts, l'agitateur russe put savourer à l'aise le fruit maudit de son œuvre révolutionnaire.

« Il reste à écarter une objection contre l'opinion de M. Meyer. Le socialisme que Bakounine propagea en Suisse, en Espagne et dans d'autres pays, ne prouve-t-il pas que les accusations dirigées contre lui manquent de toute base solide ? Le socialisme de Bakounine est, au contraire, une nouvelle preuve de sa mission panslaviste, car ce socialisme n'est au fond que le communisme agraire de la constitution de la commune rurale russe.

« Bakounine était donc un émissaire panslaviste, il est difficile

d'en douter. Les relations directes de l'agitateur avec le gouvernement russe sont moins bien établies. Il attaque quelquefois violemment le czar et son gouvernement ; cependant, c'est le gouvernement russe qui a sauvé Bakounine des mains de la Saxe et de l'Autriche ; c'est le môme gouvernement, si impitoyable envers d'autres exilés, qui a étrangement adouci Texil de ce condamné nolitiqae en Sibérie.

(K Les événements contemporains sont loin de disposer les prits à absoudre absolument le gouvernement russe. Sur un autre terrain et dans une autre sphère, Tchernaleff n'a-t-il pas exercé une mission panslaviste quelque peu semblable à celle de Bakounine ? La Révolution n'a-t-elle pas salué aussi ce chef russe de l'armée serbe ? La Serbie n'a-t-elle pas été travaillée dans tous les sens par des menées panslavistes et révolutionnaires en même temps ? Garibaldi n'a-t-il pas acclamé sa cause ? Tchernaleff ne s'est-il pas éloigné au moment opportun avec toutes les bénédictions ou au moins avec la faveur de l'empereur Alexandre ? Ne s'est-il pas rendu à Prague, où Bakounine avait trouvé aussi lo premier théâtre de ses exploits ?...

c< Quoi qu'il en soit de tous les mystères de la politique russe, si l'on peut mettre en doute les relations positives de Bakounine avec le gouvernement de Saint-Pétersbourg, il n'est guère possible de douter des rapports intimes de l'agitateur avec le parti panslaviste de la Russie, parti qui jouit des faveurs du gouvernement. Vraiment, les projets de ce panslavisme sont hideux ; mieux vaut encore la barbarie immobile du croissant. Corrompre, déchirer, affaiblir l'Europe par la révolution, l'anarchie, la guerre ; pousser sur l'Europe en ruine les innombrables hordes slaves; offrir au prolétariat insurgé de l'Europe occidentale l'appât du communisme agraire^ voilà le panslavisme, voilà le système monstrueux qui, en même temps que T Internationale , menace TEurope civilisée (1). »

Un écrivain allemand très au courant des sociétés secrètes, M. Reichenbach, nous retrace de son côté en ces termes la biographie du célèbre agitateur russe :

c Bakounine, mort en Suisse en 1876, a joué un rôle si extraordinaire qu'on est tenté de le prendre, comme lo disent d'anciens internationalistes, pour un agent russe. Son exil en Sibérie a été une vérîuble j plaisanterie. Il faut espérer que les phases de son existence seront un jour mieux connues, quand on fera le véritable historique de la Commune de Paris, de Marseille, de Garthagène, etc. : Charles Marx saura nous en parler, comme il serait homme à nous raconter fort à propoi ce qu'il doit savoir sur M. le conseiller intime Hamburger, personnage de nationalité allemande et de descendance Israélite, et qui jouit aupiès

(1) Le SodalismA conUmporain^ par l'abbô Winterer, dépulô tu parlemeot aUe* mand (PariB, Palmé, 1876}, p. 153 & 1&9.

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de M. le prince de Gortschakoff de la môme confiance dont M. de Bismarck honore M. Bûcher.

« Il existe ainsi certaines individualités éminentes» qui, parmi les épreuves d'une vie errante et laborieuse, ont appris à connaître les passions et les secrètes tendances des hommes, des classes sociales et des races : sous les titres modestes de secrétaires et de conseillers intimes, ils n'occupent en quelque sorte que le second plan de la scène, mais tout effacés que paraissent leurs personnages, ce n'en est pas moins eux qui conduisent l'action (1). »

Quelle responsabilité font peser de pareilles révélations sur le chancelier qui depuis tant d'années 'gouverne la Russie sous le nom de l'empereur (2) ! Comment ne pas se rappeler M. d'Israëli disant que la diplomatie secrète de la Russie était tout entière aux mains des juifs (Introduction VI), et M. de Maistre dénonçant rhabileté avec laquelle les illuminés s'introduisaient jusque dans les plus secrets conseils des souverains pour se servir d'£^rd do leur puissance au profit de leurs desseins et pour les perdre ensuite eux-mêmes (Liv. II, chap. VIII, § 1).

(1) lA Sœialiêmê et la Réforme en Allemagne (Paris, 187S, au siège de la aociélô d'Éoooojnie sociale), p. 32. Dans le môme écrit, M. Roichenbach esquisse ainsi la biographie d'uo des chefs du mouvement révolutionnaire allemand en 1848, un dos affldés de la Jeune Europe^ Struve : c Avocat badoia, d'origine livonienne, frôre du conseiller intime de l'empereur de Russie. Il convient de faire remarquer ici que la légation russe on Suisse, représentée par feu le baron et la baronne Krûdner, s'était réfugiée de Berne à Fribourg en Brisgau, où elle demeura longtemps dans le même hôtel F... qui était, en somme, le quartier général du mouvement insurrectionnel du grand duché de Bade. On m'a assuré que les chefs Struve, Blind, Heiker et Brenlano, notamment Struve, n'étaient point en trop mauvaises relations avec la légation russe, i

(2) A Toccasion du refus d'extradition d'Hartmann par le gouvernement français, le journal le GatUois, du 17 mars IbSO, a prétendu avoir reçu la dépèche suivante de son correspondant de Vienne :

Vienne, t5 man, loir.

c L'article violent publié hier par le Journal de 3ainl-Péter$bourg contre le gouvernement français a, dit-on, pour auteur, le conseiller intime Qiers. Le czar est plus irrité que jamais depuis qu'il a reçu le rapport détaillé sur les incidents de l'affaire Hartmann : Parlant au prince Gortschakoff det hommes actuellement au poi^wr en Ftanoe, f empereur aurait dit i aBr es soirr la vos akis I »

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