‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 136 sur 151 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

Ui NTHTT.TSMW RUSSE

5 I. — Les crimes et le programme du Nihilisme.

Pendant longtemps Tempire msse a semblé inaccessible aux agitations de la vieille Europe. Les convulsions sociales, qui menacent périodiquement depuis 1789 la France, l'Espagne, Tllalie et rAllemagne, paraissaient à beaucoup d'esprits avoir pour cause unique le trop rapide développement des industries manufacturières. Pour d'autres, elles étaient le fruit de la lutte engagée par le Catholicisme contre les idées modernes, et volontiers ils en auraient rendu responsable l'Église elle-même.

Mais voici que depuis quinze ans la Russie, malgré la diiTé* rence profonde de sa civilisation, malgré les institutions égalitaires de son régime foncier et de son organisation communale, malgré l'abondance des terres qui restent libres pour ses paysans, la Russie, disons-nous, voit une secte, puissante par le nombre et l'audace, livrer un assaut furieux à la dynastie, à la religion nationale et à toutes les bases de la société. Les revendications des socialistes les plus égalitaires ou des jacobins les plus radi* eaux sont étrangement ;dépassées, et la secte écrit elle-même sur son drapeau ce mot sinistre de Nihilisme, c'est-à-dire la destruction pour la destruction. En effet, elle ne prend plus même souci d'élaborer un plan de reconstitution sociale. Faire la place nette par la destruction de la religion, de l'autorité, de la famille, de tout préjugé dogmatique ou de tout sentiment moral, voilà son seul but.

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Elle le poursuit par une série de crimes qui, même après ceux des carbonari, des mazziniens et de la Commune parisienne, dëconcerteut le monde moderne. Cinq attentats contre la vie du tzar Alexandre II, qui a émancipé les serfs, qui a relevé des humiliations de 1856 Thonneur du drapeau national et qui s'apprêtait à donner une constitution à son peuple, — plusieurs chefs de la police et gouverneurs de province assassinés, — un jeune chambellan de Tempereur, le comte Nicolas Koskul, enlevé comme otage en pleine capitale et égorgé peu de jours après, — des acquittements scandaleux devant le jury, — une organisation secrète qui pénètre la police et les plus hautes régions administratives et qui assure dans la plupart des cas l'impunité aux coupables, des incendies allumés dans presque toutes les villes, — telles sont les preuves que le Nihilisme a données de sa puissance. A l'heure même où nous écrivons, il affirme sa vitalité par de nouveaux crimes, malgré un an d'état de siège et un déploiement de mesures de police et de répressions militaires inouïes jusqu'alors en Russie.

Cette appellation de nihilistes est bien justifiée par le caractère audacieusement destructeur de la secte. Elle lui a été donné pour la première fois, en 1861 , par le fameux écrivain russe Ivan Tourguenieffdans son roman : Les pères et les fils. Quelle que fftt Tintention qui a dicté cet écrit, les sectaires ont revendiqué hautement cette appellation ainsi que jadis l'avaient fait les gueux^ les scms'culottesj et ils s'en parent comme d'un titre de gloire.

Le Nihilisme est à la fois une société secrète organisée et agissante, et une doctrine dont les adeptes sont inspirés par un esprit fanatique de propagande. Pendant longtemps il est resté à l'état d'épidémie morale ; ses adeptes formaient de petites associations mystérieuses qui se bornaient à une hostilité de propos et d'écrits contre le gouvernement ; mais ces associations se sont, dans ces derniers temps, fondues en une organisation révolutionnaire dont les chefs paraissent fixés à l'étranger et qui trouvent une complicité plus ou moins active parmi les nombreux adhérents do la doctrine. Ce sont eux qui font pénétrer partout des brochures incendiaires écrites en russe et les journaux imprimés, le Zemblia y volia (Terre et liberté)^ Probovdjenie (Le Réveil)^ Wpered (En 'avantj, et autres feuilles, qui s'impriment à Berne, à Oenève, à Londres, à Paris.

Oa ne rencontre guère d'adhérents du Nihilisme que dans lea

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classes cultivées. Jusqu'à présent ses adeptes les plus nombreux se sont recrutés dans les professeuis et les étudiants. Des of&« ders appartenant à la noblesse peu aisée, des fonctionnaires subalternes, s'y sont jetés en grand nombre. Quelques marchands et des instituteurs commencent à s'y affilier ; mais les paysans et les ouvriers des villes paraissent jusqu'à présent inaccessibles au virus, malgré la propagande qui s'adresse à eux en exploitant leur position économique particulière.

En 1873, le comte de Pahlen, ministre de la justice, dans une circulaire confidentielle adressée aux magistrats, a constaté ce côté effrayant de la situation :

< Les enquêtes ont montré que plusieurs personnes d'ftge mûr, pères et mères de famille, possédant des ressources financières et une position sociale plus ou moins honorable, loin d'agir contre les propagandistes» leur ont, au contraire, montré très-souvent une sympathie non équivoque, les ont aidés et secourus, comme s'ils n'avaient pas eu conscience, dans leur aveugle fanatisme, qu'une semblable manière d'agir devait' avoir pour conséquence finale la ruine de toute société, ainsi que d'eux* mômes. Ainsi Endaouroff, assez riche propriétaire foncier et juge de paix du gouvernement de Penza, a favorisé les agissements d'un des hommes d'action les plus dangereux, Yoînaralsky, lui môme ex-juge de paix du district de Goroditschi. Ainsi la femme du colonel de gendarmerie d'Orenbourg, Gooloucheff, loin d'écarter son fils de la participation au mouvement révolutionnaire, l'a aidé au contraire de ses conseils et de ses renseignements. Ainsi une femme très^riche et déjà âgée, la propriétaire foncière Sofia Soubotine, a fait de la propagande révolutionnaire parmi les paysans des alentours ; non-seulement elle s'y est employée person* nellement, mais elle y avait déterminé aussi son élève. M™* Ghatiloff, et avait envoyé ses filles, môme mineures, finir leurs études à Zurich. Aiasi des filles à^ conseillers privés (le grade le plus élevé des employés civils). Natal ia Armfeld, Yarvara Batuchkoff et Sophia Pérovsky, la fille du général major Sofia Lechern-von-Herzfeld, et plusieurs autres sont allées se môler au peuple, s'occupant de travaux agricoles, vivant avec les paysans, se faisant leurs compagnons de travail; et tous ces actes, loin d'être blâmés leur ont valu de plusieurs parents et connaissances de la sympathie et de l'approbation. De tels exemples — et il yen a beau< coup — confirment l'opinion que le succès des propagandistes a dépendu moins de leurs propres efforts et de leur activité personnelle, que de la fadUtéavec laquelle leurs doctrines étaient accueillies dans les différentes clos» ses de la société et la sympathie qu'elles y trouvaient. Ainsi, par exemple, trois des plus ardents meneurs de l'extrême parti révolutionnaire --* les lieutenants démissionnaires d'artiUerie, Kravtchinsky, Rogatchoff, et •/ . . ^^^ * . . i

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l'étudiant Cléments — ont yécu pendant plnsieura mois dans différentei familles de la ville de Moscou, et loin d'être obligés de cacher leurs théories et leurs tendances» ils les ont propagées. Ce môme Rogatchoff avait fait, dans le gouvernement de Penza, connaissance d'un certain Boînaralsky, qui est devenu ensuite un de ses disciples des plus zélés, et qui a sacrifié à la cause de la propagande révolutionnaire presque toute sa fortune, 40,000 roubles (environ 135,000 francs). »

Des femmes sont en grand nombre livrées aux doctrines de la secte et elles deviennent parfois ses agents les plus actifs. Les vraies causes d'un phénomène aussi étrange se trouvent dans la position que la société russe fait à la femme des classes cultivées, dans Tabsence presque complète de vie religieuse intime dans ces classes, enfin, dans le développement d'une instruction sans contrepoids moral donné, dans les universités et les académies, aux enfants des deux sexes d'une caste de fonctionnaires la plupart sans lien avec le sol et à qui la médiocrité de ses moyens d'existence est insupportable (1). LeVésultat en est que les femmes désœuyréea accueillent ces idées destructives d'abord comme un passetemps, puis se dévouent à leur propagande pour combler le vide de leur existence. La classe très-nombreuse des institutrices remplit surtout ce rôle, et c'est à elles qu'il faut attribuer la pénétration du Nihilisme dans des palais de Pétersbourg et de Moscou. Le déclassement social des jeunes filles assez nombreuses qui se livrent aux professions libérales, à l'exercice de la médecine notamment, et qui fréquentent pendant plusieurs années les universités, fait beaucoup de recrues à la secte. C'est par ce trait qu'elle s'est d'abord révélée il y a déjà quinze ans.

L'on voit dans les villes d'universités des femmes portant des

cheveux courts, des vêtements amples qui dissimulent les formes,

des coiffures masculines et des lunettes bleues destinées à voiler

le regard ; ce sont les étudiantes nihilistes^ qui commencent ainsi

f à mettre en pratique le dogme fondamental de la secte, l'égalité

' de l'homme et de la femme.

Et ici il ne s'agit pas seulement, comme en Amérique, de Tégalité des droits civils et politiques, c'est la destruction radicale de la famille que l'on veut réaliser.

Les nihilistes rejettent le mariage ; et si, pour assurer des droits

(!) V. dans le livie si remarquable de Schedo-Perrotti (baron PirJu) le mUHtm^ CA !hmU (BruxèUea, Glasien, 1S07), les chap.VI e( VU.

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civils aux enrants, ils contractent des sortes de mariages légaux, le mari souscrit immédiatement un acte par lequel il déclare renoncer à user de tous les droits que la loi ou la religion lui donnerait. Souvent[les nihilistes, hommes et femmes, vivent par petits groupes, (yà tout est commun. Pour être pleinement indépendante, la femme doit pourvoir par elle-même à sa subsistance.

c La maternité étant le fait d'une inégalité de nature, les nihilistes € l'évitent par tous les moyens possibles, nous dit un des historiens « attitrés de V Internationale^ et s'ils n'y peuvent parvenir, la femme, c nihiliste abandonne volontiers le fruit de ses amours ou plutôt de ses « nécessités naturelles (1). »

La destruction générale de tout Tordre social, voilà le but que poùSuiveni les nihiliste^, et étt Cela, ils dépassent de beaucoup les socialistes les plus extrêmes de V Internationale.

« Vous niez tx)ut, ou, pour parler plus exactement, vous détruises tout, demande-t-on à Bazaroff, le héros du célèbre roman d'Ivan Tourguenicff, et cependant il faut bien reconstruire ! — Gela ne nous regarde pas, réplique celui-ci. Il est nécessaire avant tout de débarrasser le ter* rain. Plus tard, quand toutes les institutions auront été détruites, quand la tabula rasa sera parfaite, alors les forces existantes, alors l'humanité, se cristalliseront de nouveau dans des institutions, qui seront sans doute appropriées aux conditions du milieu. — Bazaroff continue sa thèse en affirmant qu'il n'y a entre les hommesni de relations de justice» ni de sentiments, il n'existe que des sensations > ; et son dernier mot est celui ci : a Laissez-nous boire et manger jusqu'au moment de l'exc tinction de la chaleur animale. »

Ce n'est pas là une peinture fantaisiste. Les passages suivants du Catéchisme révolutionnaire de Bakounine en sont la confirmation trop authentique :

< I. Le révolutionnaire est revêtu d'un caractère sacré. Il n'a rien qui lui soit personnel, ni un intérêt, ni un sentiment, ni une propriété, ni même un nom. Tout en lui est absorbé par un objet unique, par une pensée unique, par une passion unique : la Révolution.

c II. Il a rt)mpu absolument, au plus profond de son être, avec tout l'ordre civil actuel, avec tout le monde civilisé, avec les lois, les usages, la morale. Il en est l'adversaire impitoyable ; il ne vit que pour les détruire.

(1)- Pribourg, VÂ$8oeiation internationale dee traioaUlettre, p. ïBi, et Scbodo- Perrotti, U NihilUme en Ruaiê, p. 219.

57é Le MlHILISMfi RUSSE

c in. Le révolutionnaire méprise toat le doctrinarîsme et tonte la science présente ; il ne connaît bien qu'une seule science : la dbstbdo- TiON. Il étudie la mécanique, la physique, la chimie, et peut-être la médecine; mais ce n'est que dans le but de détruire, H se livre, à la même fin, à l'étude de la science vivante, c'est-à-dire à l'étude des hommes, de leur caractère, de leurs conditions sociales actuelles. Bon désir sera toujours la destruction la plus prompte et la plus sûre de ces ignobles conditions sociales.

« rv. Le révolutionnaire méprise l'opinion publique. Il a le même mépris et la môme haine pour la morale actuelle dans toutes ses manifestations. Pour lui, tout ce qui favorise le triomphe de la Révolution est honnête; tout ce qui entrave ce triomphe est immoral et criminel... »

Les nihilistes s^adressent aux paysans en exploitant oertains traits de la constitution sociale du peuple russe.

Par suite de la durée très-prolongée du régime patriarcal, dans les vastes steppes encore imparfaitement défrichées qui constituent le sol de la grande Russie, un régime tout particulier de possession du sol s'est perpétué jusqu'à nos jours. Les familles ne possèdent à titre de propriété perpétuelle et héréditaire que leur habitation et Tenclos y attenant. La terre arable et les pâturages sont la propriété collective du groupe formé par les habitants du village qui primitivement étaient tous issus de la même souche. Les chefs de famille du village répartirent périodiquement les terres entre les différents ménages. Quand un ménage vient à disparaître, l'es terres qui lui étaient attribuées ne passent pas à ses parents, mais font retour à la communauté, qui en fait une attribution nouvelle à un autre ménage. Tous les habitants du village étant solidaires autrefois pour le payement des redevances seigneuriales, aujourd'hui encore pour le payement de l'indemnité due aux sei* gneurs, et des impôts, ainsi que pour la levée des conscrits, le conseil des chefs de famille exerce un pouvoir discrétionnaire sur ta conduite de chaque ménage, afin que sa paresse ne compromette pas les intérêts communs. De là une immixtion constante dans ce que les peuples occidentaux regardent comme le domaine inviolable de la vie privée.

Le grand acte de 1861, par lequel Alexandre II a émancipé les paysans, et partagé la terre entre eux et les seigneurs, moyennant une faible indemnité, et a attribué aux seigneurs la propriété des forêts en supprimant les droits d'usage des paysans, est apparu aux yeux des populations conmie la manifestation indiscutable de

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romaipotence de l'Étal : « Il n'y a de propriété véritable que celle de l'empereur, » tel est le dicton populaire et juridique qui exprime le fond de la pensée du peuple russe.

Le règlement des droits réciproques des seigneurs et des paysans n'a pu être accompli sans froisser bien des intérêts, ni sans soulever des convoitises, qui n'ont pu être complètement satisfaites.

Les nihilistes profitent habilement de cette situation, et, pour soulever les masses populaires contre la religion et le tsar , ils promettent aux paysans l'abolition de tous les impôts et de toutes les redevances, qui les grèvent encore.

Ces explications étaient nécessaires pour faire comprendre certaines particularités de la proclamation suivante contenue dans le journal Zmblja i Vola (la terre et la liberté), du mois d'avril 1879, et où l'on retrouve tout le plan destructeur de la secte :

« Terre et Liberté ! Voilà les mots magiques qui ont toujours fait vibrer les cœurs de la nation russe : par deux fois, ils ont suffi à soulever le pays, et aujourd'hui encore ils ont le pouvoir de le faire frémir d'un bout à l'autre de l'empire.

« Terre et Liberté I C'est la devise qu'ont écrite sur leur drapeau, en 1860, nos devanciers, les vrais représentants du génie et de l'histoire de notre peuple.

« Nous aussi, nous en ferons notre cri de ralliement. Notre conviction est qu'il n'y a d'avenir que pour les constitutions sociales, qui puiseront leur organisation dans la raison humaine et dans les aspirations populaires.

« Et nous ne croyons pas à la possibilité de répandre dans les mas-* 9es, quelque propagande que nous fassions, des principes contraires à ceux qu'y ont déjà semés les révolutions antérieures.

« Tenter cela serait du temps perdu ; nous savons, par tous les mou* vements populaires de ces derniers temps, depuis la guerre des paysans jusqu'à la Commune de Paris, que toute action révolutionnaire, en se développant, développe nécessairement aussi, purifie et répand à l'extérieur les idées primordiales qui ont présidé à son éclosion.

« Les révolutions sont l'œuvre des masses populaires. Le passé les prépare. Les révolutionnaires ne sont pas les maîtres d'en déterminer le point d'arrêt. Ils ne sont que les ouvriers de l'évolution des peuples et les interprètes de leurs idées. Leur rôle consiste à guider les masses dans le sens du progrès et de leurs aspirations, les appeler au combat pour en obtenir la réalisation, de telle sorte que les arrêts impénétrables de la loi qui régit les sociétés humaines reçoivent leur application

bl'd tB NiHIUàMB RtJâSË

dans le temps youIo. Hors de là, les révolationnaires ne penvent rien. Mais, dans la sphère d'action que nous venons d'indiquer, ils oonsâ« tuent un levier formidable pour les évolutions des peuples.

« Dans tous les temps, partout, et dans tous les soulèvements possi* blés, quelle qu'ait été leur importance, le peuple russe a toujours revendiqué le sol et la liberté :

« U sol, comme le bien commun de ceux qui le cultivent; et la liberté, comme un droit qui appartient à tous les hommes d'être les seuls maîtres d'eux-mêmes, comme de leurs actions,

« Arracher le sol aux seigneurs et à ses détenteurs ; expulser, et dans certains cas exterminer les fonctionnaires et tous les représentants de l'autorité ; créer des territoires cosaques, c'est-à-dire des communes libres, autonomes, nommant à l'élection des représentants responsables et révocables : tel a été constamment le programme des révolutionnaires démocrates et socialistes, Pugactcheff, Razin, et de leurs disciples. .

« Ce programme est indubitablement celui de la grande majorité du peuple russe. C'est pour cela que nous, hommes de la Révolution, noas l'acceptons. C'est pour cela que nous mettons en première ligne les questiens qu'il soulève. Nous laissons provisoirement de côté la question ouvrière. Nous insistons sur ce point pour qu'on ne croie pas que nous considérons comme inutile l'expropriation des établissements industriels ; mais pour établir que l'évolution sociale qui à l'ouest de l'Europe a donné la première place à la question ouvrière, a au contraire, dans notre pays, mis en avant les problèmes agraires.

« Ce qui n'empêchera pas le mouvement révolutionnaire, tout en éle* vant sur le pavois la question du sol, de résoudre le problème ouvrier» et d'amener fatalement l'expropriation et la destruction du capital, dont la tombe sera creusée autant par l'état actuel des choses que par le développement de l'œuvre de la Révolution. Dans ce but, et indépendamment de celui des campagnes, il faut qu'un soulèvement soit préparé dans les villes : il se rencontrera fatalement avec celui qui a pour objet la question sociale agraire. En raison des vérités que nous venons de développer, nous ne toucherons pas aux questions concrètes, qui appartiennent encore ail socialisme de l'avenir.

« Tout cela sort des questions de l'avenir. Laissons à l'avenir ce qui lui appartient. Le présent a une tâche colossale à remplir qui peut se résumer : le développement de la révolution populaire, qui seul est en état de préparer la voie à la transformation sociale de Tavenir telle que la conçoit l'esprit du peuple, »

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