II. — L'OAOANISATION DU NiHILISMB
Pour ne pas se méprendre sur l'état actuel de la Russie, il faut bien comprendre que le Nihilisme, comme la Franc-maçonnerie, est à la fois une doctrine et une conspiration. Pour un grand nombre de russes, le Nihilisme n'est qu'une aberration intellectuelle, et la mode, à certains moments, a étrangement concouru à sa propagation. Mais dans cette masse d'esprits pervertis , les conspirations, les véritables sociétés secrètes se recrutent tout naturellement.
L'ensemble et la suite avec lesquels sont exécutés les attentats des nihilistes, la puissance de publicité dont ils disposent en dépit de toutes les mesures de police, la facilité avec laquelle ils réussissent souvent à faire évader les auteurs de leurs attentats, attestent une organisation fortement centralisée et aussi des complicités dans les plus hauts rangs de l'administration. Ce dernier point est incontestable, mais il est fort à remarquer que jusqu'à présent aucun de ces complices de haut rang n'a été découvert : la secte a su ménager leur position et couvrir le secret d'où dépendent la rapidité étonnante et la sûreté des coups qu'elle a réussi à frapper jusque dans le palais du souverain.
Ses principales publications périodiques s'impriment à l'étran* i ger, nous l'avons vu. Mais où siège son comité central ? Il paraît ' établi à l'étranger, mais jusqu'à présent on n'a pu découvrir s'il était fixé en Suisse, à Londres ou à Paris.
Au-dessous du comité central sont des comités locaux, qui se présentent comme les embryons des groupes hbrement fédéré j, nous ne disons pas de la société, mais de l'anarchie de l'avenir.
Déjà, paratt-il, des discussions existent entre les nihilistes sur Vorganisation de cette anarchie, qui suppose en effet une dose de contrainte et d'étouffement de l'initiative individuelle bien plus grande que celle des sociétés les plus autoritaires du passé.
Un écrivain nihiliste nous met ainsi au courant de ces divisions intestines : '
« Il y a une petite fraction jacobine parmi les nihilistes dont l'organe est le Nabat (le tocsin), à Grenève, et qui affirme certaines tendances qui ont été souvent attribuées à tout le parti ; mais cette fraction a été fré-
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quemmcnt ot expressément désavouée par tous les organes sérieux et influents du socialisme russe, tels que le Vpered (en avant), édité par Paul Lavroff à Paris, VObstchina (Commune) àGrenèye, et le Zemblja e Vola (Terre et Liôcrfé), publié clandestinement à Pétersbourg. Dans les n*** 9 et 10 de la Commune, il a paru une protestation signée par les noms les plus éminents de Témigration nihiliste, désavouant toutes Iles tentatives de la part du Nahai pour donner au parti révolutionnaire socialiste russe les tendances du Jacobinisme et une organisation dictatoriale. Il était dit formellement que « les différentes sections du parti ne « sont soumises à aucun pouvoir central directeur, mais sont organi- « sées sur des principes fédératifs et la reconnaissance de cette doctrine « fondamentale que la libération du peuple ne peut et ne doit être ac^ « compile que par le peuple lui-même (1). »
Cette divergence de vues nous paraît assez semblable à c^lle qui dans l'Internationale divise les communistes proprement dits, des collectivistes et des anarchistes (V. Uv. II, chap. XIV, S 5) et dont nous avons parlé plus haut. Comme celles-là, nous croyons qu'elle tient surtout à des compétitions pei'sonnelles; mais au point de vue pratique, elles n'ont aucune importance, et, quand même l'écrivain que nous venons de citer n'aurait pas eu pour objet de dérouter l'opinion publique sur le véritable centre d'action du parti, la lecture de son article nous montre qu'il approuve pleinement tous les attentats commis par les nihilistes contre le czar et les généraux ou gouverneurs de province, qui sont tombés assassinés.
Tout le parti est donc solidaire de ces crimes, et d'ailleurs, quelles que soient les divergences de ses chefs pour le lendemain de la victoire, il est évident que c'est uniquement par une grande concentration de forces qu'ils peuvent soutenir la lutte à mor( qu'ils ont déclarée à l'empire et à la dynastie.