III. — Les origines bu Niuiusicb
En lisant les déclarations de principes des nihilistes, il est impossible de ne pas reconnaître leur étroite liaison avec les doctrines des naturalistes allemands contemporains.
(1) ThiB$9oliUum in Buuia hj a Russiau MibUist, Norih Àmtriean Review, fuly
LES ORIGINES DU NiHILISME 581
Le docteur Louis Bachner, Tun des membres du congrès de Y Internationale à Lausanne (liv. II, chap. XIV, § 5), a formulé le matérialisme radical de cette école dans ses livres Force et matière^ V Homme selon la science. Ce sont à la fois des expositions de science matérialiste et de socialisme pratique.
Dans le récit de TourgueniefT, que uous citions tout à Theure, le personnage nihiliste cite pompeusement ce livre comme Texpression la plus complète de ses idées. On peut d'ailleurs se convaincre de leur identité en rapprochant la page suivante du docteur allemand des programmes cités au début de ce chapitre :
c L'un des principaux arguments de ceux qui admettent que la naissance et la conservation du monde doivent être attribuées à une puissance créatrice, gouvernant et réglant tout dans l'univers, est la prétendue doctrine de « la destinée des êtres » dans la nature... Toute chose dans la nature excite l'admiration des crédules de la destinée dos êtres, pour la profonde sagesse de cette puissance supérieure. La science naturelle de nos jours s'est émancipée de ces creuses idées qui ne s'ar-*
rêtent qu'à la surface des choses Notre esprit réfléchi est la seule
cause de cette destinée apparente, qui n'est autre que la conséquence nécessaire de la rencontre de matières et de forces physiques. • .. •
c L'homme, comme être physique et intelligent, est l'ouvrage de la nature. Il s'en suit que, non-seulement tout son être, mais aussi ses actions, sa volonté, sa pensée et ses sentiments sont fatalement soumis aux lois qui régissent l'univers... L'individu se trouve dans un rapport tellement intime et nécessaire avec la nature, que le libre arbitre et la spontanéité jouent un rôle très-secondaire dans ses actions. Les phénomènes qu'on a attribués jusqu'ici au hasard et au libre arbitre, sont régis par des lois déterminées... Les actes des hommes dépendent partout, et en dernier lieu, de certaines nécessités physiques déterminées. . .
c Qu'il nous soit permis, en dernier lieu, de faire abstraction de touto question de morale et d'utilité. L'unique point de vue qui nous dirigo dans cet examen, c'est la vérité. La nature n'existe ni pour la religion, ni pour la morale, ni pour les hommes ; elle existe par elle-même. Que faire sinon la prendre telle qu'elle est ? Ne serions-nous pas ridicules si nous voulions pleurer comme des enfants parce que nos tartines no sont pas assez beurrées ? L'étude empirique de la nature n'a pas d'autre but que la recherche de la vérité, que celle-ci soit consolante ou désolante selon les idées humaines, qu'elle soit esthétique ou non, logique ou non, qu'elle soit conforme ou contraire à la raison, nécessaire on miraculeuse (1 ) . »
(t) FcTU U matière^ étuau populairu fThittoire a de phUoiophiê naturélUi, par
^82 LE NiHILISMB RUdSE
Bakounîne ne fait que développer la doctrine du docteur aile' mand, quand il dit brutalement, dans sa critique de la théologie politique de Mazzini :
« La loi morale, dont nous autres matérialistes et athées reconnaissons l'existence plus réellement que ne peuvent le faire les idéalités de quelque école que ce soit, mazzinniens ou non mazziniens, n'est une loi vraiment morale, une loi à la fois logique et réelle, une loi puissante, une loi qui doit triompher des conspirations de tous les idéalistes do monde, que parce qu'elle émane de la nature même de V humaine société^ nature dont il faut chercher les bases réelles, non dans Dieu mais dans L'AifiMALrri. »
^ Qui ne remarquerait comment Dieu, selon la parole des saintes Ecritures, se joue de l'orgueil des impies !
Depuis le Protestantisme, et surtout depuis 1789, il n'est pas d'expression qui ait soulevé plus de colères et de protestations que celle de droit divin. Cette idée, mal comprise, par les uns, défigurée à dessein par les autres, semble avoir été particulièrement insupportable aux hommes modernes, et récemment un francmaçon rappelait violemment à la Chambre des députés français, que la Révolution consistait, dans son essence, dans le triomphe du droit humain sm le droit divin (1). Or, voilà qu'à son tour le droit humain est détrôné, bafoué, et qu'un révolutionnaire plus logique élève sur ses ruines le drapeau de l'animalité !
Pour donner un libre essor à l'animalité, pour laisser agir les forces de la nature, comme dit BazarofT, il faut détruire toutes les institutions ; on verra alors ce que produiront ces forces ; les nihilistes imaginent qu'elles aboutiront à l'égalité complète des individus :
c Tous les hommes se ressemblent Tun à l'autre dans le corps comme dans l'âme, fait dire Tourguenieffà son héros Bazaroff. Chacun de nous a un cerveau, un cœur, un foie, des poumons construits de la môme manière ; les qualités que Ton appelle morales sont également identiques chez tous les hommes. Ils ne présentent que des différences insignifiantes. Un seul exemple humain suffit à juger de tout le reste. Les hommes sont les hêtres de la forêt. Aucun botaniste ne s'amuserait à étudier séparément chaque spécimen. Il n'y a pas d'autre différence
Louis BQchner, trid. sar la 8* ôdlUoD allemande. Paris, Reinwaldi I86&1 2* édit., p. 93, 247, 265.
(1) Madier-lConiJaa, diseoun à la Gbambre dee députéi, aéoiioo du 16 mais 1880.
LES OaiOXNKS OU NIHILISME
entre le fou et le sage, entre l'homme bon et le méchant, qu'entre l'hom* me 8aln et le malade. Les poumons d'un phthisique ne sont pas dans le même état que les TÔtres ou les miens, quoique leur structure soit la môme. Nous connaissons approximativement les causes de certaines maladies physiques. Quant aux maladies morales, elles proviennent d'une mauvaise éducation, des folies de toute sorte qui sont fourrées dans ' nos têtes, en un mot de l'absurdité de notre loi sociale. Réformez la so* ciété et vous n'aurez plus de maladies. La société une fois réformée, il reviendra au même qu'un homme soit stupide ou intelligent, bon ou méchant ; tous auront la même position. »
C'est V égalisation de nature que rêvent Proudhon, Accolas et nos socialistes européens. Les nihilistes russes ne sont que des plagiaires, malgré leurs prétentions à l'originalité.
Dans ce monde ainsi renouvelé, la fraternité^ ce mot sonore ajouté par Saint-Martin au programme de riUuminisme (liv. I, chap.'II, §2), disparaît. Il n'y a plus que liberté et égalité pour ces hommes revenus à Tétat des habitants de la forêt. C'est dans toute sa pureté la donnée de Weishaupt (liv. I, chap. I, S 3). Comment ne pas être frappé de la persistance avec laquelle reviennent, sous toutes les formes et .dans tous les milieux, les idées fondamentales des sociétés secrètes ?
La mort est le grand agent de cette destruction vers laquelle la secte se précipite. Au rebours du sentiment commun du genre humain, les naturalistes la célèbrent comme leur alliée, et ils combattent l'hérédité, la famille, la tradition, comme empêchant la mort de réaliser pleinement ses effets. Ecoutez plutôt M. Naquet dans sa lettre au Journal des Débats du 19 décembre 1872 :
c La famille ne peut désormais qu'être nuisible à l'homme... L'édu- ] cation de la famille neutralise les heureux efiTots de la mort. La famille \ empêche l'homme de mourir tout entier ; elle le perpétue et le continne. »
Voilà pourquoi les nihilistes, comme les thugs de Tlnde, hâtent l'œuvre de la mort par tous les attentats :
c II ne nous reste plus qu'une seule chose à faire, c'est d'étrangler nos maîtres comme des chiens, dit une de leurs proclamations I Pas de quartier 1 II faut que tous disparaissent I II faut incendier les villes ; il faut que notre pays soit purifié par le feu!.. A quoi bon ces villes, elles ne servent qu'à engendrer la servitude I.... Gomme ils ont des canons et des fusils et que nous sommes désarmés, ce n'est que par le feu que
584 LE Nihilisme russe
nous pouvons les attaquer et les vaincre. Une fois les murailles, derrière lesquelles cette canaille se retranche, réduites en cendre, il faudra bien qu'elle crève de faim (1). >
La jeunesse lettrée de la Russie a puisé ses principes destructeurs dans les universités allemandes. Ivan Tourguenieff, qui a contribué beaucoup à vulgariser l'idée nihiliste^ nous disent ses biographes, a passé trois ans à Berlin, de 1838 à 1841, à étudier la philosophie hégélienne (2). C'est à l'Université de Zurich que se sont produites les premières manifestations des étudiants nihilistes et elles ont été peu après répétées dans les universités de la mère-patrie. Enfin, il est incontestable que ces idées ont été à l'origine propagées surtout par les russes qui ont séjourné à l'étranger. L'éminent écrivain que nous citions dans le paragraphe précédent, M. Schedo-Ferroti, a indiqué les causes de cette étrange situation qui faisait que les russes pendant deux siècles ont dédaigné leur tradition nationale et leur religion pour demander à l'étranger leur vie intellectuelle. Les idées impies qui depuis le milieu du XVIII* siècle paraissent aux esprits superficiels avoir un ascendant irrésistible, ont naturellement été adoptées par la plupart des russes des classes qui reçoivent une ébauche de culture intellectuelle.
Nou-selilement les russes ont été puiser en Allemagne et en France ces idées destructrices, mais même elles ont été propagées par le système d'instruction publique établi par l'autorité impériale.
M. de Maistre signalait ce danger dès 181 1, dans un mémoire confidentiel destiné à être mis sous les yeux d'Alexandre P*". Il montrait combien il était imprudent de confier les chaires publiques et spécialement la formation du jeune clergé à des calvinistes allemands^ qui poussaient à fond les principes destructeurs de leur secte, « de cette secte unie pour la ruine des rois et des États, et dont l'esprit est de haïr toute espèce cfautorité. » Il montrait la liaison de cette secte avec l'illuminisme, et nous pouvons aujourd'hui indiquer des nqms propres là où, par une réserve commandée p*ar la haute destination de ce mémoire, il ne parlait qu'en termes généraux (3).
(1) Cité par Pribourg, Àitocialion internationale dei trawilleuri,p, t84.
(2) V. The NeW'Englander, july i878« Nihilitmin Huntia.
(3) Quatre chapitres incite tur la fluttie (Appondico), p. 182, 184, 185. V. au Doeument K dos détails sur b Maçonnerie en Rassis et les premières origioss da MhUisme.
LES ORIGINES DU NiHILISME 505
L'empereur Alexandre avait alors pour conseiller un francmaçon des plus avancés, le fameux Michel Speranski. Fils d'un pope, puis précepteur des enfants du prince Kourakine, il végétait dai^s les derniers rangs de la bureaucratie, quand en 1801 Tempereur, dès le lendemain de son avènement au trône, lui donna sa confiance et l'appela aux plus hautes fonctions. L'influence do son précepteur, Laharpe, un des sectaires les plus dangereux du temps (liv. II, chap. VIII, § 2), fut pour beaucoup dans cetto fortune subite (1). Speranski fut le mauvais génie d'Alexandre I®% jusqu'à sa disgrâce subite en 1812, qui n'a pas été plus expliquée que son retour de faveur un peu plus tard. Les influences secrètes que M. de Maistre signalent si souvent durent y contribuer beaucoup. Ce qui est incontestable, c'est que Speranski a exercé une influence décisive sur l'avenir de la Russie par l'organisation qu'il donna à l'instruction publique et surtout à l'éducation du clergé. Dans cette œuvre il eut pour instrument le capucin apostat Fessier, qui, après avoir été le conseiller de Joseph II dans sa guerre à l'Église^ avait passé au Protestantisme et avait organisé à Berlin le rite nouveau de la grande loge d'York A V amitié (liv. II, chap. XI, §1). Speranski l'avait appelé depuis 1809 commme professeur de philosophie à St-Pétersbourg. Là il s'occupait activement de propager les principes de riUuminisme. Accusé d'athéisme par un prêtre grec, il dut échanger cette position pour celle de correspondant de la commission législative ; mais plus tard il rentra en faveur : en 1820 on le retrouve superintendant à Saratow, et, en 1834, évèque et conseiller ecclésiastique à St-Pétersbourg, où il mourut, après avoir eu toutes les facilités de jeter dans la société cultivée et particulièrement dans les universités ses doctrines d'impiété radicale et de destruction sociale !
Cette courte esquisse biographique fera comprendre tout co qu'il y avait de précis dans cette page écrite par M. de Maistre en 1811:
c Llllumînisme d'Allemagne n'est pas autre chose que le Calvinisme conséquent, c'est-à-dire débarrassé des dogmes qu'il avait conservés par caprice. En un mot, il rCy a qu'une secte. C'est ce qu'aucun homme d'État ne doit ignorer, ni oublier. Cette secte, qui est tout à la fois une et plusieurs, environne la Russie, ou, pour mieux dire, la pénètre de toute part, et l'attaque jusque dans ses racines les plus profon*
(t)PacbU6r Der Gœtze ikr HumanitcUy p. t42 (aole). V. l'article consacr^ fl Spensuki dao8 VJUgemeinti Handbueh dtr Freimaurerei (nachtrœge), Leipdg, 3 ▼. in-8*.
LB NlHILISMB RUSSE
des. Elle n*a pas besoin, comme dans le seizième siècle, de monter en chaire, de lever des armées et d^ameuter publiquement les pea« pies. Ses moyens de nos jours sont plus adroits : elle réserve le bruit pour la fin. Il ne lui faut aujourd'hui que Toreille des enfants de tout âge et la patience des souverains. Elle a donc tout ce qu'elle désire. Di'jà môme elle a attaqué votre clergé, et le mal est plus grand peut*
être qu'on ne le croit Et qu'on ne vienne pas nous dire
que ces dogmes sont surannés ; ils sont au contraire plus vivants et plus actifs que jamais. Au seizième siècle, ils étaient enfants, et quelques pages du catéchisme sauvés de l'incendie leur en imposaient encore ; aujourd'hui ils sont adultes et n'ont plus de frein d'aucune espèce. Cette épouvantable secte, qui s'appelle légion, n'a donc jamais été plus à craindre qu'en ce moment, surtout à cause de ses alliances (1). »
Dans un autre passage, il signalait ces hommes comme devant aboutir au néant, comme des riénistes. Merveilleuse prophétie du génie éclairé par la foi ! Soixanfe-cinq ans plus tard le ministre de la justice de Russie était obligé, en présence des attentats du Nihilisme^ de constater que la cause de cette rapide perversion des classes cultivées se trouvait dans l'éducation donnée à la jeunesse :
« Dans de nombreuses parties de Tempire russe, il s'est fait une propagande des plus criminelles, qui menace également la religion, la morale et la propriété. Ce mal a pris de si grands développements que les poursuites judiciaires seules sont impuissantes à le réprimer, puisqu'il ne se trouve personne qui veuille stigmatiser ces théories pernicieuses comme crimes et comme attentats. Bien plus, il y a même des personnes que leur caractère officiel et leur position sociale devraient tenir éloignées des manœuvres communistes et révolutionnaires, qui non-seulement assistent im'^ passibles à ces événements, mais encore ont la hardiesse de reprocher au gouvernement les mesures par lui adoptées contre une propagande funeste qui de jour en jour s'étend plus loin.
c Les révolutionnaires ont choisi pour instrument de leur infâme
(!) Quatre ehapUres inéditi sur la Russie, p. 185e( 175. L'empereur Paul I* avaii saisi lee tracée du complot Iramô par les il laminés contre toute religion et toute autorité. On en a la preuve dans ces paroles qu'il dictait au père Qruber, en ISOO: m Je ne vois, pour arrêter le flot de l'impiété, de VlUumitUtme et du Jaeobinùmê dans mon empire, d'autres moyens que de conflor réducalion de la Jeunesse aux Jésuites. C'est par l'enfance qu'il faut commencer ; il faut reprendre rédiflce par le fondement, sinon tout croulera et il ne restera plus ni religion, ni gouTernemeot. • (Leitra du père Gruber à llgr Marotti, citée par le R. P. Qagarin dans son ouvrage : L'empereur Peuil et le P. Gruber, p. 7.) Qui nous dira si les illumlnéi, menaoés par is dairvoyaneet no sont pas 1m inspii Ueurs de son assassinai resté si myttérieox 7
LSd OàlGINfeS DU KmiLISMS 58?
propagande précisément ce qui mérite le plas la sollicitade do tous les hommes honorables et éclairés, je veux dire la jeunesse et Técole. Et cela se comprend : leurs doctrines communistes, qui tendent à détruire toute organisation sociale pour établir l'anarchie, sont si absurdes et si } grossières qu'elles ne peuvent trouver quelque crédit que chez des en*/ fants, des jeunes gens inexpérimentés, ou d'ignorants individus appar«f. tenant au bas peuple. Mais malheureitsement ces enfants et ces jeunes gens, au lieu de trouver dans leur entourage et dans leurs familles de la résism tance aux doctrines exaltées et aux utopies politiques dont ils sont infectés, n'y rencontrent souvent au contraire que des encouragements et un aqfpui» Ce n'est que de cette façon qu'on peut s'expliquer l'extension qu'ont prise, dans trente-sept gouvernements, des théories socialistes qui sont depuis longtemps déjà condamnées par la véritable science. Gomme l'enquôte judiciaire l'a démontré, il y a des pères et des mères qui ont eux-mêmes enseigné à leurs enfants ces dangereuses théories. Un pareil fait est à mes yeux plus affligeant encore que la propagande elle-même ; il fait voir à quel point une certaine portion de la société russe est supcrû-* cielle et, je dois le dire, ignorante. Il me fortifie davantage encore dans cette conviction que, chez nous, la famille n'est pas un appui pour l'école, et que l'école, au contraire, doit faire l'éducation de la famille elle-même, chose qui n'a lieu dans aucun autre État européen.
c Que les professeurs remplacent donc ici les parents, — c'est leur devoir, — qu'ils choisissent les occasions favorables pour le leur faire comprendre.'»
Une feuille gouvernementale, le Journal de Moscou, disait à cette occasion :
a Ce n'est pas sans la plus profonde amertume et sans les appréhen« sions les plus sérieuses qu'on songe à notre jeunesse. A douze ans, l'on* fant a cessé de croire à Dieu, à la famille, à l'État ; à quatorze ans, il s'exerce à la protestation pratique ; à quinze ans, il est un conspirateur; à seize ans, il est peut-être déjà un criminel ; à dix-sept ans, il clôt son bilan, en se brûlant la cervelle. Telle est, hélas I l'histoire trop cua^^ vent répétée de nos enfants. »
En Russie, comme partout, les sociétés secrètes ont donc com-> mencé par s'emparer de l'éducation de la jeunesse, et quand elles ont cru avoir suffisamment préparé le terrain en détruisant dans les âmes toute croyance religieuse, toute foi patriotique, elles ont paru en scène à Tétat de conspiration, groupant tous les mécontentements et toutes les passions par l'espérance d'un cataclysme social.
Nous venons de saisir le point de jonction du Nihilisme avec
t8d LE NiniLISMR RUÔSfi
les principaux foyers des sociétés secrètes de l'Europe occidentale ; nous allons voir, dans les pages suivantes, les relations qu'il n'a cessé d'entretenir avec elles, malgré le caractère tout particulier que lui donne le monde russe.