IV. — Relations du Nihiltsme avec les sogiét^s SECRàTES
DE l'occident.
Le Nihilisme s'est révélé à l'état de danger social en 1866, par l'attentat de (Karakosow ; mais c'est surtout depuis 1877 qu'il a signalé la puissance de son organisation révolutionnaire , en engageant une lutte acharnée contre le gouvernement.
Mais le Nihilisme a été précédé par la longue propagande d'Hertzen» que nous avons déjà rencontré comme le précurseur ÛG^Intemationale (liv. II, chap. XIV, §5). En 1850, à Leipsig, nous l'avons vu chercher à en grouper les premiers éléments avec Karl Marx et quelques russes, au milieu desquels étaient Golowin et Bakounine (1).
Républicain rouge et socialiste, Hertzen a, pendant vingt ans, à partir de 1848, inondé la Russie de pamphlets virulents et d'un journal clandestin, le Kolokol (la Cloche)^ qui lui ouvraient des propagateurs ardents par tout l'empire, et déjouaient toutes les mesures de la police. De 1860 à 1865 surtout, il exerça une véri« table dictature intellectuelle sur la partie jeune des classes cultivées. Â partir de 1862, suivant les conseils du Kolokol y il se forma une quantité de sociétés secrètes ayant pour but de faire de la propagande révolutionnaire (2).
Hertzen est aujourd'hui démodé et dépassé.
Vers 1865, son influence fut remplacée par celle de Tcheraîchewsky, l'un des rédacteurs du Contemporain^ fondé par le baron de PanaïefT, et par celle de Bakounine.
Tchernichewsky est l'écrivain socialiste le plus original de notre temps ; c'est lui qui dans son roman social : Que faire ? — dans sa Critique de V économie politique^ — dans ses Lettres sans adres*
(i) V. le earieuz récit publié dans la Gatette de FranM da 23 Juillot 187t« (1) V. Schedo-Férroa, Éhtdeturk NihiUimM.
IdSLATIONS DU KlHILISME AVfeC LB3 SOCT^T^S SEGRÂTES 5Ôd
ieSj a formulé la théorie moderne du socialisme» le CollecHviS'me (1). Karl Marx recomiatt, dans son livre le Capital^ lui devoir beaucoup.
Tchernichewsky, en raison de son talent, de son procès retentissant, puis de sa déportation en Sibérie (1864), jouit d'un grand prestige parmi les révolutionnaires russes. C'est en son honneur que les nihilistes ont fait en 1877 une de leurs plus importantes manifestations publiques (2). Pourquoi lui et son associé Bakou-* nine ont-ils supplanté Tinfluence d'Hertzen ? Il est difficile de le dire, car nous n'attachons pas d'importance pratique à leurs distinctions subtiles entre le communisme et le collectivisme? Hertzen était aussi athée et révolutionnaire que Bakounine. En 1848, à la veille des journées de juin, il poussait ce cri sauvage :
c Ce qui est résolu est fini, et la Révolution à venir commence à peine. Nous ne bâtissons pas^ nous démolissons ; nous n'annonçons point do nouvelles révélations , nous écartons le vieux mensonge. L'homme contemporain, tcisiQ pontifexmaximus, ne fait que poser le pont^ un autre inconnu futur passera sur ce pont
c Le monde dans lequel nous vivons se meurt, et les successeurs pour respirer librement doivent d'abord l'enterrer
« En passant du vieux monde dans le nouveau, on ne peut rien em* porter avec soi.
« Vive le cahos et la destruction I Vive la mort! Place à l'avenir 1 (3) »
C'est bien là le sauvage génie du Nihilisme. Aussi, si nous pouvions avancer quelque conjecture sur ce qui se passe dans l'intérieur des sociétés secrètes, nous croirions plutôt que l'éloignement du courant actuel d'Hertzen provient de la sympathie qu'il a montrée à l'insurrection polonaise en 1863 (4). Étroitement liés
(1) Qoelques-uDS des écrits de Tchernicbewsky ont été récemment traduits en français. On en trouTora une très-bonne analyse dans VHittoire du socialisme^ par Ualon (Lugano, 1879), p. 585 etsuiv.
(2) Voyez^n le récit dans le Tûnes du 30 Janvier 1877.
(3) De Vautre rive, lettres de France,
(4) V. dans V Histoire du socialisme de Ifalon, p. 577, le texte d'une protestation d'Hertzen contre les atrocités commises parles russes. en Pologne et qui est dirigée contre Bakounine.
Sans qu'on en puisse trouver le vrai motif, on est frappé do la place que tient la question polonaise dans la fondation de YjAterncUionale. En 1862, à Londres, c'est à la suite d'un meeting que se constitue le premier groupe. Oans le programme de questions à l'étude proposées au congrès de Genève, il y avait une neuvième question ainsi conçue : c De la nécessité d'anéantir l'influence russe en Europe par j'applicaiion du principe du droit des peuples do dtspoaer d'eux-mêmes et la reoons*
590 tB Nihilisme rusAë
au mouvement paoslaviste, comme nous le montrerons dans un instant, les nihilistes russes sont essentiellement hostiles à la Pologne.
Quoi qu'il en soit, Pinfluence d'Hertzen de 1846 à 1864 a été considérable ; il est le chaînon qui relie la secle russe aux sociétés secrètes de l'Europe occidentale. C'est à cause de la propagande préalable faite par lui qu'en 1870 Karl Marx avait pu représenter de nombreuses sections russes au conseil général de l'Internationale (1).
Nous avons vu aussi, le rôle joué par Bakounîne, le fondateur de VÀlliance démocratique universelle^ le complice, puis le rival de Karl Marx dans la direction de l'Internationale. Il a été à distance un 'des inspirateurs du Nihilisme; mais nous avons vu le mystère qui plane sur sa conduite et sur ses relations avec le gouvernement russe lui-même (liv. II, chap. XIV, S 7).
Il a existé en elTet des relations incontestables entre les nihilistes et les panslavistes, et les uns et les autres sont en communication avec les sociétés secrètes les plus dangereuses de l'occident.
citation d*une Pologne sur des bases dâmocratiquee et sociales. » Fribourg, à qui nous devons la connaissance de ce document {Auoeiaiion ineirnational^ p. 19)) ejoule, p. 85 : a Plus houroux à Genève qu'à Londres, les parisiens purent faira écarler la question de la Pologne par les considérations suivantes : c Partisans da f la liberté, nous déclarons protester contre tons les despotismes et réprouver énor» c giquement Torganisation et les tendances sociales du despotisme russe ; mais c délégués à un coogrés économique, nous croyons n'avoir rien à dira sur la reconsc tilution politique d'influence. » U est évident que des influences puissantes, trte* supérieures au niveau dos connaissances des délégués ouvriers de TlnternatioDalo^ s'agitaient au sein de Tassociation au sujet ou sous le prétexte de la Pologne, i
C'est ici le cas de rappeler comment les révolutionnaires avancés ont toi:^oiin été profondément hostiles à celte malheureuse nation. Ils Tout compromise plot d'une fois en la poussant dans dos insurrections sans issue, mais l'ont loujoun laissé écraser sans défense par la Russie.
Garibaldi attribue les malheurs de la Pologne aux préjugés de nationalité oC de religion ; et il écrivait de Caprera, 28 décembre 1863, aux polonais ;: c Dettes dt « donner à votre lutte hérctque un caractère religieux et euranné qui iloignede vouê i lei eympaUiies (maçonniques) et provoque contre voue dee réacHont êanglantee. » C'csl-à-dire : renoncez à votre religion et à votre nationalité, ou faites- vous russes, et Ton vous traitera mieux. Une statistique offlcielle n'en a pas moins établi que, dans l'insurrection polonaise de 1852 seulement, 33)800 jeunes gens ont été tués en combattant, t,468 pendus, 18,682 déportés en Sibérie, parmi lesquels 164 femmes. Le nombro des exilés dans les steppes de l'Oural s'élôvo à 33,760 ; lechir« fre des transportés dans l'intérieur de la Russie d'Europe, à 12,&&6. dont 2t8 fommes ; 2,416 ont été incorporés dans Tannée russe; 81,500 emprisonnés ; 620 mortt avaal jugement par suite des mauvais traitements; et 7|000 condamnés par contm mace à la peine capitale.
^t) Winteror, £s Sociaiitme eontc.rrrnin, p. 1&2. #.
Relations du Nihilisme avec lés sogii^tiÉs segrÀtes 591
L'épisode suivant, qui remontée 1871, est bien significatif. Au mois d'octobre de cette année une insurrection éclata, sous prétexte de quelques mécontentements locaux, parmi les populations slaves des confins militaires de rAutriche. Or, voici les détails que nous lisons à ce sujet dans une correspondance de Vienne, adressée à la Gazette de France^ du 24 octobre 1871 :
« Les chefs de l'insurrection sont des personnalités bien connues dans le pays. Le plus remuant est ravocat Eugène Kwaternik, membre du parti de Starcevic. Ce dernier, personnage excentrique et bizarre, membre de la diète d'Agram et déppté par elle au parlement de Pesth, est le chef d'un parti qu'on appelle tantôt, d'après son nom, stareevùnen^ tantôt nihiliste, à cause de ses affinités avec le parti russe du même nom.
c Les papiers découverts chez Starcevic, qui vient d'être arrêté, ont prouvé qu'il avait des rapports suivis avec le comité d'action de Saint* Pétersbourg, avec V Internationale de Paris, et partant aussi avec VAss<h dation ouvrière de Pesth, dont les chefs sont en ce moment sous les ver* rous. Mais à côté de ce programme socialiste, Starcevic et ses amis avaient aussi un programme politique, et c'est par là qu'ils se rapprochaient du c parti national s en Croatie. Les starceviciens sont en Croatie les re« présentants et les agents du mouvement national des slaves du Sud. Le but qu'ils poursuivent est la création d'un vaste royaume slave, qui comprendrait la Croatie, la Slavonie, la Dalmatie, détachées de l'Au* triche, la Bosnie, l'Herzégovine, le Monténégro et la Servie. »
c Kwaternick est ce que M. de Bismarck appellerait c une existence catilinaire. » En 1848, il combattait avec les insurgés que commandait Jellachich contre les hongrois. Depuis, il a parcouru l'Europe et servi plusieurs partis politiques ; un jour, il offrit de vendre pour 200,000 flo« rins; à Rechherg, le secret des prétendues conventions entre la Russie et la France contre l'Autriche. Rentré dans son pays, il y écrivit des brochures politiques, et un jour qu'un de ses pamphlets l'avait fait con« damner à une forte amende et à la prison, il tira de sa poche un passe* port russe déclarant qu'il était sujet du czar. t
Aux détails contenus dans la lettre qui précède , il convient d'ajouter les révélations suivantes, faites par la iî^/brme de Pesth, et qae reproduisait la Gazette de Fra/nce^ dans le même numéro.
c II n'est pas douteux que le mouvement croate se rattache au mou* vement ouvrier qui a éclaté à Pesth, et que, à Pétersbourg et à Paris, on avait comploté une révolution simultanée à Agram et à Pesth. Les projets de l'Association ouvrière de Vienne ayant été déjoués par la prévoyance de la police, Y Internationale choisit Agram, Pesth et Karlstadt pour centres de son action. Elle espérait trouver dans les conGns mili« H . r' 38
b92 LR Nihilisme russe
taires une année tonte prête pour ses desseins. H est certain qne les exaltés parmi les slaves du 8ud étaient en rapport avec les ouyriers de Pesth et que le coup de main en commun avait été concerté à Paris. Le comité révolutionnaire européen n'avait songé à rien moins qu'à s'em* parer de Pest-Ofen. Il connaissait très bien les localités» et l'insurrectioa devait éclater le 20 août» jour de Saint-Etienne.
c Ce jour-là, dit le plan tracé à Paris, la garnison se trouve avec ses armes non chargées dans la forteresse. Les membres de l'Internationale peuvent s'y rendre munis de revolvers, tomber sur les soldats, s'empa* rer de leurs armes, de la citadelle avec ses munitions, et prendre posses* sion des ministères. Au même moment, un autre groupe d'insurgés, déguisés en paysans, aurait gravi le Blocksberg, près la citadelle, qui a une faible garnison, et de là lancé quelques bombes à pétrole sur Pestb, qu'on aurait ainsi amené à capituler devant la nouvelle Gommn« ne. L'Internationale pouvait compter sûrement sur l'alliance du parti national parmi les slaves du 6ud.
c Le plan s'exprime ainsi : <c L'insurrection croate doit éclater dans c les confins militaires ; avant tout on doit s*emparer de la forteresse « de Earlstadt, après quoi on marchera sur Agram, où le gouvernement c révolutionnaire doit être établi. » Le comité de Paris ne trouva pas le vieux 8tarcevic assez propre au rôle de chef, qu'il confia à Kwaternick. »
Tout récemment encore, un journal, bien renseigné généralement sur la situation en Russie, signalait un rapprochement entre les nihilistes et les chefs des slavophiles, qui supportent impatiemment Tarrét imposé à la Russie dans sa marche en avant en Orient (1).
La Franc-maçonnerie du monde entier a applaudi à la guerre déclarée par la Russie à Tempire turc, a dit la Civiltà caitolica d'août 1877, et elle signalait les excitations qui lui venaient de tous les partis maçonniques, notamment du groupe dont M. Gladstone, franc-maçon émérite, est le leader en Angleterre.
Le czar personnellement répugnait à la guerre, et il a été obligé de céder aux instances des chefs et aux cris du peuple égaré. L'audace des panslavistes était telle à ce moment que son chef Âksakoff a pu écrire au docteur bohème Rièger :
ce Dans le passé, le gouvernement avait usurpé le monopole de la question slave. Aujourd'hui elle a passé dans les mains do peuple, à qui il ne plaît point de mendier près des poissants oo qui lui appartient par droit et par justice (2). n
(1) Le SoMl du 29 novembre 1879.
(t) Cité par io Monde du 29 août 1877«
RELATIONS DU NlHILÎSME AVEC LES SOCIETES SECRèTES 59â
Entreprise sous ces auspices, ayant pour précurseur ce général Tcheraaïeff que l'on a appelé justement le Garibaldi slave, la guerre de 1877 a causé dans toute la nation russe un ébranlement profond dont les sectaires ont profité. Malgré ses grands succès militaires, malgré le prestige qu'il a rendu à la Russie dans tout l'Orient, le czar, contrairement à ses prévisions, s'est^trouvé plus faible après la guerre qu'auparavant, et dès le lendemain de la paix, la question intérieure a été posée d'une façon plus aiguô que jamais.
Les nihilistes affectent un grand dédain pour toutes les institutions politiques de l'Europe occidentale, et ils sont très-durs, au besoin, en paroles pour les socialistes de la Commune parisienne. Le sol vierge de la Russie leur paraît le seul théâtre où les forces agissantes de la nature puissent réaliser de nouvelles formes sociales, une fois le travail de dùbiai opijré. Mais c'est là une pure attitude de la part des doctrinaires du Nihilisme.
hdi société révolutionnaire russe, comme elle s'appelle, arbore le drapeau rouge de la Commune parisienne et de la Révolution universelle. Elle emploie tous' les éléments que le cosmopolitisme des sociétés secrètes peut lui fournir. Parmi les condamnés des derniers attentats, on trouve plusieurs prussiens.
Les faits suivants, qui se rapportent au mois de juin 1879, indiquent bien le caractère avant tout révolutionnaire de la secte :
€ Les nihilistes un moment atterrés par l'attentat du 2 (14) avril reprennent courage. Dans un faubourg de KiefT, au quartier de Podol, habité par les marchands, la police a saisi plusieurs caisses contenant des bombes Orsini, un certain nombre de revolvers, et, à ce qu'on prétend, une collection variée de poisons.
« La population juive elle-même, jusqu'ici profondément indifférente à tout ce qui n'était pas négoce, se montre aujourd'hui entamée par la propagande socialiste la plus radicale. D'innombrables brochures en hébreu, et en dialecte allemand, spécialement adressées « à la jeunesse juive, » ont été saisies. Plusieurs israélites sont arrêtés. Ils ont déclaré, avec enthousiasme, être les apôtres de la religion nouvelle, la religioa révolutionnaire, mêlant dans un curieux pêle-mêle les théories nihilistes et le langage biblique. « Ben versez tout l'anciien monde du mensonge et de l'oppression. Sur ses ruines se déplodera ensuite, dans une lumière rayonnante, le drapeau rouge de la Révolution sociale ! » Tel est le diapason auquel sont montés les esprits. Dans une situation sem* blable, toutes les surprises sont à prévoir (1). »
(1) Correspondance russe du Soleil du 6 juin 1879. Modetsky, qui dans les premien jours de mars 1880 a essayé d'assassiner le général Melikoff, est d'origine juive.
594 LE KlHILISUfi RtJSStt
Cet ébranlement des juifs, dans un pays où ils ont eu jusqu^à présent si grandement à se louer du gouvernement, est bien signifîcatif. Pour leur propagande, les nihilistes ne dédaignent pas non pRis de se servir de V Histoire d'un paysan, des écrivains francs-maçojis français, Eckrmann et Chatrian, qu'ils ont traduite en russe (1). Le procès intenté par M. de Panaleffà Louis Blanc, à l'occasion de leur collaboration commune à l'Homme libre j a révélé rintimité des rapports qui existent entre le panslavisme et le socialisme occidental. (Liv. II, chap. XIV, S ).
La véritable explication d'une situation si complexe se trouve, croyons-nous, dans ces judicieuses paroles de M. Winterer :
c< L'idée slavophile ou panslaviste, l'idée nationale, n'est pa3 a étrangère aux nihilistes. Simplement nihilistes en deçà de la « frontière, ils sont nihilistes et russes au delà. C!omme la moitié <K du sol en Russie est propriété collective de la commune, il y a ce moyen pour le Russe d'être collectiviste sans cesser d'être (( patriote. Bakounine a su concilier les deux choses (2). »
Quoi qu'il en- soit, l'étroite liaison des révolutionnaires de l'occident avec les nihilistes s'est bien révélée par les incidents qui se sont produits à Paris, lors de la demande formée par le gouvernement russe pour obtenir l'extradition d'Hartmann, l'auteur du complot qui, en septembre 1879, faillit faire sauter, près de Moscou, Je train impérial.
A peine Hartmann a-t-il été arrêté à Paris, où il se cachait sous le faux nom de Mayer, sur la demande de l'ambassadeur de Russie, que les radicaux français se sont levés comme un seul homme. Un des chefs de la gauche, dans la Chambre des députes le F.'. Engelhard, s'est constitué son avocat d'office, a exigé la faculté (le conununiquer avec lui et a rédigé un mémoire où il prétendait démontrer sa non identité. En même temps des menaces de mort étaient adressées par écrit au prince OrloiT, ambassadeur de Russie ; des manifestations bruyantes d'étudiants et un concert unanime de la presse radicale, réclamaient sa mise en liberté ; une interpellation de toutes les gauches se préparait même à la Chambre, menaçant de renverser le ministère. C'est alors que celui-ci, sans attendre les nouveaux documents annoncés par l'ambassade russe pour établir l'identité d^Hartm^ann^ s'est cm-
(t) Thomaf FroA, Sêcret SoMiei^ t. II, p. 306. {i)U SodaHtms contemporain, p. 160.
RELATIONS DU NiHILISMB AVEC LES SOGIETéS SEGRÂTES 595
pressé avec une hâte insolite d'adopter les ôonclusions du mémoire du F.\ Engelhard. Il a refusé l'extradition d'Hartmann> sous le double prétexte que son identité n'était pas établie et que son attentat était un crime politique, et l'a fait conduire en sûreté en Angleterre (1).
Cet incident a démontré à la fois la dépendance dans laquelle en France le ministère se trouve vis-à-vis de la majorité maçonnique des Chambres^ et la pression que les révolutionnaires les plus extrêmes exercent à leur tour sur cette majorité composée cependant d'honmies inoSensifs personnellement pour la plupart.
Voici en effet le double manifeste qu'ont publié, à cette oco sion, deux des chefs de la démagogie :
LondraSy l** mars 18«0. i ^
Félix Pyat à Garibaldi
c Mon vieil ami,
€ Le dernier attentat contre le despote de toutes les Russies confirme votre phrase légendaire :
c L'Internationale est le soleil de l'avenir. » . .
c Depuis le premier roi jusqu'au dernier président de république bourgeoise, tous doivent disparaître ou de gré ou de force.
< Unissez votre voix à celle des socialistes français pour protester contre l'extradition projetée de notre vaillant ami Hartmann.
« Le sol français doit être inviolable pour les proscrits qui, comme nous, yeulent Vaction armée pour établir la République universelle, dé* mocratique et sociale.
c Je vous serre la main. Saluez votre charmante femme^
c Votre sincère ami, « Félix Ptat. »
A cette belle épftre qui prêche la disparition, de gré ou de force, de tous les souverains et présidents de république, Garibaldi devait répondre sur le même ton. Pour ne pas rester en arrière, il a même accentué et commenté l'apologie de l'assassinat.
(l)Hartfflaii, dans une lettre datée de Londres, le 19 mars 1880, et adressée au . Journal la Jtutice, a démenli le récit fantaisiste de rattentatde Moscou que lui avait attribué l'agence de publicité anglaise Central'Newi; mais il ne nie nullement sa participation au crime lui-môme : « Ni à Londres, ni à Paris, dit-il, Je n'ai Jamais raconté à qui que ce soit cette affaire, i Bt il termine par cette phrase sarcastique : f Pour qttê vous ne puiuiejg douter de Videntité de celui fui vous écrii, Je prie mon ami, M. P. Lavroff, que vous connaissez personnellement, de vous transmettre cotte lettre, t U. P. Uvroff pubUa à Paris l'organç nihiliste U Ypered {Bn avant).
596 LE Nihilisme russe
Caprera, 6 man 1880.
Garibaldi à Félix Pyat
€ Mon cher Pyat,
c Vous êtes le héros populaire des barricades parisiennes. Merci pour votre a£fectueuse lettre, bien que j'eusse raison de me plaindre du long silence que vous avez gardé à mon égard.
c Hartmann est un vaillant jeune homme à qui tous les honnêtes gens doivent estime et reconnaissance. Le ministre Freycinet et le président Grévy ne souilleront point leur nom de républicains honnêtes par l'extradition d'un proscrit politique ; cela serait digne des hyènes de Versailles.
«( Uassoisinat politique est le secret pour conduire à bon port la Révolu^ tion. Les souverains appellent assassins les amis du' peuple. Les vrais républicains, Agésilas Milano, Pietri, Orsini, Pianori, Monti et Tognetti ont été, dans leur temps, des assassins ; aujourd'hui, ce sont des martyrs, objets de la vénération du peuple.
« Hœdel, Nobiling, Moncasi, Passanante, Solovieff, Otero et Hartmann sont les précurseurs du gouvernement de l'avenir, la république sociale.
a L'assassin est le prêtre exécré qui assassina d'abord le progrès à l'aide du bûcher et assassine maintenant les consciences avec le mensonge.
« C'est le prêtre qu'on doit déporter en Sibérie et non les compagnons d'Hartmann.
c Je vous serre affectueusement la main. Saluez le brave Vallès.
c Toujours à vous, c G. Garibaldi (1). •
Après la publication de pareils documents, aucun homme de bonne foi ne se laissera plus tromper par les écrits qui représentent le Nihilisme comme un développement historique des institutions du sol russe, ou tout au plus comme un mal particulier à la société moscovite.
On adoptera au contraire cette conclusion de Técrivain révolutionnnaire russe que nous avons déjà plusieurs fois cité :
c Dans la réalité des choses, le Nihilisme n'est pas autre chose que le socialisme russe, et comme tel il se tient en avant de tous les autres partis, libéraux ou slavophiles. Il est le chef naturel de la révolution présente, et il conservera cette position jusqu'à ce qu'au moins une partie de ses réclamations puissent être réalisées (2). »
(1) Reproduit par VUnion du 14 man 1880.
(2) Thê Révolution in Ihêuia by a rossian nihllist, North Àmtriean RenitWj July 1879. V. dans le mAme aens une lettre d'Hartmann reproduilo par VUnion du Id avril 1880.
Tels sont les doctrines, les faits et l6s complots antisociaux qui s'étalent à tous les yeux et partout au grand jour de Thistoire. Les mettre à nu, sans crainte et sans acception de conditions et de personnes, les démontrer par de nombreuses et d'incontestables preuves aux esprits les plus confiants, nous a paru, malgré les périls et la peine, un devoir de conscience ; c'est à chacun, selon sa position et son influence, au milieu des ruines matérielles, intellectuelles et morales qui s'accumulent de toutes parts, sous leë secousses incessantes des révolutions qui menacent d'arracher et de disperser au loin les derniers fondements de l'ordre social, qu'incombe l'obligation de les étudier, de les démasquer, de leur opposer enfin tout ce que la religion, l'amour de la famille et de son pays, le bon sens, l'instinct de la conservation, peuvent suggérer d'énergie et de force. Dans ces nobles et nécessaires luttes, dans ce suprême combat, l'homme de bien, que souvent il se le redise, n'est pas seul.
La cause qu'il défend est en effet celle de Dieu.
Les sociétés secrètes de tout nom, en déifiant l'homme, en cherchant à établir la République universelle sur les ruines de tous les États et de toutes Tés nationalités, en se livrant à une œuvre sauvage de destruction, comme le Nihilisme russe, ne sont pas autre chose que la préparation du règne de TÂntechrist.
L'Antéchrist nous a été annoncé comme l'essai de revanche passager et impuissant de l'antique ennemi vaincu par la croix au Calvaire.
M. de Maistrë l'a dit avec une haute raison, la Révolution est essentiellement satanique. Il en est de môme de la Maçonnerie, qui est la Révolution à l'état actif et vivant, comme nous l'ont répété tous ses adeptes.
C'est ce qui fait sa force momentanée, mais aussi sa faiblesso irrémédiable.
Le tableau des doctrines des sociétés secrètes, que nous avons esquissé dans ces deux volumes, nous montre à la fois une singulière uniformité et une impuissance absolue.
Leur uniformité n'est pas autre chose que rencbatnement fatal de Terreur qui les force à tourner toujours dans le même cercle. La persistance de certaines idées est la preuve historique incontestable de la filiation et de la transmission de Vidée satanique^ qui s'est opérée à travers tous les âges. Plusieurs de leurs maximes, répétées de secte en secte avec une ténacité caractéristiquey révèlent encore plus directement, par leur perversité, l'inspiration qui les anime. Ce sont de véritables signes de la béte^ que tons les hommes attentifs peuvent reconnaître du premier coup d'oeiK
Mais il n'y a dans les doctrines de la Franc-maçonnerie et des sectes sorties de son sein aucun principe capable de permettre à une société de vivre.
Elles oscillent perpétuellement entre V anarchie ^ la liberté et l'égalité des bétes de la forêt d'un côté, et le plus monstrueux despotisme de l'État onde la collectivité, de l'autre. Cent fois déjà ces idées ont été mises à l'épreuve, et elles ont échoué devant les résistances instinctives de l'humanité outragée et les réactions spontanées de cet ordre naturel des sociétés dont les lois ont été établies par le Créateur lui-même.
Aussi, malgré l'unité apparente que leur donne leur esprit de destruction et leur haine de l'Église catholique, elles portent en elles-mêmes des principes de contradiction et d'antagonisme qui, dès le lendemain de leur triomphe, mettent aux prises les passions qu'elles ont soulevées. Ainsi leur œuvre tend toujours d'ellemême à se défaire.
Stérilité et mensonge, voilà les deux caractères de la Révolution dans ses formes multiples. Puissante pour détruire à certaines heures de l'histoire, elle est incapable de rien édifier et encore moins de donner aux hommes le bonheur purement terrestre qu'elle leur promet. Cette force même ne lui est donnée que pour un temps : elle ne saurait prévaloir définitivement contre l'Église et contre cette société chrétienne, qui à la sortie des catacombes a placé la croix sur la couronne des rois.
Donc, malgré leurs succès momentanés, l'homme de bien qui lutte contre les sectes doit avoir confiance. Il sait qu'il accomplit la volonté dime, en défendant l'ordre social que Dieu lui-même 1 établi, et l'Église qu'il a fondée par son sang.
L'espérance du triomphe final doit le soutenir, car Dieu qui a fait les nations guérissables, et qui a promis d'assister son Église jusqu'à la consommation des siècles, est avec lui, et si Dieu est pour nous, qu'avons-nous à craindre des puissances mêmes de l'enfer, quand nous combattons avec lui pour Tordre et pour la vérité : Si Deus pro nobis^ quis contra nos ?
Document A
UN EPISODE DE LA PROPAGATION DES PRINCIPES MAÇONNIQUES AU XYIU« SIÈCLE DANS LES PAYS-BaS AUTRICHIENS
L'histoire du XYIII* siècle est inexplicable, si Ton se tient pas compte de Finiluence secrète qu'eserçait partout Tafliliation maçonnique.
Nous en avons une preuve dans la carrière extraordinaire d'un journaliste d'ordre fort infime, nommé Pierre Maubert de Gouvest, qui dirigea à Bruxelles la Gazette royale vers 1759, et fut accueilli par les plus grands personnages avec une laveur étrange quand on sait quels étaient ses antécédents. L'attention des personnes qui s'occupent de Thistoire du XVIII* siècle a été appelée récemment sur ce personnage par une lecture faite par M. Gh. Piot, à la classe des lettres de l'académie royale de Belgique, en janvier 1880. Nous en reproduisons l'analyse d'après les journaux de Bruxelles. Nos explications viendront ensuite :
c Au XYin* siècle, la presse périodique était spécialement exploitée aux Pays-Bas autrichiens par des littérateurs français, qui, repoussés de leur pays, venaient se fixer volontiers dans le nôtre. Peu importait leurs qualités ou leurs défauts, il étaient sûrs d'y trouver un accueil empressé de la part d'un gouvernement toujours disposé à les favoriser pour introduire en Belgique, par leur intermédiaire, l'esprit français et le goût de la littérature légère. En fait d'écrivains, notre pays produisait seulement des savants, point de journalistes imbus de la philosophie française et moins encore des plumes consacrées à la littérature du jour. Nous avons déjà dit un mot de ces tendances à propos du sé« jour de Linguet en Belgique.
c Actuellement, nous parlerons d'une position analogue faite à Jean« Henri Maubert de G ou vest, littérateur, né à Rouen, le 30 novembre 1721, mort à Altona en 1767.
c Ge personnage aux allures très-singulières mena la vie la plus ex« eentrique en France et la plus vi^^abonde à l'étranger. A i'ftge de 19
ans (1740) il entra dans l'ordre des capucins, fit ses vœnx en 174t, sous le nom de frère Bernard de Rouen, clerc capucin profës ; il s'enfuit du couvent de Caen (10 mars 1744), prit du service dans Tannée française, le quitta pour se rendre en Espagne, puis en Hollande, où il arriva muni de lettres du duc de Bouteville. Son esprit inquiet et aventureux ne lui permit pas de résider longtemps dans la république batave. Après avoir traversé T Allemagne, il entra (1745), en qualité de volontaire, dans l'armée du roi de Pologne, électeur de Saxe, et s'y fit remarquer par un certain tact dans l'art de la guerre. Devenu précepteur du fils du feld-maréchal, comte Rutoswski,* il obtint, par l'intermédiaire de celui-ci, les faveurs du comte de Bruhl, premier ministre du roi de Pologne. Grâce au titre de cbevalier de Gouvest dont il s'était afifublé, il réussit à avoir ses entrées à la cour. Certaines indiscrétions trèsdéplacées, des imprudences inqualifiables lui valurent une destitution brutale et une détention au château de Kœnigstein. Pendant son incarcération, il parvint, par ses souplesses, à circonvenir le nonce du pape. Le prélat crut devoir intervenir en faveur d'un pécheur converti, prêt, dlsait-il, à rentrer dans ison couvent et à y faire pénitence. En 1752, il recouvra la liberté. Obligé de se rendre à Rome' en habit de capucin, il y fut l'objet d'une surveillance continuelle et bien ennuyeuse pour un personnage de sa tfempe. Enfin il parvint à s'en affranchir...
c Loin de satisfaire à ses engagements, Maubert arriva inopinément dans la vilJe de Mâcon, jeta une seconde fois le froc aux orties. Bienfait à Genève, puis à Lausanne (1753).
« Que devint-il ensuite ? Selon les biographes français, il fut chassé de la Hollande par ordre des États généraux, puis il aurait été reçu, pendant l'année 1759, en Belgique, grâce à l'intervention de M. de Ilesluer, résident de l'empereur à Liège. Ce diplomate Taurait appuyé auprès du comte de Gobentzel, ministre plénipotentiaire de Timpératricoreine aux Pays-Bas, qui le reçut à bras ouverts. A la seule recommandation de ses écrits, le ministre lui aurait donné une rente de 600 dncats et le privilège de la Gazette, y compris la direction de l'imprimerio royale. U intolérance du peuple belge, qui le traitait de moine apostat, l'aurait chassé de Bruxelles. Voilà ce que disent les biographes de Maubert avant et pendant son séjour aux Pays-Bas. »
« La note de M. Piot rectifie et complète, au moyen de la correspondance inédite de Maubert et des papiers d'État, la biographie du pubU« ciste français, lorsqu'il résida dans notre pays, à partir dn 24 juillet 1758, pour retourner pendant quelque jours seulement en Hollande. C'est tout un épisode se rattachant intimement à l'histoire de la presse et du journalisme libéral en Belgique au XVIIP siècle ; c'est un tableaa do mœurs des écrivains bohômes, si nombreux à cette époque... »
lÉPISODE DK LA PROPAGANDE MAÇONNIQUE AU XVIIl^ SlJbCLK 60&
En lisant le récit de cette carrière si accidentée et où un personnage si peu digne d'intérêt, semble-t-il, trouva partout de si puissants protecteurs, nous avons pensé que c'était une des créatures de la Fraoc-maçonnerie. Notre conjecture s'est trouvée confirmée par les indications suivantes que nous avons trouvées dans VAllgemeines Handbuch der Freimaurtrei (2* édition, Leipzig 1863).
Voici ce que nous y lisons au nom de Rutov^ky, qui fut le grand patron du capucin apostat.
«Rutowski, né le 1*' mai 1702, mort en 1794, appelé le Chevalier de l'Aigle dans le système templier. Par la création de la loge aux trois Aigles k Dresde en 1738, il est le premier fondateur de la Maçonnerie en Saxe. En 1741, il fut choisi pour grand maître de Tordre en Saxe, et en cette qualité constitua quatre loges à Leipzig, à Altenburg, à Sachseafeld et à Nossen. »
Quant au comte de Bruhi, le premier ministre du roi de Pologne, il ne figure pas lui-même dans la liste des maçons donnée par VAllgemeines Handbxich^ mais ses quatre fils furent investis de grades importants dans Tordre templier et furent â la tête des illuminés. Il est difficile que leur père ne fût pas lui-môme francmaçon, quand on voit son fils FrédériC'Aloys de Bruhl, âgé seulement de 27 ans, devenir en 1766 vénérable de la loge Aux trois frères de Varsovie, alors que la Franc-maçonnerie était proscrite par les lois du royaume. (V. Findel, Gesclîichte der Freimaurerei.)
Les influeuces maçonniques durent suivre Maubert de Gouvest dans le reste de sa carrière. On peut d'autant plus le croire qu'une loge avait été fondée à Mons en 1721, et que de 1712 à 1766 plusieurs loges nouvelles se fondèrent dans les dilTérentes villes de Belgique, malgré la bulle de Clément XII et Tédit de Tempereur (4barles VI. 11 fallait bien que le gouverneur des Pays-Bas fût plus ou moins de conniveiïce avec les frères ; de là le bon accueil fait à Maubert de Gouvest.
Les indications que Ton a sur les personnages du XVIII* siècle affiliés aux loges sont très-incomplètes. On ne saurait proposer nnplus utile emploi aux investigations de Térudition que le relové et la publication des noms des membres des loges avec les iudications biographiques que fournissent les archives locales Bien des poiats obscurs de Thistoire seraient ainsi éciaircis.
Document fi
Les lois de la BivoLUTiON sur l'enseignement public.
Tous les biens de l'Église, avait dit Talloyrand, Tévégue maçon, appartieanoat à TËtat, à la charge poar FÉtat de prendre à son compte t les obligations attachées à ces biens, une subsistance honnête à chaque titulaire, Tentretien des hôpitaux, des ateliers de charité, des réparations des églises, Us frais de l éducation ptfolique, etc.. >
Qu'est-ce que la propriété, se demandait d'autre part Mirabeau* formé plus immédiatement aux doctrines de VVeishaupt ? « C'est répondait-il, le droit quid tous ont donné à un seul de posséder exclusivement une chose à, laquelle dans l'état 'de nature tous
avaient un droit égal C'est la loi seule qui constitue la pro«
priété •
C'est au nom de ces faux principes que la Franc-maçonnerie, devenue par la Constituante gouvernement de l'État, va jeter les fon^dements du plus vaste socialisme et tout à la lois du plus monstrueux despotisme qu'il soit possible d'imaginer. C'est en vertu de ces principes et par la force des décrets qui en furent la conséquence, que la Constituante livra â l'État toutes les écoles et collé* ges, toutes les institutions d'enseignement dirigées dans les villes et les campagnes par les prêtres et les religieux. Il en lut de mémo des universités, qui n'étaient, d'après Fioury, que des corporations de clercs exempts de la juridiction laïque et tenant du papo autorité sur tous leurs membres. Toutes ces fondations furent jetées à la voirie ou livrées, comme celle des jésuites, selon la prophétie de Maury, en proie aux maçoQS et à leurs complices. Il n? fat pas même tait mention dans le décret qui mit tous les biens ec* clésiastiques a la disposition de la nation ou de l'État de la charge, imposée dans les motifs, de pourvoir aux frais des écoles entretenues par ces biens ; il n'y fut question que des frais du culte, de Tentretien de ses ministres et du soulagement des pauvres. Seulement dans la loi du 19 février 1790, qui déclarait que la loi cons^ titulionnelle du royaume ne reconnaîtra plus les vœux monastùiues iolennels, le deuxième paragraphe du second article ajoutait : • Au ô'jrplus, il ne sera rien changé, quant à pré^enl, À l'égard des mai*