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VII. — Les PREHiàRES conspirations contre la monarchie

La propagande maçonnique commençait à s'attaquer au ))euple des campagnes, et des témoignages contemporains nous montrent la part qu^ prenait cette secte des économistes^ dans lesquels M. de Tocqueville a reconnu des ancêtres de la Révolution.

c Au-dessus du salon de madame de Pompadour était un entre-sol, qu'habitait le médecin économiste et encyclopédiste Quesnay. C'était là, dit Marmontel, que nous nous réunissions, Diderot, d'Alembert, Duclos, Helvétius, Turgot, etc., et que M* de Pompadour venait causer familiè* rement avec nous, quand elle ne pouvait nous engager à descendre dans son salon (1). Ce fut de ces réunions qu'on fit parvenir à Louis XV et circuler dans le public des mémoires, où l'on affectait de répéter que les peuples des campagnes et les artisans des villes manquaient d'écoles

(1) Mnoirsi, t. U, p. 14.

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d'agriculture et de rinstruction propre à leur état ; qu'il fallait établir et multiplier des écoles gratuites^ surtout dans les campagnes, où les enfants seraient formés à différents métiers ; que les évoques et les prêtres, chargés jusqu'alors de l'inspection des maîtres, ne pouvaient pas entrer dans des détails peu faits pour les ecclésiastiques. jiOuis XV^ qui aimait réellement le peuple et appelait Quesnay son penseur, semblait déjà goûter ce projet, et prêt à faire sur ses propres revenus la plus grande partie des frais qu'exigeraient ces écoles gratuites. Il s'en ouvrit à M. Bertin, honoré de sa confiance et chargé de l'administration de sa cassette. Voici comment M. Bertin en rend compte lui-même :

c II y avait longtemps, dit-il, que j'observais les diverses sectes de nos philosophes. Quoique j'eusse bien des reproches à me faire sur la pratique des devoirs religieux, j'avais conservé au moins les principes de la religion, et je ne doutais pas des efforts que faisaient les philoso. phes pour la détruire. Je sentis que leur objet était d'avoir eux-mêmes la direction de ces écoles, et de s'emparer par là de l'éducation du peuple. Je conçus qu'il s'agissait bien moins de donner aux enfants du la« boureur et de l'artisan des leçons d'agriculture que de les empêcher de recevoir les leçons habituelles de leur catéchisme et de leur religion.

c Je n'hésitai pas à déclarer au roi que les intentions des philosophes étaient bien différentes des siennes. Je connais ces conspirateurs, lui dis-je; gardez- vous, sire, de les seconder. Votre royaume ne manque pas d'écoles gratuites ; il en est dans les plus petits bourgs, et presque dans tous les villages. Ce ne sont pas les livres qui font les artisans et les laboureurs, c'est la pratique. Les livres et les maîtres envoyés par ces philosophes rendront le paysan moins laborieux que systématique. J'ai peur qu'ils ne le rendent paresseux, vain, jaloux et bientôt raisonneur, séditieux et enfin rebelle. J'ai peur que tout le fruit de la dépense que l'on cherche à vous faire supporter à vous-xnême ne soit d'effacer peu à peu dans le cœur du peuple l'amour de sa religion et de

ses rois.

ce J'ajoutai à ces raisons tout ce qui me vint dans l'esprit pour dissuader 8a Majesté... Louis XV paraissait goûter mes raisons, mais les philosophes revinrent à la charge, et il ne pouvait se persuader que son penseur Quesnay et les autres philosophes eussent des vues si détestables. . . Résolu enfin de donner au roi une preuve certaine qu'on le trom* pait, je cherchai à gagner la confiance de ces marchands forains qui courent les campagnes et vont étalant leurs marchandises dans les vil- « lages et aux portes des châteaux. Je soupçonnais surtout ceux qui vendent des livres de n'être que les agents du philosophisme auprès de ce bon peuple, et j'acquis bientôt les preuves incontestables de cette vérité Tous ces livres sortaient du club d'Holbach, dont Voltaire était le pré- Mdent honoraire et «perpétuel, et les colporteurs en recevaient gratis des

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iMillots entiers, sans savoir d'où ils leur arrivaient, avertis seulement de les vendre dans leurs courses au prix le plus modique (1). »

Louis XV, averti par le compte que le ministre lui rendit de sa découverte, reconnut enfin que rétablissement des écoles, si ar^ demment sollicité par la secte, ne serait pour elle qu'un moyen { de plus pour pervertir le peuple ; mais, tout en abandonnant le ; projet, il ne remonta point à la source du mal et ne fit rien pour en arrêter l'exécution.

Toutes ces haines, toutes ces manœuvres se réunissaient-elles déjà en un complot proprement dit pour le renversement de la monarchie française ? Il y a là un mystère que l'histoire ne parviendra jamais à éclaircir complètement. Au moins un homme politique très-exercé, Horace ^alpole, considérait en 1765 la situation de la monarchie comme très-critique, ainsi qu'on peut lé voir par sa lettre du 28 octobre au feld-maréchal Conway :

c Le dauphin (père de Louis XVI) n'a plus infailliblement que peu de jours à vivre.

« La perspective de sa mort remplit les philosophes de la plus gprande joie, parce qu'ils redoutaient ses efforts pour le rétablissement des jé« suites. Vous parler de philosophes et de leurs sentiments vous paraîtra une étrange nouvelle en fait de politique ; mais savez-vous ce que c'est que les philosophes, ou hien ce que ce mot veut dire ? D'ahord il désigne ici presque tout le monde ; en second lieu, il signifie des hommes qui, sous prétexte de la guerre qu'ils font au Catholicisme, tendent, les uns à ; la destruction de toute religion, les autres, enpltu grand nombre, à la des» ' truction du pouvoir monarchique, . . Vous allez me dire : Gomment savez* voas cela, vous qui n'êtes en France que depuis six semaines et qui en avez passé trois confiné dans votre chambre ? — Oui, mais pendant les trois premières semaines j'ai fait des visites partout, je n'entendais que celsu Confiné chez mol, j'ai été obsédé de visites, et j'ai eu des conversations longues et détaillées avec bien des personnes qui pensent comme je vous le dis, avec quelques-uns d'un sentiment opposé, et qui n'en sont pas moins persuadés que ce projet existe. Dernièrement, entre autres, j'avais chez moi deux officiers, Tun et l'autre d'un âge mûr. J'eus bien de la peine à les empêcher d'en venir à une querelle sérieuse, et, dans la chaleur de la dispute, ils m^en dirent plus que je n'aurais pu en apprendre par bien des recherches (2). »

Peu après, en 1771, un des coryphées du philosophisme, qui fu

(t) GUation de Barruel, Mémoires sur Jaeo6tnùme, 1. 1, chap. 17, (S) CBvmru de Walpolê^ t. V, leUre H, oclobre 1765.

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plus tard conventionnel, MerdeTi publiait, sons ce titre : l'on 2240 ou rêve s'il en fut jamais, un livre étrange,oû tous les événements qui allaient s'accomplir dans dix-huit ans étaient nettement indiqués.

Il annonçait la souveraineté absolue abolie par les États assemblés : — la Monarchie n'est plus, — le râteau, la navette, le marteau sont plus brillants que le sceptre. Pourquoi le gouvernement ne serait-il pas républicain ? Ce sera Tépoque terrible et sanglante d'une guerre civile ; mais le signal de la liberté, remède affreux mais nécessaire, la Bastille est renversée. . . — Les monastères sont abolis, les moines mariés, le divorce permis, le pape dépossédé de ses États, te 0 Rome, disait-il, que je te hais I Que tous les cœurs embrasés d'une ju^ haine ressentent la même horreur que j'ai pour ton nom ! »

Et ce chapitre étrange était intitulé : Pas si éloigné qu'on ne le pense t (1)

(1) Od Ikbriqaa à cette époque des fofen de cheminée qui, au lieu de porter lee trois fleure de lys de l'écussoa royal, remplaçaient la fleur de lye du ujmmet par une tète coupée. Plusieurs de ces sinistres témoignages des doâdoiuâcriminels des sectes aubilstent encore.

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