LOIS DE LA RÉVOLUTION SUR L^ENSEIGNEHENT PUBLIC
ce Oq doit considérer ea effet la société comme un vaste atelier ; il ne suffit pas que tous y travaillent ; il faut que tous y soient à leur place [{), sans quoi il y a opposition de forces au lieu du concours qui les multi« plie : qui ne sait qu'un petit nombre distribué avec intelligence doit faire plus et mieux qu'un plus grand doué des mômes moyens, mais différemment placé ? la plus grande de toutes les économies consiste donc à les mettre dans leur véritable position ; or, il est incontestable qu'un bon système d'instruction est le premier des moyens pour y parvenir. »
Voilà le principe; voyons l'applicatioD, ou, comme parle Tauteur, les règles sur la répartition de renseignement.
c II doit exister pour tous les bommes une première instnuition conv» mune à tous ; il doit exister pour un grand nombre une instruction qui tende à donner un plus grand développement aux facultés, éclairer chaque élève sur sa destination particulière ; il doit exister pour un certain nombre une instruction spéciale et approfondie, nécessaire à divers états, dont la société doit retirer de grands avantages. »
I' n'est pas nécessaire de faire ressortir Tinégalitô légale qui sert déracine et de fondement même â ce plan d'instruction. Et pour que ce système d'inégalité soit plus radical, plus constitutionnel, plus stable, son auteur le rattache â la nouvelle division territoriale, qui a constitutionnellement anéanti jusqu'aux éléments matériels et historiques de l'antique nationalité française:
« La première instruction sera placée dans chaque canton, ou plus exactement dans chaque division qui renferme une assemblée pri« maire. »
Plus d'écoles, par conséquent, de paroisse ou de commune ; privilège nouveau pour les habitants et les familles du canton, excluant de l'instruction pour tom le plus grand nombre, c'est-àdire les enfants des communes dispersées à une ou deux lieues du chef-lieu de canton.
Que sont devenues les fondations de ces écoles paroissiales, qu'il y a â peine une année le môme personnage assurait devoir être si religieusement remplacées par l'État, selon les intentions des fondateurs ?
« La deuxième instruction sera placée dans chaque district.
c La troisième répondrait à chaque département, afin que par là cha« cun pût trouver ou chez soi, ou autour de soi, tout ce qu'il importe de connaître.
c De là une distribution graduelle, une hiérargiub instructive correspondante à la hiérarchie de l'administration. •
(1) RamaïquM les comparaiflODA maçonniqiwt*
Ainsi, inégalité radicale servant de fondement même à la loi la plus commune, la plus générale qu'il soit possible d'imaginer, celle de Tinstruction ; inégalités, privilèges et corvées jusque dans les lieux de distribution de cette instruction ; et, ce qui va devenir le plus odieux, le plus tyrannique des privilèges, inégalité dans la distribution elle-même, ou plutôt distances incommensurables entre les différentes leçons qui vont en faire l'objet; et ces législateurs-là posent en principe que tous Us hommes nais* sent et demeurent égaux en droit!
« Près des assemblées primaires qui sont les unités du corps politique, les premiers éléments nationaux, se place naturellement la première école, l'école élémentaire : cette école est pour l'enfance et ne doit comprendre que des documents généraux, applicables à toutes les conditions
c On a gémi longtemps de voir les hommes de toutes les nations, de toutes les religions, faire dépendre la morale exclusivement de cette multitude d'opinions qui les divisent ; il en est résulté de grands maux; car, en la livrant à l'incertitude, souvent à l'absurdité, on Ta nécessairement compromise, on Ta rendue versatile et chancelante; il est temps do rasseoir sur ses propres bases^ il est temps de montrer aux hommes que si de funestes divisions les séparent, il est du moins dans la morale un rendez-vous commun où ils doivent tous se réfugier et se réunir. Ce changement est simple, il ne blesse rien, surtout il est possible. Gomment ne pas voir en effet qu'abstraction faite de tout système, de toute opinion, et en ne considérant dans les hommes que leurs rapports avec les autres hommes, on peut leur enseigner ce qui est bon, ce qui est juste,' le leur faire aimer, foimer enûn de bonne heure leur esprit et leur conscience et les rendre l'un et l'autre sensibles à la moindre impression de tout ce qui est mal 7 La nature a pour cela fait de grandes avances ; elle a doué l'homme de la raison et de la compassion : par la première il est éclairé sur ce qui est juste, par la seconde il est attiré vers ce qui est bon : voilà le double principe de toute morale. Mais cette nouvelle partie de l'instruction, pour être bien enseignée, exige un ou» vrage élémentaire, simple à la fois, clair et profond : il est digne de l'Assemblée nationale d'appeler sur un tel objet les veilles et les méditations de tous les vrais philosophes (1). »
Ainsi, des hommes qui ne veulent pas que nous croyons à Jésus-Christ et à son Ëglise, à la raison de Dieu et à celle des siècles, trouvent tout simple que nous formions nos esprits et nos consciences et ceux de nos enfants sur la raison de Talleyrand, de Mirabeau et de Lafàyette et sur la compassion de Danton, de Marat et de Robespierre. C'était là d'ailleurs la doctrine de La Ghalotais t
(1) Choia de dùeown et rapports p. Si4,«U7«
LOIS DE LA RÉVOLUTION SUH l'eNSEIGNEMENT PUBLIC 611
Pour le haut maçon Talleyrand, la morale, fondement des peuples régénérés par la Maçonnerie et les droits de Vhomme^ n'a aucun rapport ni avec Dieu, ni avec 16s serments, ni avec les mœurs, ni avec la politique, ni môme avec la conscience, ni avec la religion catholique dont la morale est incertaivb ou absurdb et les dogmes des OPINIONS, ni avec une religion ou système quelconque ; cette morale, prétend-il, ne change pas selon les pays et les temps, elle est une et immuable. Quelle est-elle ? Est-ce celle de Platon ou d*Aristote, de Diogène ou d'Epicure? Mais chacune d'elles différait de l'autre et n'était par conséquent ni une, ni immuable. Est-ce celle des droits de l'homme et du citoyen, qui sont les droits de tous et où se trouveront éternellement les devoirs de chacun ? Mais les constitutions changent comme les habits, et les droits et les devoirs qui leur servent de principe comme les intérêts et les passions do chacun. Qu'est-ce donc enfin ^ La vie du grand-prôtre maçon vous le dit : c'est la négation, la destruction de toute morale et de toute règle dos mœurs ; elle est une comme la pioche des démolisseurs, immt^6^ comme les ruines qu'elle entasse sans jamais en relever aucune.
A cet enseignement des droits de l'homme et de ses éternels devoirs ou de la morale maçonnique, le rapport ajoute, toujours pour Tinslruction de l'enfance, l'enseignement des principes de la langue nationale, soit parlée, soit écrite^ et presque^ au même rang^ les règles élémentaires da calcul, auxquelles on devra joindre celles du toisé^ puis les éléments de la religion; mais il ajoute : c Car si c'est un malheur de l'ignorer^ c'en est un plus grand peut-être de mal la connaître, » ce qui ne laisse pas que d'être très-significatif; car, s'il est vrai qu'elles ne soient toutes que des opinions^ des systèmes qui divisent les hommes^ et d'où il résulte de grands maux, comme il l'a dit plus haut, il est clair qu'il en doit être des éléments religieux à apprendre aux enfants et aux autres, comme de ceux do la morale, et qu'ils devront se résoudre en zéro.
a Le but des écoles de district est de donner aux facultés individuelles un plus grand développement et de disposer de loin à toutes les fanelions utiles de la société. Ainsi aux principes de la langue nationale succéderont dans les écoles de district une théorie plus approfondie de l'art d'écrire et la connaissance de celles des langues anciennes qui conservent le plus de richesses pour l'esprit humain. On ajoutera dans plusieurs de ces écoles l'enseignement d'une des langues vivantes que les relations locales ou nationales sembleront recommander davantage.
« Aux simples éléments de la religion on joindra l'histoire de cetlo religion et l'exposé des titres d'après lesquels elle commande la conscience.
c Aux principes de la morale, dont l'application est si bornée dès le premier âge de la vie, on joindra le développement de la morale dap«
ses applications privées et publiques, et aux principes de la constitution, qui ne peut ôtre qu'indiquée à des enfants, une exposition développée de la déclaration des droits et de Torganisation des divers pou* voirs (1). >
Morale, religion, etc., il n*y a donc de positif que la constitulion et les droits de rhomme : tout est là (
On ajoute pourtant encore à ce programme de formation intellectuelle la natation^ Vescrime et môme la dansb, et pour ïimagina* tion (sic), ks beautéi de réloquence et de la poésie^ et les éUments de la musique et de la peinture.
Nous allions oublier un des objets les plus bouiSbnnement significatifs par rapport à la thèse dont nous poursuivons la démonstration : la destruction des nationalités par renseignement macon« nique.
« On offrira à la mémoire des élevés dans les écoles de districts, Vhistoire des peuples liâtes Igrecs et romains), V histoire de France, ou plutôt des FRANÇAIS, quaud il en existera une. »
Donc, Tancienne France a disparu, il faut l'effacer des souvenirs jusqu'à la dernière trace et faire une nationalité nouvelle qui datera de 89.
Suit un mot qui jette un grand jour sur tout ce rapport :
c II faudra que par d'utiles institutions Vexereice d'honnêteté soit pra* tiqué entre les élèves ; de telle sorte que Us rapports qui coNsrrruBirr la morale deviennent des rapports réels qui s'étendent à leurs yeux et s'agranf dissent chaque jour davantage, »
Ainsi les rapports qui constituent la morale sont les seuls rapports des hommes entre eux, et encore des rapports d'honnêteté, politesse ou probité ; donc, aucun devoir envers Dieu, aucun devoir envers soi-même, et les devoirs moraux des hommes entre eux ; c'est la constitution de 89, interprétée par chacun ou par rËtat, qui les détermine et les règle. C'est absolument la cette morale maçonnique telle que Tentend, au nom du Grand-Orient, Tinlerprète Ragon, et telle que nous Tavons mise au grand jour.
Nous voici aux écoles de département.
« Chaque cheMieu de département contiendra d'abord l'école de dis trict, mais il comprendra de plus les écoles nommées de département^ pour les états auxquels la société réserve des moyens particuliers d'instruction, quoiqu'avec des différences sensibles, parce que le bien public exigera qu'à l'égard de certains états plusieurs départements s'associent pour un même enseignement. »
(1) Choix, <to., Urid., p. 356 eCsoiv.
LOIS DE LA HévOLUTION SUR l'ENSEIGNEMENT PUBLIC 613
L'évéque apostat donne ici des développements très-importants à relater sur la manière dont il entend faire organiser par l'Etat renseignement ecclésiastique. C'est la même pensée, qui plus tard inspirait Napoléon I«' quand il faisait rédiger un catéchisme pour tout l'Empire et prétendait dicter aux séminaires la nature de leur enseignement. C'est elle qui inspirait en 1839 M. Teste, le haut Franc-maçon ministre des cultes de Louis Philippe, quand il revendiquait pour le gouvernement le droit d'avoir des fisuniltôs de théologie.
« Laissez au gouvernement le droit d'avoir des facultés de « théologie ; ne renoncez pas par une idée étroite d'économie à c ce qui est peu important, j'en conviens, aujourd'hui, mais â ce • qui peut le devenir beaucoup dans l'avenir (1; »
La ferme résistance de Tépiscopat français, sous Louis Phih'ppe comme sous Napoléon I***, a empêché de se réaliser ces projets de domination de l'Etat sur l'enseignement ecclésiastique. Mais de nos jours nous avons vu M. de Bismarck chercher à reprendre dans les lois de mai sur V éducation des élèves le plan de Weishaupt et de Talleyrand. Suivons donc avec attention le programme que déroulait devant la constituante l'apostat adepte de rilluminisme.
c Vétat de ministre de la religion est un de ceux auxquels la nation destine des établissements particuliers ; celui où les élèves trouveront l'instruction qui leur est nécessaire sera placé, ainsi que vous l'avez or* donné, près de l'église cathédrale. Chaque département aura le droit de se réunir en tout temps pour cette partie d'instruction à un département voisin.
c Quant à l'enseignement, il convient qu'il soit divisé de la manière suivante :
c 1** Les titres fondamentaux de la religion catholique, qu'on sera tenu de puiser dans leur source... avec la raison pour guide suprême. C'est à vous surtout qu'il appartient de la rétablir dans ses droits,
a 2? L'exposition raisonnée des divers articles que doit comprendre explicitement la croyance de chaque fidèle, qui n'est pas tenu de croire davantage que ceux de l'Église des premiers siècles. Il devient plus qu'inutile de se rengager dans des discussions interminables qui étaient l'aliment de l'ancienne théologie. La nation, qui retrouve à chaque page de son histoire la trace profonde des maux qu'ont enfantés tant de querelles religieuses, a le droit non moins incontestable de chercher à s'en défendre pour l'avenir, en les écartant de V enseignement public qu'elle protè' ge... La théologie, d'ailleurs, ne doit point être regardée comme une science..., il faut qu'elle soit aujourd'hui ce qu'elle était d'abord; on doit s'occuper non pas à l'étendre, mais à la fixer, mais à la renfermer
(1) Monilewr offmd da 14 juUUt 1S39.
dans ses limites que trop souvent à*amMtieuses subtilités s'efforcèrent de lui faire franchir.
c 3^ Le développement de la morale de TËvangile, ou évangélique (1). L*asseml)lée nationale ne dictera point ici les règles d'un tel enseignement quoiqu'elle ait le droit de s'affliger des vices des anciennes méthodes,.. Cependant elle peut, et sans doute aussi elle doit, ordonner que Ton s'attache surtout à enseigner aux élèves du sacerdoce la partie de la morale évangélique qui consacre en termes si énergiques la parfaite égalité des hommes, et cette indulgence religieuse que les philosophes eux-mêmes n^osaient appeler que tolérance, mais qui doit être un sentiment bien plus pur, bien plus fraternel, bien plus respectueux pour le malheur.
« 4® Les lois particulières aux ministres du culte catholique. Les lois sur l'organisation du clergé forment tout le droit canonique.
€ b^ Les principes ainsi que les objets habituels de la prédication. Et cela doit étre^ car quoi de plus criminel aux yeux d'une nation qu'un fonctionnaire qui se sert de ce qu'il y a de plus saint pour exciter les peuples à désobéir à ses lois ?
« 6*^ Les détails qui appartiennent à un ministère de consolation et de paix, soit dans l'administration des sacrements, soit dans le gouvernement des paroisses... ainsi, les règles de l'arpentage et du toisé, plus développées que dans les écoles primaires, la connaissance des simples, quelques principes d'hygiène et quelques-^uns de droit,
« En circonscrivant ainsi cet enseignement, vous usez d'un droit incontestable, celui de renfermer tous les genres de pouvoir dans leurs véritables limites. »
Suprématie toute-puissante, dictature universelle qui, au nona de Tègalité, a la prétention de soumettro à la direction exclusive de l'État la religion, la morale, les sciences, les lettres et les arts, les consciences, les intelligences et les volontés.
Ou comprend après cela ce que devaient être dans ce plan les écoles militaires, de médecine et de droit.
« Telles sont, pour répondre aux divers degrés de la hiérarchie administrative, les différentes gradations de l'instruction publique ; et de môme qu'au delà de toutes les administrations se trouve placé le premier organe de la nation, le Corps législatif, investi de toute la fobce de la. volonté PUBLIQUE, ainsi, tant pour le complément de l'instruction que pour le rapide avancement de la science, il existera dans le chef-lieu de l'empire, et comme au faite de toutes les instructions, une école particulièrement
(1) Le iDOt est devena officiel dans l'Université d'État pour dôsigaer la chaire do morale dans lee Facultés de théologie. Ke pas confondre la morale évangélique avec la morale d'État, la morale universelle. Dans la langue maçonnique ces espreesîons ont autant de significations différentes.
LOIS DE LA névoLUTioN SUR l'enseionsiient pubuc 615
nationale, nn institut universel. Et ponr clore la comparaison et le pa« rallèle, comme le Corps [é^tatt/estinTesti de toute la force de la volonté publique, faculté aveugle, l'institut sera investi de toute la force de Vin» telligence ou de l'esprit public. Ce sera la papauté db la raison, et elle se divisera en sections des lettres, des sciences, des inscriptions et belles'lettres, des beaux-arts et enfin de la politique et delà morale. >
La papauté db la raison> c'est-Â-dire la Maçonnerie, se dècla*. rant infaillible, souveraine des intelligences et employant toute la force matérielle de l'État à courber les âmes sous son niveau de fer ! Quel mot profond, quelle illumination sur les projets des sectes anti-chrétiennes 1
Mais donnent-elles à leurs malheureux adeptes régalité qu'elles leur promettent avec la liberté? Elles ne méritent pas moins d'être étudiées sous ce rapport, car tout le plan do Talleyrand sanctionne les inégalités de fortune et en fait la base de ses nouveaux projets.
« Il doit exister une instruction gratuite : le principe est incontestable> mais jusqu'à quel point doit-elle être gratuite ? Sur quels objets seulement doit-elle l'être ? quelles sont en un mot les limites de ce grand bienfait de la société envers ses membres ? >
Les seules écoles de canton seront censées gratuites, c'est-A-dire entretenues aux frais de rÉtat, avec les contributions communes des budgets, c'est-à-dire payées par ceux mêmes qui n'en profite* ront pas.
Les écoles de district et de chef-lieu seront à la charge de l'État pour la part rigoureusement nécessaire du traitement des instituteurs, payée, comme pour les maîtres des écoles cantonales, sur les contributions communes, c'est-à-dire par tous et même par les nombreux habitants des cantons et des communes, qui n'en profiteront pas; et, pour l'autre part, par les élèves qui seront obligés en outre, quand ils n'habiteront pas le district ou les chefslieux, de venir s'y établir à grands frais, ce qui augmentera encore par des dépenses le privilège des districts ou des che£sâeux.
On ajoute que des bourses seront créées pour quelques enfants pauvres, d'un talent distingué et hors ligne ; mais ces bourses seront fondées sur l'argent des contribuables, et seront réparties administrativement, c'est-à-dire entre les enfants des frères et amis. Comment d'ailleurs reconnaître ces talents chez les enfants des communes qui ne pourront aller à l'école du canton, et dans ceux des communes et des cantons qui ne pourront s'établir à grands frais aux districts? C'est donc partout le privilège, l'arbitraire et l'inégalité.
Qu'on compare maintenant, sous les rapports de l'égalité, de la liberté et de la gratuité, les écoles vraiment nationales de la France et de l'Europe chrétienne, avec les écoles de la Maçonne-
rie révolutionnaire, telles gu*un de ses plus hauts chefs vient â*cn donner le plan.
Quant aux méthodes dont s'occupe le reste de ce rapport, elles n'ont de nouveau que la haine de la religion, de la monarchie, et le dénigrement déclamatoire de tout ce qui s'est fait avant le rè* gne souverain de la Maçonnerie.
Une seule citation sufûra pour donner une idée de l'esprit de la seconde partie de ce rapport.
« Lliomme est un être raisonnable, on pxns exactement pEUT-ârRB, n. EST DESTINÉ A LE DEVENIR ; U fout lux apprendre à penser ; il est un être social, il faut lui apprendre à communiquer sa pensée ; il est un être mo^ rai, il faut lui apprendre à faire le bien. Gomment Taider à remplir cette triple destinée ? Par quels moyens parviendra-t-on à étendre et perfectionner la raison, à faciliter la communication des idées, à aplanir les difficultés de la morale ? De telles recherches sont dignes de notre époque. Yoici quelques aperçus, peut-être quelques résultats que nous conGons à Tattention publique.
« La raison, cette partie essentielle de l'homme, qui le distingue de tout ce qui n'est pas lui, est néanmoins dans une telle dépendance de son organisation et des impressions qu'il reçoit, qu'elle parait presque tenir DU DEHORS SON EXISTENCE, en même temps que son développement ; il faut donc surveiller ces impressions premières, auxquelles sont comme attachées et la nature et la dignité réelle de Vhomms. »
« Et d'abord, qu'il soit prescrit de bannir du nouvel enseignement tout ce qui jadis n'était visiblement propre qu'à corrompre, qu'à enchainer cette première faculté, et les superstitions de tout genre dont on l'effrayait et qui exerçaient sur elle et contre elle un terrible empire, longtemps enco're après que la réflexion les avait dissipées ; et toutes ces nomenclatures stériles qui, n'étant jamais l'expression d'une idée sentie, étaient à la fois une surcharge pour la mémoire, une entrave pour laraisan ; et ces modes bizarres d'enseignement qui, étant classés, étant prisés dans un rapport inverse avec leur utilité réelle, servaient bien plus à dérouter, à tromper la raison qu'à l'éclairer ; et ces méthodes go' thiques, qui, convertissant en obstacles jusqu'aux règles destinées à accélérer sa marche, la faisaient presque toujours rétrograder. Il est temps de briser ces chaînes (1). >
Les superstitions â bannir de la nouvelle méthode sont donc la morale évangélique et les peines de l'autre vie ou de renfer, qui en sont la sanction, aussi bien que le ciel.
Mais l'Assemblée constituante touchait à sa fin, et malgré les Instances de Talleyrand, elle ne voulut pas donner suite par un
\) Ullonent, Choix de rapports, p. 338, 349, 3S)»i 400.
LOIS DE LA RÉVOLUTION SUR l'BNSEIGNEMENT PUBLIC 617
décret â ce rapport ; elle se contenta d'eo yoter l'impression et la distribution aux membres- de la Législative, afin qu'il pût servir de fondement et de règle à tout ce qui se ferait en matière d'enseignement sous le régime maçonnique.
Ce fiit le marquis de Gondorcet, un des maçons les plus avancés, qui fut chargé de reprendre la question de rinstruction ptAblique à. la Législative, et il le fit par un nouveau rapport qui ne diffère guères de celui de Talieyrand que par un ton plus accentué de haine fanatique contre la religion catholique et toutes les institu* tiens de l'ancienne France. Ce caractère s'affirme dès les premiè< res lignes de cette nouvelle œuvre maçonnique :
« Offrir à tous les individus de l'espèce humaine les moyens de poaiw voir à leurs besoins, de connaître et d'exercer leurs droits, d'entendre et de remplir leurs devoirs ; assurer à chacun d'eux la facilité de per^ fectionner son industrie, de se rendre capable des fonctions sociales auxquelles il a droit d'être appelé, de développer toute l'étendue des talents qu'il a reçus de la nature, et par là établir entre les citoyens une égalité de fait et rendre réelle l'égalité politique reconnue par la loi : tel doit être le premier but d'une instruction nationale, et sous ce point de vue» elle est pour la puissance publique un devoir de justice.
« Diriger l'enseignement de manière que la perfection des arts aug« mente les jouissances de la généralité des citoyens et l'aisance de ceux qui les cultivent, — cultiver enfin dans chaque génération les facultés physiques, intellectuelles et morales, et par là contribuer à ce perfeo* tionnement général et graduel de Vesprit humain, dernier but vers lequel toute institution sociale doit être dirigée :
c Tel doit être encore Vobjet de l'instruction, et c'est pour la puissance publique un devoir imposé par l'intérêt commun de la société, par celui de Vhumanité entière. »
On voit dès ce début l'esprit maçonnique dans toute son étendue : rien de national que le mot seul ; tout s'applique uniquement â Vtspéce humaine^ à Vhumanité entière, et à une espèce humaint^ à une humanité sans religion, sans liens et sans autres principes sociaux que ceux qu'inventent quelques hommes ; à une humanité sans âme, sans immortalité et sans aucune idée d'une autro vie ; à une humanité en un mot dégradée jusqu'à l'espèce animale, qui ne diffère des autres espèces que par la stature et l'habit.
Quelques lignes plus loin Gondorcet rend sa pensée d'une ma*' nière plus explicite encore :
« Vous devez, dit-îl, à la nation française une instruction au nîveaa de Tesprit du XYIIP siècle, de cette p^^ito^op/^t^ qui, en éclairant la généra^ tion contemporaine, présage, prépare et devance déjà la raison supérieure ù laquelle les progrès nécessaires du genre humain appellent les générations futures.
« Tels ont été nos principes ; et c'est d'après cette philosophie, libre de toutes les chaînes, affranchie de toute autorité, de toute habitude ancienne^ que nous avons choisi et classé les objets de l'instruction publique. C'est d'après cette même philosophie que nous avons regardé les sciences mora^ les et politiques comme une partie essentielle de l'instruction commune.
« C'est moins encore d'après ces principes philosophiques, que sur V expérience, que le projet présenté à l'Assemblée législative a été combiné ; mais pour appliquer l'expérience à une nation nouvelle, il a fallu dégager les faits de V influence des causes qui ne subsistent plus,,. »
De quelle expérience, de quelle influence peut-il être ici question, sinon de l'expérience de renseignement catholique qui avait fait de la France la première des nations, et qu'on rejette, qu'on détruit, comme on a détruit l'ancienne France ?
Mais où sera l'autorité souveraine d'un tel enseignement, et le juge infaillible de cette expérience ? Écoutons attentivement :
« La première condition de toute instruction étant de n'enseigner que des vérités, les établissements que la puissance politique y consacre doivent être aussi indépendants qu'il est possible de toute autorité po* litique, et comme néanmoins cette indépendance ne peut être absolue, il résulte du même principe quUl faut ne les rendre dépendant que de l'assemblée des représentants du peuple, parce que de tous les pouvoirs il est le moin^ corruptible, le plus éloigné d'être entraîné par des intérêts particuliers, le plus soumis à l'influence de l'opinion générale des hommes éclairés, et surtout parce qu'étant celui de qui émanent essentiellement tous les changements, il est dès lors le moins ennemi du progrès des lumières, le moins opposé aux améliorations que ceprogiès doit amener (1). »
Voilà encore la dictature, le despotisme des intelligences, des consciences, des âmes ; une assemblée d'hommes se faisant, se décrétant Dieu pour décider la vérité et asservir le monde entier à ses caprices qu'elle appellera lois.
c 81 l'on reproche à ce plan de renfermer une instruction trop éten* due, nous pouvons répondre qu'avec des livres élémentaires bien faits et destinés à être mis entre les mains des enfants, avec le soin de donner aux midires des ouvrages composés pour eux, où ils puissent s'instruire de U
(1) UUament, Choim, etc., U XUI, p. 261, 253, 279, 280, 295 noU.
LOIS DB LA RlÉYOLUTION SUH L^ENSEIGNBMENT PUBUC 61d
manière de déyelopper les principes, de se proportionner à l'intelligence des élèves, on n'aura point à craindre que l'étendue de cet enseigne* ment excède les bornes de la capacité ordinaire des enfants.
« Dans les trois premiers degrés d'instruction, on n'enseignera que des éléments plus ou moins étendus. Il faut donc que la puissance publique indique les livres qu'il convient d'enseigner. Il serait dangereux d^abandonner la direction de l'instruction élémentaire, parce que les lu» mières ne sont pas assez généralement répandues pour n'avoir pas à craindre qu'elle ne soit égarée par les préjugés.
« Mais dans les lycées, qui ne seront qu'au nombre de neuf, et dans le dernier degré d'instruction, la société nationale des sciences et des arts, on ne prescrira rien aux professeurs sinon d'enseigner la science dont les cours qu'ils seront chargés de donner porteront le nom. »
On voit par ces dernières prescriptions que le plan nouveau ren* fermait un degré de plus ; rôcole primaire ne commençait plus au canton, elle descendait jusqu'aux agglomérations de 400 habitants; mais les écoles secondaires ou de district n'étaient qu'une écolo primaire un peu plus développée, et les écoles de chefs-lieux de département n'étaient encore qu'une continuation des deux premières où devait se trouver néanmoins un professeur de latin, pour initier les élèves à cette langue ; les lycées» où seulement toutes les sciences seront enseignées dans toute leur étendue^ et où se formeront les professeurs des autres degrés, ne seront qu'au nombre de neu/^ et le dernier degré, comme dans le pian précédent, ne devra être qu'à Paris.
Ainsi sont radicalement détruites toutes les facilités offertes aux jeunes gens pauvres de se former à l'étude des lettres et des sciences sans sortir de leur localité et de leur famille telles que les leur offraient les fondations gratuites des anciens collèges. Sur ces ruines on édifie un monopole centralisé d'enseignement, qui doit aboutir à créer à Paris une véritable aristocratie financière et pMlosophico-maçonnique, celle des La Ghalotais, des Talleyrand et des Voltaire.
Les raisons que donne de cette division et des objets de cet enseignement le marquis philosophe feront mieux connaître encore son esprit de tyrannie et sa haine de la religion et de la vieille France:
« L'ancien enseignement n'était pas moins vicieux par sa forme qad par le choix et la distribution des objets. Pendant six années une étude progressive du latin faisait le fonds de l'instruction, et c'était sur ce fonds qu'on répandait les principes généraux de la grammaire, quelques connaissances de géographie et d'histoire, quelques notions de parler et d'écrire ; on semblait n'avoir voulu faire que des théologiens et des prédicateurs ; nous aspirons à former des hommes éclairés, n
Ainsi renseignement gui a fait la France de saint Louis, de Charles VIT, de LouisXII, de François !•', d'Henri IV, de Louis XIV, et formé tous les grands hommes de tous les états, de toutes les conditions, dans les lettres et les sciences, dans les arts, dans le droit et l'administration, dans le commerce et la guerre, cet enseignement gratuit et égal pour tous n'était propre qu'à former des théologiens et des prédicateurs, des ignorants^ des hommes sans lu-^ mière^ non éclairés !
Il ne dii rien, et pour cause, des deux et trois années de philosophie et de physique, de cet enseignement qui a formé les Cïopernic, les Galilée, les Newton, les Leibnitz, les Gassendi, les Pascal, les Descarte, les Bossuet, les Lalande et les La Gondamine. Il se garde bien de dire que c'est cette étude approfondie du latin et du grec qui a formé notre belle langue française avec sa précision, sa clarté, sa profonde et chrétienne philosophie, et tous les écrivains qui l'ont le mieux parlée et écrite, depuis Malherbe, Racine et Fénelon jusqu'à Massillon, Fontenelle et Voltaire ; mais ce sont les propriétés mêmes de cette langue que la Maçonnerie avait intérêt à détruire, et elle voulait, en supprimant l'étude des langues anciennes dans les degrés d'instruction les plus communs, altérer jusqu'au sens même des mots principaux qui la composent.
Il donne deux autres raisons fort curieuses au point de vue maçonnique : la première, c'est que cette étude des langues anciennes formait des poètes et des orateurs (il ne s'agit plus seulement de théologiens et de prédicateurs), et que cette poésie et cette éloquence^ nécessaires aux constitutions anciennes^ seraient dflns la nôtre le germe d'une corruption destructrice. Et voilà pourquoi on voulait que les évêques et les prêtres députés à la Constituante prêtassent serment à la Constitution civile du clergé par oui ou par non, sansphrases^ et que plus tard les vrais maçons votaient aussi sans phrases la mort de Louis XVI. — La seconde raison, c'est la pente vers TariftocratiCy remarquable surtout dans les historiens anciens:
« Il suffit de voir sous quels traits nous ont été représentées les ten« tatives faites pour détraire à Rome rinfluence de cette inégalité qui devait à la longue anéantir la République; distributions des terres fialionàles même encore réservées, changement dont la forme des déUbéraHonn^ extension du droit de cité ; toutes ces opérations, dès qu'elles tendent vers l'égalité (lois agraires surtout) sont tcajours présentées, non comme mal combinées, renfermant quelques injustices, mais comme séditieuses, comme inspirées par Vesprit de faction et de brigandage (i). »
D'où il suit que le communisme et le partage des terres, on le brigandage et le vol, ne sont pas injustes, et que le grand tort des auteurs anciens est de les appeler séditieux.
(1^ Chai9 éên^porU, eU., t Xm, p. S6t, S76, S7S, S94 note, tS6«
lots BB LA REVOLUTION SUR L^ERSEtÛNSlIfiNT PUBLIC 62 1
« Enfin, puisqu'il faut tout dire, puisque tous les préjugés doivent aujourd'hui disparaître, l'étude longue, approfondie des langues des anciens, étude qui nécessiterait la lecture des livres qu'ils nous ont laissés, serait peut'ëtre plus nuisible qu'utile» »
Ces raisons pour la destruction des anciens établissements dlnstruction publique sont les mêmes que CSondorcet fait valoir pour la création des nouveaux enseignements.
Les sciences matérielles, calcul, arpentage, géométrie, mécanique et physique, en sont à tous les degrés les objets principaux, les seuls même, avec les droits de l'homme et leurs conséquent ces.
c Des notions élémentaires de physique, dit-il, ne sont-elles pas nécessaires, ne fût-ce que pour préserver des sorciers et des fabricateurs ou raconteurs de miracles. Je voudrais même, continue le facétieux et trèssavant maçon marquis, que les maîtres en fissent de temps en t^nps quelques-uns dans les leçons hebdomadaires et publiques : un canard de verre qui vient chercher le morceau de pain qu'on lui présente avec un couteau; la réponse à une question que l'on fait trouver dans un livre tout blanc; le feu qui se montre au bout d'une pique; le bOcher qui s'allume en arrosant la victime; le sang qui se liquéfie; les miracles d'Élie ou de saint Janvier et mille autres de cette espèce, qui ne seraient ni coûteux, ni diffici» ks à répéter,
c Les principes de la morale enseignés dans les écoles et dans les instituts seront ceux qui, fondés sur nos sentiments naturels et sur la raison, appartiennent également à tous les hommes» La constitution, en reconnaissant le droit qu'a chaque individu de choisir son culte, en établissant une entière égalité entre tous les habitants de la France, ne permet point d'admettre dans l'instruction publique un enseignement qui, en repoussant les enfants d'une partie des citoyens, détruirait l'égalité des avantages sociaux, et donnerait à des dogmes particuliers un avan. tage contraire à la liberté des opinions. Il était donc rigoureusement nécessaire de séparer de la morale les principes de toute religion particulière et de n'admettre dans l'instruction publique l'enseignement d'aucun culte religieux.
« Cette proscription doit s'étendre même sur ce qu'on appelle religion naturelle ; car les philosophes théistes ne sont pas plus d'accord que les théologiens sur l'idée de Dieu, et sur ces rapports moraux avec les hom* mes. C'est donc un objet qui doit être laissé, sans aucune influence étrangère, à la raison et à la conscience de chaque individu. »
Et voilà sans doute pourquoi il a dit plus haut :
c Ainsi, dans les écoles, les vérités premières de la science sociale précéderont leurs applications. Ni la constitution française, ni même la
déclaration des droits, ne seront présentées à ancane classe de dtoyens comme des tables descendues du ciel, qu'il faut adorer et croire ; leur enthousiasme ne sera point fondé sur les préjugés, sur les habitudes de ^ Tenfance, et on pourra leur dire : Cette déclaration des droits^ qui vous apprend à la fois ce que vous détaxa la société et ce que vous êtes en droit d'exiger d'elle, cette constitution que vous deoex maintenir aux dâpers db TOTBB YiE, ne sont que le développement de ces principes simples dictés par la nature et par la raison, dont vous aves appris dans vos premières années à reconnaître Vétemelle vérité. Tant qu'il y aura des hommes qui n'obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d'une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d'utiles vérités : le genre humain n'en resterait pas moins partagé en deux classes, celle des hommes qui raison^ nmt et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et ceUe des esclaves, m
Qui ne voit le faux et Tabsurde de toute cette théorie de morale et de constitution ?
Qui ne voit dans tout ce monopole d'enseignement le dessein arrêté de détruire toutes les religions ?
Ënlin nous voyons poindre dans le rapport de Goudorcet une corporation chargée de diriger, au nom de TÉtat, ce monopole monstrueux des intelligences et des cœurs:
« LesTnembres de la Société nationale ( ou du plus haut degré d'enseignement établi par le rapport) se choisiront eux-mêmes. La première formation faite, si elle renferme à peu près les hommes les plus éclairés, on peut être sûr que la Société en présentera constamment la réunion.
« La moitié de ces savants auront leur résidence habituelle dans les départements, et cette distribution plus égale aura encore l'avantage de faire mieux sentir le prix des talents et des connaissances, d'offrir par* tout à l'ignorance des instructeurs et des appuis ; au charlatanisme des ennemis prompts à le démasquer et à le combattre ; de ne laisser aux préjugés aucune retraite où ils puissent jeter de nouvelles racines, se fortifier et s'étendre.
c Chaque classe de la Société nationale élit les professeurs des lycées J les professeurs de lycée nomment ceux des instituts. Quant aux instituteurs des écoles secondaires et primaires, la liste d'éligibles sera faite par les professeurs des instituts de l'arrondissement, et le choix appartiendra pour les premiers au corps municipal du lieu où l'école est située, pour les derniers à l'assemblée des pères de famille de l'arrondissement de l'école (1 )• »
Mais le rapport de Gondorcet comme celui de Talleyrand ne fat également qu'un essai ; il fallait du temps et une force peu com«
(t) Choi» de rapporU, 0(0. t. Xni, p. ^66, tSO, t77. t84, «BS, SOS, 904«
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mune de dospotisme pour amener ainsi sous la plus vaste machine de compression et comme dans un moule éminemment maçonnique les intelligences et la conscience d*un grand peuple et d'un peuple toujours catholique jusqu'au fond des entrailles.
Enfin parut, dominant la Convention et les clubs, Robespierre et la partie la plus avancée do la Franc-maçonnerie. Une loi rendue entre le 10 août et les massacres de septembre, 18 août 1792, et portant la signature de Danton, vint achever de détruire tout ce qui restait de congrégations séculières enseignantes, et décréter la vente de leurs biens, fondations des fidèles catholiques, leurs membres ne devaient continuer l'exercice de renseignement public qu'à titre individuel, et jusqu'à son organisation définitive.
Moins d'un an plus tard, Robespierrelui-même, le 13 juillet 17CJ, vint dans ce but lire à la C<onvention le plan d*éducation nationale laissé par un des premiers illuminés de France, le régicide Michel Lepellelier, « plan que le gfnie de l'humanité semblait avoir dicté, » au jugement du grand philanthrope ()).
Ce plan, pour être sans doute plus national, commence par le plus grand éloge des travaux précédents, do celui de Condorcet surtout, qui venait d'être agréé par le comité d'instruction de la Convention et présenté en son nom avec quelques modifications ; mais Lepelletier et Robcspierrre y trouvent trop d'inégalité. Sagement conçu pour la conservation et le perfectionnement des connaissances humaines, il semble bien éloigné des avantages que doit offrir une éducation vraiment et universellement nationale. En conservant donc les derniers degrés proposés par le comité, il demande une refonte générale des écoles primaires. Voici ce que dit Lepelletier par la bouche de Robespierre :
« Je demande que vous décrétiez que depuis l'âge de cinq ans jusqu'à douze pour les garçons, et jusqu'à onze pour les filles, tous les enfants sans exception et sans distinction seront élevés en commun aux dépens de la République, et que tous, sous la sainte loi de l'égalité, recevront mêmes vêtements, même nourriture, même instruction, mêmes soins.
c A cinq ans, la patrie recevra donc Tenfant des mains de la nature; à seize ans, elle le rendra à la société... Dans les villes, il y aura un établissement pour chaque section; pour chaque canton dans les campagnes. Chaque établissement contiendra quatre à six cents éI(*vo>
(t) Choix de rapporte, etc., t. Xm, p. 316.
un maître pour cinquante enfants ; ceux de dix et de onze ans pourront soulager le maître dans ses fonctions, surveiller les plus jeunes, aider .pour les répétitions... Aucun domestique ne sera employé dans les maisons d'institution ; les enfants les plus âgés donneront aux plus jeunes les secours dont ils pourront avoir besoin ; ils feront chacun à leur tour le service commun.
« L'institution publique des enfants sera-t-elle d'obligation ou facultative pour les parents ? D'après les principes, tous doivent y être obligés ; pour l'intérêt public, tous doivent y être obligés Je demande
que quiconque refusera ses enfants à l'institution commune soit privé do l'exercice des droits de citoyen, pendant tout le temps qu'il se sera soustrait à remplir ce devoir civique, et qu'il paie en outre double contribution dans la taxe des entants !
« Il vous sera facile de placer ces établissements dans les édifices appartenant à la nation, maisons religieuses, habitations d'émigrés et au* très propriétés publiques.
c Je voudrais encore qu'à défaut de cette ressource, les vieilles cita« délies de la féodalité s'ouvrissent pour cette intéressante destination. De toutes parts on murmure et on réclame contre l'existence de ces châteaux et de ces tours, monuments odieux d'oppression ; au lieu de les détruire, employons utilement leur masse antique... En dédommageant le propriétaire, elle fera sortir des mains de simples citoyens des palais qui offensent l'œil sévère de l'égalité, et ce dernier sacrifice servira, malgré lui peut-être, le triste châtelain, actuellement oppressé de sa colossale demeure, depuis que l'alTranchissement des campagnes a tari la source de son opulence.
« Voici donc comme je propose de doter nos établissements d'insUtution nationale : 1^ le produit du travail des enfants ; 2^ les revenus personnels des enfants qui y seront élevés^ pendant tout le temps de leur éducation ; 3® le surplus sera fourni par les produits d'une taxe imposée sur tous les citoyens du canton, chacun dans la proportion de ses facultés, une moitié en sus delà contribution. »
Voilà pour la gratuité promise en place des anciennes fondations I
« Les dépenses se borneront au juste nécessaire. Je désire que pour les besoins de la vie, les enfants, privés de toute espèce de superfluité, soient restreints à l'absolu nécessaire ; ils seront couchés durement; leur nourriture sera saine, mais frugale... le vin et la viande en doivent être exclus, leur vêtement commode mais grossier. Les appointements des instituteurs seront fixés à 400 livres ; ceux des institutrices à 300, en leur donnant pour nourriture double portion de celle des enfants les plus Âgés. »
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Qaant à Tadministration :
« Les pères de famille ont tout à la fois et le droit et le devoir de couver continuellement des regards de la tendresse et de la sollicitude ces intéressants dépôts de leur plus douce espérance... Je propose que tous les ans les pères de famille choisissent pour chaque maison d*édu« cation nationale, qui y sera établie, un conseiMe cinquante-deux pères pris dans leur sein.
c Chacun des membres du conseil sera obligé de donner dans tout le cours de Tannée sept jours de son temps, et chacun fera sa semaine de résidence dans la maison d'institution pour suivre la conduite et des enfants et des maîtres. Une fois tous les mois le conseil des cinquante-* deux pères de famille s'assemblera, et chacun y rendra compte.
c Pour l'administration pécuniaire, pour la recette et la dépense, le conseil des cinquante-deux pères formera un comité de quatre membres pris dans son sein, dont les fonctions seront de régler tous les achats» de prescrire suivant les saisons la nature des aliments des enfants, de déterminer les genres de travaux corporels auxquels ils seront employés» de fixer le prix de leurs tâches, enfin de tenir tous les registres. Chaque mois ils présenteront leurs comptes.
« Tout consiste à établir un ordre sage et à bien monter la machine. »
Mais quel sera le système d'éducation dans le cours de rinstitutioii publique ?
c Après la force et la santé, fruit du régime de la discipline, il est un bien que l'institution publique doit a tous, parce que pour tous il est d'un avantage inestimable, je veux dire Vaccoutumance au travail. Dans l'emploi de la journée tout le reste sera accessoire, le travail des mains sera la principale occupation. Je propose que tous soient exercés à travailler la terre. On peut encore leur faire ramasser et répandre les niatériaux sur les routes ; les localités, les saisons, les manufactures voisines de la maison offriront des ressources particulières. Enfin je voudrais qu'on établit dans les maisons mêmes d'institution divers genres de travaux auxquels tous les enfants soient propres, et qui, distribués et répartis dans tous ces établissements, grossiraient sensiblement pour la république la masse annuelle des productions manufacturières.
« Quelles sont les notions, les connaissances que nous devons à nos élèves ? Toujours celles qui leur sont nécessaires pour l'état de citoyen, et dont l'utilité est commune à toutes les professions.
« J'adopte entièrement pour Tinstitution publique la nomenclature que le comité vous a présentée pour le cours des écoles primaires : apprendre à lire, écrire, compter, mesurer ; recevoir des principes de morale, une connaissance sommaire de la Constitution, des notions d'économie domestique et rurale ; développer le don de la mémoire en y
fçravant les plus beaux récits de V histoire des peuples libres et de la Rêwh iuiion française; voilà le nécessaire pour chaque citoyen, voilà l'instruction qui est due à tous.
« C'est d'après le principe que l'enfance est destinée à recevoir l'impression salutaire de l'habitude, que je voudrais qu'à cet ftge il ne soit point parlé de religion, . . Je désirerais que pendant le cours entier de l'institution publique l'enfant ne reçût que les instructions de leimoralâ universelle et non les enseignements d'aucune croyance particulière. Je désirerais que ce ne fût qu'à douze ans, lorsqu'il sera rentré dans ia société qu'il adoptât un culte avec réflexion.
c Cependant, d'après la disposition actuelle des esprits, surtout dans les campagnes, peut-être pourriez^vous craindre de porter le mécontentement et le scandale môme... Je soumets cette difficulté de circonstance à la sagesse de vos réflexions ; mais j'insiste dans tous les cas pour que cette partie d'enseignement n'entre point dans le cours d'éducation nationale, ne soit point conûée aux instituteurs nationaux, et qu'il soit seulement permis, si vous jugez cette condesce^dance nécessaire, de conduire à certains jours et à certaines heures les enfants au temple le plus voisin ponr y apprendre et y pratiquer la religion à laquelle ils auront été voués par leurs familles.
« Telles sont les bornes dans lesquelles se renferme le plan de l'institution publique Jamais dans les écoles privées nous ne trouverons
qu'une instruction imparfaite. Leur vice radical, c'est de ne s'emparer que de quelques heures, et de livrer à l'abandon toutes les autres.
c Dans l'institution publique au contraire la totalité de l'enfant nous appartient ; la matière, si je peux m'exprimer ainsi, ne sort jamais du moule ; aucun objet extérieur ne vient déformer la modification que vous lui donnez,,, (i). »
Ainsi, selon la Maçonnerie la plus avancée, la nation française ne date que de 89 ou de 93 ; ses enfants doivent être élevés comme des enfants trouvés, sans Dieu, sans religion, sans autre règle de mœurs que la morale universelle, qu'on se garde bien de définir, par une poignée de tyrans athées s'emparant en totalité do leur existence pour les jeter dans un mouU fait à leur effigie et d'où ils ne doivent jamais sortir.
Un décret de la Convention du 13 août 1793 avait, dit Lallenient, prescrit Véducation commune selon le plan de LepelleLier, proposé et soutenu par Robespierre ; mais ce décret fut rapporté le 28 yendémiaire an II (19 octobre de la même année), devant les impossibilités de l'exécution. Le surlendemain 30 vendémiaire (21 octobre) il fut remplacé par un autre qui ne gardait des plans antérieurs que les écoles primaires, une par commun» de iOO à i500 hoH* fani5, des deux sexes et de tout âge.
(1) Choia des rapporlt^ etc., t. XIII, p. 316 etraiv.
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c Les enfants, dit l'art. 2, reçoivent dans ces écoles la première éducation physique, morale et intellectuelle, la plus propre à développer en eux les mœurs républicaines, l'amour de la patrie et le goût du travail.
« Art. 3. Ils apprennent à parler, lire, écrire la langue française. On leur fait connaître les traits de vertu qui honorent le plus les hommes libres, et particulièrement les traits de la Révolution française les plus propres à élever Tâme et à les rendre dignes de la liberté et de Fégalité. Ils acquièrent quelques notions géographiques de la France ; la connaissance des droits et des devoirs de l'homme et du citoyen est mise à leur portée par des exemples et par leur propre expérience. On leur donne les premières notions des objets naturels qui les environnent et de l'action naturelle des éléments. — (C'est la partie des miracles de Condorcet ! ) — Ils s'exercent à l'usage des nombres, du compas, du niveau, des poids et mesures, du levier, de la poulie, et de la mesure des temps. On les rend souvent témoins des travaux champêtres et des ateliers ; ils y prennent part autant que leur âge le leur permet. >
Huit jours après, sur un rapport de Romme, parut un autre décret d'exécution relatif à remplacement de ces écoles et à la première nomination des instituteurs et des institutrices. « Leur examen devait être fait par une commission composée de cinq membres, choisis par le Directoire du district sur une liste de cinq citoyens envoyée par le conseil de chaque commune, après avoir consulté pour chacun d'eux le comité de surveillance du lieu, pour attester leur patriotisme et leurs bonnes mœurs. Cette commission s'installe au chef-lieu du district ; elle invite tous les citoyens qui veulent se consacrer â Thonorable fonction d'instituteur dans les premières écoles (c'est leur nom officiel) à se faire inscrire dans leurs municipalités respectives, avec un visa du comité do surveillance du lieu, pour attester pareillement leur patriotisme et leurs bonnes mœurs. Sont exclus de Tiascription tout ci-devant noble, tout ecclésiastique et ministre d'un culte qliel-
conque les femmes ci-devant nobles, les ci-devanl religieuses,
chanoinesses, sœurs grises, ainsi que les maîtresses d'école qui auraient été nommées dans les anciennes écoles par des ecclésiastiques ou des ci-devant nobles.
• La commission examine publiquement» d'après le rang de l'inscription, les connaissances, l'aptitude à enseigner, les mœurs et le patriotisme de l'individu, et les pères de famille, les veuves mères de famille, et les tuteurs se rassemblent dans chaque commune pour choisir parmi les éligibles un instituteur sur la liste alûcliéedans les arrondissements des écoles (1;. »
(1) CoUection complèU de loi»^ décrets^ etc,, par J.-Ii. Duverger, tome VI, p. 299 et 320.
Dans cetto même année 1793, le conventionnel Lakanal présentait un plan de formation morale pour la jeunesse des deux sexes, qui reposait sur des fêtes patriotiques en l'honneur du retour de la verdure, des fruits, des moissons et des vendanges. Ces fêtes devaient être célébrées par des chants et des danses patriotiques. La danse devenait obligatoire !
Ce grand législateur voulait même venir en aide aux hommes et aux femmes, dont Téducalion avait été négligée sous Tancien régime, et, dans son projet de loi sur Tinstruction, il demandait qu'on bâtit dans chaque canton un théâtre où les hommes vieadraient apprendre à danser I
C'était tout-â-fait la pratique des loges androgynes, dont nous avons signalé la profonde immoralité (liv. I, chap. IV, $ 2) ; et c'est avec des formes moins grotesques, mais encore plus matérialistes s'il est possible, le principe que la Franc-maçonnerie moderne cherche â faire prévaloir dans renseignement d'État auquel elle veut soumettre les jeunes lilles en Allemagne, en France et en Belgique {liv. II, chap. XI, § 3. XII, § 9, XIII, § 3) (l).
« Il serait aussi fastidieux qu'inutile de reproduire les discussions qui accompagnèrent ces divers décrets, reprend Lallemcnt, la plupart interrompues, agitées, ou frappées d'incohérence pai les événements politiques. Leur résultat positif est la loi du 3 brumaire an IV ; ses développements se retrouvent dans les rapports de Talleyrand et de Gondorcot, mis pour ainsi dire en harmonie par le rapport qui la précède. »
Ce rapport est de Daunou, prêtre apostat de l'Oratoire, et toujours ildèle dans les assemblées aux doctrines maçonniques de la gauche. Il est remarquable par ses déclamations contre l'enseignement de l'ancienne France, par les raisons qu'il donne de s:i destruction, et par les motifs qu'il expose pour juslilier le nouveau. L'esprit maçonnique le domine entièrement.
« En 1789, dit-il, l'éducation était vicieuse sans doute, mais elle était organisée. Ici, les établissements supérieurs, tout ce qui formait, pour ainsi dire^ le sommet de rinstruction, les académies, les sociétés^ les lycées, les théâtres avaient honoré la nation française aux yeux de tous les peuples cultivés. Là, Téloquence et la philosophie s'unissaient quelquefois pour jeter au pied des trônes épouvantés de longs sillons de lumière à travers Vantiqite nuit des préjugés et des erreurs. Là, se formait une sorte d'opinion publique, qui sans doute n'était pas toujours pure../ mais qui s'accoutumait néanmoins à murmurer autour du gouver» nement, et parvenait môme à l'intimider quelquefois ; en un mot, on ne pouvait pas dire qu'il n'y eût point d'instruction chez un peuple où Ton
(1) V. le diflooun plein de faits, prononcé par M. EoIIor à la Chambre des dépâtés le 19 Janvier 18S0, dans la discussion du projet du K.% Camille Sée sur lai lyoéssdeflilet.
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commençait à méditer les écrits de d'Alembert, de Condillae, et surtout de cet immortel auteur d'Emile, qui semblait être jeté par erreur dans nos temps modernes et parmi des foules d'esclaves, comme le représentant de Vantiquité et de la liberté.
a Voilà ce qu'était parmi nous en 1789 Tinstniction publique dans ses degrés supérieurs... Dans les établissements du second ordre on ne retrouvait presque plus rien de la physiononomie et du caractère des premiers. Ce n'est pas que plusieurs universités, plusieurs collèges ne fussent justement renommés pour Thabileté des maîtres et pour Tému* lation des disciples ; mais le plan que les uns et les autres étaient condamnés à suivre égarait leurs talents et trompait leur activité. Je ne rappellerai point ici les institutions bizarres qui fatiguaient et dépravaient V enfance.,, oit la raison était insultée avec les formes du raisonnement, où enfin rien n'était destiné à développer l'homme, ni môme à le commencer. Mais c'était surtout à la porte des petites écoles que veillaient soigneuse'^ ment l'ignorance, le fanatisme, les préjugés de tout genre.
c Vous voyez, représentants du peupla^ que l'instruction publique était liée par trop de chaînes aux abus que vous avez renversés pour qu'elle pût résister aux chocs de la révolution.
c Les établissements inférieurs devaient bientôt céder aux progrès de la raison publique, à la contagion des lumières, au brusque débordement des idées philosophiques, qui se répandaient pour la première fois, peut-être recommandées par une sorte d'approbation générale et revêtues du sceau même de la loi.
« Les institutions intermédiaires, frappées des mêmes coups, ont disparu peu à peu avec les corporations qui les régissaient; "^t, à l'égard 'des établissements supérieurs, ils étaient entraînés aussi par leur propre corruption, par cette immoralité aristocratique dont ils renfermaient les funestes germes.
« Parmi les projets d'instruction publique si multipliés depuis six années, il en est deux auxquels vos comités ont cru devoir une attention particulière ; mais un système d'instruction publique ne pouvait se placer qu'à côté d*une constitution républicaine. Vos comités, en rédigeant le projet qu'ils reproduisent aujourd'hui, n'ont fait que rassembler, en les raccordant aux prinoipes de la constitution républicaine, les idées éparscs des hommes célèbres qui s'en étaient occupés ; nous nous honorons de recommander ce projet des noms de Talleyrand, de Gondorcet et de plusieurs autres écrivains (1). »
Ainsi plusde doute possible. TaDcien enseignement de la FranC(% avec ses fondations, ses libertés et sa gratuité à tous les degr^'s, a été détruit de fond en comble, dans le double but maçonniijuc
(t) Lallemont, Choim^ etc., tome XV. p. 402 et toiv*
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d'anéantir la religion catholique <l*abord^ la monarchie paternelle ensuite, double base de notre nationalitéf et tous les essais tentés pour en créer un nouveau n'ont eu et ne devaient avoir d*autrc but que de maintenir et de consommer ces deux grandes destructions.
La loi du 3 brumaire an IV, 22 octobre 1795, qui suivit ce rapport, est en effet le résumé des rapports, projets ou décrets analysés plus haut, et la manifestation évidente du double but qu'on s'y proposait. Voici le plan de cette nouvelle loi :
1° Une ou plusieurs écoles primaires par canton; instituteurs examinés et choisis par des jurys, présentés par les administrations de département ; local et jardin fournis par TÉtat à ces instituteurs, eirétribution annuelle payée par chaque élève et fixée par Tadministration de département ; enfin, objets d'enseignement: lire, écrire, calculer, et élément de la morale républicaine.
2» Écoles centrales : une par département ; trois sections par école; dans la première un professeur de dessin, un professeur d'histoire naturelle, un professeur de langues anciennes, un professeur de langues vivantes au jugement des administrations départementales, et avec l'autorisation du corps législatif.
Dans la deuxième section, deux professeurs : l'un de mathématiques, l'autre de physique et de chimie expérimentale.
Dans la troisième section, quatre professeurs : un de grammaire générale, un de belles-lettres, un d'histoire et le quatrième de législation.
Examen et élection de ces professeurs par un jury d'instruction, et approbation de l'administration ; salaire annuaire égal à celui d'un administrateur de département, avec une rétribution annuelle qui ne pourra excéder 25 livres par élève. Le quart des élèves de chaque section pourra néanmoins, pour cause d'indigence, être exempté de cette rétribution par l'administration du département.
Enfin, écoles centrales supplémentaires, aux frais des communes qui avaient autrefois des collèges, et qui les ont perdus.
3« Institut national à Paris, divisé en trois classes : sciences physiques et math(>matiques, sciences morales et politiques, littérature et beaux-arts. Pour la formation do cet mstitut, le Directoire exécutif nommera 48 membres, qui éliront les 96 autres, lesquels réunis, 144, nommeront 24 associés, huit pour chaque classe.
Une fois organisé, les nominations aux places vacantes seront faites par l'institut sur une listeau moins triple, présentée par la classe où vaque une place.
Le Corps législatif fixera tous les ans, sur l'état fourni par le Directoire, une somme pour l'entretien et les travaux de cet institut.
40 Dans chaque canton de la République il sera célôbrô ctiaque