LOIS DE LÀ RÉVOLUTION SUR L^BNSEIGNEMENT PUBLIC
année sept fêtes nationales : celle de la fondation do la Républi* que, le 1*'' vendémiaire ; celle de la jetinesse, le 10 germinal; celle des époux, le 10 floréal ; celle de la reconnaissance, le 10 prai rial ; celle de l'agriculture, le 10 messidor ; celle de la liberté, les 9 et 10 thermidor ; celle des vieillards, le iO fructidor.
Ces fêtes nationales consistent en chants patriotiques, en discours sur la morale du citoyen, en banquets fraternels, en divers jeux publics et dans la distribution des récompenses (1).
On retrouve ces fêtes dans la constitution des Carbonari.
Donc encore, plus de gratuité, plus d*égalité, plus de liberté, plus d'autre morale que celle de la constitution "républicaineplus de religion, plus de culte, plus de Dieu que le Dieu des francs-maçons : la nature !
Ce système ne pût être mis en vigueur qu'avec un redoublement de mesures tyranniques. Un arrêté du Directoire du 13 thermidor an IV, était ainsi conçu :
c Les instituteurs de la jeunesse qui habiteront dans Ja commune, se rendront avec leurs élèves sur la place publique. Ils s'engageront à haute voix, en présence des corps constitués, à n'inspirer à leurs élèves que des sentiments républicains, du respect pour la vertu et de la recon~ naissance pour les fondateurs de la république, »
Deux ans après Ghazal proposa aux Cinq cents, le 12 vendémiaire an IV, que les c instituteurs et les institutrices qui prolesseraient la haine de la république et de ses lois seraient dé-* nonces à Taccusateur public et déportés à perpétuité. >
£t comme les mesures de violence se multipliaient de plus en plus pour imposer aux populations un système en opposition si complète avec leurs sentiments catholiques, un membre des conseils, Bonnaire (du Cher), disait cyniquement à la tribune le 1" floréal an VII :
f Ou les pères de famille sont amis, ou ils sont ennemis de l'ordre actuel des choses. S'ils en sont amis, ils se conformeront aux lois qu'il établit, et ne répugneront pas à confier leurs enfants à des instituteurs républicains. S'ils sont ennemis, je ne vois pas comment on pourrait réclamer pour eux une liberté dont certes ils ne pourraient qu'abuser (2) I »
(1) Colleetlon complète des lois, décrets, ete., par J «B. Duvergier, t. VIII, p. 435.
(2) V. sur les lois de laRôyoluUon sur riostruction publique l'excollent ouvraffC du P. Bouvier S. J. La Bévolution maitreste d'école, étude sur l'iDstructiou laique, gratuite et obligatoire, un vol. in- 12, 1880, Seguin, ôdit. à Avignon, Oudin & Paris. QuaDt à Véint absolu de désorganisaHou où lomba l'instruction populaire pendant totiiu la période révoluiioutiairo, V. dans la Revue des Questions Historiques d'avti; 18S0. un imporunt article de M. Victor l'iorro l'École sous la Béoolution française, 1789-1802.
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nr
Cependant la Révolution venait de faire une êvolntion nouvelle ; aux dictatures maçonniques de la Constituante, de la Législative, de la Convention et des jacobins, de Robespierre et du Directoire, avait succédé celle d'un des plus célèbres maçons. Napoléon Bonaparte. Le premier consul {exposé de la situation de la République, présenté au corps législatif, le 3 frimaire an X par les conseillers d'État Thibeaudeau, Marmont et Regnauld de St- Jean d'Ângély) s'exprimait ainsi sur toutes les lois d'enseignement mises à l'essai jusqu'à ce jour.
« L'instniction publique a fait quelques pas à Paris et dans un petit nombre de départements ; dans presque tous les autres elle est ou languissante ou nulle. Si nous ne sortons pas de la ligne tracée, bientôt il n'y aura de Ittmières que sur quelques points, et ailleurs ignorance et barbarie. »
Quelle en était la cause ? Rœderer, rapporteur d'un nouveau projet de loi, Tinsinuait en ces termes :
c L'expérience a prouvé que la plupart des pères de famille voulaient que leurs enfants fussent élevés dans les principes de leur culte, et qu'ils préféraient les écoles salariées par eux-mêmes, où l'on enseignait leur religion, aux écoles gratuites, qui ne l'enseignaient pas. »
Le membre du Corps législatif Daru formulait cette cause plus explicitement encore :
c L'opinion, plus forte que toutes les lois, repoussa l'institution nouvelle, malgré ce qu'elle avait d'utile. Quelle fut la cause de cette résistance ? Je ne crois pas me tromper en l'attribuant aux opinions religieux ses. Rien de plus juste, sans doute, que ce sentiment qui dit à rhommo qu'on ne peut pas plus lui défendre que lui ordonner de croire ; rien de plus naturel que les alarmes que durent concevoir des parents, lorsqu'on leur proposa de confier leurs enfants à un maître qui garderait le plus profond silence sur la religion qu'eux-mêmes professaient. »
Mais cette même cause est bien autrement encore accentuée dans l'analyse des procès-verbaux des conseils généraux des départements, faite devant le Corps législatif par le conseiller d'Ëtat Portails, dans Vexposé des motifs du concordat qui venait d'être conclu avec le Saint-Siège.
c Écoutez, dit-il, la voix do tous les citoyens honnêtes, qui dans les assemblées départementales ont exprimé leur vœu sur ce qui se passe depuis dix ans sous leurs yeux.
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cr n est temps^ disent-ils, que les théories se taisent devant les faits. Point d'instruction sans éducation, et point d'éducation sans morale et sans religion.
« Les professeurs ont enseigné dans le désert, parce qu'on proclama imprudemment qu'il ne fallait jamais parler de religion dans les écoles.
c L'instruction est nulle depuis dix ans. Il faut prendre la religion pour base de l'éducation.
« Les enfants sont livrés à l'oisiveté la plus dangereuse, au» vagabondage le plus alarmant. Ils sont sans idée de la divinité, sans notion du juste et de l'injuste, de là des mœurs farouches et barbares, de là un peuple féroce. Si l'on compare ce qu'est l'instruction avec ce qu'elle devrait être, on ne peut s'empêcher de gémir sur le sort qui menace les générations présentes et futures. Ainsi toute la France appelle la reli* gion au secours de la morale et de la société.
« Il résulte de l'analyse des procès-verbaux des conseils généraux des départements, que la majorité des français tient au culte catholique... Les mêmes choses résultent de la correspondance du gouverne* ment avec les préfets (1).,. »
Voilà donc, d'après les constatations ofâcielles, à quels résultats avait abouti un siècle entier de propagande maçonnique couronnô par plusieurs années de révolution et de persécutions sanglantes^ Et cependant, loin de se rendre à une si éclatante expérience et aux vœux si clairement exprimés par l'immense majorité de la nation française, le fanatisme maçonnique s'obstina à poursuivre son entreprise antinationale et à recourir pour la faire réussir aux voies mêmes de Robespierre en masquant la violence sous les dehors du privilège et de la ruse. Le conseiller Thibaudeau continue, en effet, son exposé de la situation sur rinsti*uction par le projet suivant :
c Un système d'instruction publique plus concentré a fixé les pensées du gouvernement. Des écoles primaires affectées à une ou plusieurs communes, si les circonstances locales permettent cette association, offriront partout aux enfants des citoyens des connaissances élémentaires, sans lesquelles l'homme n'est guère qu'un agent aveugle et dépendant de tout ce qui l'environne. Les instituteurs y auront un traitement fixe fourni par les communes, et un traitement variable formé de rétribua lions convenues avec les parents qui seront en état de les supporter. Quelques fonctions utiles pourront être assignées à ces instituteurs, si elles peuvent se concilier avec leur fonction première et nécessaire.
« Dans des écoles secondaires s'enseigneront les éléments des langues anciennes, de la géographie, de l'histoire, du calcul. Ces écoles se for-
(t) UUemenl, Chois de rapports, eU.^ l. XVIII, p. 8, 43« «0,61, 121,
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nieront ou par des entreprises particulières avouées de radministration publique, ou par le concours des communes. Elles seront encouragées par des concessions d'édifices publics, par des places gratuites dans les écoles supérieures accordées aux élèves qui se seront le plus distingués et enfin par des gratifications accordées à un nombre déterminé de professeurs qui auront fourni le plus d'élèves aux écoles supérieures.
c Trente écoles, sous le nom de lycées, seront formées et entretenues aux dépens de la République, dans les villes principales, qui par leur situation et les mœurs de leurs habitants seront plus favorables à l'étude des lettres et des sciences.
c Là seront enseignées les langues savantes, la géographie, l'histoire, la logique, la physique, la géométrie, les mathématiques ; dans quelques-unes, les langues modernes dont l'usage sera indiqué par leur situation.
c Six mille élèves de la patrie seront distribués dans ces trente établissements, entretenus et instruits aux dépens de la République ; trois mille seront des enfants de militaires ou de fonctionnaires qui auront bien servi l'État; trois mille autres seront choisis dans les écoles secondaires, d'après des examens et des concours déterminés, et dans un nombre proportionné à la population des départements qui devront les fournir.
« Les élèves des départements réunis (annexés) seront appelés dans les lycées de l'intérieur, s'y formeront à nos habitudes et à nos mœurs, s'y nourriront de nos maximes, et reporteront dans leurs familles l'amour de nos institutions et de nos lois.
c D'autres élèves y seront reçus, entretenus et instruits aux frais de leurs parents.
«( Six millions seront destinés chaque année à la formation et à l'entretien de ces établissements, à l'instruction des élèves de la patrie, aux traitements des professeurs, au traitement des directeurs et des âge nts comptables.
c Les écoles spéciales formeront le dernier degré d'instruction publique ; il en est qui sont déjà constituées et qui conserveront leur organisation ; d'autres seront établies dans les lieux que les convenances indiqueront, et pour les professions auxquelles elles seront nécessaires.
i Tel est en raccourci le système qui a paru au gouvernement réusir le plus d'avantages, le plus de chances de succès et que dans cette session il proposera au Corps législatif, réduit en projet de loi.
« Sa surveillance peut suffire à trente établissements ; un plus grand nombre échapperait à ses soins et à ses regards ; mais surtout un plus grand nombre ne trouverait aujourd'hui ni professeurs distingues qui font la réputation des écoles, ni des directeurs capables d'y maintenir uns sévère discipline, ni des conseils assez éclairés pour diriger l'administration.
c Trente lycées sagement distribués sur le territoire de la République
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en embrasseront toute V étendue par leurs rapports, I'églairbroiit» répafH dront sur toutes les parties Téclat de leurs lumières et de leurs succès, frapperont jusqu'aux regards de l'étranger (i). >
On a vu et on voit encore jusqu'à l'étranger le progrès et les fruits de ces lumières.
Ainsi, à tous les degrés , pas plus d'enseignement religieux qu'auparavant ; la morale républicaine elle-même a disparu.
En vain le législateur Daru, dans la discussion du projet de loi, s'effo?ça-t-il de montrer les conséquences funestes de ce matérialisme pour le succès même de la loi :
Le maçon Rœderer, l'orateur du gouvernement, répondait au citoyen Daru que, pour faire entrer la religion dans les écoles deve^ nues nationaUSj il aurait fallu remettre renseignement au sacer« doce des divers cultes, et qu'on sentait assez combien de raisons dé* tournaient d'un pareil système^ et combien il eûi été imprudent de V adopter. LinsirucUon publique et la religion sont et doivent être deux institutions différentes (2). »
Quant aux difûcultés tirées de l'inégalité, de la renaissance des privilèges de lieux, d'établissements et de personnes, de la création de la pire des aristocraties, celle des baïonnettes et des bureaux, le conseiller d'État Fourcroy se contentait de répondre dictatoria« lement :
« Le gouvernement a pensé que pour fonder les institutions littéraires et scientifiques sur une base solide, il fallait commencer par ïy atta^ cher des élèves et peupler les classes d'étudiants, pour ne pas courir le risque de ne les peupler que de professeurs. Tel est le but qu'il a voulu frapper en créant un nombre assez considérable dépensions nationales pour que leur fonds, distribué dans les lycées, puisse suffire à leur entretien. Le fond»-
MENT TOTAL DU NOUVEAU SYSTÈME EST ÉTABLI SUR CETTE CONCEPTION, dont la
grandeur est digne du peuple français, et dont la convenance au temps pré* sent sera facilement sentie par tous ceux qui savent apprécier l'état des cir* constances où nous vivons.
« Ceux qui croient que le gouvernement doit offrir à tous les moyens d'instruction reconnaîtront qu'il a fait à cet égard tout ce qu'il peut faire dans les circonstances où il est placé. Il aurait fallu plus de dix millions de dépenses annuelles pour établir, aux frais du trésor public» deux cent cinquante écoles secondaires ; et toutefois ce nombre indispen*
sable EUT ÉTÉ INFÉRIEUR A CELUI DES COLLÈGES QUI EXISTAIENT EN 1790 ET QUI DEVAIENT PRESQUE TOUS LEUR EXISTENCE A DES FONDATIONS PARTIGULIÀ- RES... »
Encore un aveu très-significatif en faveur des anciennes institutions ; il serait difficile de constater d'une façon plus explicito
(1) Lallement, Choix, etc., tome XVII, p. 384, 385.
[2) Lallement| Choig^ etc., tome XVlIIi p. 8. ^
ia violence et nniqnité des spoliations révolntionnaires, Ainsi que la stérilité des efforts tentés en dehors de l'idée religieuse pour réparer les ruines d'un despotisme sans précédents.
Le titre VU contient une des parties les plus importantes du projet de loi ; on y traite des élèves nationatix : sursis mille quatre cents pensionnaires ou élèves entretenus près des lycées, deux mille quatre cents seront pris immédiatement par le gouvernement parmi les enfants des citoyens qui ont bien servi la République, et pendant dix ans parmi les habitants des départements réunis ; et quatre mille seront choisis, d'après un concours, parmi les élèves des écoles secondaires.
c La base du système qui constitae la nouveauté de ee plan et sa dh^
FiREMGB d'aYBG TOUS GBUZ QUI ONT Mt PROPOSÉS JUSQU'iCI, REPOSE TOUT
ENTIÈRE sur cette dernière disposition Lorsque les élèves auront fini
leurs six années d'études dans les lycées, leur application ou leurs progrès trouveront, au premier terme de leurs travaux, une nouvelle carrière d'espérance et de succès. Deux dixièmes d'entre eux seront placés dans les diverses écoles spéciales, où ils continueront d'être instruits et entretenus aux frais du trésor public, de manière à acquérir avec gloire un état et une existence assurés dans la République. Jamais avantage plus grand n'a été offert à la jeunesse studieuse. Jurisprudence, médecine, mathématiques, physique, art militaire, manufactures, diplomatie, administration, astronomie, commerce, peinture, architecture, toutes les routes du savoir et des talents qui rendent les hommes chers et utiles à leurs semblables leur seront ouvertes. Cinq cents élèves des lycées seront reçus dans la seule école militaire ; ils y seront entretenus pendant deux ans aux frais de la République, ils y recevront toute l'instruction nécessaire aux hommes de guerre, soit dans la théorie, soit dans Tadministration, soit dans la pratique de l'art militaire, et après ces deux années, qui seront comptées pour temps de service, ils entreront officiers dans les corps.
c Le titre VIII fixe le terme moyen des six mille quatre cents pen* siens à sept cents francs. Ces pensions serviront à la nourriture, à Tentretien et à l'instruction des élèves. Celles que paieront les parents pour leurs enfants seront égales aux pensions du gouvernement... Les élèves externes des lycées, comme ceux des écoles spéciales, paieront une rétri* buUon proposée par les bureaux d'administration des lycées et confirmée par le gouvernement. Non-seulement les pensions serviront à la nourriture et à Tentretien des élèves, elles fourniront encore au traitement fixe des trois administrateurs et des professeurs des lycées, qui sera déterminé par le gouvernement et prélevé sur ces pensions. A ce traitement fixe sera joint un traitement supplétif (sic) pris sur celles des pension* naires non nationaux et sur la rétribution des externes ; et œ supplément sera également fixé par le gouvernement Par là le mérite et le
tOIft DE lA tll^yOLUTÎOH SUR L^BNSBIONSMfiNT l^tTSLIâ 637
lèle des professeurs, du censeur, et du procureur de chaque lycée, rece* Tront une récompense proportionnée an nombre des élèves qu'ils attire* rout. On a jugé convenable de ne pas comprendre dans cette disposition les proviseurs des lycées qui recevront immédiatement du gouvernement un supplément d'honoraires relatif à leur traitement et à leurs servi* ces (1). »
C'est-à-dire la France ne veut plus de nous et de nos enseignements ; nos écoles sont vides ; remplissons celles qui sont destinées à gouverner la France et Topinion publique, de nos professeurs, de nos enfants, et que toute la France, pauvres et riches, en fasse sur le budget les frais et la fondation, en payant les maîtres et les élèves. Nous augmentons ainsi nos revenus, nous allégeons nos dépenses ; et par là les places d'inspecteur, d'administrateur, de professeur et de surveillant, etc., toutes â la nomination du gouvernement ou de nous-mêmes, appartiennent à la maçonnerie ; les maçons restent maîtres de l'opinion, des intelligences, de la conscience, de l'armée et des places, et par elles de la France entière. Et nous verrons bien si, avec notre gouvernement national et nos élèves seuls dignes du nom de nationaux, nous ne détruirons pas l'ancienne nationalité, pour faire une nation nouvelle, non pas française, mais révolutionnaire et cosmoporite ou franc-maçonne.
Des raisons aussi péremptoires furent parfaitement comprises par les frères et amis, et le projet de loi passa au Tribunat, à la majorité de 80 voix contre 9, et au Corps législatif par 251 boules blanches contre 27 noires.
Ainsi fut consommée Tœuvre entreprise contre l'enseignement par la Maçonnerie et la Révolution. 11 ne fallait rien moins que Torganisation de ce monopole pour mettre aux mains de l'Etat toutes les écoles de la France, depuis l'école primaire jusqu'à la plus haute faculté, et pour mouler le pays tout entier à l'effigio de nouvelle dictature.
L'établissement de l'Université impériale parle décret arbitraire et anti-constitutionnel du 17 mars 1808, (v. liv. II, chap. VII, J 5|* ne fut que la consécration du plan maçonnique avec un ensemble de prescriptions despotiques destiné à asseoir dans les jeunes générations et les classes lettrées, le despotisme du dictateur que les sociétés secrètes avaient donné à la France.
(1) UUAmont, Ciioix, etc., tome XVIII, p« 91 et BoiVi
IDocuxnent O
Les Sociétés secrètes et l'assassinat de Gustave III.
Nous avons indiqué dans le chapitre VI du second livre p. 131-136 et p.- 168-169 les nombreux témoignages contemporains qui attribuent aux Sociétés secrètes Tassassioat du malheureux roi de Suède
Ce fait si important et jusqu'ici environné de tant de mystères a été définitivement éclairci par des documents qu'ont publiés d'abord les Mœrkische Kirchliche Blœlter, puis la Germania des 9* 46 et 23 juin 1878, et que M. Krnest Faligant a analysés dans rUnivers des 13, 14 et 15 août 1878.
Ce sont des extraits du dossier relatif au domestique du comte d'Ankarstroêm qui, sur Tordre de son maître avait assassiné Gus«* tave ni et qui s*était ensuite réfugié â Berlin. Un magistrat aile* mand fut, en 1842, chargé de mettre en ordre les archives du tribunal criminel et y trouva une série de pièces judiciaires su rapportant à ce personnage, dont le gouvernement de Suède avait plus tard demandé l'extradition.
Le magistrat prussien dont nous venons de parler fit des extraits de ces pièces et les a communiquées par un intermédiaire à ces journaux en 1877 avec la permission de l'autorité supérieure. Lo gouvernement prussien, qui a tant de liaisons avec la Franc- Maçonnerie, les avait longtemps tenus secrètes, mais, après les derniers attentats des socialistes, il a trouvé au contraire intérêt à exciter ilndignation publique contre les régicides.
Nous reproduisons les passages essentiels de l'intéressant récit dans lequel M. Faligant a analysé ces documents.
c Après la destruction du catholicisme et des ordres religieax en Suède, il s'était fondé trois loges dififérentes de francs-maçons qui, jusqu'à Gus* tave III, avaient détenu toute la réalité du pouvoir. Ce prince ayant osé se soustraire à leur domination, diverses tentatives furent faites pour le ramener à d'autres sentiments. Le voyant inébranlable, les illuminés n'hésitèrent pas. Ils résolurent de l'assassiner.
« Troismembres de la noblesse, Horn, Ribbing et Ankarstroëm, farent cliargés de l'attentat et tirèrent au sort pour savoir qui l'exécateraiw
LES SOGltfTéS SECRÈTES ET X^ASSASSIN AT DE QUSTAVB III 639
Désigné pour Taccompllr, ÂnkantroSm confia la mission de firapper le roi à l'un de ses domestiques, frire servant de la loge.
c Voici, de quelle manière ce dessein criminel fut réalisé.
c Ankarstroëm avait revêtu son domestique d'un domino et l'avait con* duit au thé&tre, à un bal masqué où le roi devait assister [15 mars 1792).
« Dans un moment où Gustave III traversait, masqué, la salle de danse, les conjurés s'arrangèrent de façon à l'entourer, et du milieu du rassemblement un coup de feu partit, dont le bruit fut presque étouffé par les cris et les rires de cette foule ondoyante et tumul« tueuse.
c Au môme instant le roi s'affaissa dans les bras du baron Bssen en s'écriant :
c — Je viens d'être blessé par un grand masque noir (1) I
c Mais déjà le rassemblement qui protégeait et couvrait l'assassin, s'était dispersé dans toutes les directions.
c Les partisans du roi, et c'était la plus grande majorité des assis* tants, volèrent à son secours. Ils étaient indignés, et dans le premier moment de la colère ils maltraitèrent fort tous les masques noirs qui leur tombèrent sous la main.
c Le roi avait une blessure profonde au côté. On s'empressa de le transporter dans ses appartements. Il avait cru sentir, disait-il, qu'on lui appuyait un pistolet sur la poitrine, et, s'étant alors dégagé d'un mouvement rapide, il avait fait dévier le coup. Les pUs nombreux de son écharpe en avaient d'ailleurs amorti la force, et il devait à ces deux circonstances de n'avoir pas été tué roide. L'écharpe avait en outre pris feu, et la flamme s'était ensuite communiquée au manteau ; mais on avait pu l'éteindre en arrachant l'écharpe et en la mettant en pièces.
« Les troupes, quelques minutes après, parurent, et l'on fut redevable de leur prompte arrivée au zèle et à la présence d'esprit du fils du gouverneur de 8tralsund, le jeune Pollet.
« En voyant le roi tomber, il s'était précipité hors de la salle, et il avait couru prévenir les régiments sur la fidélité desquels le parti royal pouvait compter. Il avait eu soin, en sortant, de faire garder les issues de le salle par des sentinelles, afin de retenir tous les assistants prisonniers. En outre, il rangea les troupes qu'il était allé prévenir sur la place située devant le théâtre.
« Cependant des individus qui, sans aucun doute, étaient soudoyés par les conjurés, afin d'augmenter le trouble et la confusion, s'étaient mis à crier, au moment môme où le roi tombait : Au feu t La salle brûle I Sauve qui peut!
(1) Le comte ADkaratrom était de petite talUSi mais ion domeetique, qui tira le •oap de feu, avait près de sis pieds.