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biù DOCUMENT Ô
€ Et la foule aussitôt s'était précipitée hors de la salle et ruée dam les corridors.
« Ni les escaliers, ni les couloirs n^aYaient de rampes. Mais il existait à divers étages, et de distance en distance, des sortes de paliers sur lesquels on avait placé des factionnaires. Ces hommes, pris parmi les gardes, s'acquittèrent de leur office avec une rigueur inflexible, hien que la foule fût venue tout à coup les assaillir de ses flots désordonnés. Il s'ensuivit un tun^ulte inexprimable, au milieu duquel plusieurs furent précipités de leurs étroits piédestaux et tués dans la chute, oa blessés plus ou moins grièvement. La consigne cependant neputétre forcée»
< Sur ces entrefaites arriva le lieutenant de police , von Liliensparre. Il était escorté d'un fort piquet de troupes sûres. H contraignit la foule à rentrer dans Pintérieur du théâtre, fit placer au milieu de la salle, autour d'une table, un peloton de soldats, qui s'y tint la baîonaette baissée ; puis, après avoir fait cerner tous les abords des bâtiments par un cordon de troupes infranchissables il s'assit à la table, se fit amener tous les assistants l'un après l'autre, et les soumit à de minutieux interrogatoires.
« Le comte Horn, l'un des plus brillants cavaliers de la cour, dut le subir comme tout le monde. Bien qu'il fût âgé seulement de vingt-deux ans, il passait pour être un des membres les plus exaltés de l'opposition. Son trouble était extrême, et l'anxiété la plus vive perçait sur son visage et dans toute son attitude. Il les attribua, quand on les lui fit remarquer, à l'horreur que lui inspirait un pareil attentat. La réponse parut plausible et dissipa les soupçons. Von Liliensparre ne se crut pas du moins en droit de le retenir.
c Les principaux chefs des mécontents : Ribbing, Engstrom, Bielke, Lilienhom, le général Pechlin, etc., comparurent successivement ensuite, et par la fermeté de leur maintien et de leurs réponses, ne fourni* rent aucune prise aux accusations. n
c Enfin le comte Ankarstroêm, alors enseigne dans la garde bleue, fut interrogé. Il était, au moins en apparence, parfaitement tranquille et maître de lui-môme. Mais les soupçons déjà s'étaient portés sur lui.
c Au moment où la troupe des conjurés s'était précipitée dans la salle, à la rencontre de Gustave III, et l'avait entouré, un musicien de l'orchestre avait vu le comte s'approcher très près du roi. Il en avait fait la remarque à plusieurs personnes.
c Ankarstroêm, prévenu du fait, s'était mis à la recherche de cet homme, l'avait conduit au buffet et après avoir bu avec lui et à sa santé, il l'avait quitté en lui serrant la main. Mais cette conduite maladroite, loin de dissiper les soupçons du musicien, les avait accrus, et il avait communiqué le fait à Liliensparre. Ankarstroêm, cependant, ne fut pas arrêté sur-le-champ.
LBS S0CI]£t£8 SBGRàTES BT L*ASSASSINÂT DB GUSTAVB III 641
c La salle déjà commençait à se-Tider. Les assistants, à mesure qu'ils étaient interrogés, étaient renvoyés, non chez eux, mais dans le vestibule. On découvrit alors sur le plancher, non loin de l'endroit où Ton avait tiré sur le roi^ un poignard et deux pistolets.
c Le poignard était d'un aspect tout particulier et bien fait pour effrayer, car on avait calculé sa forme de façon à rendre presque néces* sairement mortelle toute blessure, même légère, faite avec sa lame.
a Quant aux deux pistolets, ils étaient de fabrique anglaise, et les canons avaient cinq pouces de longueur. L'un venait d'être tiré, l'autre était encore chargé. On trouva dans le canon deux petites balles rondes, qui n'étaient point de calibre ; un morceau de plomb triangulaire, qui parut avoir été taillé avec un instrument tranchant ; un autre fragment de môme métal et de même forme, enveloppé et cousu dans une peau de gant ; huit petits clous en fer et deux grains de plomb. On en conclut que l'autre pistolet devait renfermer la même charge, et qu'un nombre égal de projectiles se trouvait dans la blessure du roi.
« Vers quatre heures du matin, on permit aux personnes qui avaient assisté au bal de rentrer chez elles. L'interrogatoire était terminé, et n'avait point fourni de renseignements décisifs sur les auteurs de l'attentat.
« La foule qui remplissait les rues manifestait la douleur la plus vive et la plus sincère, car Gustave III était généralement fort aimé.
c — C'est un jacobin français qui vient d'assassiner le roi, disaient les conspirateurs au peuple dans les rues de Stockholm.
c Et comme il venait précisément de se former à Paris une compa* gnie de régicides, la supposition ne laissait pas d'être assez vraisemblable et justifiée.
c Dans la matinée du 16, le lieutenant de police fit annoncer à son de trompe dans la ville qu'une récompense de dix mille rixdales serait comptée à la personne qui ferait connaitre l'assassin du roi. Puis il manda tous les armuriers de la ville, afin de soumettre le poignard et les pistolets à leur examen.
c Cependant Akrel, le chirurgien le plus eélëbre de Stockholm, avait pu retirer deux projectiles de la blessure du roi. Toute la cour était rassemblée dans la grande salle du ch&teau. La douleur était peinte sur le plus grand nombre des visages ; mais il n'eût pas toujours été facile de deviner, si elle était sincère ou affectée, car une partie des conjurés avaient eu l'audace de venir.
c Ils espéraient de la sorte éloigner d'eux les soupçons, tout en se donnant le plaisir d'assister à l'agonie de leur victime. Ils accusaient hautement les jacobins d'être les auteurs du meurtre, et le comte Ribbing, l'un des chefs de l'opposition la plus avancée, déblatérait contre eux avec une violence extrême.
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« .— Le gouvernement fait faune route, disait-il au milieu d^un groupe de courtisans, d'un ton véhément et convaincu. Les vrais coupables, ce sont les français. Le roi se préparait à leur faire la guerre ; ils le savaient, et ils ont voulu le prévenir.
c Un général d'infanterie, cousin d'un ministre, le baron Ârmfeldt, ne fut pas maître alors de son indignation.
« -« Vous vous trompez, monsieur, répondit-il. Ce ne sont pas les français qui ont assassiné notre maître ; c'est un gentilhomme suédois, et bien que j'en rougisse pour mon ordre et ma patrie, je ne veux pas le cacher plus longtemps.
c Cette ferme et sév&re réponse provoqua de vives récriminatioiiB. Mais le trouble fut soudain apaisé par l'arrivée du gouverneur de la ville, qui vint annoncer qu'on avait découvert les vrais coupables.
c Un des armuriers mandé par le lieutenant de police avait reeonna les pistolets et déclaré qu'il les avait vendus au comte Ankarstroêm, en* saigne dans la garde bleue. On s'était aussitôt rendu chez ce dernier, et après l'avoir arrêté dans son lit, on l'avait conduit en prison, où on lui avait fait subir un premier interrogatoire.
c En apprenant cette nouvelle, le comte Ribbing pâlit et voulut s'éloi* gner. Mais on le retint prisonnier. Déjà on s'était mis à la recherche, sans perdre un Instant, de tous les mécontents que leurs liaisons inti« mes avic Ankarstroêm rendaient suspects de complicité.
c Nombre de conjurés échappèrent cependant. Le baron Bielke s'em« poisonna. Mais son cadavre fut livré au bourreau, qui le conduisit à réchafaud sur une charrette, et l'ensevelit à l'endroit où se faisaient les exécutions. Un notaire de Stockholm se peùdit. Cependant, on réussit à s'emparer de Lilienhorn, des comtes Horn (le père et le fils), du général Péchlin, du général d'artillerie Sinclair et d'environ vingt autres gentilshommes soupçonnés d'être illuminés et complices de l'as» sassin.
c Ce fut seulement après la mort du roi, qui survint le jour même, que l'on commença l'enquête. Mais on ne l'ordonna que pour apaiser l'indignation publique ; elle fut conduite avec une extrême mollesse, et l'on mit une incroyable lenteur à rechercher les inculpés. Tout le monde à Stockholm était cependant convaincu que parmi les membres de la noblesse qui habitaient cette ville un grand nombre avaient pris part à la conspiration.
c Gustave III ne laissait qu^un fils en bas âge, et le duc de Suder^ manie, son frère, fut nommé régent après sa mort. Une commission fut constituée par son ordre pour juger Ankarstroêm et ses complices. Mais, comme il était af&lié lui-même à leur loge, elle fût uniquement composée d'Illuminés.
« Dans le premier moment du trouble et de la surprise, Ankarstroéin
LES SOCIJÈTÉS SKCRÔTES ET L'aSSASSINAT DE GuSTAYE III 643
avait fait des aveux. Mais ensuite il refusa constamment de les compléter, et l'on ne put ]ui arracher une seule parole sur ses desseins secrets, ni sur le nombre et la qualité de ses complices.
« En outre, on insista beaucoup, mais avec aussi peu de succès, pour lui faire dire ce qu'était devenu Mahneke, le domestique qu'il avait chargé de l'exécution du crime. On n'a pas mentionné, dans les pièces de la procédure, pour quels motifs on revenait si souvent sur cette question, de sorte que nous ignorons si les soupçons que cette insistance trahit reposaient sur un commencement de preuves. Mais le silence obstiné d'Ankarstroêm laissait voir qu'il avait de sérieux motifs pour ne point faciliter les recherches de la justice. Mahneke ne put être découvert. Nous dirons plus loin pour quels motifs, et ce qu'il était devenu.
« Beaucoup d'historiens ont prétendu qu'Ânkarstroêm était résolu, son crime commis, à se faire lui-même justice, en s'envoyant une balle dans la tête. L'assertion est fausse. Ankarstroëm espérait échapper aux recherches ; il comptait môme recevoir le prix du meurtre. C'était d'ailleurs, sa fin le montra, un homme dépourvu de courage et d'énergie. Ce qui le prouve encore, c'est qu'il faiblit tout d'abord et ne sut pas tenir le serment par lequel les conjurés s'étaient solennellement engagés à no point faire d'aveux, quoi qu'il arrivât, et surtout à ne point se dénoncer les uns les autres. Il sut mieux se maîtriser ensuite, il est vrai; il essaya même, dans le second interrogatoire, de revenir sur ses premiers aveux et d'en atténuer la gravité.
€ L'instruction, du reste, marchait avec une lenteur extrême. Le régent ne se montrait ni impatient, ni même désireux de venger son frère et son roi. Les juges auraient pu cependant découvrir sans peine les chefs de la conspiration. Mais ils laissaient systématiquement dans Tombre toutes les révélations compromettantes pour la secte des Illuminés. .
« n fallait enfin donner satisfaction au peuple, qui réclamait la puni* tion des assassins, et, après un mois d'enquêtes et d'interrogatoires, le comte Ankarstroém, déclaré coupable du meurtre de Gustave III, fut condamné à mort et exécuté.
c Nous venons de dire que la conduite du duc de Sudermanie fut, dans toute cette affaire, extrêmement suspecte. Grand maître de tous les ordres de la Franc-maçonnerie suédoise, il agit le moins possible et toujours sous la contrainte de l'opinion publique.
c En examinant de près ses habitudes et ses relations intimes, on acquit presque la certitude qu'il était du nombre des conjurés. On est même convaincu aujourd'hui, en Suède, qu'il eût pu sauver son frère, s'il l'eût voulu, car en sa qualité de grand maître, il n'ignorait rien de ce qui se discutait et se complotait dans les loges.
« Une fois nommé régent, il éloigna de la cour tous les partisans de
Gustave III, les déponilla de leurs charges et de leurs pensions pour en gratifier les complices d'Ankarstroêm, et ne prit même pas la peine de dissimuler sa haine pour le roi défunt.
c Parmi les plus fidèles partisans de ce dernier, se trouvait le général comte Armfeldt. Il en avait été le confident le plus intime. Gustave III ne lui cachait rien de ses sentiments, et il lui avait même, disait-on, confié la garde de papiers fort compromettants pour les conjurés. Le régent mit tout en œuvre pour rentrer en possession de ces papier» ; mais séductions et menaces échouèrent devant la fermeté du comte.
c — Je vous ai remis tout ce qui touchait aux intérêts de l'État, lai répondit Armfeld. Quant aux secrets de mon maître, je n*en puis dispo« ser ; mais ils mourront et seront enterrés avec moi.
c Malgré cette promesse, il fut disgracié et dut hientût quitter précipi* tamment Stockholm et la Suède, ses amis Tétant venu prévenir un jour que sa liherté, sa vie même étaient sérieusement en danger. Il s'enfuit à Naples ; mais les espions lancés à sa poursuite l'y découvrirent presque aussitôt, et Pun des chefs de la Franc-maçonnerie suédoise, le 4»lonel Palinquist, l'y vint relancer...
c Chargé par le régent d'enlever secrètement Armfeldt, il s'était fait nommer capitaine de la frégate sur laquelle il devait ramener son présonnier d'État à Stockolm. Il se croyait assuré du succès, s'étant acquis le concours des illuminés de Naples, en accusant le comte devant leur trihunal d'avoir trahi les secrets de l'association, crime irrémissible et toujours puni de mort. On soupçonnait Armfeldt d'être à la recherche de l'assassin de son maître, le domestique du comte Ankarstroëm, et c'était là, en réalité, le motif pour lequel on le poursuivait avec tant d'acharnement.
« Secrètement prévenu de ce nouveau danger, il y put échapper en s'enfuyant en Russie.
« Le comte Munk fut moins heureux. C'était un homme de tôte et de cœur, et l'un des plus dévoués partisans de Gustave m. Le duc de Sudermanie le jugea si redoutable, qu'aussitôt nommé régent, il le fit arrêter et emmener de Stockholm par des soldats. Quelques heures après, ces hommes rentraient en ville sans leur prisonnier, et personne depuis lors n'a su d'une façon positive ce qu'ils en avaient fait.
c Mais on disait publiquement à Stockholm qu'à un mille de la ville le comte Munk avait été fusillé, puis enterré par son escorte dans un endroit désert. Les soldats chargés de l'exécution l'avaient eox-mèmes
avoué.
« Le musicien de l'orchestre, témoin oculaire de l'assassinat, dispa^* rut aussi et sans qu'on pût découvrir ce qu'il était devenu.
« C'était un Polonais.
c Où se cachait l'assassin ?
LES SOGlix^S SEGRàTES BT L^ASSASSINAT DE GuSTAYE III 645
c Pent-étre eût-on pu le savoir, si Ton se fùt alors adressé à la police de Berlin.
« Au mois d*a7ril 1792, un homme se faisait appeler Schultze et, se disant originaire de la Poméranie suédoise, province aujourd'hui prus* sienne^ était venu s'établir dans cette \ille. C'était un individu d'une taille exceptionnelle (il avait près de six pieds), à traits accentués, mais mal dessinés, à cheveux blonds, dont la démarche paraissait difficile et mal assurée. L'expression de son visage était habituellement railleuse et méprisante^ et un air de suffisance, pour ne pas dire de vanité, était empreint dans toute sa personne.
c P excita la curiosité des honnêtes bourgeois de son quartier beau* coup plus que celle de la police. Il parlait couramment l'allemand et devait avoir des moyens d'existence assurés, car il vivait bien et payait comptant, bien qu'il ne fît œuvre de ses dix doigts.
c La curiosité redoubla lorsqu'on apprit qu'il fréquentait assidûment la loge maçonnique de la Splittgerbergasse, et n'était pas seulement un homme rangé, d'une conduite irréprochable, mais un homme vertueux, comme on disait alors dans le langage de ceux qui prétendent que « l'humanité, la charité, la fraternité sont, dans tous les pays du monde, les qualités distinctives 9 de3 frères.
ff Schubto menait d'ailleurs une vie très retirée. Il se tenait sur la réserve avec^ses voisins, ne leur parlait presque jamais et ne recevait d'autres visites que celles de quelques individus dont il avait fait la connaissance à la loge.
« Malgré ces dehors respectables, \A curiosité fit bientôt place au soupçon, et le bruit se répandit dans le quartier que Schultze était un étranger que de méchantes affaires avaient obligé de quitter son pays natal. La défiance excitée par sa vie mystérieuse s'accrut encore lorsqu'un jour on apprit qu'on avait trouvé son logement fermé, et qu'on ne le vit plus reparaître.
c Bientôt on se raconta tout bas que cette disparition n'était point volontaire mais qu'on était venu la nuit l'enlever avec toutes sortes de précautions, et qu'on avait en môme temps emporté ses papiers et ses effets. On prétendait aussi que Schultze n'était point originaire de la Poméranie suédoise, comme il le prétendait, mais de la Suède ellemême, et que s'il parlait si bien l'allemand, c'est parce que sa mère était poméranienne.
< Qu'y avait-il de vrai dans tous ces bruits et quel était en réalité ce mystérieux personnage?
c A ces deux questions, l'auteur du travail dont nous donnons l'anc^lyse répond de la façon la plus catégorique, à l'aide de pièces officielles.
« Un des dossiers que j'examinais renfermait la procédure instruite
contre le commissaire de police Mahneke, dit* Schultze, pour faux serments. II excita ma curiosité, car il est très rare que des fonctionnai* res de la police se rendent coupables de pareils crimes. Je l'examinai d'une façon fort attentive. Aux pièces de la procédure se trouvait annexé un second dossier intitulé : Pièces (Acta) relatives à la demande^ faite par le gouvernement suédois pour obtenir l'extradition du sieur Mahneke^ domestique^ accusé d'être complice de l'assassinat commis sur la personne du roi Gustave III par le comte Ankarstroêm.
« Voici ce que renfermaient en substance les deux dossiers :
c Le vrai nom de Bcbultze était Mabneke, et les bourgeois de son quartier, à Berlin, ne se trompaient pas en disant qu'il était originaire, non de Poméranie, mais de Suède. Ils ne se doutaient nullement^ du reste, qu'il fût ce domestique du comte Ankarstroêm qu'on recberchait alors dans toute l'Europe.
c C'était bien la police qui avait fait disparaître Mabneke, et cette arrestation secrète avait eu lieu à la demande du gouvernement suédois, qui réclamait son extradition pour les motifs énoncés plus haut, parce qu'on avait les plus fortes raison de croire qu'il avait connu le complot de la noblesse suédoise et participé probablement au crime. On recommandait en outre à plusieurs reprises, et de la façon la plus expresse, de se saisir en môme temps de tous les papiers de Mahneke. Le gouvernement suédois s'inquiétait sans doute beaucoup plus des papiers et des révélations de cet homme que de sa personne, car il s'était montré jusqu'alors fort peu soucieux de poursuivre les coupables.
« £n parcourant les premières feuilles, j'acquis bientôt la conviction qu'à c6té de l'instruction officielle, on en avait ouvert une seconéle beaucoup plus importante, mais demeurée secrète, et que c'était dans les procès-verbaux de ses interrogatoires qu'il fallait chercher les véritables aveux de Mahneke et le demir mot de l'affaire.
cr Chose curieuse, le dénonciateur du domestique d'Ankarstroëm était un des puissants personnages qui l'avaient jusqu'alors couvert de leur protection.
c La justice et la police, dont les recherches les plus actives étaient demeurées vaines, avaient un jour reçu la note suivante, émanée du cabinet même du chancelier d'État :
c^iO domestique du comte Ankarstroêm, recherché par le gonverne-
c ment suédois et nommé Mahneke, habite dans la rue K , N ,
c Arrêtez-le nuitamment de la façon la plus secrète et avec les plus granc des précautions, et vous emparez en même temps de ses papiers et de c ses effets. Vous enverrez tous les trois jours à Son Excellence, M. le c chancelier, un rapport sur cette affaire et une copie des interrogatoires. « Il est de la plus haute importance de taire à tous les intéressés que œ « Mahneke se trouve à B... (Berlin), et surtout qu'il y reste entre les c mains de la justice, »
us soGi^TiEs SEGRftrss ET l'assassinât de Gustave III 647
a L'un des procès-yerbanx était ainsi conçu :
c A l'observation qu'il deyait avouer franchement et sans rien dissi* muler de la vérité tout ce qu'il savait sur l'assassinat du roi de SuMe Gustave Ulpar son ancien maître» l'enseigne Ânkarstrofim, et reconnais tre aussi jusqu'à quel point il s'était trouvé impliqué dans le complot, s'il voulait ne pas être extradé par le gouvernement prussien, tandis que, s'il essayait de tromper le juge par des mensonges, il devait s'atten* dre à être livré au gouvernement suédois, qui lui ferait subir les peines les plus sévères et les plus dures, l'inculpé a répondu :
c Je ne veux pas dissimuler plus longtemps la vérité, et je vous dirai, sans vous rien cacher de ce que je sais, comment le roi fut assas« sine.
« Mon maître, le comte Ânkarstrofim, avait des motifs particuliers de haine contre le roi Gustave III. U appartenait à l'ordre des Illuminés. Il m'y fit entrer, et comme j'étais pauvre, et que je ne pouvais payer une forte cotisation, j'y fus admis en qualité de frère servant.
c Le comte était un homme fougueux, violent et vindicatif. Un seul exemple me suffira pour vous faire comprendre quelle était la violence de son caractère :
« Se promenant à cheval avec plusieurs officiers de ses amis, il voulut faire traverser un ruisseau à sa monture. Mais l'animai refusait, et tous les efforts de son maître ne purent vaincre son obstination. Cette résistance mit le comte dans un tel état de fureur, qu'il tira son sabre et en frappa les deux pieds de devant de son cheval jusqu'à ce qu'il les eût brisés. Puis, montrant la hôte abattue :
c — C'est ainsi, dit-il, qu'on doit traiter la canaille qui refuse d'obéir.
c Et traversant le ruisseau à gué, il rejoignit ses amis, qui l'attendaient sur la rive opposée.
c Lorsqu'il voulut se venger du roi, il jeta les yeux sur moi, parce que j'étais frère servant de la loge. Il ne me cachait rien, et il avait aussi une absolue confiance en ses deux amis, les comtes Horn et Rib* bing. Un jour qu'ils parlaient devant moi de tirer au sort lequel serait chargé de tuer le roi, mon maître partit d'un éclat de rire et répliqua :
« — C'est inutile. Je demande, comme une faveur, d'ôtre chargé de firapper Gustave. ^
c On tira cependant au sort et le souhait de mon maître se réalisa. Ce fut lui qui fut désigné.
c Mais le comte était l&che, malgré toute la violence de son caractère et de sa haine ; sa réponse n'avait été qu'une fanfaronnade, et il n'était nullement disposé à frappcrr le roi. Avant même que ses amis lui parlassent de tirer au sort, il m'avait proposé de faire le coup.
€ Je ne pouvais courir aucun danger, me disait-il ; j'étais même
6ûr d'obtenir ensuite une belle et riche récompense, car notre ordre était trop puissant pour me laisser dans la peine et ne pas me payer un 8i grand service. Je savais tout aussi bien que lui, ajouta-t-îl, que le duc de Sudermanie en était grand-maitre, et que dans ses rangs il comptait la plus haute et la plus puissante noblesse du royaume.
« Pendant longtemps, je refusai de consentir. Mais un jour il trouva dans ma chambre plusieurs cuillers d'argent marquées au chiffre de notre loge, et cette découverte me mit entièrement à sa discrétion. Gon* naissant d'ailleurs la puissance de notre ordre, je me laissai persuader de commettre une action dont le remords me poursuivra tant que je vivrai.
« Mon maître et ses deux amis, les comtes Horn et Ribbing, avaient eu la précaution de se faire livrer, par des af&liés, des papiers d'Etat d'une haute valeur pour les puissances voisines de la Suède. Ils comptaient s'en faire une arme, dans le cas où ils seraient contraints de prendre la fuite, et s'en servir pour se défendre. Mon maître me remit la cassette de fer qui les renfermait, en me donnant le conseil de la déposer chez des amis ; mais de ne jamais la laisser longtemps entre les mains de la même personne. Je la possède encore ; elle se trouve en dépôt chez une de mes connaissances.
« Il avait été décidé que je frapperais le roi pendant le bal. CSomme je n'aurais pu le reconnaître sous son masque, mon maître me recommanda de me tenir constamment à sa droite et de décharger mon arme dans la poitrine de la personne, dont je lui verrais toucher l'épaule avec la main. Le comte avait lui-môme chargé les pistolets. Lorsqu'il me les remit, j'en gardai un dans la main, et je cachai l'autre dans une de mes poches. Nous portions tous les deux un domino noir. Je suivis de point en point les instructions de mon maître, et fis feu sur un masque de petite taille dont le manteau se dérangea lorsqu'il perdit l'équilibre t et que je reconnus être le roi à ses plaques et décorations.
« Au lieu d'atteindre la poitrine, le coup perça les entrailles. Le roi m'avait vu diriger l'arme contre lui« et le mouvement qu'il fit alors avec le bras, pour me repousser, abaissa le pistolet et en dirigea le canon vers le bas-ventre. Au milieu du tumulte qui se produisit alors, et que les conjurés et leurs complices déterminèrent en se précipitant vers les porfes de la salle, je laissai tomber mes deux pistolets à terre sans qu'on s'en aperçut. Mon maître se débarrassa de même du poignard dont il s'était muni* Gela ne l'empêcha pas, dn reste, d'être arrêté peu de temps après.
« Il m'avait assuré de la façon la plus positive que je recevrais ma récompense dès que les troubles qui devaient suivre la mort du roi seraient apaisés. Mais les choses ne se passèrent point comme nous l'avions pensé. Les mesures énei^^iques prises par le lieutenant depoKœ
LES SOCIÉTÉS SEGRâTES ET L'ASSASSINÂT DE GuSTAYE III 649
et le gouverneur de la ville rendirent impossible le soulèvement prémédité et le massacre de tous les nobles du parti royal. A la nouvelle de Tarrestation des comtes Hom et Ribbing, je n'bésitai plus : je pris la faite et n'oubliai point d'emporter la cassette. La comtesse n'étant point complice de son mari, je jugeai prudent de ne point lui parler de ces papiers. Mais je lui demandai et j'en obtins de l'argent pour gagner Stettin. Je sais d'une façon péremptoire que les documents dont je suis possesseur sont du plus grand prix pour le gouvernement de ce pays, et je suis tout prêt à les lui remettre. Je lui demande seulement en retour de ne point me livrer au gouvernement suédois. »
« Cette demande de Mahneke devait être favorablement accueillie, car elle était en quelque sorte accordée d'avance par la chancellerie, qui, dans ses instructions à la police, recommandait, comme un point de la plus haute importance, de taire à tous les intéressés que Mahneke se trouvait à Berlin.
c Mahneke sans doute n'exagérait point en disant que les papiers renfermés dans la cassette étaient du plus haut prix pour la Prusse, car il fut nommé commissaire de police. Il résulte des pièces de son dossier qu'il exerça ces fonctions pendant deux années ; qu'ensuite il fut arrêté sous l'inculpation de faux serment, puis condamné pour ce crime à plusieurs années de réclusion, et que, peu de temps après, il mourut dans la prison de Spandau (1).
« Ainsi les frères n'avaient cessé de le suivre depuis son crime, et de veiller sur lui. Après l'avoir en quelque sorte désarme en le contraignant à livrer les papiers d'Ankarstroêm à la police prussienne, dans les rangs de laquelle ils le firent entrer pour le tenir encore mieux sous
(t) On sera natarellement curieux de savoir ce que sont devenus les papiers â*Ânkapetroem. Voici ce que dit le magistrat prussien, auteur de ce récit :
c Frappé de rimportauce de ces documents, je crus devoir les signaler an président du tribunal de S....; et, sur le désir qu'il me manifesta de les examiner, je les remis eotre ses mains. Depuis lors, je n ai pas eu occasion do revoir ce magistrat ni de lai écrire. Mais m'étant adressé, en 1850, à l'un de mes anciens collègues à qui ses fonctions donnaient accès au greffe oii elles étaient déposées, afin d'obtenir copie de deux d'entre elles, ce magistrat me répondit qu'il n'avait trouvé d'autre trace du dossier que celte brève mention, inscrite sur le répertoire, en marge de son signalement : Transféré aux archives d^ État. Mais la mention était fausse, car j'eus occasion, quelque temps après, de faire des rechercbes aux archives, et l'un de mes amis, qui s'y trouvait employé, me dit : — Ce dossier n'est jamais entré ici, car, si on l'y eût envoyé, je trouverais l'indication du fait sur nos registres.
c Ce n'était pas la première fois que je constatais l'existence de pareilles erreurs, frès-yolontairement commises. Ainsi, par exemple, àrartlcle concernant lesmémoi" ne posthumes laissés par le prince H..., qui fut chancelier d'État, on trouve sur le répertoire cette mention : Transféré awt archives de la famiUe royale^ et cependant, lorsqu'on les y cherche, on ne les y trouve point, et l'on vous fait cette léponse : Ils sont dans le cabinet du roi, qui les Ut.
650 DOGUMBNT C
lenr dépendance, iU lai avaient assuré nne ezistenoe paisible. Us l'avaient couvert de leur protection toute-puissante jusqu'au jour où ea se compromettant d'une façon trop maladroite pour que sa faute put ôtre dissimulée, il les avait contraints à l'abandonner. Et alors, par une coîncideuce qui, peut-être, ne fut pas fortuite, sa mort avait presque aussitôt suivi cet abandon*
Document D
NapoUSon P' et hk Framc-xaçonnerib
Nous avons dit daûs le chapitre YII da livre second de cet ouvrage le développement considérable pris par la Franc-maçonnerie sous le premier Empire et les services qu'elle rendait au gouvernement.
L'extrait suivant de la tenue d'une loge de Paris pourra donner une idée des bassesses de l'adulation à laquelle descendaient ces fiers Rose-Croix et Kadoch, destructeurs de tout despotisme :
SITAAIT des AnniieB Mac.-, dédiies à S. Altesse SérMssime le prince QàMBJLCÈKks, Archi-Chaneelier de VSmpire et 0.\ M.\ de V0.\ M.', en France, par Gauxot, R.\ C.\ (Caillot, imprimeur'Ulnuiref rue de Burepoix, quai des Augustins, n* 9J. — Année 5807.
Tenue de la R.% L.\ Stc-Thérète des Amii de la ConstaneCt le 15 juillet 1807.
c ... Le P.*. Savari, Or.*, adjoint, obtient la parole et s'élevant, par nn élan subit, à la baateur des pipdiges de valenr enfantés par les bra* ves gnerriers qui ont exécuté avec la plus courageuse énergie les profon* des conceptions du génie qui les conduisait à la victoire, il bésite inoer^ tain, ce qu'il doit le plus admirer dans le béros de la France, ou de ses qualités militaires ou de sa modération.
c Ce n'est plus nn Sésostris qui s'occupe da bonbeur de son peuple, et qui fait servir à son triomplie les rois malbeureux qu'il a vaincus.
« Ce n'est plus un Alexandre qui fait prisonnières la mère, la femme et la fille du sage et courageux Darius, qui, après la bataille d'Arbelles, fut obligé de se sauver en Médie, où il fut assassiné par Dessus.
c Ce n'est pas nn souverain qui ne s'occupe que de sa propre gloire ; c'est le protecteur de l'humanité, l'ami des princes et des peuples, qui sacrifie ses jours pour rappeler les siens à leurs devoirs, afin de procurer le bonbeur des autres.
« Napoléon, dans les bras d'Alexandre, est encore plus grand qu'à la tôte de son armée victorieuse ; il est auniessus des passions et des vanités humaines. Chaque souverain, devenu son allié, remplira, à son exemple, les devoirs sacrés d'un bon prince, en s'occupant lui-môme dn bonheur de ses sujets.
« Un concert d'applaudissements a peint fortement la vive et profonde émotion dont étaient agitées toutes les âmes... »
' En 86 faisant ainsi les instruments du rè^ne, les mômes toges maçoniques, qui avaient fait 1789 et 1793. n'étaient pas aussi inconséquentes qu'il le semble au premier abord.
Napoléon I" était en effet la Révolution à cheval, comme Ta dit d'une façon pittoresque Lamartine, ou mieux encore la Révoluiùm organisée.
Nous en avons fait la démonstration ; mais nous aimons à citer â l'appui le passage suivant d'un écrivain allemand et protestant justement célèbre, dont aucune préoccupation de parti ne pouvait influencer le jugement et qui par conséquent ne sera pas suspect.
Voici comment s'exprime l'illustre Frédéric-Jules Slahl (1 dans son discours intitulé : Qu'est-ce que la Révolution, pi*onoQCô ea 4852, et qui produisit dans toute l'Allemagne une impression profonde :
« L'essence de la Révolution et du rationalisme est l'homme de péché se faisant adorer dans le temple de Dieu. Il est vrai que cela aboutit à une personnalité, mais c'est la marche d'un système occupant d'abord les esprits, puis se personnifiant par son apogée dans un individu. Dès que le genre humain se déifie, il s'en faut de peu qu'une individualité puissante, portée par le fanatisme des masses, ne se considère comme le représentant de la déité dé ce même genre humain et n'exige son adoration.
(1) Fr6dérie4alei Stahl était né à Maaich. en iS02, de parenCs Israélites ; mali se convertit de bonoe heure aa diriatianisme. D'abord profeaaeur à l'UnlTeraité dt Municti, il devint, en 1S27, profesaeor à raniverslté de Berlin et se lia étroUemenl avec Auguste de Schlegel. Gomme lui il devint profondément religieux et consacra son enseignement à réfuter sur le terrain de la philosophie du droit et de l'hiitoirt l'école révolutionnaire et raUonnaliste. Il devint président du consistoire centra^ de Berlin et membre de la Chambre des Seigneurs en 1846. U est mort le 18 aoftt 1861. L'apogée de sa carrière fut marquée par le discours dont nous donnons ici un extrait et qu'il disait être le couronnement de sa carrière, la défense de sa vie politique. Il a laissé une Hiatoire de la phtiotophie du droit, qui vient d'être traduite en français par M. Chauffard, président du tribunal de Lavanr, (Paris, Thorin, in-8* 1880.
KaPOLI^ON t^ et UL PfUNQ-MAÇOMNBRUe 653
« Le rationalisme et la ré^olntion ne sont pas des apparitions de formes toujours identiques. Étant le produit dn principe du mal, ils entrent dans l'histoire en certains moments et se dessinent sous une forme arrêtée dans le développement de la lutte entre les esprits de la lumière et les démons des ténèbres. Ils sont le commencement de la fin, le signe de l'entrée dans l'ère apocalyptique.
« Si donc la révolution a une profondeur incommensurable, il serait puéril de s'aveugler sur les moyens de la combattre.
« On ne ferme pas l'ère des révolutions par une charte constitutionnelle. Cette charte est un morceau révolutionnaire. Les français forgent des constitutions depuis 4789 jusqu'à 1852, mais la gueule béante de la Révolution n'a pas été bouchée par ces tampons de papier.
« On ne ferme pas non plus la Révolution par la force, ou bien par l'empire. L'empire français, loin de détruire la révolution, l'a conso« lidée.
« Dans l'empire comme dans la république, les éléments naturels créés et développés par Dieu, ont complètement manqué. Il n'y avait point de représentation nationale composée d'éléments historiques et populaires. C'est Tempereur qui créa le Sénat, et le Sénat créa le Corps législatif. Il n'y avait point de communes avec leur administration natu« relie. L'empereur créa les communes et nomma l'administration. Il n'y avait point de science libre. L'Université de France, cette pépinière de savants incrédules, commandait à la science, et l'empereur commandait à l'Université. Dans l'empire comme dans la république il n'y avait aucune idée de soumission morale, soit à un droit historique, soit à la religion. {1 y manquait le principe représentant chez l'homme la censcience, et que j'appellerai la conscience d'État, l'allégeance à un ordre divin. N'est-ce pas l'empereur qui a brisé le droit européen, qui a détruit tous les ouvrages de l'ordre divin, qui a méprisé tous les éléments de la nationalité ? N'a-t-il pas en tout fait savoir que sa volonté de fer ne reconnaissait aucune loi au-dessus d'elle ? L'empire, comme la république, est fondé sur la volonté exclusive de l'homme. Il est fait avec la raison humaine, et ne sert que cette même raison humaine. L'empire, était une autre phase de la révolution. Par la Terreur, les puissances infernales avaient établi leur pouvoir. Dans l'empire, trônaient les puis* sauces de la nature, les puissances de la terre. Nul rayon céleste n'a éclairé ce règne. Avec toute sa gloire et toute son intelligence, l'empire était l'anéantissement de l'essence réelle de l'homme, qui ne vit que par les irradiations du ciel. Le trait caractéristique de la révolution est l'adoration, la déification de l'homme. Dans la république, il fallait adorer le peuple. Sous l'empire, on adorait le dious imperator. Ce fut un véritable retour vers le paganisme. Or, si un peuple chrétien retombe dans le pags'^Ume, il n'a plus l'innocence des simples puissances
654 IXKSUKSNT D
de la terré, les ténèbres de l'enfer y Jonent le premier rôle. Si la réwh luHan était identique avec VanarchU, Napoléon anrait fermé Tère révo- Inffonnaire. Mais si révolution veut dire élévation d'un règne selon la volonté humaine contre l'ordre de Dieu, alors, loin d'avoir vaincu la révolution, il n'a été que son héros, son missionnaire...
c n y a une puissance, il n'y a que cette puissance pour fermer l'ère des révolutions : c'est le christianisme. Le christianisme est l'extrême opposé au péché de la révolution ; car il pose toute la vie humaine sur l'ordre divin. En outre, le christianisme satisfait pleinement toutes les exigences de la révolution, i
Noua ne savons si Stahl avait lu les tenues des loges françaises BOUS le premier empire. Mais il était impossible d'y mieux relever tous les traits essentiels de Fidée révolutionnaire, le caractère de bassesse qui les complète, Vadoration du divia imperator.
Document Sj
l'unit£ italienne et ul conspiration maçonniqu*
A mesure qu'on s'éloigne des événements, les diflërents auteurs de la comédie jouée en 1860 par Gavour, Napoléon III et Garibaldi dévoilent peu â peu les machinations qu'ils ont employées pour faire croire à un soulèvement des populations italiennes contre les gouvernements légitimes. Ce n'est que par la trahison de leurs officiers préparée dans les loges, par Todiei/X abus de leurs privi*lèges par les ambassadeurs de Victor-Emmanuel, enfin par la supériorité numérique des armées piémontaises que le roi François U, le grand duc de Toscane, le Pape, ont succombé.
Voici en dernier lieu l'ex-amiral Persane, le commandant incapable de là flotte italienne à Lizza, qui, pour se venger de sa disgrâce, révèle dans ses derniers détails la part prise par le gouvernement de Turin à l'expédition de Garibaldi en 1860. Le Moni" teur universel^ qui a reçu une communication anticipée de cet ouvrage, a publié dans son n* du 17 mars 1880 les lettres suivantes :
G'est d'abord une lettre de Garibaldi à Persano : il en ressort que l'appui du Piémont lui était déj& assuré.
Polermej 15 JoId 1860.
Amiral,
Vous m'avez donné, en vérité, une bien agréable nouvelle, et je vous en atteste toute ma gratitude ; sous votre égide toute puissante je suis tranguiîle.
Je crois, comme vous, qu'il vaux mieux que la flotille vienne direc* tement ici. J'ordonne donc à Medici d'entrer immédiatement dans le petit port, où je l'attendraL Gaxubaldi.
Puis une lettre de S. A. R. le prince de Carignan, qui travaillait, lui aussi, comme on le voit, à la conspiration contre François n : n 42
TorlD, l** floûl 1860.
Mon cher Persano,
Je me réjouis avec vous et je vous fais mes compliments pour la manière distinguée dont vous avez rempli l'importante et difficile mission qui vous était confiée, et en môme temps je vous remercie de m'avoir tenu au courant des événements politique en Sicile.
J'espère que tout ira bien, môme à Naples.
J'ai écrit au comte de Spanense qu'il plaçât toute sa confiance en vous comme en un ami intime.
Le baron Nisco se présentera certainement à vous, avec an billet d'introduction de ma part.
Je vous le recommande. Au besoin, protégez-le, et offrez lui un refuge sur l'un de vos navires.
J"ai l'entier espoir que tout se terminera par le triomphe de la cause de l'unité et de l'indépendance italienne. Mais, pour cela, il faut de la prudence et une certaine discrétion. Eugène db Savoie.
• Nous donnons maintenant une lettro du comte de Gavour au même :
Tarin» août 1860.
tt Monsieur l'amiral,
t Ainsi que je vous l'avais fait savoir par le télégraphe, le gouvernement désire que, si une révolution éclatait à Naples, vous acceptiez la dictature, dans le cas où elle vous serait offerte par le peuple. Si l'offre était faiteà Villamarina, ce qui serait un mal, Villamarina devrait également accepter, afin d'éviter le plus grand des périls, celui de voir tomber le pouvoir entre des mains faibles ou infidèles.
c Que vous ayez ou non la dictature, vous devrez assumer immédisrtement le commandement de la flotte napolitaine et occuper les forts avec les bersaglieri et l'infanterie de marine, et assumer au besoin, provisoirement, le commandement de l'armée.
« Vous rassemblerez à Naples ou dans le voisinage de cette ville toute la flotte napolitaine, en éloignant tous les officiers dévoués au roi el en les remplaçant par des libéraux éprouvés.
c Devant expédier immédiatement une division piémontaise eompo« sée des brigades de à!Aosta>'Piemonte à Naples, vous aurez soin d'en* voyer à Gènes un certain nombre de b&timents napolitains et de nos navires pour la transporter.
c Si la révolution ne se fait pas avant l'arrivée de Garibaldi, nous nous trouverons dans une situation des plus graves. Mais ne nous dé* coarageons pas pour cela. Vous vous emparerez, si vous pouvez, de tous les forts» vous réunirez la flotte napolitaine et la flotte sicHienne, voM
L*UNITé ITAUENNfi ET JJl CONSPIRATION MAÇONNIQUE 657
donnerez à tous les officiers des brevets, vous leur ferez prêter serment au roi et au statut, et puis nous verrons.
< Amiral, le roi, le pays et le ministère ont pleine confiance en vous. Suivez, autant que possible, les instructions que je vous envoie; mais, s'il arrivait des cas imprévus, faites pour le mieux afin d'atteindre lo but sup^me que nous nous proposons : constituer l'Italie sans nous laisser vaincre par la [révolution. Gavour.
Mais voici qui est beaucoup plus curieux et plus instructif encore. L*amiral Persano donne à Gavour des détails sur les conspirateurs qui l'entravent et sur les sommes qull est obligé de leur payer : ,
NspoU, 31 août 1860.
« Excellence/
« J'ai dû distribuer d'autre argent ! Vingt mille ducats à Devincenzi, deux mille ducats au consul Fasciotti, sur l'ordre du marquis de Villa* marina, et quatre mille ducats au comité. Bien que tout cela soit exécuté d'après les mesures que j'ai établies, sans qu'un seul sou passe par mes mains, cette question d'argent a fini cependant par me fatiguer. En vérité ce n'est pas mon affaire. Je me suis vu forcé de me disputer avec Devincenzi en présence de Villamarina ; il me demandait pltu ds vingt mille ducats, et je ne voulais pas même lui en donner autant.
Sur les personnes avec lesquelles je suis en relation, voici mes îm« pressions. •• •••
Suit une série de notes sur plusieurs personnages qui ont joué alors et depuis un rôle important dans les affaires italiennes. Le Moniteur universel n'a pas poussé plus loin ses extraits, mais la publication prochaine au livre de Persano les complétera et sera la dernière confirmation du récit de VUnité italienne^ que le Père Descbamps a donné dans ce volume.
(1) Le comte de Villamarina était alors ambassadeur du roi do Sardaigne auprès de François II, et était, oomme oa le voU^ U principal agent de la conspiration dirigée contre l«v
Document F
3U| POLITIQUB RBLI0IUMSE DB L'OMPIAB
Nous reproduisons les conclusions du Mémoire remis à Mipo- Uon 111 en avril 1860, sur la politique à suwre vii-d-vii de f Église, par M. Rouland, son ministre des cultes.
Une édition spéciale de cet important document a été publiée d*abord en 1873, puis en 1879, par les soins de M. Léon Pages (brochure in-S"" de 24 p., Paris, imprimerie Pillet Dumoulin). Nous engageons beaucoup nos lecteurs à lire Texposé de la situation religieuse que fait le ministre de TEmpire. Ils y trouveront les préjugés, les erreurs et aussi les calomnies que, vingt ans après, M. Jules Ferry a portés à la tribune du Sénat. Les conclusions, sauf la question de procédés dans Texôculion, sont exactement les mêmes. On va en juger :
a Faut-il, changeant brusquement de système, expulser les oongré* gâtions religieuses d'hommes, modifier la loi sur l'enseignement, appli* qner tous les articles organiques, et arriver à ce point que la UgaUté absolue ressemblera à une persécution f Non, car on douterait de la sincérité du souverain passant si vivement de la protection large et affectueuse à la rigueur de toutes les prohibitions ; on blesserait tout le clergé et une foule de catholiques honorables ; on ferait supposer, malgré tout, qu'on revient aux préjugés voltairiens, et peut-être auraiton à se défendre contre une réaction anti-religieuse qui se croirait autorisée dans ses excès.
c Les mesures à prendre ne doivent pas dépasser la proportion des abus dont on veut la suppression, dans l'intérêt du respect de la 80uve« raineté, du repos public et de la religion bien entendue. On sait d'ail« leurs que l'opinion du pays fait elle-même la police des fautes du clergé. Toutes les fois qu'il sort de son véritable rôle, et qu'il veut com* mettre des empiétements sur les pouvoirs ou l'indépendance de la so*
LA POUTIQUE RSLI6ISUSS OB L'EHPIUE 659
ciété, il se fait autonr de lui un cercle de résistance et d'opposition qui le comprime. C'est ainsi qu'aujourd'hui il commence à s'efîrayer de ce qu'il croit être les passions réyolutionnaires, et qui n'est en réalité que le sentiment énergique de la nation repoussant des yelléités théocratiqaes. Rester dans Thonnôteté du sentiment religieux, — ne pas user de violence, — emprunter à notre droit public ce qui est nécessaire pour arrêter des envahissements insupportables^ — séparer ainsi la cause de la religion, sincèrement pratiquée, des exaltations et des calculs do la propagande romaine, voilà, on peut le croire, un plan de conduite bien adapté aux nécessités du temps et qui obtiendrait Tapprobation du pays.
« En prenant pour base ces idées générales, on arriverait peut-être aux mesures suivantes :
« i^ Ne plus tolérer, à moins de besoins locaux parfaitement cens*
tatés, AUCUN NOUVEL ÉTABLISSEMENT DE GONORÉGATIONS RELIGIEUSES d'hOHMBS,
soit qu'il s'agisse de maisons conventuelles, églises, chapelles, et du prétexte d'auxiliaires dans le ministère sacré, soit qu'il s'agisse d'établissements d'instruction publique et d'œuvres de charité générale. L'hospitalité si généreusement accordée par l'Empereur aux congréga* tiens d'hommes, quoique prohibées par les lois, ne serait pas ains rétractée. — « Vous êtes assez nombreux, et on ne vous a pas donné la France à exploiter; « — telle est la réponse sensée à faire sans encourir le reproche d'exclusion.
a 2® Apporter désormais la plus grande sévérité dans les autorisa « TiONS DES CONGRÉGATIONS DE FEMMES, qui DO devraient être accordées qu'en présence de nécessités irrécusables de charité publique ou d'enseignement primaire ; exiger des preuves certaines de leurs ressources suffisantes pour leur existence ; ne plus admettre facilement la couver* sion des communautés locales en communautés à supérieures générales qui inondent la France de leurs établissements annexes. — Il est très* vrai qu'on ne peut pas empêcher les congrégations de fait ; — mais alors non reconnues par la loi, elles voient chacun de leurs membres rester soumis au droit commun ; et la congrégation de fait, qui n'a point d'existence civile collective, ne peut ni recevoir des dons et legs, ni agir comme corps.
« 3^ En ce qui concerne les congrégations autorisées d'hommes ou de femmes, ramener le conseil d'État a une grande sévérité dans l'appréciation des dons, legs et libéralités qu'il s'agit d'autoriser. Il n'y a pas lieu seulement de considérer la situation et les réclamations des familles demandant la réduction de ces libéralités ; il faut examiner aussi les besoins de la congrégation gratifiée. Rien n'oblige à leur procurer les moyens d'extension inutile ou abusive, en les autorisant à recevoir, pour faire face à des dépenses qu'elles ne devraient pas
entreprendre. Les communautés, une fois établies» resteraient ce qu'elles sont, si la source féconde des libéralités plus ou moins proToquées et recherchées ne venait pas stimuler la propension naturelle de ces communautés à s'étendre indéfiniment. L'esprit de rivalité qui existe entre elles, le désir de propagation et d'influence, tout les pousse à un développement incessant. Lancées dans cette voie, il leur faut de l'argent, et elles s'ingénient à trouver et à appeler des secours, des dons et des aumônes. Si le régime d'autorisation de ces dons et legs était plus sévère, si l'on posait en principe qu'il ne faut pas admettre les libéralités comme un encouragement à une extension de dépenses et d'établissements, on arrêterait court l'excès dont on se plaint aujourd'hui.
« Il faut avouer que les congrégations, autorisées ou non autorisées, ont toujours le moyen de pratiquer des fraudes et de recevoir de la main à la main. — On n'y peut rien, quand les choses sont habilement faites» et les congrégations ne manquent ni de conseils d'habiles, ni d'adhérents nombreux prêts à les aider en tout. Mais, même dans xe cas, le résultat de ces fraudes ou de ces dons manuels qui dépouillent les familles, du vivant de leur auteur, est facilement appréciable. D'où viennent, par exemple, les ressources immenses que les ordres religieux, voués à la pauvreté, ont dû consacrer à de nombreux et vastes établisse* ménts ? Les propriétés immobilières des Jésuites dépassent 20 millions. Gomment les ont-ils achetées ou construites ? — Évidemment avec les dons des particuliers. Or, cela bien connu, n'en ressort-il pas pour rÉtat l'obligation de ne plus tolérer de nouveaux établissements, qui nécessiteraient de nouveaux appels aux fortunes privées, et la certitude, pour lui, de bien agir par cette prohibition ?
« 4^ Maintenir le plus qu'il est possible, sans briser la liberté du choix des conseils municipaux, l'enseignement laïque et primaire. Si l'on n'arrête pas, par l'intelligence et la fermeté des préfets, les manœuvres incessantes du clergé, poussant les communes à confier leurs écoles aux frères de la doctrine chrétienne, on n'aura bientôt plus d'instituteurs laïques, si ce n'est dans les localités pauvres, que ces frères dédaignent. Encore faut-il remarquer qu'on s'efforce de multiplier les congrégations dites de petits frères, qui s'installent isolément dans les campagnes, tandis que les frères des écoles chrétiennes ne peuvent s'établir que par groupes de trois frères, dans une même école. Les communes qui n'ont pas assez de ressources et de population pour recevoir les frères, des écoles chrétiennes seraient donc desservies par les petits frères, dits de Lamennais, — du saint Viateur, — de Tinchebray, etc. ; et on arriverait ainsi à supprimer entièrement les institutions laïques. Aujourd'hui que ces instituteurs, modestes et utiles fonctionnaires, sont dévoués à l'Empereur et rendent de notables services dans les communes rurales, on serait fort affaibli, au point de vue du suffrage universel, si tout
hK POLITIQUE KELIGIEUSB DE L^EMPIRE 661
Penseignement primaire passait dans la main des congrégations, qui dépendent pins de Rome que de la France.
« Anssi il serait sage de ne pins désormais reconnaître comme éta« blissement d'utilité publique aucune congrégation d'hommes pour l'en* seignement primaire.
c II est à remarquer, au surplus, que c'est dans les pensionnats de jeunes filles dirigés par les congrégations, dans les écoles primaires libres qui leur sont confiées, comme dans les institutions secondaires dirigées sous leur influence, que se rencontrent les liYres d'histoire ré<* digés dans le but de glorifier les monarchies de droit divin, d'exalter la suprématie religieuse et de déprécier indirectement les principes civils et politiques conquis depuis 1789. En réalité, ces établissements si nombreux sont, plus ou moins, de véritables succursales du parti légiti* miste et catholique. C'est au contraire dans nos lycées impériaux, dans nos collèges communaux, dans nos écoles laïques, que l'instruction plus mâle et plus populaire, maintient au cœur des enfants tous les sentiments nationaux. — Où crie-t-on cordialement: Vive V Empereur? Assurément ce n'est pas dans les établissements congréganistes. (1)
c 5^ SOITTENIR ÉNERGIQUEMENT L^ENSEIONEMENT DE l'ÉtaT, Car C'OSt le
véritable enseignement national, et mettre ses établissements, par un budget suffisant, à môme de s'accroître, de perfectionner leur installation matérielle et leurs moyens d'instruction ; là est la clef de voûte de l'avenir. C'est ce que le parti 1( gitimiste-catholique avait mers'cilleusement compris, en demandant si vivement, sous Louis-Philippe, la liberté de l'enseignement, monopolisé par l'Université, et en faisant voter, en 1850, sous la présidence, la loi sur l'instruction publique. Plus tard, au début de la dictature, il osa songer à l'abolition absolue de l'enseignement par l'État, afin de livrer cet enseignement au clergé et aux congrégations ; mais VEmpereur, bien renseigné sur la portée d'une telle mesure', s'y refusa. Toujours est-il que, grâce à la loi de 1850, permettant à tout citoyen français d'enseigner, le parti légitimiste-catholique a pu perpétuer dans les jeunes générations la division des castes et des idées^ qui pouvait disparaître sous l'unité de l'enseignement universitaire. Il a pu ainsi continuer, par les enfants élevés dans les maisons congréganistes, l'existence de ses doctrines sociales et politiques. — - C'est un grand mal. Mais si grand qu'il soit, il est impossible de songer
1) A cette occasion» rappelons ce fait qne nos panvroe institutours ont, eux seuls, donné plus de flouscriptiona & l'aaile du Prince Impérial, que toutes les autres elaeaea do la société réunies ; — qne c'est parmi eux que vit et circule un Journal pédagogique et politique ayant 30,000 abonnés ; et que ce sont eux, enfin, qui permettent d'encourager U Bibliothèque des campagnes, rappelant tout ce qu'il y a d'utile dans nos arts, tout co qu'il y a de glorieux dans notre histoire moderne.
{Note 4u Ministre),
à supprimer la loi qui garantit la liberté des familles. Ce serait une lutte immense, acharnée et contraire au droit. Heste donc ce seul parti équitable et prudent : il y a concurrence. Fortifions et favorisons l'en* seignement de l'État^ qui prépare à toutes les carrières, qui est le plus solide et le plus patriotique, en môme temps qu'on l'a rendu religieux, moral et paternel.
6® Revenir autant qu'on le peut, sans pousser les choses à outrance, A l'exécution des dispositions organiques qui uettent db salutaires
OBSTACLES A l'eNVAHISSEBIENT DU POUVOIR DES PaPES SUR LE GLERQ6 ET SUR
l'État ; en d'autres termes, ne tolérer aucune attaque contre notre législation civile et notre constitution politique» soit dans les écrits» soit dans les chaires.
« RéaLER l'office du nonce, en France, gomme celui db tout autrb AMBASSADEUR d'uno puissauco amie, et ne souffrir en rien qu'il corres-i ponde, au nom du Pape, avec les évoques français, — ni qu'il fasse au* cune acte de juridiction, — ni qu'il ait le moindre regard sur le choix des êvéques,
c Tenir énergiquement la main à ce qu'aucun acte de la cour de Rome ne puisse ôtre reçu, publié ou distribué, en France, sans l'autorisatioa du gouvernement.
a Éteindre peu a peu la fagultâ, laissée depuis dix ans aux éyéqubs, d'assembler périodiquement des conciles provinciaux sans l'autorisation spéciale du gouvernement.
« Choisir résolument les évéques parmi les ecclésiastiques pieux et honorables, mais connus par leur attachement sincère à l'empereur et aux institutions de la France.
« Supprimer les journaux religieux, dont personne ne soupçonnait le besoin avant l'invasion et les agitations du parti ultramontain. Le clergé a sa discipline, ses évoques, ses prêtres, ses chaires, ses mandements, ses lettres pastorales et un gouvernement complet. Il n'y a nulle néces^ site d'ajouter la polémique de la presse aux moyens ordinaires de publi* cité de ce gouvernement ecclésiastique. Au reste, cette presse tout en« tière n'a jamais été que l'instrument des doctrines et des desseins de la théocratie romaine ou du cathoncisme parlementaire. Aujourd'hui elle est l'aliment le plus actif de l'agitation religieuse. Supprimez ce foyer d'excitation qui s'étend dans tous les presbytères, et le clergé sera tran* quille. L'Univers a troublé la tête de tout le jeune clergé en lui prêchant la suprématie religieuse, et le dommage causé ne sera pas effacé avant de longues années (1). — Imposer la tutelle de l'Église à l'État ; — saper toutes les libertés civiles et politiques ; — miner toutes les institutions
(t) La suppression du joarnal rCTnfoeri, malgré l'appui qull avait, Jusqu'à la guerre d'Italie, donné au ^ouveriiefflent de Napoléon lli, suivit de pràs la remise de oe mémoire.