‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 144 sur 151 · LA POLITIQUE RELIGIEUSE DE L*EMPIRE · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE RELIGIEUSE DE L*EMPIRE

laïques ; •— attaquer incessamment toute alliance européenne autre que celle de l'Autriche et des États catholiques ; — amener ainsi au-dessus de tout et partout l'influence, les idées et la main de Rome, voilà l'œu* vre des journaux religieux, appuyés par le parti légitimiste.

< ËNGOURAOER ENFIN l'ÉTUOB PUBLIQUE DES ANCIENNES LIBERTÉS FRANC AI«

SES, et professer partout et avec énergie les principes conservateurs de l'indépendance de l'État vis-à-vis de la papauté.

c V Conserver d^ailleurs un régime de loyale protection pour les véritables intérêts religieux et de déférence envers le clergé. Rien ne serait plus habile et plus juste à la fois que d'augmenter le traitement du clergé inférieur qui, dans presque toute la France, éprouve de dures privations. — C'est ainsi qu'il faut l'attacher au gouvernement. Si l'épiscopat, par faiblesse ou tout autre motif, abandonnait Tempereur, il faudrait se concilier le clergé inférieur, qui ne demande pas mieux que d'avoir un peu plus d'indépendance ecclésiastique et qui souffre parfois du despotisme épiscopal. — Dans tous les cas, il importe beau* coup que le pays religieux s'étonne du bruit des querelles romaines ou y reste indifférent, en voyant le culte national toujours tranquille, protégé et honoré. C'est pour cette cause qu'il est très-utile que les alloca* tiens du budget soient augmentées au profit de la construction et répa* ration des églises, presbytères et édifices diocésains.

a 8® Peut-être, enfin, serait-il opportun que le gouvernement se préoccupât des grandes associations laïques, telles que Saint- Vincent do Paul, Saint-François-Xavier, etc., qui, par leur direction et la nature de leurs œuvres, sont réellement dans la main du clergé et du parti légitimiste.

« Les conférences de Saint- Vincent de Paul dépassent aujourd'hui le chiffre de 900 , elles pénètrent dans tous les rangs de la société, et jusque dans les lycées et collèges, où elles affilient les enfants sous le titre de montres aspirants. Elles se relient à une conférence principale, dans chaque département ; — elles sont gouvernées par le conseil général de cette société, qui a présenté à Rome, au Saint-Père, un rapport sur l'état général des conférences françaises. C'est une redoutable association que celle qui, disposant de tant de membres et de ressources, forme comme un gouvernement occulte et complet. Nos lois n'admettent nulle part l'organisation indépendante de pareilles associations. Tout en reconnaissant le but charitable et chrétien de la société de Saint- Vincent de Paul, les bienfaits dont on lui est redevable, Texcellent esprit de beaucoup de ses membres, il est impossible de ne pas apercevoir les tendances des hommes qui ont le privilège et la pensée de sa direction ; il est impossible aussi de ne pas s'inquiéter d'une organbation si vaste et si habile, à l'aide de laquelle des milliers de citoyens peuvent recevoir telle ou telle impulsion ou tel ou tel mot d'ordre. La

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bienfaisance désintéressée sait se passer de pareille propagande, et les sociétés de charité n'ont pas besoin, ponr exister et pour faire le bien, de sortir de lenr localité, ni d'affecter l'esprit d'affiliation et de solida* rite qu'on n'avait rencontré jusqu'à présent que dans les sociétés secrè* tes révolutionnaires. N'est-il pas à craindre que l'on ne remplace, de la sorte, les anciennes associations catholiques de la restauration, que le peuple appelait alors : les Jésuites en robe courte — ou to eangrigatian t

c II est hors de doute qu'on n'entre plus dans ces sociétés unique* ment par amour de la charité ou par go&t pour les exercices religieux; elles sont si nombreuses, si bien recrutées dans tous les rangs de la so« ciété qu'on y trouve une solidarité puissante pour les intérêts de famille et de carrière.

€ La société de Saint- Vincent de Paul, qu'on montrait tout à l'heure initiant les enfants dans nos lycées et collèges, est entrée à l'école po« lytechnique et dans toutes les administrations de l'État. Elle se développe dans l'armée, dans la magistrature, dans le barreau ; partout enfin elle manifeste son influence secrète et unit tous ses membres par le lien d'un appui mutuel. Être membre de la société de Saint- Vincent de Paul aujourd'hui, ce n'est pas seulement faire acte d'adhésion religieuse, c'est entrer dans un monde occulte^ fortement organisé, agissant de toutes parts sur les sentiments et les affaires de la société ; c'est se prc* curer des protecteurs actifs et influents, et se préparer toutes les voies de succès dans les diverses fortunes ou directions de la vie.

« Les démocrates avaient voulu établir la solidarité républicaine. Les cléricaux et les ultramontains, alliés aux légitimistes, ont établi lamti« tualité de Saint- Vincent de Paul. Quel immense levier ce pourrait être, dans des mains hostiles, pour remuer les idées politiques ! Oui, il faut le répéter, la puissance des associations est telle qu'on vient à elles par des motifs purement temporels. Elles pèsent, plus qu'on ne pense, sur les déterminations des familles, et c'est un spectacle assez étrange que celui d'un nombre considérable de nos fonctionnaires enrôlés sous leurs bannières, tandis que leurs enfants, fuyant les établissements de l'État, reçoivent l'instruction chez les Jésuites, les Carmes, les Maristes, les Dominicains.

Ce Mémoire n'était pas simplement l'œuvre d'un légiste gallican, dont le cerveau était hanté par les fantômes d'un autre âge. Il était Texpressioa exacte de la politique de l'Empereur, et ce qui le prouve, c'est que, quelque temps après, lejournal VUnivtrs était supprimé par mesure administrative, selon la proposition du Mémoire, et que tous les actes du gouvernement vis-à-vis de TEglisc ont été, k partir de cette époque jusqu'à la fin du règne, l'applica* tioQ exacte des régies de conduite tracées par M* Bouland.

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