LA POLITIQUE RELIGIEUSE DE L*EMPIRE
L*liéritier du sang de Napoléon, le prince Napoléon Jérôme, le franc-maçon aux principes sûrs(Liv. II chap.X, § 6) s'est empressô de saisir une occasion pour affirmer le caractère essentiellement révolutionnaire de la tradition napoléonienne, malgré Tintérêl évident qu'il avait à se concilier les liommes religieux, qui s'aveuglaient volontairement sur son passé.
Déjà dans la séance de la Chambre des députés du IQ mars 1880, au moment où la majorité gambettiste allait dicter au ministère un programme de gaerre à l'Ëglise, un des principaux députés du pai*ti bonapartiste n'avait pas craint d'affirmer à la tribduerexis* tence de lois condamnant les droits individuels des citoyens français engagés par des vœux de conscience à vivre en commun dans un même domicile.
M. Jolibois, ancien préfet et conseiller d'État, avait eu le triste odurage de revendiquer l'héritage de la politique de M. Rouland et d'en faire ressortir les avantages sur celle plus brutale de m. Ferry. Voici ses propres paroles, telles que les a recueillies à l'instant même le compte-rendu analytique :
« L'empire^ lui, a trouvé une loi libérale, celle de 1850; il a vécu avec elle, contienant môme ceux que vous appelez les puissants et leur disant qu'il fermerait leurs établissements quand Us menaceraient de de» venir factieux. C'est à l'honneur de l'empire qu'ona rappelé ce qu'avaient fait MM. Rouland et Duruy. Ceux-là en fait de libéralisme n'ont de leçons à recevoir de personne (i). »
Ce n'était qu*un prélude, et, trois semaines après, le prince Napoléon a violemment ramené son parti à la tradition napoléonienne en donnant son approbation solennelle aux décrets de proscrip« tion du 29 mars 1880.
Voici le texte du manifeste qu'il a fait publier dans le journal VOrdre sous forme de lettre adressée à un ami :
i Paris, s avril 1680.
f Mon cher ami,
« Vous me dites que nos amis hésitent sur la conduite à tenir dans la lutte qui se prépare contre les décrets rendus par le gouvernement
(I) L'effet prodait par ces paroles à 6tô tel que le lendemain l'orateur a fait disparaître da eompte-renda stôaographiqae publié par le Journal officiel rexpressioa de factieux, qui s'appliquait aux jésuites. Témoin de celte séance nous pouvons affirmer l'exactitude du compte-rendu sténographiqne. Nos souvenirs nous assurent même que M. Jolibois a qualifié M. Rouland de grand nUfUitre de finetruetwn publique et qu*U a appelé M. Duruy son énUnent tueeeaewr.
sur les congrégations religieuses. Vous me demandez mon avis. Je n'é» prouve aucun embarras à vous Texprimer ; je n'aime pas me cacher dans le silence des machinations ténébreuses, et je crois que c'est par la franchise qu'on conquiert la confiance d'un peuple comme le nfttre.
c Un Napoléon ne saurait, sans mentir à son ori^^ne, se montrer l'ennemi soit de la religion, soit de la révolution, c La religion, a dit mon oncle à Sainte-Hélène, est l'appui de la bonne morale, des vrais principes. » La destinée de ma famille, en 1800 comme en 1848, a été de sauver la Révolution des entreprises de la réaction royaliste.
« Napoléon a concilié, par le Concordat, ces deux forces également indestructibles, quoique de nature et d'origine bien diverses. Dans cette œuvre immortelle, il a tracé avec la clairvoyance du génie le domaine respectif de l'État, assuré à la société le plus précieux des biens, la paix religieuse, et à chaque citoyen, le plus sacré des droits, la liberté de conscience.
- « Deux espèces d'agresseurs menacent cette charte de pacification : les sectaires de la théocratie, qui rêvent le retour à une religion d'État oppressive et intolérante ; les sectaires du désordre, qui poursuivent l'or^ ganisation d'une société sans Dieu et sans loi morale.
« J'ai toujours été et je ne cesserai d'être l'adversaire de ces deux prétentions extrêmes. Lorsqu'on réclamera la suppression du budget des cultes ou la fenneture des églises, je m'y opposerai. Lorsqu'on contes* tera un des principes de la Révolution, je le défendrai.
a Les décrets récents ne constituent pas une persécution : ils ne sont que le retour à une règle indiscutable du droit public. Le principe qui subordonne l'existence d'un ordre religieux à Tautorisation et à la surveillance du pouvoir politique se retrouve dans toutes les sociétés ; les Bourbons eux-mêmes l'ont reconnu. L'abandonner ce serait détruire l'État et le mettre aux pieds de la théocratie.
c Pourquoi donc nos amis attaqueraient-ils ces décrets f
c Est-ce parce qu'ils sont appuyés sur les lois de l'empire et qu'ils renouvellent les prescriptions trop longtemps négligées du Concordat? Ce serait une étrange façon de se montrer bonapartiste.
c Est-ce parce qu'ils sont l'œuvre de la République ? Seules, les oppositions sans principes et sans moralité nient le bien par haine de la main qui le réalise.
c Est-ce dans la crainte de dissoudre l'union conservatrice ? Cette fiction désastreuse a duré trop longtemps. Il n'y a rien de commun entre les légitimistes, qui conspirent contre 89, et nous, qui l'avons rendu invincible ; entre les hommes du drapeau blanc et les fidèles du drapeau national. Il est temps que chacun reprenne ses couleurs, sa tradition, ses principes, et que les équivoques cessent. De toutes les manières de n'être pas nous-mêmes, la plus funeste serait celle qui
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nous rendrait solidaires aux yeux de la nation des espérances de Tanden régime, nous amènerait à renier la législation dont les Napoléons sont les antenrs et nous rendrait les auxiliaires du parti à jamais con« damné qui abaisse la Religion à être l'instrument des passions et des calculs d'une politique rétrograde, hostile à la civilisation, à la sdenoe et à la vraie lil)erté,
c Faites de ma lettre l'usage que vous croires ntile« Je serai heureux si elle obtient l'assentiment de nos amis.
c NapoiIox Bohàpabti (JérAme), »
Document Q-
Lb ROLE DE LA FrANG-MâÇONNERTE DANS LES RÉVOLUTIONS
DE l'Espagne et du Portugal
Les révolutions qui depuis 1812 se sont succédé dans ces pays, ont eu la plupart du temps pour cause les rivalités des différentes fractions delà Maçonnerie, qui sont toujours unies pour combattre Tordre social chrétien, mais qui se déchirent dès qu'elles sont maîtresses.
La même chose s'est produite au Mexique, comme cela a été constaté par la déclaration des nobles du pays au moment de Favènement de l'infortuné Maximilien, déclaration reproduite par le Moniteur^ journal officiel de V empire français. Quelque jour nous reviendrons sur l'histoire de la Franc-maçonnerie dans l'Amérique du sud, mais pour le moment il nous suffit de justifier ce que nous venons d'énoncer relativement aux révolutions de l'Espagne par quelques extraits du Monde maçonnique. Nous reproduisons textuellement, en élaguant seulement des digressions sans aucun rapport avec le point en question, deux importantes communications qui ont été adressées à ce journal dans le courant de Tannée 1875 et qui se Qomplètent Tune par l'autre.
Communication due à un maçon espagnol très au eourani des affai* tes de son pays^ dit le Monde maçonnique, n» d'avril 1875.
« A la fin du XYUI* siècle, il y avait bien quelques maçons en Espa* gne parmi les hommes d'élite, appartenant à Taristocratie, an barreau et aux lettfes, gagnés à la cause de Técole encyclopédique française, et initiés aux mystères de notre association dans des voyages en France et en Angleterre. Ces hommes formaient à Madrid une société particulière qui ne manquait jamais l'occasion de s'agrandir en attirant à elle les
tXd REVOLUTIONS D^ËSPAQNE ET DU t^ORTUGAL 66d
meilleurs esprits ; mais ils n'étaient pas constitaés en loges ; on s'ea seraût bien gardé dans ce temps-là ; ils ne pratiquaient jamais les cérè* monies de nos temples ; mais ils cultivaient l'esprit maçonnique, U« saient et propageaient les bons livres, luttaient contre les jésuites et inspiraient de leur espiit la constitution de 1812.
c La rentrée du roi Ferdinand, après la cbute de Napoléon I*', mit fin à leur influence. Une ère de persécution commença pour eux. Tous furent ou pris et emprisonnés dans des cbàteaux ou dans des bagnes, ou poursuivis comme des botes fauves et poussés à la frontière, d'où ils se sauvèrent en France, en Angleterre et en Italie. Mass ils avaient laissé derrière eux, sur la terre chérie qu'on les obligeait de quitter, des amis, des coreligionnaires, qui sous leur direction se mirent à travailler ardemment au triomphe de la liberté et de la civilisation. C'est alors que furent fondés dans l'ombre, sur toute l'Espagne, des société ma^ çonniques que fréquentaient la jeunesse et la bourgeoisie, et qui travail* laient avec ardeur, malgré la menace des plus grands dangers. Malheur, en effet, au frère que le gouvernement surprenait I la potence des assas* sins était le châtiment de sa témérité. Combien, hélas I d'honnôtes pè« res de famille et de courageux jeunes gens y rendirent le dernier soupir 1 La révolution de 1820, bientôt étouffé^ par l'expédition française, tira ces sociétés du mystère où elles vivaient. Elles se montrèrent au grand jour, entourées du prestige qu'elles devaient à leurs travaux et aux persécutions qu'elles avaient subies. Mais le retour au régime ab« solu les fit bientôt rentrer dans l'ombre, où elles reprirent consciencieu* sèment leurs anciens travaux, bravant les mêmes dangers et les mômes
supplices Après cette nouvelle épreuve, qui fut aussi dure que les
précédentes (1), elles triomphèrent de nouveau, à la mort de Ferdinand.
« On comprend, par ce rapide exposé, comment la Maçonnerie espa^ gnole fut amenée, par les persécutions dont elle fut victime, à jouer, dans ces temps difficiles, un rôle actif dans les affaires publiques, rôle
(1) A l'appui de l'oplDion eiprimée par notre eollaboratenr sur les rigueurs ezer* cées à eeUe époque contre les adeplee de la Maçonnerie, il nous suffira deciter Kaffliirs de Grenade, où sept Maçons, surpria data» une tenue, le 6 août i825| an moment* où ils procédaient à une initiation, furent Jetés dans des cachots les fers aux pieds, jugés sommairement et finalement pendus le 9 septembre suivant.
Voici le nom et les qualités de ces malheureux :
Don Pelipo Âso, Ueutenant-ooloneli ancien commandeur de l'escadron des guldei du général MoriUo.
Don Juan Sanches, capitaine.
Don Antonio Lopez Quintinilla, ez-noUiire.
^n Francisco Meslo, lieutenant en retraite.
Don Ramon Alvarez de Toledo, soas-lieutenant.
Don Francisco Alvarez, lieutenant.
Don Jase Ibarretta, colonel, vénérable de la Loge»
Le récipiendaire Don Manuel Suares fut condamné à huit ans d'eiSL
malheareax qui réloigna de l'existence stadienBo, paisible et frater» ueiie qui est la vie propre des sociétés maçonniques et qui constitue leur grandeur et leur gloire. Objets de violences sans nom, constamment menacés des supplices les plus cruels, les maçons espagnols, bien qu'ex» clusivement réunis pour une œuvre de civilisation, de paix et d*amour, devaient fatalement glisser sur cette pente désastreuse. Là fut la cause principale des tiraillements qui ont démembré la Maçonnerie espagnole et de la plupart des malbeurs qui l'ont accablée. Habitués à se môler aux affaires publiques, les maçons de la Péninsule crurent pendant long* temps devoir persévérer dans cette voie funeste qui devait tout oompro* mettre. La division se glissa dans leurs rangs, et l'institution énervée^ fractionnée, morcelée, perdit toutes ses forces dans des luttes intestines, jusqu'à ce qu'elle disparût dans les sanglantes mêlées du parti oonser» vateur et du parti progressiste ou libéral.
Vers l'année 1848, au milieu du désarroi des esprits qui r^;nait à cette époque en Espagne, quelques progressistes relevèrent à Madrid et à Barcelone la bannière maçonnique ; mais encore une fois ils furent entraînés à donner à leurs travaux une tendance politique. Ge n'est pas qu'on pendit toujours ceux qui étaient convaincus, ou seulement soup* çonnés d'appartenir à la Franc-maçonnerie. Non I Le nouveau régime était plus humain. On se contentait de les envoyer au bagne. Néan« moins, les nouvelles sociétés parurent redoutables. On leur attribua le coup de main contre la vie du général Narvaez, la tentative du prêtre Herino contre la reine, les soulèvements de Madrid et de la Catalogne en 1846 et 1848. Mais il estde la dernière évidence, bien que quelques* uns de ceux qui jouèrent un rôle dans ces événements fussent maçons, comme Merino par exemple, il estde la dernière évidence que les coups de main contre les personnes ne furent pas l'œuvre de la Maçonnerie. La tentative contre Narvaez naquit de l'impatience et de la baine d'un petit nombre d'hommes ; la tentatiye contre la reine, de la haine per« sonnelle de Merino.
c Le concours des Loges eut une large influence sur le mouvement libéral de 1854 ; mais il n'empêcha pas les adversaires de la Maçon* nerie de prendre la direction des affaires. Les Loges ne se découragé* rent pas et continuèrent à travailler. Leurs travaux avaient d'ailleurs un caractère plus sensé, plus pratique qu'autrefois. On avait des jour, naiix à soi, des députés appartenant à la Maçonnerie et pénétrés de son esprit véritablement conciliant et fraternel. Le pouvoir persécutait bien encore les Maçons ; hiais il se bornait à les jeter dans des cachots. C'était quelque chose de gagné.
c Alors eut lieu cette terrible lutte, commencée au Parlement sous la direction de MM. Olozaga et Ribera, et terminée à Cadix par les giné* raux Prim et Serrano. Le trône de la reine Isabele fut attaqué et ren«